I. Saint Bernard et la province de Reims
L'émulation créée par le rapide développement de Citeaux et par sa splendeur, l'attrait de la nouveauté, le désir de bien faire devaient conduire bien des moines à «s’envoler du vieux Testament et de l’ombre de Cluny à la pureté de Citeaux », au moins, à introduire chez eux cette pureté, c’est-à-dire, puisqu'il est plus facile de réformer l'extérieur que l’intérieur, à commencer par adopter les coutumes de Citeaux. N'était-ce pas le procédé de tous
1. Cf., Berlière, « Les origines de Citeaux et l’ordre bénédictin », in Revue d'Histoire Ecclesiastique. 11, p. 253.
les réformateurs ? D'ailleurs que les abbés n’aient pas de scrupule à ce sujet, saint Bernard les justifie par son apologie à Guillaume de Saint-Thierry !.
Or, le début du XIIe siècle est marqué dans la région de Reims par une grande ferveur de la vie monastique. « Tous ces monastères, peuplés d’excellents religieux, d’abbés instruits autant que vertueux, se prêtent un mutuel appui, Appelés à prendre la direction de diocèses, quelques uns de ces abbés, tels qu'Alvise d’Arras, Godfroid de Châlons, Anselme de Tournai, Odon de Courtrai, continueront avec plus d'autorité leur action bienfaisante et rendront à l’ordre monastique une vigueur nouvelle »?, Ce mouvement coïncidait avec la création en Bourgogne, puis en Champagne de l’ordre cistercien ; celui-ci ne fit que l’encourager, principalement par l’action de saint Bernard qui se maintient en rapports continuels avec ces abbés, qu'il traite souvent d’amis, tels Godfroid, abbé successivement de Saint-Thierry et de Saint-Médard avant de monter sur le siège de Châlons, et Guillaume, abbé de Saint-Thierry avant sa retraite à Signy. Beaucoup de ces abbés souhaïtent imiter l’ordre nouveau et supportent mal les anciennes observances. Saint Bernard les exhorte à la patience et au zèle 3.
En 1131 la plupart de ces abbés se rencontrent, avec saint Bernard, au concile de Reims. Il est fort probable qu’en cette occasion ils décidèrent la tenue annuelle d’un chapitre commun, qu'ils furent encouragés en ce sens par Innocent IT et par l'archevêque Renaud de Martigné 4. Ils s’accordent à diminuer l'office et les solennités, à renforcer le silence, le jeûne, l’abstinence. Le Cardinal Matthieu d’Albano, légat pontifical, réformateur de la discipline bénédictine, mais aussi fidèle défenseur de Cluny, s'oppose à ce projet. Ce n’est pas sans raison car ce chapitre bénédictin de la région de Reims comprendrait un certain nombre de Clunisiens qui se soustrairaient ainsi à l’obédience de