UNIONS ENTRE MONASTÈRE ET CHAPITRE GÉNÉRAL D'UNE ABBAYE
L'institution du chapitre général répondant à un besoin permanent nous devons rechercher s’il n'apparaît pas dès le début de la vie monastique, et, s’il n’existe qu'à une certaine époque, à montrer ce qui l’a empêché jusqu'alors de se manifester, comme ce qui le lui a permis. Nous avons par conséquent à étudier le monachisme, dans ce chapitre, jusqu’au Xe siècle, c’est-à-dire pendant une période de désorganisation à peu près constante. Aussi notre exposé se ressentira-t-1l de la confusion des institutions : nous ne pouvons pas faire de divisions méthodiques, nous devons suivre l’histoire. Cependant pour mettre un peu de clarté, nous rattacherons les faits à quelques idées. Nous examinerons successivement : le début de la vie religieuse et la vie cénobitique en Orient ; les moines irlandais ; le rôle des abbés voisins ; l’unité par l’adoption d’une même règle, des mêmes coutumes, par la réforme ; le monastère dans la vie féodale : unions personnelles, unions réelles, fraternités. Nous pensons pouvoir ainsi montrer que les monastères sont toujours restés isolés, jusqu’à l’époque féodale, où certains se groupent soit d’une façon très lâche, sur le pied de l’égalité, par les fraternités, soit d’une façon étroite, par sujétion, dans le système des celles, système où s'établit le chapitre général d’une abbaye.
Nous ne suivrons pas à la lettre ce Clunisien qui, disputant avec un Cistercien, déclare : « Il y a deux genres de
moines, celui des ermites et celui des cénobites. Les ermites imitent Elie et Jean-Baptiste. Les cénobites, eux, imitent les apôtres. Donc, d’après Isidore, les apôtres étaient des moines cénobites 1». Il n’en est pas moins vrai que la renommée des premiers ermites ne doit pas nous faire négliger l'examen des communautés réunies dans les villes autour des premiers évêques. Certains chrétiens dès le début se sont voués à Dieu pour se consacrer aux œuvres de charité, à leur sanctification personnelle, à la vie intérieure et à la prière 2. Nous savons qu'à Jérusalem, après la Pentecôte, des chrétiens pratiquent une vie telle que leur confrérie peut être comparée à un groupe de religieux. Ils sont décimés en 70, lors de la prise de la ville; les survivants se réfugient à Pella 5. C’est sans doute le premier exemple de vie cénobitique. Il est intéressant pour nous de le signaler car par le très grand nombre de ceux qui devaient le composer, il nous présente quelque chose qui dépasse le simple monastère : dans un certain sens ce serait déjà un ordre, dirigé par les apôtres et leurs successeurs, avec un comité d’administrateurs.
Cette remarque faite, non pour lui donner une importance capitale mais plutôt la valeur d’une simple tendance, nous devons en venir aux pères du désert, sur le compte desquels nous sommes mieux renseignés.
Lorsque la vie érémitique envahit l'Egypte les solitaires ne vivent pas absolument séparés les uns des autres. Ils «se réunissent à l’église les samedis et les dimanches pour les synaxes, pour la célébration des saints mystères et la participation aux sacrements : ils reçoivent des instructions communes. Ceux de la Basse Egypte, à l'Ouest du Delta, vers le désert de Lybie, sont groupés en cinquante tabernacles avec administration centrale. Même les solitaires de Kellies ont leurs réunions aux jours de synaxes … de même au Sinaï »4,
Plus tard les anachorètes de saint Antoine se rassemblent
1. Martène, Thesaurus Novus, t. V, col. 1619. 2. Actes des Apôtres, ch. IV, v. 34-35-VI, 1 et suiv. 3. Leclercq, L'ordre bénédictin, DS: