CHAPITRE GÉNÉRAL D'UNE ABBAYE ET CHAPITRE GÉNÉRAL D'UN ORDRE
Les deux formes principales d’union entre monastères, fraternité et union réelle, conduisent au chapitre général proprement dit, ou chapitre général d’un ordre, d’un côté par le resserrement des liens entre monastères, de l’autre côté par la dispersion de la responsabilité. Il y a possibilité d’une évolution logique. Mais en réalité la naissance du chapitre général proprement dit est due au fait de la réaction cistercienne contre Cluny, introduisant à la fois une nouvelle conception de l’ordre religieux et du chapitre général. Pour comprendre l'apparition de ce nouveau chapitre général il faut donc étudier l’organisation de Cluny et les débuts de l’ordre cistercien. Ce sera l’objet de deux
sections.
Section I
Cluny
Nous venons de voir que l’organisation monastique ne présente guère d’union institutionnelle entre abbayes mais des réformes temporaires, et que le facteur économique tient une place importantedans leur vie. À Cluny, le courant de réforme se combine avec l'élément économique de la féodalité, qui, elle, est aussi, politique et sociale. Ces deux
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éléments nous conduisent à une union très étroite que nous exposera l'étude des débuts et de l’organisation de l’ordre. Cependant le système n’est pas parfait : il provoque des réactions qui nous révèlent ses défauts.
Au commencement du Xe siècle, Guillaume d'Aquitaine, soucieux de fonder un monastère dévot et prospère, donne à Bernon sa terre de Cluny et confie la fondation à la protection pontificale ; à Cluny viennent donc douze moines de Baume, où fleurit la discipline selon les usages fixés par saint Benoît d’Aniane.
Ce nouveau monastère n’est pas isolé. La réforme s’est également implantée à Déols, à Massay, à Gigny, à Saint- Martin de Tulle, partout sous la direction de Bernon. En 926, cet abbé place Widon à la tête de Baume, Gigny et Tulle, Odon à la tête de Cluny, Déols et Massay, établissant ainsi deux unions personnelles. De plus dans son testament il déclare que Widon et Odon devront maintenir l’union entre eux, suivre les mêmes usages. C’est donc une charité complétée par une communauté des observances. Ils devront aussi veiller simultanément au maintien de la discipline : la charité est poussée à l'extrême entre ces abbés voisins puisque Bernon établit une surveillance et une correction mutuelles. «Bernon restait fidèle à la pensée maîtresse de saint Benoît d’Aniane : unité d'esprit et conformité d’observances dans les monastères, lien de charité et assistance mutuelle entre eux. Ce n'était pas un groupement hiérarchique, mais c'était déjà un embryon de congrégation »1.
On sait le rôle joué dans l’église par saint Odon et son prestige, comme aussi le développement de Cluny. Nous ne ferons pas l'historique de toutes les maisons qui se sont placées à l'ombre de Cluny. Notons simplement qu’en deux siècles Cluny réforme Subiacco, Saint-Denis, Saint- Vannes, Mont-Cassin, Cluse, etc.; un Clunisien, Alferius, fonde en 980 la Sainte-Trinité de la Cava qui devient la tête d’une congrégation; en 1003, saint Guillaume établit à Fruttuaria une autre congrégation ; de même à la Chaise-