CONCLUSION
Cette étude est bien incomplète. Nous avons dû, dans un sujet aussi vaste que celui que nous nous étions proposé, nous contenter simplement de noter quelques faits et quelques idées. Et même dans ce que nous avons exposé il y a bien des imprécisions et des lacunes. C’est que le chapitre général n’a pas encore beaucoup attiré l’attention, et jusqu'ici il a plus intéressé les historiens que les canonistes. Il y a de nombreuses recherches à faire, non seulement dans les statuts des chapitres généraux qui constituent une source abondante de renseignements, mais sur le chapitre général lui même, comme sur tout le droit monastique.
Nous pensons cependant avoir tant bien que mal laissé comprendre que chapitre général et ordre sont deux institutions liées ensemble, celui-ci étant un mode d’union entre maisons religieuses et celui-là un organe de cette union.
Ordre et chapitre général sont des idées si peu étrangères à l’organisation des religieux que nous les trouvons indiquées aux débuts du monachisme comme un moyen de maintenir la discipline. L’étatsocial, politique, économique, intellectuel de POccident du VIe au XIIe siècles fait sentir aux moines soucieux de sauvegarder leur indépendance et l’exacte observation de la règle la nécessité de l’union, en même temps qu’il la rend difficile à organiser. Mais lorsqu'un peu d’ordre commence à renaître, la sainteté des réformateurs se rencontre avec le régime féodal et avec l’immunité pontificale pour produire une union si étroite qu’en apparaissent bientôt tous les inconvénients. En réaction contre Cluny et par suite de son propre développement naturel, Citeaux arrive à un système plus souple : celui du chapitre général.
L'influence cistercienne l’introduit dans les ordres simi-
laires, Prémontré, les Chartreux, etc. puis dans les anciens groupes bénédictins. Les frères prêcheurs l’adoptent, et à leur suite tous les ordres mendiants. Les papes l’imposent à ceux qui ne le pratiquent pas encore. Le chapitre général devient une institution normale des religieux, qui d’autre part font presque tous partie d’un ordre ou d’une congrégation.
L'histoire du chapitre général jusqu’au Grand Schisme nous fait donc assister au développement de l’organisation des religieux, développement parallèle à celui de la vie politique, mais un peu en avance sur lui, comme au développement de la monarchie pontificale. Elle nous montre comment les ordres en se centralisant se sont nettement distingués les uns des autres, formant ainsi divers groupes» qui pour être unis devant les mêmes menaces, n’en vivent pas moins séparés les uns des autres, troupes rivales entre elles mais toutes attachées d’autant mieux au service du Souverain Pontife qu’elles se rendent plus indépendantes de la juridiction épiscopale. On ne saurait nier l'intérêt du chapitre général dans l’histoire de l'Eglise.
A-t-il d’autre part atteint le but de son existence ; s’estil révélé utile ? Sans doute ne change-t-il pas l'esprit d’un groupe religieux ; il est établi non pas pour innover, mais pour maintenir la ferveur, ce que constatait Henri de Faultrières disant des statuts du chapitre général : «le nouveau n’est que l’explication et le complément de ce qui est déjà bien connu ». Néanmoins il introduisait dans l’organisation d’un ordre quelque chose de nouveau, un corps qui devient le véritable chef du gouvernement intérieur de l’ordre.
De la lecture des statuts il ne faudrait pas conclure que le chapitre général ne jouissait en fait d’aucune autorité. Ils comprennent certaines formules qui sont de véritables clauses de style; ce qui se réfère à des manquements à la règle est sans doute abondant mais il ne faut pas perdre de vue que le chapitre général ne note que le mal; on n’y trouve jamais de compliment ! Nous pouvons cependant constater que toujours les mêmes fautes se renouvellent,