CHAPITRE IX
LK YIKUX POLONAIS
ï.c <niai (lovant le ChîUeaii. La voilure ilerEinpereur passe à loiiUi allure, escorléc d'une l'ouïe iinniense, (jui galope, (|ui crie, (pii pleure. Il y a du délire, de Texlase dans les acolainalions. 1*ai:l. au Tond du landau, salue, avec les •^l'ands ^osl(».s d'un ténor rappelé pour la vin^'t-septième lois, ol (jui n'en peut plus. Il est radieux. Par contre, les Irois personnages en uniforme (pii raccompagnent, sont giavcs, |)âles, et semblent mal remis encore d'une i-écente, d'iuie violente émotion.
La voilure lonce dans la cour. Le poste, pris au dépourvu, n'a pas le temps de rendre les honneurs. J-.e porte-éten- «lard, (|ui voudrait au moins présenter les couleurs au Souverain, s'en? barrasse les jambes dans le manche de son diapeau et s'étale par terre tout de son long.
Halte devant l'enti-ée des a[)parlemenls privés de S. M. l'Impératiice. A terre. L'escaher (juatre à (|uatre. Paul bouscule les chambellans, les huissiers ahuris, et fait invasion dans le cabinet d'ÀNNA.
I^lle est étendue. Llle travaille bourgeoisement à des raccommodages maternels.
l^AUL, (jn'i (lurail Inni voulu inénuf/rr un f'fff^t-, /nais f/ui csf conu/w ^^^' vnjanls, <iu\ Idcho toujours les rji'a)i(lrs nourri/fs Unit iCun coup, — Jc viens d'ùlre Fubjct d'un attentat 1
170 Lli CHAR DE L'iiTAT
Anna, jetant un cri terrible, — Ah!... [Elle se trouve mal.)
Paul. — x\.llons bon î [Il lui tape dans les mains.) Annette!... [fl lui fait respirer son fiacon, elle rouvre les f/eu:c.) Mais qu'est-ce que c'est'? Voulezvous bien ne vous point laisser aller comme ça! Je viens d'être Fobjet d'un attentai... de la part du vieux Polonais!... Vous le savez, chaque fois que des nuages s'accumulent à Thorizon, chaque fois qu'il convient de détourner l'attention publique ou de fouetter les enthousiasmes paresseux, une bombe opportune éclate sur mon passage. En cherchant bien, on retrouve quelques débris du pétard, et un morceau du journal qui l'enveloppait, où sont écrits ces mots au crayon bleu : Cette fois-ci, je ne raterai pas Votre Majesté. Signé : Un vieux Polonais.
x\nna, respirant un peu mieux. — Ah !...
Paul. — Aussitôt, des manifestations de sympathie se produisent, dans ma Capitale d'abord, puis dans tout mon Empire, enfin à l'Etranger. Et do fait, je viens d'être acclamé comme jamais. Avec une spontanéité! On sentait bien que cela n'était pas réglé par les chefs de chœur de ma police.
Anna, le pressant entre ses bras. — Cher Paul...
Paul, tout rmu. — Chère Anna...
Anna. — Donnez-moi quelques détails.
Paul. — C'est à l'extrémité de notre pont Anna- Paul que la chose a eu lieu. A cet endroit, il y a un écriteau : Tournez au pas. Comme nous devons l'exemple à nos sujets, nous donnons toujours l'ordre (|ue nos chevaux eux-mêmes prennent le pas.
LE ClIAU DE I/I:TAT
Anna. — C'est imprudent.
Patl. — Que voulez-vous? On ne peut pas ioujours liler comme si on étîiil poursuivi. Mais vous avez raison, c'est imprudent. La preuve... Le pont communique avec la berge i)ar un petit escalier tournant. Cet escalier est interdit au public, et fermé par une grille, mais le tondeur de chiens, <|ui a sa cabane au bord de Teau, détient une clef
la grille.
Anna. — Pensez-vous que le tondeur de chiens soit c()m[)lice ?
al:l.
(.'est un de nos aijrents... Au moment
où mon landau était quasi arrêté au bord du trottoir, la grille s'ouvrit brusquement et un homme de mauvaise mine surgit. 11 lan(;a dans ma voiture un objel, qui tomba sur les genoux du maréchal de la cour })lacé en face de moi. Celui-ci perdit la boule et se mit à pousser des cris affreux. Moi. j'avais vu tout de suite de quoi il retournait. J'avais reconnu la classi(jue boite de sardines. Vous comprenez, nous autres, (|uand on nous jette au nez une boîte de sardincîs, nous savons ce qu'on nous v(Mil. N'écoutant alors qne mon courage...
Anna. — (Vest admirable !
Pai:l. — Je saisis Tengin entre le pouce et Tinde\...
Anna. — Iule misérable, pendant ce temps-là?
Pml. — il avait lran(|uillement refermé la grille sur lui. et il redescerulait l'escalier sans être inqniélé... Je saisis l'engin entrer le pouce et l'index, et le r(\jetai par-dessus le parapet du pont. 11 lit
explosion en Tair. Cela fut môme assez joli. Une pièce cVarlilice.
Anna. — Mais s'il avait fait explosion trop tôt?
Paul, onidiant sa calcilie. — Je me serais un peu roussi les cheveux... On avait évidemment compté sur ma présence d'esprit bien connue et sur la promptitude dé mon geste... {Achevant son rrcit.) Sur ce, fouette cocher, « Yive Paul! » et me voilà. Ce n'est pas encore cette fois-ci que le vieux Polonais aura ma peau.
