Arch. Xat., B
LES ASSEMBLÉES ÊLECTOHALES. 191
séance dans tontes les assemblées synodales et diocésaines, et pour passer acte de cette nouvelle protestation, en suite de celle dudit jour 20 avril dernier, parole sera donnée à Me Péron, notaire, lequel en délivrera une expédition à MM. les Députés. »
Cette nouvelle protestation, rédigée à peu près dans les mêmes termes que la Conclusion capitulaire, fut déposée sur le Bureau par M. du Bois-Basset le jour de la prestation du serment. Elle eut le mémo sort que la première : on en donna acte en bonne et due forme, et tout fut dit!
Fatigués de ces atteintes portées sans cesse à leurs prérogatives, des fins de non recevoir qu'on opposait depuis plus de six mois à leurs réclamations , les chanoines prirent une résolution extrême. De tous côtés, à cette époque, on vantait la bonté, la justice de Louis XVI ; tous les partis ne tarissaient pas d'éloges, parce que tous comptaient alors, les uns, sur sa bienveillance naturelle, les autres, sur sa faiblesse. Au Chapitre, sur une motion de M. de Montagu, on décida donc de s'adresser au roi. La Protestation, restée lettre morte pour les ministres, les grands personnages, l'Assemblée électorale, mise sous les yeux du roi, ne pourrait pas ne pas être prise en considération par lui. L'Église de Notre-Dame est la première du Royaume, la paroisse naturelle des rois; avec quelle dévotion Louis XVI, la reine Marie-Antoinette, toute la famille royale, aimaient a y venir prier ! On enverra donc à Versailles la protestation du 20 avril, accompagnée des cahiers et de la lettre suivante :
a Sire,
« Le Chapitre de l'Eglise de Paris ose présenter à Votre Majesté une protestation qu'il a cru devoir faire contre le Règlement du 24 janvier dernier, relatif à la convocation aux États généraux. Daignez, Sire, ne voir dans les plaintes respectueuses, que le Chapitre se permet d'adresser au cœur juste et paternel de Votre Majesté, d'autres sentiments que ceux de la confiance en votre justice, du respect le plus profond et de l'amour le plus
filial pour Votre Personne sacrée ; les sentiments, qui animent toujours le Chapitre de Paris, sont déposés dans ses instructions à ses Députés, qu'il ose également mettre sous les yeux de Votre Majesté. Puissent-elles, Sire, attester à tous vos sujets que le premier corps ecclésiastique de votre bonne Ville de Paris mettra toujours au rang de ses devoirs les plus chers l'heureuse obligation de conserver, comme un dépôt sacré, les principes inaltérables que la Religion commande et que l'intérêt de l'État exige, ceux qui consacrent l'attachement inviolable à l'autorité, à Votre Majesté, ainsi que la parfaite soumission et la respectueuse confiance qui lui sont dues. »
Cette lettre passa inaperçue dans les milliers, qui venaient chaque jour réclamer l'appui du trône : elle resta sans réponse.
On ne peut nier que toutes ces dispositions fussent hostiles au Chapitre; et cependant doit-on accuser la Chambre ecclésiastique de Paris intra muros de mauvais vouloir à son endroit ? Nous ne le croyons pas. En dehors du cas de la vice-présidence, accordée au curé de Sainte-Marguerite , nous ne voyons pas quel sujet de plaintes le Chapitre aurait pu formuler contre les actes de l'Assemblée. Si vraiment les curés comptaient y jouer un rôle prépondérant, leur ambition n'a pas été satisfaite. Il faut même dire que la majeure partie de ce corps si respectable conserva toujours pour le Chapitre les sentiments les plus fraternels. Aussi quand celui-ci exprime quelques mécontentements sur les visées des curés, il ne parle que des bailliages de Province et il en excepte formellement MM. les Curés de Paris, « à qui il est étroitement lié, dit-il, par le double lien d'une précieuse habitude et de tous les sentiments qu'inspire la vertu ». De fait, le Chapitre n'eut à souffrir en rien de la prépondérance qui leur fut accordée ; ses protestations passèrent inaperçues, c'est vrai; mais, nous l'avons vu à propos de ses doléances adressées au Roi, l'entraînement des affaires, la rapidité des événements, la mobilité des esprits, chagrins hier, enthousiastes aujourd'hui, en sont plus la cause que le mauvais vouloir. Et d'ailleurs
qui donc alors ne protestait pas! Il nous est agréable, pour l'honneur du Clergé de Paris, de redresser ici les dires de certains auteurs, qui ont exagéré un antagonisme, qui précéda peutêtre la réunion de la Chambre ecclésiastique, mais qui ne sy lit nullement sentir !
