‹ Le chapitre de Notre Dame de Paris en 1790Chapitre 6 sur 130 · Areh. Nat. L. 473, n. 5G · texte numérisé non relu

Areh. Nat. L. 473, n. 5G

2. Ci', les clauses du dernier Régalement, établi en 1 780 au Chapitre de la Saint- Jean.

privilégié, et ses agents fiscaux, établis sur toute l'étendue de ses terres, étaient à même de faire opposition sur le paiement du gros, que le fermier devait verser directement entre les mains du prébende '.

Le troisième paragraphe nous explique aussi pourquoi les gros étaient mis en adjudication en Chapitre, d'abord chaque vingtième année, qui était celle du Régalement, et aussi à la mort ou à la résignation du prébende. La plupart des baux, valables pour six ou neuf ans, étaient par là même sujets à des variations dans le montant de leurs prix : aux chanoines de connaître l'état des terres du gros vacant et d'estimer si, à l'expiration du bail, la location sera affermée plus ou moins cher 2. L'inégalité dans le revenu du gros s'explique encore par l'inégalité qui devait fatalement s'accentuer, pendant un laps de vingt ans, dans le prix des loyers; aussi les chanoines de 1579 crurent que, pour conserver autant que possible l'égalité des honoraires entre confrères, le Régalement, fait de vingt ans en vingt ans, empêcherait que des écarts exagérés s'établissent entre les bénéfices de chaque stalle.

Comme nous l'avons vu, trois chanoines étaient demi-prébendés et par conséquent ne touchaient qu'un demi-gros. Depuis le chapitre général de la Saint-Martin de 17G2 jusqu'en 1787, le Chapitre leur avait payé sur la mense de Saint-Germain une somme de 400 livres par provision, pour leur tenir lieu du demi-gros qu'ils ne percevaient pas sur les lieux prébendiaux. L'article VIII

1. Dans les cinquante dernières années du Chapitre, nous n'avons trouvé aucun exemple d'opposition faite par le Chapitre sur le gros d'un chanoine.

2. Ainsi tel gros, estimé au prix commun de 800 1. l'année du Régalement, pouvait atteindre un taux beaucoup plus élevé dans le cours des vingt ans suivants. Nous trouvons des exemples de ces changements avantageux en 1790. La mort de Mil. Bergier et de Méromont, ainsi que la résignation de M. Jean Pey, occasionnèrent une dernière adjudication de leurs gros devenus vacants. M. Brémont abandonna son gros d'Andrésy, qui nevalait que 800 !.. pour opter en faveur du gros de Viry. qui en valait 1.040; le gros de Bernes, d'assez modique revenu, puisqu'il fut laissé au dernier chanoine, M. Jean-Louis Pey, appartenait à M. de Launay. qui opta pour le gros de Belloy, estimé alors 1.244 1. Le gros de Sucy, qui revint à la Recette générale après l'abandon qu'en lit M. de Dampierre, ne rapportait pas moins eu espèces que le gros d'Ivry, pour lequel il opta; mais celui-ci avait des redevances en nature qui le rendaient plus avantageux : quinze douzaines de pigeons et deux cents de paille. Cf. Arch. Xat. S. 560 et Concl. capit., 179<», passim.

du décret d'union et d'incorporation du Chapitre de Saint-Germain l'Auxerrois à l'Église de Paris portait que « après que les susdites union, suppressions et extinctions seront effectuées et consommées les gros de tous les canonicats, excepté des deux canonicats de Saint- Aignan, seront rendus égaux ». En 1788, le Chapitre estima les conditions remplies, supprima les allocations annuelles et colloqua trois nouveaux demi-gros sur les terres de Bernes, de Lasrnv et d'Attainville1.

Le gros n'était qu'une part bien petite dans les émoluments des chanoines. Par contre, leur casuel s'élevait à une somme considérable, qui atteignait au moins six mille livres. Le casuel comprenait les distributions manuelles pour assistances aux offices, les méreaux gagnés par les présences aux chapitres, les petits-vins, les distributions de cire, les cérémonies extraordinaires, etc. Etudions rapidement ces différentes sources de revenus.

Chaque année environ trois cent mille livres 2 étaient prélevées sur les revenus du Chapitre ou sur diverses fondations pour rétribuer, rien qu'aux chanoines, leurs assistances aux offices. 11 faut dire que cette somme était fort variable : les finances du Chapitre étaient-elles prospères? on augmentait le taux des distributions manuelles, qui fléchissait aux époques de gêne et de crise. Il est curieux de suivre dans les registres capitulaires ces hausses et ces baisses intermittentes. Depuis l'union de la mense de Saint-Germain l'Auxerrois à celle du Chapitre de Notre-Dame, c'est-à-dire pendant la seconde moitié du xvme siècle, les finances du Chapitre s'améliorant de jour en jour, on voit se manifester le bon état de la caisse par l'augmentation presque annuelle des distributions.

