LE CHAPITRE ET LE ROI
sentation toutefois de l'archidiacre dans le district duquel ce second bénéfice aura vaqué, et ainsi de suite alternativement entre le Chapitre et Messieurs les Archidiacres, soit que les dites vacances aient lieu en mois libre ou dans les mois affectés aux gradués. »
( )n peut constater combien la coutume de l'Eglise de Paris s'écartait des règles du droit commun, qui fait passer dans le corps capitulaire les droits de l'évêque, mais qui l'oblige en même temps à les condenser le plus tût possible dans une seule personnalité, celle du vicaire capitulaire. Ici nous voyons au contraire conserver et exercer in communi, selon l'expression consacrée, toutes les prérogatives de l'Ordinaire.
Lors de la dernière vacance du siège en 1781, M. le Grand Prieur de Saint-Germain des Prés essaya, selon l'usage immémorial, de restreindre sur le faubourg, avoisinant l'abbaye, la juridiction du Chapitre. C'était de tradition. Mais celui-ci, jaloux de droits d'autant plus appréciables qu'il n'avait que rarement l'occasion de les exercer, sut se garantir de telles entreprises; et, quand bientôt nous le verrons se débattre contre un suppression, dont le motif était son inutilité, il mettra en avant pour sa défense qu'il a la charge d'administrer le diocèse pendant la vacance du siège. Et, de fait, le vrai vicaire capitulaire, c'était bien lui !
Les sentiments des chanoines à l'égard du roi nous paraissent très bien exprimés dans cette antique formule en usage à Notre- Dame au temps de Henri II ; « Très-illustre et très-magnifique prince Roy très-chrestien, vos très-humbles et très-obéissants sujets, orateurs et chapelains, les évêque, doyen, chanoines et clergé de l'Eglise de Paris vous présentent le salut en grande exultation de votre très-désirée venue en vostre paroisse et l'église principale de vostre royaume ». Le roi, chéri des chanoines, fut Louis XV. Celui-ci, en effet, ne cessa durant son règne de leur donner des marques constantes de sa protection et les combla de ses. libéralités. Dans sa reconnaissance, le Chapitre avait décidé, en 175G, que chaque année, le jour de Saint-Louis, une
messe serait célébrée avec le rit annuel, c'est-à-dire le plus élevé, « pour la conservation d'un monarque si cher à la Nation ». Ces sentiments, il avait eu, en 1783, une occasion de les renouveler à la personne de M. l'abbé de Bourbon, fils naturel de Louis XV, et de la demoiselle de Romans, quand celui-ci demanda au Chapitre l'honneur d'être compté parmi ses membres. En mémoire des bienfaits du père, on lui accorda unanimement le titre de chanoine honoraire, et, le jour de son installation, M. de Montagu lui adressa un charmant discours, que nous jugerons aujourd'hui peut-être trop courtisan, mais qui indique bien quelle place le roi Louis XV tenait encore dans le souvenir reconnaissant des chanoines : « L'Eglise de Paris, qui est spécialement l'Église de nos rois et qui a eu la gloire de compter parmi ses membres Philippe de France, fils de Louis le Gros, se félicite aujourd'hui de vous avoir offert une adoption unique dans ses fastes et qui fera époque dans ses annales. C'est un tribut de respect et de reconnaissance que nous rendons à la mémoire et aux bienfaits du feu roi, au grand nom que vous portez et à vos qualités personnelles, qui justifient l'intérêt qu'inspire votre naissance. Nous vous verrons avec joie mériter et obtenir parmi nous les places éminentes, qui vous attendent, et nous vous prions de regarder avec confiance tous les membres de cette Compagnie comme autant d'organes de votre renommée ». Les souhaits et les espérances du Chapitre ne se réalisèrent pas; l'abbé de Bourbon mourut à Naples de la petite vérole le 28 février 1787.