Depuis l'ouverture des Assemblées, le Chapitre, de son côté, ne laissait passer aucune occasion de donner des preuves de sa complaisance à leur égard. Non seulement il reçut avec honneur les Électeurs dans son église, il mit encore à leur disposition le Goitre et même la Salle capitulaire. Le Tiers État y tint ses séances le 29 avril, puis pensa s'installer à Saint-Denis du Pas. La Chambre ecclésiastique occupa, à partir du 1er mai, la même salle, et les chanoines voulurent bien tenir chapitre dans la Bibliothèque.
Aussi, bien loin d'être tenus à l'écart, les délégués-chanoines sont, presque à chaque séance, honorés de la confiance de leurs collègues ou chargés de la défense de leurs intérêts. Le 26 avril, M. de Floirac est vérificateur du scrutin et M. de Bonneval fait partie d'une importante délégation vers les deux autres ordres ; le 27, M. de Mondran est député au-devant du Tiers État, qui vient offrir ses félicitations au Clergé; deux jours après, encore M. de Bonneval et M. Besnières, officiai du diocèse, sont charo-és de désigner le fils de famille pauvre à qui l'on offrira, de la part du Roi, une place à l'École Militaire; le 18 mai, le même chanoine, en compagnie de M. Perrotin de Barmond, de M. le curé de Saint-Séverin et du Recteur de l'Université, va féliciter M. le Prévôt des Marchands; enfin nous comptons trois chanoines, au nombre des rédacteurs du Cahier des Doléances : MM. de Launay, du Bois-Basset et de Bonneval. On put surtout juger des bonnes dispositions de la Chambre, lors de l'élection des députés aux États généraux : sur huit sièges, qui lui étaient attribués, elle en donna deux aux représentants directs du Chapitre. M. de Chevreuil, chantre et chancelier de l'Éo-lise de Paris, est élu troisième député, immédiatement après M. de Juigné et M. de Montesquiou, désignés par acclamation. Quelle belle revanche de la liste! L'élection de M. de Bonneval fut
plus laborieuse; il y eut sept ballottages. Enfin au huitième tour, il fut proclamé huitième député. Dans la séance de l'après-midi, il exprima sa reconnaissance à AI M. les Electeurs « avec cette mâle éloquence, qui le distingue », dit ie procès-verbal. Si vraiment la Chambre ecclésiastique eût été animée des sentiments qu'on lui prête, elle aurait dû en vouloir plus qu'à tout autre à M. de Bonneval, et ne lui aurait pas accordé l'honneur de la représenter aux Etats généraux.
Après M. de Alontesquiou, à qui sa qualité d'Agent général du Clergé donna une place hors pair dans l'Assemblée ecclésiastique, personne n'y fut aussi en vue que AI. de Bonneval. Son nom sort du scrutin, presque à chaque séance, pour les affaires les plus diverses : nous le voyons sans cesse en mouvement et sa parole ardente ne se fait jamais entendre sans soulever des applaudissements unanimes. La délégation, députée vers le Tiers Etat pour lui porter le vœu de l'Ordre du Clergé, « sur la renonciation formelle à toute distinction pécuniaire et son concours dans la juste proportion de ses revenus à l'acquittement des charges publiques librement consenties par les Trois Ordres », rentrait dans la salle des séances. AI. de Alontesquiou, qui était à sa tête, rendit compte des témoignages peu suspects de joie et de satisfaction, qu'elle avait recueillis auprès de MM. du Tiers Etat. Quand il eut fini, AI. de Bonneval parla à son tour : « Je suis obligé, dit-il, de faire connaître à l'Assemblée une circonstance que la modestie de AI. de Alontesquiou lui a fait passer sous silence : c'est la manière distinguée dont votre député s'est acquitté de la mission que vous lui avez confiée ». On applaudit et Al. de Alontesquiou et AI. de Bonneval!