Des tables de distributions étaient dressées à époques fixes par le Grand et le Petit Distributeurs, signées du Chambrier et émar-

1. A chaque changement de gros, l'abbé de Saint- Victor touchait la première année du revenu en vertu de son droit d'annate.

2. Nous ferons remarquer que depuis plusieurs années ce chiffre grossissait toujours, grâce à l'état florissant de la caisse capitulaire. En 174< ». d'après un mémoire des vicaires perpétuels, rapporté au chapitre suivant, page 36, les distributions manuelles pour un chanoine ne dépassaient guère 1.6001.; en 17? 1. elles montaient à près de 3.0001. et à 5.0001. au moins en 1789.

gées par chaque chanoine. Le travail des Distributeurs était fort délicat et fort compliqué : ils devaient vérifier les présences, collationner les billets d'excuse1, tenir compte des permissions accordées par le Chapitre, enfin se livrer à des comptes qui casseraient sûrement la tète à nos lecteurs si nous les rapportions en détail ici, comme jadis ils devaient faire le cauchemar des comptables du Chapitre 2.

Ces distributions manuelles peuvent paraître considérables, mais nous devons rappeler avec quelle rigidité le Chapitre exigeait de ses membres une présence effective pour les gagner. Je ne crois pas qu'il existât en France un seul Chapitre où la discipline du chœur fût aussi sévèrement appliquée. Celui de Paris ne manquait pas de s'en faire gloire, et certes c'était à juste titre! Les distributions manuelles des offices de la nuit, c'est-à-dire Matines et Laudes de la fête et les Vigiles des Morts, n'étaient attribuées qu'aux présents 3. Sur ce point l'intransigeance était poussée aux dernières limites. Même les chanoines-jubilés, dispensés des heures diurnes dont ils touchaient toutes les distributions, ne pouvaient se prévaloir de leurs longs services pour demander les honoraires des Matines auxquelles leur âge avancé ne leur permettait plus d'assister 4.

Plus tolérante était la coutume pour les distributions des offices du jour. On admettait comme excuse, dispensant de l'assistance sans entraîner la perte des fruits, les affaires, les vacances, les retraites spirituelles dans les séminaires pour la réception des ordres, etc. Mais le Chapitre se réservait de juger chaque cas

1. Nous avons retrouvé dans les minutes des Conclusions capitulaires quelques-uns de ces billets d'excuse, adressés à M. le Chambrier.

2. De toutes petites sommes étaient divisées entre un grand nombre de personnes el d'après une proportion établie selon la dignité ou l'office de chacun. Pouréviter ces difficultés à ses comptables, le Chapitre depuis quelques années travaillait à réunir plusieurs de ces fondations.

3. Pour encourager l'assistance aux offices de nuit, le Chapitre décida en 1781 qu'un chanoine, qui aurait assisté 200 fois à Matines, toucherait 290 présences. Arch. Nat. L. 232".

I. Les chanoines, absents pour traiter les affaires du Chapitre, n'étaient pas non plus réputés présents, et le Chapitre préférait les indemniser de toute autre manière plutôt que de céder sur ce point même en faveur de ceux qui travaillaient pour lui.

particulier, au sujet duquel on devait lui adresser requête '. La maladie était une excuse admise sans conteste. Le malade, s'il était à Paris, envoyait un billet à M. le Chambrier, qui le transmettait au grand distributeur, et, de ce fait, la distribution restait acquise. Les affaires n'étaient pas toujours une excuse valable : M. de Tilly-Blaru nous apprend lui-même qu'avant fait partiedela commission intermédiaire de l'Ile-de-France et étant chargé de tute les, il perdit de nombreuses distributions.

Le Chapitre refusait de regarder comme présents les grands vicaires et les deux chanoines de comitatu, les étudiants en théologie, les députés à la Chambre du Clergé; il ne voulut jamais céder aux réclamations des conseillers-clercs au Parlement et il resta sourd à une demande que Louis XVI lui fit transmettre à ce sujet par l'intermédiaire de son ministre. L'entêtement du Chapitre à ne pas vouloir excuser les quelques chanoines qui l'honoraient par leur présence dans le sanctuaire de la justice et par la pourpre judiciaire dont ils décoraient le chœur de Notre-Dame, s'explique difficilement, surtout quand nous le voyons assurer leurs distributions à MM. Bergier et de Reclesne, pendant leur séjour à la Cour. Mais, toujours un peu frondeur, le Chapitre conservait ses bonnes grâces, et ce qui valait mieux encore, leurs fruits aux chanoines conseillers-clercs, lors des nombreux exils qu'ils durent subir, comme membres du Parlement, pendant le xvme siècle. Ce qu'il leur refusait en temps de paix, il le leur accordait en temps de guerre : c'était de sa part une courageuse protestation et une honorable fidélité à des confrères en disgrâce !

