‹ Le chapitre de Notre Dame de Paris en 1790Chapitre 83 sur 130 · Arch. Nat. Bm, 113, f · texte numérisé non relu

Arch. Nat. Bm, 113, f

2. M. le Lieutenant civil demande à son tour, le 29 avril, la salle capitulaire pour l'Assemblée du Tiers État de la ville et faubourgs de Paris. La requête est prise en considération et les chanoines décident que les chapitres se tiendront dans la bibliothèque.

tion entre la nef, où doit se tenir l'Assemblée, et les autres parties de l'église '.

Les opérations électorales des trois ordres étaient terminées le 22. La nuit suivante, en sortant du chœur après Laudes, les chanoines furent avisés par M. le Chantre que sur la demande de M. le Lieutenant civil et de M. le Procureur du Roi au Chàtelet qui l'avaient mandé vers les neuf heures du soir auprès de l'Archevêque, une messe solennelle du Saint-Esprit serait célébrée le matin même au grand autel de Notre-Dame, pour l'ouverture de l'Assemblée.

Le 23 avril, les Trois Ordres de la Prévôté et Vicomte de Paris intra muros devaient donc se réunir en assemblée électorale. Nous connaissons les démarches du Lieutenant civil et du Procureur du Roi, qui étaient venus la veille demander à M. de Juigné que la Religion présidât à son ouverture. Les ferments de discorde et d'impiété, qui travaillaient les esprits, n'avaient pas encore détruit les antiques traditions chrétiennes; le clergé, si vilipendé qu'il ait été pendant ces dernières années, était profondément considéré de la majeure partie de la Nation. Pamphlets, bruits désobligeants, diatribes, n'avaient pas réussi à enlever au Chapitre de Notre-Dame la considération que lui méritaient les qualités de ses membres et son titre de Clergé

1. Dans les séances préparatoires aux assemblées électorales, M. Lenoir, commissaire honoraire au Chàtelet, avait répondu d'avance aux objections que le clergé pourrait faire au sujet de cette destination des édifices religieux : « Reste le choix des endroits où se tiendraient les assemblées, dit-il; mais iln'en faut point chercher d'autres, pour toutes les convenances, que les églises mêmes. La sainteté du lieu et le silence qu'on y doit observer, la gravite et l'importance du sujet de ces assemblées, auxquelles chacun s'empressera de se rendre: la dignité, le rang des personnes les plus considérables qui s'y trouveront; la présence des curés et des corps de fabrique qui seront à la tête, tout concourra à y maintenir l'ordre, la décence et la tranquillité. ■• Arch.Nat. Bm, 101, p. 778.

de la première Église du Royaume : regalis Ecclesia, comme l'appelait Hugues de Saint- Victor \

Plus le Chapitre approchait de son dernier jour, plus aussi on semblait redoubler d'égards à son endroit ; nous allons assister à des assauts de politesse et de bons rapports entre lui et les différents pouvoirs. Royauté, Assemblée nationale, Municipalité, dont presque chaque fois il sera la dupe! à un incessant échange de députations solennelles, de correspondances, de harangues, toutes plus solennelles et plus aimables les unes que les autres. L'histoire du Chapitre reflétera nécessairement les mœurs de cette époque, où le mélodrame se mêle souvent à la tragédie : c'est la mode "des cérémonies religieuses et politiques, où tout le monde s'embrasse avec attendrissement, quitte à se battre le jour même à coups d'injures dans les assemblées, à coups de piques dans les rues. En cette lin d'avril, vrai germinal de patriotisme, les cœurs sont épanouis plus encore que les tètes sont chaudes; l'espérance fait oublier les querelles des jours précédents dans l'attente d'une régénération universelle.

Le Chapitre cède à l'entraînement : il verra d'un œil presque satisfait, le matin du 23 avril, dignités, chanoines, curés, chapelains, petits bénéficiers, confondus sous les voûtes de Notre- Dame « sans observer aucun rang ni distinction ' ». Sa mauvaise humeur est débordée par l'enthousiasme : il décide une cérémonie grandiose! les deux bourdons salueront l'entrée des électeurs à la cathédrale ; à leur sortie, toutes les cloches sonneront en volée.

