Berlière, Mélanges d'histoire bénédicline, p
ce crée une solidarité entre tous les disciples de saint Patrick et de saint Columba.
Chassés de leur pays, les Bretons s’implantent dans l'Armorique, les grandes abbayes sont nombreuses ; leur supérieur est évêque. D'autres monastères, d'importance moindre, et des ermitages se constituent un peu partout. Ils sont unis entre eux, non par une institution mais par une affinité du fait de leur nombre et de la proximité sur un territoire propre, de leur origine commune et de leur émigration, de leurs coutumes particulières, relatives notamment à la tonsure et à la date de Pâques, de leur caractère indépendant, assez austère et intransigeant. Leur isolement vis-à-vis des autres chrétiens amène à les considérer comme un groupe particulier, alors même qu'ils ne constituent pas un corps unique.
De semblables traits marquent les établissements de saint-Columban d'Annegrav, Luxeuil et Fontaine.
Les disciples de Columban peuplent des monastères de plus en plus nombreux. L'extrême rigueur du début se tempère quelque peu en même temps que l'organisation du monastère se complète sous l'influence bénédictine. Au milieu de tous ces monastères, Luxueil fait figure de chef, non pas qu'il ait autorité sur les autres, mais « Comme une sorte de centre pédagogique pour les vocations ». Il v a plus : saint Eloi fonde à Solignac un monastère dont l'abbé et les frères peuvent « toujours être châtiés, de loin, par l'abbé de Luxueil »!, Le cas de Solignac semble unique et de faible importance : il atteste simplement le désir de maintenir la discipline et plus encore peut-être d'étendre sur la nouvelle fondation un peu du prestige et de la sainteté d'un monastère particulièrement célèbre.
A ce moment la règle de saint Benoît s'était répandue. Là encore nous ne trouvons aucune idée d'ordre. Saint Benoît n'envisage que ses moines ; il ne parle pas d'autre chose. Les moines renoncent au monde, qu'ils n'aient avec lui que des rapports exceptionnels, qu'ils forment un groupe autonome. Sa prudence cependant l'empêche de séparer
1. G. Goyau, Histoire religieuse de la Nation Française, p. 108.
ses fils de l'Eglise : une grande liberté leur est nécessaire : elle ne doit pas aller jusqu’à permettre au vice de se donner libre carrière.
Il prévoit l'intervention d'étrangers dans l'élection de l'abbé : « In abbatis ordinatione illa semper consideretur ratio, ut hic constituatur quem sibi omnis concors congregatio, secundum timorem Dei, sive etiam pars quamvis parva congregationis saniori consilio elegerit. Vitae autem merito et sapientiae doctrina eligatur qui ordinandus est, etiam si ultimus fuerit in ordine congregationis. Quod si etiam omnis congregatio vitiis suis (quod quidem absit) consentientem personam pari consilio elegerit et vitia ipsa alaquatenus in notitiam episcopi, ad cujus diocesim pertinet locus ipse, vel abbatibus, aut christianis vicinis claruerit, prohibeant pravorum praevalere consensum et domui Dei dignum constituant dispensatorem, scientes pro hoc se recepturos mercedem bonam s1 illud caste et zelo Dei faciant, sicut e contrario peccatum, si negligant.… »1, Donc si l'élection ne réussit pas ou si elle confère la charge abbatiale à quelque moine indigne, l'ordinaire du lieu, ou bien des abbés voisins, ou d’autres chrétiens ont le devoir de nommer l'abbé.
Cette disposition de la sainte Règle est reconnue par le concile de Carthage (536) qui interdit à l’évêque de s’immiscer dans l’élection abbatiale mais confie aux abbés voisins le soin d’examiner et juger les difficultés éventuelles. Cependant si le scandale persévère le primat connaîtra de toute l'affaire. Le concile de Tours (567) va plus loin : il s’occupe non seulement de l'élection de l'abbé, mais aussi de sa déposition. Dans un cas comme dans l’autre l’évêque doit recourir au conseil de tous les abbés, de son diocèse vraisemblablement (c.7). Et plus tard, vers 1070, il sera prévu dans la charte de fondation de Chastenoy que si l’abbé ne remplit pas ses obligations et si l'abbé de Molesmes, de qui il dépend, le laisse faire, l’évêque examinera les plaintes avec le concours des abbés voisins. En 1148 Wibo de Stavelot, aidé de coabbés, cherchera à empêcher