Dès la Pentecôte, nous voyons se multiplier aux chapitres particuliers les demandes d'autorisation pour partir en vacances : « ut ruri commoretur » est la formule ordinaire. Les chanoines se retiraient alors dans leurs abbayes ou prieurés 2, partaient pour les eaux de Bourbon-i'Archambault, ou regagnaient le manoir paternel. Mais la rentrée était impitoyablement fixée. Les registres

1. Cependant l'absence, même motivée et approuvée, empêchait de toucher les distributions des petits obits.

2. M. du Marais nous dit, dans sa Déclaration, qu'il a fait reconstruire à ses frais son prieuré de la Madeleine de Vernon. au diocèse de Rouen, pour en faire son habitation de campagne. Arch. Nat. S. 7051, 7052.

de 1771 nous offrent un exemple presque cruel de cette inflexibilité. Le 4 décembre de cette année, M. du Pinet écrit à M. le Doyen « qu'il a été attaqué dans son voyage, le mois d'octobre dernier, d'une fièvre continuelle et opiniâtre et qu'en conséquence il n'a pu jusqu'ici effectuer son retour qui avait été fixé au 25 du mois d'octobre »; et il supplie ses confrères de vouloir bien lui conserver depuis cette époque les distributions manuelles. Le Chapitre refuse tout net, « retenu, dit-il, par la crainte de donner en cela quelque atteinte à sa discipline et à ses usages ».

L'assistance aux offices faisait encore erasrner aux chanoines leur pain quotidien, appelé « pain capitulaire » '. Chaque année leur Receveur faisait remettre au boulanger, désigné par le Chapitre, une certaine quantité de blé pris sur la récolte précédente. Un chanoine recevait par an un muid de blé soit en pain, soit en argent, à son choix. Les conditions pour gagner ce revenu, établies en 1757, étaient fort douces : «M. le Doyen a dit que Messieurs en assistant à l'église une fois tous les quinze jours gagnent onze septiers trois boisseaux de bled par chacun an; qu'il lui paraîtrait que l'état actuel du Chapitre peut permettre d'ajouter neuf boisseaux aux onze septiers trois boisseaux, afin que chacun de Messieurs puisse gagner par chacun an un muid entier en assistant à l'église suivant et ainsi qu'il plaira à la Compagnie de le régler. Sur quoi Messieurs ayant remercié M. le Doven de son attention, arrêtent que, à commencer du 1er janvier 1757, au lieu de quatre livres de pain par jour que Messieurs gagnaient, chacun de Messieurs, en assistant à l'église une fois par chaque mois, gagnera un septier de bled, et, en conséquence, en assistant aussi une fois dans chacun des douze mois de l'année, gagnera un muid entier ». La plupart des bénéficiers et des gagistes du Chapitre recevaient aussi chaque jour une certaine quantité de pain, dont la qualité était proportionnée à la dignité de la personne. Le receveur du

1. Ce pain devait être ■ optimx et purissimx farinai ». Il était attribué au boulanger un septier de froment pour cent trente livres de pain. Le 13 novembre 1789, Messieurs du Chapitre passèrent le dernier marché au sujet de ce pain avec Laurian Patrigeon, boulanger rue Neuve-Notre-Dame.

Chapitre donnait en moyenne soixante-quatorze muids de farine pour la provision de l'année !.

La présence aux chapitres généraux et particuliers était rétribuée sur les revenus seigneuriaux des biens qui étaient de la censive du Chapitre. Le règlement de répartition fut établi en 1783. 1° La table deslods et ventes pour le premier semestre était payée au premier chapitre ordinaire de mai; pour le second semestre, au chapitre général de la Saint-Martin. Il suffisait d'avoir assisté à trois séances. — 2" La table des profits et droits des fiefs sera payée au chapitre général qui suivra immédiatement la perception faite par le receveur des censives lorsqu'ils seront au-dessous de trois cents livres, et au second chapitre ordinaire qui suivra ladite perception quand les produits seront de trois cents livres et au-dessus 2. Les chanoines capitulants, tant aux chapitres généraux que particuliers, se partageaient encore les profits des petitsvins. Tous les locataires des maisons, dépendant de l'ancienne Mense du Chapitre 2, de l'Office des Matines, des chapelles de Saint-Denis et Saint-Georges et de la Fabrique devaient payer, en passant leur bail ou en le renouvelant, le dixième d'une année de loyer. Ce revenu était déposé entre les mains du Secrétaire du Chapitre, qui en faisait lui-même la répartition.

Les chanoines avaient encore quelques profits extraordinaires, tels que la vente d'une maison d'un chanoine « décédé en perte de maison », les funérailles d'un chanoine, l'inhumation à Notre- Dame d'une personne y ayant un tombeau de famille, la cire offerte par les nouveaux licenciés lors de leur réception à l'archevêché, celle donnée comme étrennes le matin du 1er janvier, et enfin Vobit salé3.

Quand nous parlerons du Cloître, nous étudierons le premier de

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