A onze heures, arrivent sur le parvis dix-huit huissiers à cheval et dix-huit huissiers à verge. Deux voitures de la Ville transportent six huissiers-audienciers et le secrétaire du Prévôt. Vient ensuite le carrosse de M. le Prévôt des Marchands accompagné

1. Prose de la fête de saint Denis, au supplément du diocèse de Paris :

Sed illum praecipuè

Recolit assidue

Regalis Ecclesia.

i. Journal de Hardy. B. N. F. fr. 6.687.

de M. le Lieutenant civil, avec valets de pied aux p >rtièr?s rt une escorte de douze; gardes de la Prévôté. Le Greffier et le Premier Huissier du Chàtelet précédent les voitures du Procureur du Roi et des Conseillers. Tout le cortège est entouré des gardes de la robe courte. Au même moment, le Clergé et la Noblesse, déjà réunis à l'Archevêché, accompagnent l'Archevêque à Notre-Dame et marchent à la suite du Procureur du Hoi. Après la Messe du Saint-Esprit, à laquelle le Chapitre assiste en corps, les Trois Etats reviennent à l'Archevêché et prennent séance dans la grande salle, où M. de Juigné fait son entrée précédé de la croix archiépiscopale '.

Laissons les deux ordres, Noblesse et Tiers Etat, se retirer dans les locaux qui leur sont destinés, et entrons dans la Chambre du Clergé pour y relever les faits qui peuvent à quelque titre intéresser le Chapitre.

Par acclamation, la présidence fut attribuée à M. de Juigné; mais on évita de nommer un vice-président, qui remplacerait l'Archevêque à qui le même honneur allait être décerné par la Chambre du Clergé extra mur os. Petite manœuvre que nous verrons pleinement réussir au profit de Messieurs les curés de Paris. Nous retrouvons, au nombre des électeurs, les cinq délégués du Chapitre : MM. du Bois-Basset, chantre; Chevreuil, chancelier; Lucas, de Champigny et de Bonneval. Plusieurs autres chanoines siégeaient à côté de leurs confrères à différents titres : M. de Floirac, pour les Carmélites de la rue Saint- Jacques et les Religieuses de la Miséricorde; M. de Dampierre, pour les Ursulines de la rue Saint-Jacques et les Religieuses du Saint-Sacrement, rue Saint-Louis au Marais; M. du Pinet, pour les Carmélites de la rue Chapon et les Religieuses de la Madeleine, rue des Fontaines; M. Pey 2 pour les Recolettcs de

1. Avant l'ouverture de la séance, la croix archiépiscopale disparut « à cause de la présence du Lieutenant civil et du Procureur du Roi ••, dit le procès-verbal manuscrit A. N. R1". Hardy dans son Journal donne une autre raison : » La croix ■le l'Archevêque ne peut rester dans l'Assemblée générale par le défaut de respect dominant si fort aujourd'hui pour tout ce qui pourrait rappeler à la Religion ou avait quelque rapport à son culte ■ Journal de Hardy, fol. 293-96.

-!. Le chanoine honoraire, dont nous avons déjà parle

la rue du Bac; M. des Fieux, pour la Communauté du Grand- Saint-Chaumont ; M. de Launay, pour les Carmélites de la rue de Grenelle; M. Patert, pour la Communauté de la Providence, rue de l'Arbalète ; M. de Neuchèze, pour la Communauté de Sainte- Anne et celle des Orphelines de Saint-Joseph, dites de la Providence; M. des Plasses, pour l'Abbaye de Port-Royal.

