‹ Le Chapitre Général Jusqu'au Moment Du Grand SchismeChapitre 15 sur 191 · P.L., t. 137, col · texte numérisé non relu

P.L., t. 137, col

La restauration de l'empire se produit donc au moment d’un renouveau de la vie monastique, comme de toute la vie religieuse (celle-ci d’ailleurs en retard sur celle-là), limitée au début à une zone assez étroite mais quis’étendra. Deux forces s'élèvent à peu près à la même époque. Elles ne tardent pas à se conjuguer.

En effet Jean XIII, dès 968, nomme l’abbé de Fulda primat des abbés de Germanie et de France, et en 969 ïl lui donne le pouvoir de « consilium habendi », c’est-à-dire, sans doute, de réunir les abbés sous sa présidence 1.

Quelque temps après, en 973, Adalbéron de Reims tient à Mont-Notre-Dame le synode provincial. On y décide des réunions périodiques des abbés de la province et on fixe le lieu et la date de la première, qui sera présidée par Raoul de Saint-Rémy, établi chef et primat. En même temps le synode censure le luxe du vêtement, mais la réforme des autres points est laissée à des réunions particulières, « nostris conciliis in privato »?.

Ce synode introduit dans la province deux nouveautés : la réunion périodique des abbés et la primatie de l’un d’eux. Nous ne savons pas ce que furent ces assemblées, ni combien de temps elles fonctionnèrent, mais il semble, si elles eurent lieu, qu'elles aient été semblables à ce qu’on appellera plus tard le chapitre provincial. Que pouvaient en effet discuter ces abbés si ce n’est le bien commun des monastères, leur prospérité matérielle et la perfection spirituelle des moines ? D'autre part la supériorité donnée à l’un d’eux en tant que président lui confère le devoir de réunir les assemblées, de sanctionner les abstentions, de surveiller l'exécution des décisions, et peut-être, de réprimer les abus.

Il y a dans les décisions de Jean XIILet dans celles d’Adalbéron quelque chose de particulièrement intéressant, non par leurs conséquences, que nous ignorons, mais par leur cause. Si les textes qui établissent la primauté de l’abbé de Fulda ne sont pas des faux il convient peut-être de voir en eux l'œuvre indirecte de l’empereur plus que celle du pape.

1. Berlière, Mélanges d'histoire bénédictine D:109 2. Berlière, Mélanges d'histoire bénédictine, p. 55.

D'autre part, la nomination d’Odon de Cluny par le patrice Albéric au titre d’archiabbé de tous les couvents romains ! a-t-elle exercé une influence dans cet ordre d'idées ? Il faudrait de plus mieux connaître les rapports de l'empereur avec les moines clunisiens pour arriver à quelque conclusion sur ce Sujet : qu’on n'oublie pas l’action de sainte Adélaïde, fille du roi de Bourgogne, femme d’Otton. En tous cas la primauté de l’abbé de Fulda découle d’un désir d’unification et de la volonté de maintenir la discipline.

Que penser maintenant de l’œuvre d’Adalbéron ? A-t-elle un rapport avec le fait précédent ? Sans doute procède-t-elle d'idées semblables ; elle en est soit la conséquence, et l’adaptation dans un cadre plus restreint, soit limitation. Ou bien faudrait-il y voir un acte de politique ?

Au moment où un zèle nouveau se propage dans les monastères nous assistons donc à l’établissement de deux groupes de réunions périodiques entre abbés, avec institution de l’un d’eux comme président. C’est un moyen de maintenir la discipline. En ce qui concerne la province de Reims il dérive du synode, dont il semble former une section appelée à devenir indépendante.

D'ailleurs la décision d’Adalbéron, loin de se présenter seule de son espèce, entre dans le problème général de la participation des abbés aux conciles et aux synodes. Cette participation est attestée par une constitution impériale de 376, passée dans la « Lex Romana Wisigothorum, » et par le Code théodosien, dont le fragment XVI-2 c.23 a été inséré dans le Bréviaire d'Alaric. Les abbés n’ont pas originairement un droit à siéger au synode, mais l'évêque peut y convoquer tout moine (concile de Mayence 847, c. 14); il peut même rassembler une fois l’an tous les abbés au lieu de son choix (concile d'Orléans 511 c.19). Certains conciles fixent la date de ces réunions : par exemple un concile d'Auxerre entre 573 et 603 (c.7) l’établit aux kalendes de novembre, celui de Vernon 745 (c.4) à celles d’octobre. Sans doute les abbés ne participent-ils pas au synode en tant qu'abbés, mais parce qu’en fait ils ont une puissance ;

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