‹ Le chapitre de Notre Dame de Paris en 1790Chapitre 86 sur 130 · LE CIIAPITHE ET LES ÉTATS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

LE CIIAPITHE ET LES ÉTATS GÉNÉRAUX

plus question de préséances, de représentations, de prérogatives. Comme sainl Xiste a saint Laurent, les anciens du clergé auraient pu dire à leurs jeûnas, confrères : Majora debentur pro fide Chris II ce /'ta min a !

Suivant la coutume de son Église d'implorer la miséricorde de Dieu dans les circonstances solennelles, le Chapitre inaugura l'ouverture des Etats généraux par des prières publiques. « En vain, disait l'Archevêque de Paris dans son Mandement du 24 avril, en vain le Souverain et tous les sages de la Nation réuniraient leurs efforts pour le bonheur de la France, si Dieu ne daigne bénir leurs travaux. Implorons donc le secours du Ciel ; offrons-lui nos prières et nos supplications pour tous nos concitoyens, pour notre Souverain, pour tous ceux qui sont élevés en dignité et particulièrement pour ceux qui sont chargés en ce moment des intérêts de la Patrie. » Le lundi, 4 mai, avant la messe canoniale, à l'heure même où la célèbre procession des Trois Ordres se déroulait dans les rues de Versailles, les prières des Quarante Heures commençaient au maître-autel de Notre- Dame. Elles se continuèrent pendant trois jours : le lundi, M. le Doyen célébra la Messe du Saint-Esprit; le mardi, M. le Chantre celle du Saint-Sacrement; le mercredi, M. l'Archidiacre de Paris celle de la Sainte Vierge. En même temps, tout le clergé de Notre-Dame, dignités, chanoines, ATicaires perpétuels, bcnéfîciers, chapelains, clercs de Matines et ma chicots, furent invités à venir adorer le Saint-Sacrement selon l'ordre inscrit sur la table dressée par le Petit Distributeur. De plus, d'après la teneur du Mandement de M. de Juigné, le Chapitre ordonna, dans sa Conclusion du 8 mai, que, chaque dimanche jusqu'à la tin des Etats, on chanterait après les Vêpres le Domine nonsecundum, \eSub tuum en l'honneur de la Sainte Vierge, et le Domine salvum pour le Roi.

Aucun incident ne vint troubler la vie capitulaire avant le milieu de juillet : les ollices, quoique gênés d'abord par 1 As-

semblée électorale du Tiers État, puis par celle du District de la Cité, qui s'étaient établis l'une et l'autre dans la nef de Notre- Dame, se célébraient régulièrement. Les deux processions solennelles de l'Ascension et de la Fête-Dieu se firent avec la splendeur accoutumée; à la première, les orfèvres portèrent, selon l'usag*e, la châsse de saint Marcel; la seconde fut présidée par l'archevêque de Paris. Rien n'indique dans les registres capitulaires le trouble et la confusion, qui commençaient à régner dans la capitale. On sent une accalmie, qui dura depuis la fin des opérations électorales jusqu'au jour fameux du 14 juillet.

La nuit du 13 au 14 juillet fut particulièrement orageuse à Notre-Dame. Nous avons dit que le District de la Cité y tenait ses assemblées. Le soir du 13, sur l'annonce de bruits fort alarmants, un corps de garde est établi dans l'église; d'autres corps de garde sont postés à Sainte-Marine, à Saint-Landri et à la Madeleine, avec ordre de correspondre continuellement avec celui de Notre-Dame. Plus la nuit avance, plus le trouble croît dans l'Assemblée du District. A une heure du matin, les nouvelles de la veille sont confirmées : un particulier vient annoncer l'arrivée de vingt-cinq mille hommes de troupe et d'autres gens armés par le faubourg Saint-Martin, pour attaquer les citoyens. Le président, M. Oudet, organise tout un système de défense : il ordonne que, dans toutes les rues étroites, les portes soient fermées pour accabler par les fenêtres avec les carreaux des chambres, des tuiles et de l'eau bouillante, tous les ennemis qui passeraient par ces rues-là. Dans les rues larges, il recommande de tenir les allées ouvertes, afin que, si les ennemis venaient en trop grand nombre pour que les patrouilles et les corps de garde puissent leur résister en leur faisant face, les citoyens aient la facilité de se mettre dans les allées et percer avec leurs piques, leurs sabres, et même des broches et des fourches, les ennemis à pied ou à cheval, qui passeraient devant les allées, pendant que les citoyens les accableraient par les fenêtres avec des carreaux, des tuiles, les pots même, qu'ils auraient sous la main dans leurs maisons, et par des coups de fusil. Heureusement pour Paris, mais malheureusement pour le tacticien Oudet

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