Cf., S. Benedicti, Regula, ch. VI
2. Cf., Nicée, 325, c.55-56; Chalcédoine 451, c.4; Agde, 506; Orléans, 511 ; Epaone, 517, etc.
3. L’exemption est une matière assez mal connue. On trouvera une étude générale de la question dans Vendeuvre, de qui la thèse, déjà ancienne, laisse à désirer. Des monographies ont été entreprises par MM. Mahn sur Citeaux, de Valous sur Cluny, Lemarignier sur la Normandie.
ci fasse respecter les droits de l’évêque ! ou qu'il accorde des diplômes d’immunité, auxquels correspond, de la part de l’évêque, le privilège de libre administration des biens, la prépondérance du métropolitain, le développement des rapports avec Rome par la protection de Pierre, par la Collaboration des papes et des moines à une même œuvre, par l'extension de l’hégémonie du Souverain Pontife.
Les monastères se rendent donc indépendants de l’évêque. Or ils ont à lutter à l’intérieur contre le refroidissement de la ferveur, à l'extérieur contre les entreprises du siècle. L’activité de leur supérieur ordinaire se trouvant en défaut ils sont amenés à chercher un remède, qu'ils trouvent dans l’union, à quoi peut aussi conduire la communauté d’intérêts, et le désir d'unité. Le problème est donc d'organiser le meilleur système d'union. Les circonstances ont fait que l'union a trouvé, au début du XIIe siècle, sa perfection dans l’ordre conçu par Citeaux, ordre dans lequel le chapitre général assure un lien à la fois suffisamment étroit et suffisamment souple. Ainsi était établie une organisation qui parait en même temps aux difficultés d’une administration directe des monastères par le Souverain Pontife ou ses légats 1.
Nous avons donc à rechercher, dans l’histoire monastique, les origines du chapitre général. A part une courte indication sur l'Orient nous bornerons notre étude à l’Occident, et nous verrons que le problème d’une union entre monastères ne s’y pose guère avant le VIIe siècle. D'autre part, sa réalisation dépend en très grosse partie des circonstances. Il nous faut indiquer celles-ci.
Sans entrer dans tous les détails de l’histoire rappelons succinctement que les tendances générales en Occident du VIIe au XIIe siècles se divisent en deux grandes périodes séparées par la réforme grégorienne. Nous sommes d’abord dans une époque de dislocation générale, à part quelques tentatives de reconstitution de l'empire romain, dont l’idée
1. Cf., capitulaire de 802. L'activité des missi est une diminution du rôle de l’évêque, qui est pour ainsi dire mis en tutelle.
2. Une étude serait à faire sur le gouvernement des monastères par le Souverain Pontife, notamment sur le rôle des légats aux x1-xrr° siècles et des délégués apostoliques dans les siècles suivants.
semble synonyme d'ordre et de paix. Mais peu à peu s'opère un tassement dans les cadres multiples et étroits de la féodalité, jusqu’au moment où l’ordre étant suffisant on pourra songer à de nouvelles universalités.
D'ailleurs il ne faudrait pas être trop absolu. On pourrait aussi considérer que la dislocation, pour les monastères, s’arrête à saint Boniface ; à partir de la réforme dont il est chargé en Gaule existe un courant qui ne disparaît jamais bien qu’il soit parfois très mince. Il s’amplifie à partir du début du Xe siècle et c’est de lui que sortira la réforme générale de l'Eglise.
Suivant cette dernière idée nous aurions à marquer un tournant en 742, alors qu'il faudrait le placer en 1048 d’après la première idée. Ces dates, par rapport à l’ensemble des événements et à l’histoire des institutions, sont l’une un peu hâtive, l’autre un peu tardive. Nous prendrons un moyen terme, la date de la fondation de Cluny, 910. Nous aurons donc deux chapitres. Le premier, sous le titre «unions entre monastères et chapitre général d’une abbaye », nous montrera comment du monastère isolé on est arrivé à une certaine forme de groupement, correspondant à l’objet de notre étude. Le second, intitulé « chapitre général d’une abbaye et chapitre général d’un ordre », nous fera assister au passage d’un système à un autre, à la naissance du chapitre général proprement dit.