LA RELIGION D'ÉTAT
culte public et solennel qui lui appartient, exclusivement à toute autre, que déjà il avait été décrété par l'Assemblée nationale comme article constitutionnel que la loi ne reconnaîtra pins de vœux monastiques des personnes de l'un ni de l'autre sexe; que cependant les vœux solennels de Religion, autorisés par l'Eglise universelle, sont reconnus et admis dans tous les Etats catholiques : qu'on en était maintenant àproposerde supprimertous les titres de bénéfices, autres que les archevêchés, évêchés et cures, et de salarier tous les ministres du service divin; que toutes ces destructions entraînent nécessairement la subversion, la ruine et l'anéantissement de la Religion, constamment professée et défendue par nos pères malgré les révolutions des temps ; que, dans les conjonctures où nous nous trouvons, il n'était plus permis à l'Eglise de Paris, dénommée par nos rois la première du royaume, de se renfermer dans le silence qu'elle a jusqu'à présent gardé; que ce serait de sa part manquer à l'obligation où elle est de veiller au maintien de la Religion, qu'elle professe comme la seule vraie, et à la conservation des droits qui lui appartiennent essentiellement ; que d'ailleurs nombre d'églises du royaume ont adressé, sans y avoir été provoquées, pouvoirs et procurations au Chapitre de Pari-- pour défendre en leur nom les intérêts de la Religion contre les atteintes qui leur seraient portées; que ne pas réclamer en faveur de ces corps, inhérents à la constitution de l'Eglise et de l'État, ce serait dans la crise actuelle unelàche prévarication; que ces objets lui paraissaient d'une assez grande importance pour être pris en considération; qu'en conséquence il priait la Compagnie d'en délibérer. » Le Chapitre, ému par de tels considérants, se tourna vers ses deux députés à l'Assemblée nationale, MM. Chevreuil et de Bonneval, et il les chargea d'exprimer de la manière la plus puissante à l'Assemblée, tant au nom de l'Eglise de Paris qu'en celui des quarante-trois églises unies à lui1, ses sentiments
1. Aux quarante-trois églises, qui passèrent procuration au Chapitre de Paris, el que nous avons nommées page 213, il faut ajouter les cathédrales de Chartres et de Troyes. « Sur la présentation, faite a Messieurs de la délibération capitulaire 'lu Chapitre de Chartres, en date du 21 de <•<■ mois, ri .1.' celle du Chapitre de Troyes • •il date du 23 il'' ce mémo mois, par lesquelles ils engagenl le Chapitre de l'Église de Paris à les comprendre dans toul ce m1"' ^:i s igesse et sa prudence lui inspire-
d'attachement à la Religion catholique et de protester de tout leur pouvoir contre la motion tendant à lui enlever le titre de Pveligion d'État.
Le lendemain soir eut lieu à l'Assemblée nationale une séance des plus orageuses : M. de Bonneval monta à la tribune, mais il ne put se faire entendre; la discussion fut fermée sur le fond et on alla aux voix. Tout ce qu'il put obtenir, ce fut de faire annexer au procès-verbal de la séance le discours qu'il devait prononcer et les conclusions capitulaires des 12 et 14 avril en témoignage du mandat qu'il avait reçu du Chapitre de Paris et des quarante-trois églises unies à lui.
Quand le compte rendu de la séance fut connu du Chapitre le 14 avril au matin, celui-ci allait se réunir. A en juger par le procès-verbal, une profonde émotion régnait dans tous les cœurs. On expédie rapidement les affaires ordinaires. Les pensées sont plus haut! Le décret, intervenu la veille, concernant la Pieligion catholique, est lu et commenté ; il épouvante les chanoines à cause de ses termes, qui pourraient donner lieu à des craintes sur le maintien de la Religion catholique comme seule Religion d'État. Séance tenante, les chanoines rédigent une protestation qu'ils ordonnent d'imprimer et de répandre k profusion.
« Le Chapitre, y est-il dit, manifeste de la manière la plus authentique et la plus solennelle son inviolable attachement à cette Religion sainte qui seule est la véritable, seule a toujours été la Religion de la Monarchie française, dont elle a précédé dans les Gaules l'établissement; seule doit y avoir le droit d'exercer un culte public et solennel; seule enseigne la doctrine, prescrit le culte, inspire les sentiments, établit les maximes de morale et de conduite les plus intimement liés au vrai bien de l'ordre social, dont Dieu est l'auteur, au bonheur et à la tranquillité du peuple dont il est le protecteur et le père; seule enfin peut conduire ceux qui la professent et l'observent au salut éternel. Tels sont les sentiments profondément gravés dans le cœur de tous les membres
ront de faire dans les circonstanc ;s fàcheus is où se trouve la Religion, Messieurs ont ordonné que lesd. actes seraient déposés aux Archives du Chapitre pour en faire tel usage qu'il conviendra. » Concl. cap., 28 avril 1790.
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qui composent le Chapitre do Paris, et il n'en est aucun qui ne fût disposé, moyennant le secours de la grâce de Dieu, à répandre son sang pour le maintien et la défense de cette Religion ! »
La Protestation était belle et noble ; elle fut votée par acclamations; mais ses dernières lignes avaient un sens un peu trop général. Dans la salle capitulaire, en pleine séance, une voix, celle de M. de Montdenoix, était en désaccord avec les voixde ses confrères. Il protesta contre la Protestation! Quoi qu'il en ait pu dire plus tard, M. de Montdenoix « fut le seul de sa bande l »; lui seul, des quarante-huit chanoines survivants en 1791, prêtera serment à la Constitution civile du Clergé.
Cette nouvelle Protestation du Chapitre fut accueillie avec empressement par tous les esprits éclairés, sages, pondérés, qui ne s'étaient pas laissés étourdir par les déclamations quotidiennes de la tribune. Elle était déjà arrivée à sa troisième édition et se couvrait de signatures. Les meneurs réchauffèrent alors contre le Chapitre toute l'animosité, qu'une première fois ils avaient déjà excitée dans la populace à l'occasion de la Protestation de l'année précédente. Des pierres furent lancées dans la rue Royale contre les croisées d'une maison où, disait-on, se réunissaient les signataires2; puis la foule se précipita chez le libraire qui vendait cette déclaration; elle en saisit tous les exemplaires et les transporta au parvis Xotre Dame, où elle en fit un feu de joie.
In témoin oculaire nous raconte dans une note quelques détails sur cette invasion du Cloître : « Il s'en est bien peu fallu, écrit Pavillet sur la première page du relevé de la correspondance des Chapitres du royaume avec celui de Paris, il s'en est bien peu fallu