‹ Le Chapitre des informations, comédie en un acteChapitre 20 sur 21 · SCENE XIX · texte numérisé non relu

SCENE XIX

SOUPPLET, JADELOT, EUPHÊMIE, PROSPER, corV.

JADELOT. Oui , ma fille , j’en suis trèscoiitrarié.

EUPiiÉMiE. Et moi, j’en suis contente..

Si vous saviez combien ce mariage me déplaisait!

SOUPPLET, à pari. Ah ! c’est là sa fille. . . ma danseuse de tout-à-l'heure.

JADELOT. C’est singulier, ils ne sont plus là.

SOUPPLET, « part. Elle est fort bien.

JADELOT. Je croyais cepeudant les retrouver ici.

SOUPPLET. Pardon, monsieur.... vous cherchez quelqu'un , s.ans indiscrétion?

JADELOT. Uenis.irt et sa belle-sœur

nous venions prendre congé d'eux.

SOUPPLET. üéj.i ?

JADELOT. Mais puisqu’ils sont occtipés. . .

SOUPPLET. Du tout , je vais les prévenir... Iis seraient désolés de ne pas recevoir vos adieux, surtout après ce qui s’est jiassé entre vous.

PROSPER, caché. Ecoutons

JADELOT. Je vois que vous êtes dans la confidence.

LE CHAEITUI DIS IRTOSHiTIONS.

SOtpDLET. Cela ne doit pas tous étonner, je m’intéresse tant à ce pauvre Prosperl.. Et qui ne s'intéresserait à un jeune lioinme aussi recommandable?., un jeune lioinme qui unit aux dons de la nature , les bienfaits non moins estimables de l’éducation.

EtipHÊMiE.Tout le monde n’est pas aussi bien disposé pour lui !

JADELOT. Oui , les avi» sont partagés.

SOUFFLET. Ça m’étonne !

A» : Vaud€vUU de la Petite laur.

l)c lui vraiment comme de moi.

Je rvpomlrâttc ca conscience...

11 ne faut <|u'aTec défiance Aux Tains propos ajoater foi.

Car jasqu*ici la médisance,

La médisance

PTa pas même IrouTc moyen De citer un trait à sa honte...

De lui personne ne dit rien...

U n'eat tps'ttoe toîx sur son compte.

FROSPER , à part. Généreux ami !

JADELOT. Allons, francbeinent, TOUS exagérez un peu...

SOUFFLET. En aucune façon.... je ne vous ferai pas l’élt^e de toutes ses bonnes qualités... ça m’entraînerait trop loin....

Mais je puis vous assurer qu’un jour vous vous repentirez...

JADELOT. C’est possible... je ne dis pas le contraire... et je voudrais même qu’il fût encore en mon pouvoir... Mais , c’est bien difficile... et puis, je dois avant tout m’informer d’un autre jeune homme... ur il 7 a concurrence... On m’a offert im autre gendre...

EUPHÉMiE. Encore un autre... oh! que c'est ennuyeux !

JADELOT. Celui-là n’est pas à dédaigner.

D’abord, c’est le neveu d’un de mes amis.

SOUFFLET. Le neveu d’un de vos amis..

JADELOT. Vous, qui voyez sans doute beaucoup de monde... vous pourriez peutêtre me fournir déjà quelques renseigneinens...

SOUFFLET. Très-volontiers... et vous le nommez... sans indiscrétion ?..

JADELOT. Sou{q>lct de Courbeval...

PROSPER , à part. Ah ! mon Dieu !

SOUFFLET, il part. Qu’est-ce que j’apprends là ?

JADELOT. Son oncle m’en a dit un bien inlini.

SOUFFLET. Et il n’a fait que rendre hommage à la vérité... Je connais particulièrement ce jeune homme... et c’est un des sujets les plus remarquables de la génération actuelle.

JADELOT. Diable ! c’est bon à mvoir....

Malgré cela... je vous ravoueial.- entre

nous, j’aurais préféré l’autre... celui de Denisart... Cà m’allait mieux sous bien des rapports... et comme vous me le disiez tout-à-l’heure... on peut m’avoir mal informé... Car, enfin, vous qui le connaissez jMrfaitement, vous m’assures que c’est un brave garçon.

SOUFFLET. Sans doute!., un brave garçon dans un sens.... j’entends par-là que c’est un bon enfant.... Qu’csI-ce qui attt pas un bon enfant ?

JADELOT. En effet !.. c’est une qualité banale.

SOUFFLET. Très-banale !..

J.\DELOT. Mais , il en a d’autres ? A vous en croire , ce ne sont pas les bonnes qualités qui lui manquent.

SOUFFLET. Certainement, il en a un grand nombre , mais elles ne sont peutêtre pas d’un ordre supérieur.... Vous comprenez... des qualités vulgaires. Enfin, on n’a de lui qu’une idée médiocre...

JADELOT. c’est singulier , vous prétendiez tout-à-l’beure...

SOUFFLET. Précisément,

Aie de la Petite soeur.

Oui, chteun >’»ceorde en secret A le jnger sens indulgence ;

U ne donne saenne eepennee.

JIDILOT.

Poortant vans disiez qa'il pouvait Braver en tonte ciccooetaoce La medisance,

aovaPLiT.