Louis XVI devait avoir des rapports moins resserrés avec le Chapitre de Notre-Dame. D'après les documents, que nous avons eus sous les yeux, il semble même qu'il ne régnait pas une profonde sympathie entre le monarque et les chanoines. Nous avons fait remarquer que M. de Montagu eut à se plaindre de la manière, dont il fut un jour reçu à Versailles; mais déjà la délégation que le Chapitre, innovant en cela, crut devoir envoyer vers le roi pour le féliciter de son sacre, avait reçu un accueil peu cha leureux. Au nom du roi, M. de Maurepas répondit à la demande d'audience, adressée par le Chapitre, que Sa Majesté voulait bien
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recevoir la délégation annoncée « pourvu qu'elle ne soit pas trop nombreuse et à condition de prendre un jour qui ne soit pas de ceux où Sa Majesté va à la chasse ». Ce n'était déjà pas trop aimable! Qu'on lise ensuite le compte rendu de la journée des députés. « Le jeudy, trois août (1775), jour donné par le Roy pour recevoir la députation, Messieurs sont partis pour Versailles entre sept heures et demie et huit heures du matin en manteaux longs. M^r l'Archevêque eut la bonté de mener deux de Messieurs, et M. le Doyen les trois autres dans son carrosse attelé de ses quatre chevaux. Arrivés à Versailles vers les dix heures, Messieurs sont descendus dans la cour des Princes avec Mgr l'Archevêque, qui les conduisit dans son appartement où ils attendirent jusqu'à l'heure dn lever du Roy. Vers les onze heures, ils furent introduits dans l'Œil-de-Bœuf, où ils attendirent qu'ils pussent entrer dans la chambre du Roy. Dans le moment qu'on appela la chambre, Messieurs entrèrent dans la chambre et se placèrent près la porte de la Chambre du Conseil. Lorsque le Roy eut fini sa prière et qu'il voulut passer de sa chambre à son cabinet, M. l'Evêque de Senlis, premier aumônier du Rov, eut la bonté de les présenter à Sa Majesté, qui s'arrêta à la porte de son cabinet devant M. le Doyen, qui avait à sa droite Mgr l'Archevêque et à sa gauche MM. les députés rangés de suite. Le Roy écouta avec beaucoup de bonté le discours de M. le Doyen, et, quand celui-ci eut fini, le Roy lui répondit : « Vous pouvez compter sur ma protection. » Après quoy Messieurs se retirèrent et allèrent se placer dans la galerie avec M?r l'Archevêque sur le passage du Ro}^, qui allait à la Messe. Ils se placèrent aussi sur le passage de la Reine, qui eut la bonté de les saluer en allant et en revenant de la Messe. Ils allèrent aussi avec M81 l'Archevêque au dîner de la Reine, où était aussi le Roy, pour faire leur cour. Après quoy, ils se retirèrent avec Mgr l'Archevêque et allèrent chez le curé de Notre-Dame de Versailles, où Mp l'Archevêque leur donna un très beau repas, pour lequel il avait fait venir ses officiers de Paris. Messieurs repartirent de Versailles avec Mgl l'Archevêque sur les quatre heures et demie et arrivèrent ta Paris vers
les six heures et demie du soir. » Au chapitre, qui se tint le lendemain, les chanoines délégués ne tarirent pas en éloges et en remercîments à l'égard de l'Archevêque, du Doyen, de l'Evêque de Senlis : pas un mot du Roi ! Peut-être avaient-ils trouvé la réponse royale par trop laconique l.
Le Chapitre fut mieux accueilli, quand, en 1780, il se présenta à la Cour à l'occasion de la naissance du Dauphin. M. de Montagu complimenta le Roi, harangua le nouveau-né et put, ainsi que ses collègues, présenter ses devoirs à Madame Marie-Thérèse, iîlle aînée de Louis XVI. Faut-il faire remarquer un incident consigné dans les registres capitulaires? Au Te De uni, chanté à l'occasion du baptême du duc de Normandie, l'infortuné Louis XVII, une des grosses cloches de Notre-Dame se brisa. Était-ce un présage ?
La famille royale tout entière partageait les honneurs que le Chapitre rendait aux souverains eux-mêmes. Quand un de ses membres se rendait à Notre-Dame pour y satisfaire sa dévotion, les chanoines le recevaient avec les honneurs dus à son rang. En 1775, la réception du comte d'Artois, frère de Louis XVI, fut l'occasion d'une cérémonie, dont la partie musicale avait été particulièrement soignée. Pour cette circonstance, M. Dugué composa en musique le psaume In exitu. Ce jour-là, le comte d'Artois prit-il les paroles sacrées pour une prophétie sur ses lointaines destinées?
La Maison d'Orléans fut aussi de la part du Chapitre l'objet de respectueuses attentions : celui-ci autorisa M. de Juigné à conférer, le jeudi 20 octobre 1788, le sacrement de confirmation, au maître-autel de Notre-Dame, aux princes et princesses, enfants du duc d'Orléans, et pour donner à cette Maison un gage de leur attachement, Messieurs assistèrent à la cérémonie en robes rouges et violettes.
Les hautes fonctions de l'Etat étaient aussi révérées comme il convient par les chanoines de Notre-Dame. Chaque fois que le
1. Après son sacre, comme don de joyeux avènement, le roi avait le droit de nommer à la première stalle vacante. Cfr. Concl. cap., année 1775.