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CHAPITRE II

D’après la Charte de Charité le chapitre général est établi avant tout pour traiter du salut des âmes, ordonner ce qu'il a lieu de retrancher de l’observance ou d’y ajouter, rétablir le bien de la paix et de la charité. Les explications qui suivent l'énoncé de ce principe ne sont que des développements de cette idée : correction des abbés, règlement des différents, entr’aide pécuniaire. On retrouve ici les caractéristiques des charités entre monastères antérieures à la fondation de Citeaux : union de prières, concorde, secours éventuel, comme aussi la réalisation d’une tentative plusieurs fois renouvelée, l’unité d’observances, poussée d’ailleurs à l'extrême ici, jusqu’à la correction mutuelle sur la base de la charité. Le chapitre général porte donc son activité à la fois sur les moines, en tant qu'individus, et sur l’ordre, en tant qu'organisme propre ; il exerce d’un côté un rôle spirituel, en qualité de supérieur, d’un autre côté un rôle formel, en tant que source du droit. Dans le présent chapitre nous étudierons le premier aspect de l’activité du chapitre général : son rôle spirituel. Nous verrons comment il s'exerce à la fois sur les membres du chapitre et sur tous les membres de l’ordre qu'il s’agisse de l’une quelconque des attributions spirituelles des supérieurs dans l'Eglise : prier, enseigner, Corriger.

Section ÎI

La prière

Dans toute l'Eglise et particulièrement dans les ordres religieux la prière est la première fonction d’un supérieur, la plus élevée et la plus efficace pour atteindre le but de la société que forment les fidèles, et particulièrement les religieux, l’obtention du salut. Nous devons donc commencer par exposer ce sujet. Il se ramène à l'étude de la liturgie du chapitre général, raison pour laquelle nous la traiterons rapidement.

La lecture des statuts des chapitres généraux montre l'importance que tous les religieux attachent à ce rôle liturgique. Il est une des raisons pour lesquelles on exige que tous les membres du chapitre arrivent à temps voulu : plus que la délibération la prière est nécessaire au bon fonctionnement de l’ordre, et ceux qui le dirigent ne sauraient faire œuvre utile sans lui donner, lorsqu'ils se réunissent, la première place. Bientôt les capitulants n’ont guère d’autre fonction : en effet le développement des attributions des officiers du chapitre, surtout des définiteurs, fait passer la préparation des statuts et le règlement des différents à des comités. Et cependant on exige toujours aussi impérieusement leur présence. Dans les ordres monastiques très étendus la participation aux cérémonies liturgiques est le rôle du plus grand nombre des supérieurs. La diminution de leur participation aux délibérations est pour quelques uns un prétexte à s'abstenir du déplacement annuel au cheflieu de l’ordre ; ils en sont punis. Mais la grosse majorité reste fidèle à l'obligation du chapitre général.

L'importance du rôle liturgique du chapitre général se marque par l'existence dans tous les ordres d’une assemblée générale nombreuse. Si l’ordre ne compte qu’un petit nombre de membres délibérants, les Prêcheurs par exemple, cette pauvreté est compensée par une plus grande abondance des non capitulants.

On peut aussi voir une marque de cette importance dans

le fait que Dom Martène traite du chapitre général parmi les rites monastiques.

Rappelons brièvement en quoi consiste le rôle liturgique du chapitre général. Dans tout l’ordre l'ouverture du chapitre est marquée par une messe conventuelle du Saint-Esprit. Au lieu du chapitre, après cette messe, l'assemblée générale se rend en procession dans la salle qui lui est réservée ; elle y chante le « Veni Creator » avec antienne et oraison. Chaque séance est commencée par l’« Adjutorium ». Au cours de la durée du chapitre on lit le martyrologe, le nécrologe, divers passages de la règle et des constitutions. Vers la fin se fait la commémoration solennelle des défunts de l’annéet, l’absolution des âmes recommandées, la prière pour les vivants avec l’oraison pour le pape, pour l’empereur, pour le roi, etc., l’absolution solennelle et la bénédiction des capitulants. Le « Te Deum » termine le chapitre.

Section Il L'instruction

Après la prière, l'instruction est nécessaire, tant pour les supérieurs que pour les sujets. Il faut connaître la règle, l’apprendre, la méditer pour la bien pratiquer. Mais la règle n’est que la mise en œuvre d’une loi plus générale, commune à tous les fidèles, loi dont il faut également être imprégné. L'enseignement s’adresse donc aux membres du chapitre sénéral, aux membres de l’ordre, accidentellement au siècle ; il porte sur la religion en général, et plus particulièrement sur la loi propre des religieux.

De la religion en général les membres du chapitre sont instruits, non seulement par l’accomplissement des cérémonies liturgiques, mais aussi par des sermons. Saint Bernard fut sans doute chargé de tels sermons ; on ne peut cependant pas fixer à partir de quelle époque ils devinrent d’un usage courant. En tous cas un sermon était tradition-

1. A Artige, la commémoration des défunts se fait au cimetière : Estiennot, p. 309.

nellement prononcé le troisième jour par un abbé que choisissait l’abbé de Citeaux. D’après les statuts des chapitres bénédictins, notamment ceux des provinces anglaises et de la province de Toulouse, on voit qu'à chaque réunion les capitulants ont soin de désigner celui d’entre eux qui sera, la fois suivante, chargé du sermon. Chez les Mineurs ! au XIVe siècle, s’introduit l'habitude de faire parler devant le chapitre les maîtres de la province, d'organiser des joutes oratoires à la fois dans le but d'encourager et contrôler les orateurs et d’édifier les capitulants.

De la règle, les capitulants sont encore mieux instruits. A Citeaux le jour de l'ouverture du chapitre sont lus : le chapitre XIV de la Ve distinction des Institutiones : « qualiter se habeant abbates in capitulo generali », la Charte de Charité, les statuts de l’an précédent. Ainsi les abbés peuvent-ils se retremper de l'esprit de leur ordre au moment de traiter des affaires qui le concernent. Le second jour un abbé lit le chapitre de la Sainte Règle : « qualis debeat esse abbas » et l’abbé de Citeaux explique le passage; tel est le prélude à la correction des supérieurs. La correction des fautes elle-même constitue un enseignement, par l'imposition d’une peine au délinquant et par la crainte de cette peine pour les autres. A la fin du chapitre les nouvelles définitions sont lues, afin que nul n’en ignore. Leur préparation constitue aussi un enseignement dans les ordres où un grand nombre de définiteurs y prennent part.

Il ne suffit pas que les supérieurs soient instruits. Ils ont charge d’âmes, et ces âmes ont besoin, comme eux, de connaître la religion qu'elles pratiquent et les règles qu’elles suivent. Ÿ satisfaire est une des fonctions fondamentales du supérieur. Le chapitre général y pourvoit dans une certaine mesure. Il impose en effet aux capitulants de prendre avec eux les définitions et de les faire connaître. Dans les ordres monastiques chaque abbé, ou prieur, rapporte les définitions dans son monastère. A l’origine il se contentait de copier celles qui se référaient à la vie religieuse et celles qui concernaient spécialement sa maison. Ce n’est qu’assez tard, au début du XIVe siècle environ, et peu fréquemment

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