Un autre jour, le 18 mai, la Chambre venait de voter des remercîments à AI. le Prévôt des Alarchands « pour lui témoigner sa satisfaction de l'avoir vu, à la tête des trois Ordres de Paris, présider l'Assemblée générale ». A ce moment, AI. de Bonneval crut pouvoir se dire l'interprète de la Chambre ecclésiastique : « Nous avons aussi, dit-il, des remercîments à offrir bien plus chers aux cœurs des membres de cette Assemblée. Alais vous me prévenez, Alessieurs, et déjà s'offre à votre pensée ce digne et
vénérable pontife, dont nous avons éprouvé, durant tout le cours de cette Assemblée, de nouveaux témoignages bien dignes de
notre reconnaissance. Cette douceur et cette bonté, qui le caractérisent, ce zèle religieux et patriotique, doivent nous inspirer la plus grande confiance dans ses succès aux Etats généraux sur tout ce qu'il proposera pour le Lieu de la Religion, le bonheur de l'Etat, de tous les citoyens qui le composent et en particulier des membres de son Clergé, qui se regardent comme ses enfants, vu qu'il ne cesse de leur témoigner une affection vraiment paternelle1. » Ces paroles provoquent un enthousiasme universel; M. de Juigné y répond « de la manière la plus pathétique » ; une voix demande la bénédiction de l'archevêque ; tous les fronts s'inclinent et on le reconduit en triomphe jusque dans ses appartements. M. de Juigné dut être reconnaissant «à son chanoine d'avoir provoqué ces protestations d'affection et de dévoûment à la veille des épreuves, qui vont désormais se multiplier pour lui jusqu'à ce qu'elles l'obligent à se séparer de son clergé !
L'Assemblée électorale extra mur os ouvrit ses séances le 24 avril. Le Chapitre en accueillit aussi les membres à Notre- Dame avec le même cérémonial, qu'il avait déployé la veille pour les Electeurs de Paris : l'Archevêque célébra la Messe du Saint-Esprit. Trois chanoines siégeaient dans la Chambre ecclésiastique, comme faisant partie du Chapitre : M. de Brémont, son délégué, M. de Alontagu, en raison de son fief décanal de Montreuil-sous-Bois, et M. Chevreuil, en raison de son fiet cantoral de Conflans-Sainte-IIonorine. Le Doyen, qui avait refuse un mandat dans l'Assemblée intra muros, se fit représenter dans celle-ci par M. de Floirac. Nous y retrouvons plusieurs chanoines, dont quelques-uns siégeaient aussi dans l'autre Chambre ecclésiastique de Paris : M. de Dampierre, pour les
1. Ces paroles ne sont pas reproduites ici toiles que nous les avons lues dans te procès-verbal de la séance Arch. Xat., BUI, 113) et que M. Chassai les a données dans son ouvrage sur les Cahiers de Paris. Nous les avons extraites aussi fidèlement que possible d'un galimatias, qui ne peut être attribué qu'au secrétaire copiste de la Chambre ecclésiastique.
Annonciades d'Arpajon et les Dames Ursulines de la rue Saint- Jacques: M. Chevreuil, pour l'évêque de Limoges et pour M. Dove, curé de Saintry ; M. de Floirac, pour les Dames Ursulines d'Argenteuil; M. des Plasses, pour les Religieuses de Port-Royal et les Ermites du Mont-Valérien ; M. d'Espinasse, pour les Dames Ursulines de Saint-Germain-en-Laye; M. d'Espagnac, pour M. le curé d'Aigremont ; M. Lucas; M. de Méromont, pour M. l'abbé de Narbonne, à cause de son fief de la Chapelle, et pour les Filles de la Croix de Brie-Comte-Robert; M. de Malaret, pour M. le curé de Bondoufle; un ancien chanoine de Notre-Dame, M. Martial Melon de Pradou, comme curé de Saint-Germain-en-Laye. Les chapelains de Notre-Dame, qui possédaient en commun le fief de l'Hay et Chevilly, déléguèrent un des leurs, M. Béguinot.
L'influence des curés de campagne, moins éclairés et ayant plus de sujets de mécontentement que leurs confrères de la capitale, aurait pu provoquer une vive opposition contre les chanoines, qui siégeaient au milieu d'eux. Beaucoup de ces curés étaient sous la dépendance du Chapitre, quelques-uns ses tributaires, beaucoup ses obligés : toutes raisons, qui auraient pu soulever des incidents regrettables. Les réunions furent au contraire fort calmes; tout le monde y parut satisfait : les curés pour avoir eu la vice-présidence pendant les fréquentes absences de F Archevêque, président des deux Chambres; le Chapitre, qui eut un scrutateur, M. de Floirac, et deux de ses membres rédacteurs des Cahiers, MM. Chevreuil et de Malaret.
Détail assez piquant : deux chanoines furent un jour chargés d'exprimer la satisfaction de MM. les curés! L'ancien évêque de Senez, M. de Beauvais, venait d'être élu troisième député; ils furent délégués vers lui et chargés de lui dire « qu'une des considérations, qui lui ont mérité les suffrages de l'Assemblée, c'est qu'il s'est toujours montré l'ami de MM. les curés, qui remettaient leurs intérêts entre ses mains ». Nos deux chanoines s'acquittèrent de bonne grâce de la commission, et, à la Chambre de la Banlieue, tous, chanoines et curés, se quittèrent heureux et contents ! D'autres luttes vont commencer : il ne sera