PROTESTATION 1)1 CHAPITRE
a paru essentiel de maintenir, et, lors même qu'il serait jugé convenable d'en modifier les conséquences, ce ne pourrait jamais être que pour l'avenir, et il est de toute impossibilité d'y rien changer actuellement. »
Les chanoines ne tardèrent pas à apprendre à leurs dépens comment l'esprit populaire, dirigé par des meneurs, entendait sauvegarder « ce principe général » dont parle le ministre et qui consistait à perdre le haut clergé dans l'opinion : on représenta la Protestation du Chapitre comme un acte d'opposition contre le clergé inférieur et la convocation des Etats généraux; des factieux vinrent à bout, on ne sait comment, de se procurer un des exemplaires destinés an libraire chargé de l'impression; ils en firent une contrefaçon, accompagnée des notes les plus outrageantes contre la Religion, le Clergé, le Chapitre ' ; M. de Bonneval fut insulté dans la rue; on menaça même de brûler sa maison. Pour éviter de plus grands troubles, le Chapitre décida que la procession de la Saint-Marc, qui se fait à St-Merry, ne sortirait pas, mais qu'elle aurait lieu dans l'église. Les craintes persistèrent, et, pour les mêmes causes, on ne crut pas prudent d'aller, ne fût-ce qu'à niùtel-Dieu, faire la procession fondée par Me Pierre-Alexis Porcheron. La mesure devint bientôt générale et toutes les processions qui devaient se faire au dehors du Cloître furent supprimées, à l'exception de celles de l'Ascension, de la Fête-Dieu et de l'Assomption2.
La Protestation ne fut pas mieux accueillie en haut lieu. M. de Montagu en avait adressé un exemplaire à Necker, alors direc-
1. » Protestations du Chapitre, dit le pamphlétaire! Le Chapitre qui proteste, est un Chapitre bien ridicule ou bien important! Est-ce pour régler Matines que la Nation s'assemble? » 11 a ensuite recours à l'ironie : « La Religion, attaquée dans son sanctuaire, parce que l'on fait peu d'attention à des chanoines! (.) Molière! 0 Roileau! 0 poème du Lutrin! Si un cure est peu de chose en le mesurant à son territoire, qu'est-ce qu'un chanoine mesuré à sa stalle? » Il est plus méchant que spirituel: « La noblesse et le peuple s'assemblent pour défendre leurs propriétés; le clergé pour défondre ses larcins. » — Bibl. Xat. Le -'•'• 90 A.
~. 11 est curieux de voir comment les chanoines sont heureux de trouver dans l'inclémence du temps un prétexte qui autorisât ces suppressions, mais ils ne le trouvent pas suffisant et à la formule traditionnelle : « propter aeris inclemenUam *r ils ajoutent : « cl impedimenta quœaliundè ciiascunlur ex celebiu ionecomitioruii ad generalia comitia prœviorum •>. Concl. capit., 2:Jet 29 avril-
teur général des finances, qui avait eu connaissance aussi des contrefaçons imprimées. Une note de la main d'un de ses secrétaires indique le peu de sérieux avec lequel elle fut accueillie : « 11 y a plus de huit jours que ces protestations inconsidérées ont été imprimées avec des notes critiques, trop aigres, mais foncièrement justes. Faut-il répondre à cet abbé qu'on adresse une deuxième et troisième édition ?' »
11 ne répondit pas et le silence des ministres dut apprendre au Chapitre dans quelles dispositions on était à son égard!
En même temps qu'ils voyaient la rue interdite à leurs processions traditionnelles, les chanoines se trouvaient dans la nécessité d'ouvrir leur église aux réunions tumultueuses du populaire. M. le Chambrier avait reçu, le 19 avril, une lettre de MM. les Prévôt des Marchands et Echevins de Paris lui demandant la nef de Notre-Dame pour l'Assemblée électorale du Tiers Etat : « Messieurs, nous aurions eu l'honneur de vous prévenir d'avance de la nécessité où nous sommes d'établir, dans l'église de Notre-Dame, une assemblée du district pour la convocation du Tiers Etat de cette ville, si la décision du Gouvernement, que nous attendions, nous fût parvenue plus tôt. Nous espérons que l'importance de cette destination vous engagera à consentir pour mardi prochain, à celle de votre église pour le même objet et que vous voudrez bien concourir, par toutes les facultés qui dépendront de vous, au succès des mesures qu'on est obligé de prendre dès ce momentci pour qu'elle soit convenablement disposée 2. »
Au risque d'aggraver encore la malveillance, dont il était l'objet, le Chapitre ne pouvait refuser une demande à laquelle d'autres églises de Paris avaient volontiers accédé. Le mardi 21 avril, l'office canonial serait célébré à Saint-Denis du Pas; le Saint Sacrement, retiré du tabernacle de la chapelle de la Sainte- Vierge, serait déposé dans celle de Saint-Denis, et MM. les Intendants de la Fabrique furent priés d'intercepter toute communica-