‹ Le chapitre de Notre Dame de Paris en 1790Chapitre 105 sur 130 · CÉRÉMONIES A NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIES A NOTRE-DAME

être impuissant à arrêter les malheurs que la France cl le trône avaient attirés sur eux!

Deux autres cérémonies, dont Tune avait précédé la venue de la famille royale à Notre-Dame, furent autorisées parle; Chapitre. Le G février, il est averti que deux députés du district sont venus demander que les citoyens dudit district viennent lundi à onze heures dans la nef de Notre-Dame pour la prestation du serment civique, et le lendemain le président, accompagné d'une députation, témoignèrent aux chanoines le désir qu'une messe lnisse fût célébrée à la cérémonie, qu'un Te Deiim y fût chanté, et invitèrent Messieurs à y assister.

Le dimanche, 14 février, une cérémonie attira à Notre-Dame un concours incroyable, et fut l'occasion de ces démonstrations pathétiques si à la mode alors. Elle eut pour objet la prestation du serment civique '.En l'absence de l'Archevêque, M. le Doyen, à la tète du clergé, alla recevoir à la porte de l'église l'Assemblée nationale, conduite par son président, M. Bureau de Puzy. Après un échange de compliments, la cérémonie commença. M. l'abbé de Saint-Martin, aumônier général de la Garde nationale parisienne, célébra la messe; quand elle fut terminée, un membre de la Commune prononça un discours « plein d'éloquence, de patriotisme et de sentiments d'amour et de fidélité pour le Monarque bienfaisant, qui mérite chaque jour de plus en plus le titre de Restaurateur de la Liberté Française - ». Alors M. le Maire s'avance vers l'autel, il se tourne du côté

1. Les Archives nationales possèdent une carte d'entrée pour la galerie basse de la nef: elle était attribuéeà M. Etienne de la Rivière, représentant de laCommune de Paris pour le district des Barnabites, B1 5. — Quelques jours avant la cérémonie, Bailly, toujours très pratique, avait écrit la lettre suivante à M. de La Fayette: « J'ai obtenu, Monsieur le Marquis, des ordres du Roi pour faire disposer l'église Notre-Dame par les entrepreneurs des Menus pour dimanche prochain, 1 1 de ce mois, jour auquel la Commune doit y faire chanter le Te Deum. Les étendards de la cavalerie étant sur le point d'être bénis, ne seriez-vous pas d'avis de profiter de cette occasion? 11 y aura par ce moyen économie de temps pour nous, économie de dépenses pour la Ville de Paris, et la bénédiction en attendant ne pourra qu'augmenter l'éclat de la cérémonie du Te Deum. » Bibl. Nat. Mss. F. fr. n. 11.697.

2. Procès-verbaux de l'Assemblée nationale, 14 février 1790, p. 2. Malgré ces belles paroles à l'adresse du roi, on murmura à Notre-Dame au sujet de l'absence de la famille royale.

de l'Assemblée nationale, la salue avec respect et prononce à haute voix la formule du serment civique. « Dans le même instant, dit un compte rendu, toutes les mains ont été levées, les drapeaux ont été inclinés, les épées balancées en l'air : tous les spectateurs ont juré de maintenir la Constitution. Le roulement des tambours, le son des cloches, le bruit du canon ajoutaient encore au spectacle imposant et majestueux de ce serment solennel. » Un rayon de soleil, illuminant subitement l'assistance, inspira les plus dithyrambiques allusions !

Ces cérémonies trop théâtrales, où la Religion pâlissait devant la Politique, inspirèrent aussi à un pamphlétaire un écrit presque blasphématoire, tant la dérision suit de près la sainte liturgie. Il était intitulé : Grand' Messe solennelle célébrée en l'Église Notre-Dame le jour de Pâques 1790. Maury chantait la messe, assisté de Rabaut et du prince de Broglie ; l'épître devait être lue par Cazalès et la prose était modulée par Charles Lameth sur le Victimœ PascJiali laudes : « La mort et la vie sortent d'un combat long et douteux; la vie Ta emporté: que le règne de la Constitution dure autant qu'il en sera besoin pour l'intérêt des constitués. Dis-nous, Target, père de la Constitution, apôtre de la Liberté, ce que tu as vu au sépulcre de l'aristocratie ? — J'ai vu la Liberté sortir de cette tombe, planer dans les airs et remplir l'univers étonné du bruit de son nom! » Mirabeau, Bergasse, Barnave, La Fayette avaient aussi leur rôle à tenir dans cette parodie '.

En même temps que l'église Notre-Dame retentissait d'acclamations, de serments, de roulements de tambours et même de décharges de fusils 2, le Chapitre s'occupait silencieusement de se conformer aux volontés de l'Assemblée nationale au sujet des Biens du Clergé. C'était pour lui une triste besogne qu'il accomplit en toute conscience et exactitude, nous dirions même avec trop d'empressement, si nous ne savions pas que toute résistance de sa part eût été vaine.

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