Aux cinq voix, qui étaient données au Chapitre, il faut donc ajouter treize autres voix, que des communautés religieuses, en vertu de l'article 12 du Règlement du 24 janvier, avaient attribuées à des chanoines ; ce qui faisait un total de dix-huit voix, dont le Chapitre pouvait disposer en toute certitude pour faire valoir ses droits et appuver ses protestations. Comme M. de Juigné l'avait fait justement remarquer aux Garde des Sceaux, c'était fort peu relativement aux nombreux suffrages, dévolus aux ecclésiastiques relevant directement du Chapitre. Celui-ci pouvait craindre d'être mis par eux en minorité ou de n'avoir qu'un rôle fort effacé dans les réunions qui allaient s'ouvrir.

Pouvait-il beaucoup compter sur les vicaires perpétuels, siégeant en vertu de leurs titres? c'était douteux. Ces "vicaires, nommés par l'ordre qu'ils représentaient à Notre-Dame, ne tenaient rien de la libéralité des chanoines et nous savons les difficultés, qui s'étaient élevées, surtout ces dernières années, entre eux et le Chapitre. Plus favorables pouvaient lui être les délégués des quatre églises, ses filles, qui vivaient alors en assez bonne intelligence avec leur Mère. Saint-Etienne des Grez envoya deux électeurs, Ai. Masson, chefcier, et M. Moreau; MM. Rossignol, Barré et Jourdain représentaient le Chapitre du Saint-Sépulcre; M. Loyseau, celui de Saint-Benoit.

Aux simples chapelains était donnée la meilleure part. Nous trouvons dans les différentes listes, manuscrites et imprimées, des électeurs : MM. Bégart, chapelain de Notre-Dame, représenté par M. Asselin; Greuzard, chapelain de St-Géraud; Asselin, de St-Léonard; Pierre, de Ste-Madeleine; Baudouin, de St-Vincent et de St-Barthélemy; Mazoyer, premier chapelain de St-Nicaise, représenté par M. de la Devèze; Goût des Périmières. second chapelain de St-Nicaise; Pey, chapelain de St-Laurent; Brachatte,

de St-Blaise et de Ste-Catherine, représenté par M. Rovon; Leclerc de Roye, de Ste-Euphémie; Roullier, de St-Jean et de Ste-Madeleine ; Vie, de Ste-Catherine, représenté par M. Lemercier; Aumont, de St-Pierre et St-Etienne, représenté par M. Béchet; Roch, de St-Laurent; Aufauvre, de St-Philippe et St-Jaeques. Les chapelains ! de l'Ancienne et de la Nouvelle Communauté envoyèrent pour les représenter « leur ancien », M. Michelin.

Les ecclésiastiques-bénéfîciers avaient, à des titres différents, à exprimer de nombreux suffrages : plus du double de ceux attribués aux chanoines. La différence des trois cent trentequatre autres voix appartenait aux Religieux, à la Sorbonne, aux autres Chapitres, à Messieurs les curés et prêtres des paroisses.

Un fait, qui coïncida avec l'ouverture de l'Assemblée électorale, contribua encore à augmenter les appréhensions des chanoines. Le 22 avril avait paru une liste contenant les noms des Electeurs de la Chambre du Clergé, liste dressée et imprimée, disait-on, sous la direction de plusieurs curés de Paris. Forts de leur nombre et, partant, aspirant à la domination dans les réunions, ils fortifièrent d'avance leurs prétentions en inscrivant, immédiatement après le nom de l'Archevêque, celui de Monsieur le curé de Ste-Marguerite, doyen des curés de Paris. Bien que la qualification de vice-président ne fût pas annexée à son nom, c'était cependant faire assez entendre qu'il le serait de droit au détriment du Chantre ou du Chancelier de l'Eglise de Paris. Le Chapitre soupçonna une surprise : « De quelle autorité, demande-t-il dans la conclusion du 1er mai, pouvait être cette liste? L'ordre qu'on y a observé, l'a-t-il été sans motif ou à dessein de favoriser les vues de MM. les curés, qui, dans les Assemblées des différents bailliages, ont prétendu qu'à défaut d'évèque la présidence appartenait de droit à un cure, parce que, selon eux, les curés suivent immédiatement les évèques dans l'ordre hiérarchique. » M. de Juigné lui-même ne contir-

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