C'est vrai... mais j'en conviens tout bas,

Si l'opinion qu’il aSronte De lui ne dit rien, c'est qo'hclas !

11 n'est qu’oDC voix sur son compte.

PROSPER, à part. Ah! le traître! si j’osais me montrer.

SOUFFLET. Je ne veux pas vous induire en erreur, par amitié pour lui, ce ne serait pas délicat. Et , puisque vous en êtes encore à chercher un gendre... je crois, en conscience , qu’il est facile de mieux choisir.

JADELOT. Il est vrai qu’il n’est pas riche... Pourtant, on soutient qu’il est assez habile pour faire fortune.

SOUFFLET. J’en serais enchanté... malheureusement, je l’en crois incapable...

Point d’audace, point d’ambition , mais, en revanche, beaucoup de préjugés... un , esprit étroit qui laisserait échapper des millions, pour garder ce qu’il appelle ses principes. . . Enfin un homme à convictions !

JADELOT, Il ne sait donc pas intriguer, solliciter ?

SOUFFLET. U n’y entend rien , le pauvre garçon!

JADELOT, à pmi. C’est bon 4 ntoir^'

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LE MAOAilM tSKATftàl*.

80UPPLET. Au point que, dcrnièreinent, une personne qui le protège lui avait fait obtenir du ravanceiiieut... une fort jolie place, ma foi! Eli Lien! il l’a refusée.

JAUELOT. AL! et pourquoi?

SOEI'PLET. Sous le prétexte frivole qu'un employé plus ancien y avait des droits... et la méiiiait mieux que lui.

EEPnÉMiE. Ce tiait-là n'est pas ordinaire.

soirriET. Moi, je trouve le procédé iiialhounéte, c’est dire au gouvernement :

• Vous commettez une injustice! vous préférez la faveur au mérite. » Ce qui est Uès-impertinent. En général, on doit toujours accepter une place... ne fût-ce que par respect pour le pouvoir établi.

l'itosPER , à /tait, niaudit Soupplet!. tu me lu paieras. ^

JADELUT, à part. Me voilà plus embarrassé que jamais... et maintenant je suis fàcbé que Denisart...

»8n88a9B«BB»8aae8»8aaB8»c8a«a»g«a8e— 8989»»

SCEJNE XX Les Mêmes , DENISART.

DEKISAHT , au fond. Voyons un peu où en est la conspiration ?

JADELOT, C apercevant. Eh! c’est lui...

ce cher ami! Ma foi, im peu plus tard, nous partions sans te dire adieu... Monsieur

nous a retenus.

DENISART. Il n’a jamais été mieux inspiré.

JADELOT. Sais-tu bien que les renseignemeus qu’il m’a donnés sur M. Prosper, ne sont pas du tout d’accord avec les tiens?

DENISART. Les miens? je croyais qu’ils ne devaient pas compter.

JADELOT. Soit! mais ceux de ta bellesœur?

DËNLSART. Ma belle-sœur ne dit jamais un mot de ce qu’elle pense... et cela, par une raison toute simple. C’est qu’elle ne pense jamais un mot de ce qu’elle dit.

JADELOT. Mais alors... si j’étais certain que monsieur ne m’eût pas trompé.

DENISART. S’il te faut encore un motif pour te déterminer... j’en ai un décisif...

et auquel tu ne t’attends pas : Prosper est amoureux de ta Glle.

ErHiÉMiE. De moi?

SOEPPLET . ù part. Un instant! ce n’est plus ça. (f/au/.) Pardon , monsieur Denisart, je suis désespéré de vous contredire, mais la vérité avant tout. Moi je suis sûr du contraire.

DENISART. \ous? cependant, c’est de lui que je le tiens.

SOUPPLET. Il est amoureux, c’est vrai!, mais d’une inconnue... une passion romanesque et sympadiique, dont il m’a fait l’aveu. Figurez-vous qu'Iiier, pas plus tard qu’hier, à l’Opéra...

EL'PUÉHIE. A i’Opéra?

SOUPPLET. Oui, à l’Opéra! c’est drôle !

il s’est enflammé comme un sot. Une jeune personne qu’il trouve dans une loge avec une femme âgée...

EiipnÉMiE. O ciel!

SOIPPLET. Sans doute quelqu’aventurière... ça ne peut être que cela!

DENISART. Qu’est-ce que vous ditesdonc?

C’était mademoiselle !

SOUPPLET. Mademoiselle!

JADELOT. Ma fille!

DENISART. Ils se sont retrouvés ici.. La destinée les poussait l’un vers l’autre.

JADELOT. Serait-il vrai!

EL'pnÉMiE. Oui, mon père!

SOUPPLET, à part. Je suis d’une bêtise amère.

DENISART. Je ne dis pas non... Il est temps de vous présenter le héros de l’aventure... Je cours le chercher.

PROSPER, s’avançant. C’est inutile, me voici, monsieur.

SOUPPLET , à pari. D’où diable sort-il ?

DENISART. Venez, jeune homme, venez accomplir les arrêts du sort.

JADELOT. Quoi! c’est monsieur?., qui m’a dit tant de mal de lui-même?

DENISART. Ca prouve sa modestie !

PROSPER. J^gnorais que mademoiselle fût votre fille.

EUPHÉMIE. Et moiquivoulaislerefuser!

JADELOT. Ce que c’est que de ne pas s’entendre !

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