Anna, oncoro un prit oppressée, — Ahl... {Un (jrand soupir.)
Paul. — Les ministres se sont immédiatement réunis en conseil de cabinet. Ils délibèrent chez le ministre de l'intérieur au sujet des mesures à prendre. Après quoi ils viendront ici tenir une courte séance en ma présence. [On gratte à la porte, L huissier introduit un chambellan.)
Le Chami^ellan. — Sire... Mais avant tout, me sera-t-il permis de dire à Voire Majesté tout ce que j'éprouve?... [Il pose une main sur son cœur.)
Paul. — Nous en sommes touché, monsieur.
Le Chambellan. — Sire, on a disposé des registres chez les portiers du Château. Des gens de toute condition veulent signer. C'est un spectacle attendrissant. 11 y a des femmes qui pleurent.
Paul. — Vous prendrez soin qu'on mette ces registres sous nos yeux. Nous tenons à lire nousmémo les noms, tous les noms de ces braves gens. Aucun témoignage... et je vais sans doute en rece-
voir des milliers... U n'est pas encore arrivé de ■ dépêches '?
Le Chambellan. — Non, Sire.
Paul, rcprcuanf, — ... Aucun témoignage, de si haut qu'il parle, ne me sera plus précieux que ceuxlà... Je ne veux pas quitter Tlmpératrice, qui est encore bouleversée. Je recevrai donc ici les personnes qui souhaiteraient me voir et qui auraient qualité pour cela. Vous veillerez à ce que les facilités nécessaires leur soient données pour pénétrer jusqu'à nous.^
L'n autue Chambellan, .s^ faisant introduire, — Sire, Votre Majesté daignera-t-elle recevoir une délégation de la Chambre des Seigneurs, qui est chargée de vous présenter une adresse?
Paul. — Oui. Mais je ne peux pas les recevoir ici. Qu'on les mette dans la serre.
Un autue Chambellan, survenant, — Sire, une délégation du Conseil municipal...
Paul. — Je ferai d'une pierre deuîc coups.
Un authe. — Sire, les dames de la Halle...
Paul. — Ah !... Ça, c'est de l'indiscrétion.
Anna. — Vous ne sauriez, en de telles conjonctures, refnser...
Paul. — Je n'y songe pas, mais...
Un alti\e Chambellan. — Sire, le Syndicat des . terrassiers...
Paul. — Mais ils se trompent! Ce n'est pas le jour de l'an... Enfin j'y vais. (.4 nmpêratrice,) Ma chère, le temps de serrer une centaine de mains... (// disparait,)
K 'mjtis^ WP^^inH^^i^ff^ r m ■«» »■
La coMTKSSi: d'Eschemîacu, entrant cl'nn autrr coté. : — Ah ! Sire î... (A rinipératricf.) Ah 1 madame, que Voire Majesté me pardonne. Je croyais trouver mon maître ici, et Ton vient de me dire que les portes étaient grandes ouvertes.
Anna, froidnncnt, — En effet. Yous pouvez attendre l'Empereur. Il va remonter.
La comtesse dTscuekpach. — Je me félicite presque... de pouvoir* féliciter d'abord... d'abord Votre Majesté... l'admirable compagne... la... Ah!... Ah!... [Elle fond en. larmes, Anna s'essuie les f/eux.) Je suis indignée...
Anna, suffoquant. — Ah !... (Elle tombe en sanglotant dans les bras de la comtesse)
La comtesse d'Eschenbagh. — Ah! madame!...
Ah !... Votre Majesté me rend ses bonnes grâces I... Ah!... {Crise de nerfs.)
LuTZBOuuG, entrant. {Il s appuie sur deux cannes.) — C'est un invalide qui vient!... Ma goutte me fait horriblement souffrir. Maisj'ai voulu descendre en chaussons de Strasbourg...
Anna, arec une bonté infinie. — Asseyez-vous, général, l'Empereur va remonter. Asseyez-vous.
LuTZBouuG. — Votre Majesté me comble.
Anna. — Asseyez-vous.
LuTZBOL'iuv, comme à la salle d\irmes. — Par obéissance... Aïe I
Anna. — Calez-le, ma chère comtesse.
La comtesse dEschendach, bas à Lutzbourf/. tout en l'installant. — Moi qui venais ici de la part de la marquise ! Elle grille d'embrasser Sa Majesté.
LuTZiïûClui, fiff^. -" Vous trouvtM*e5t liien le moyen lie glisser un mot à roreille de TEmpereur. [Grand hruit à Icj'tr rieur.)
ArsNA. — Quel remue-ménage !
La çomtessc d'EscuknhacHj rcffardant par la frnêtre, — C'est un défilé extraordinaire ! Il y a vn\ embarras de voilures dans. la cour! La foule vocifère aux grilles! [En effet.)
An.na. — C'est peut-être que TEmpereur, vient de se montrer au balcon.
La comtesse d'Escuenbach. — Sans doute. {Lei< cris redoublent.)
Un des SEciiÉTAm^s de l'Empereuk, entrant, — Majesté... J'apportais à l'Empereur les trois premiers registres. {Il plie en effet .sous le poids de trois in-folio.)
Anna. — Merci, monsieur. [Le secrétaire remet un des rcfjislres à l Impératrice et, ne sachant où poser les deux autres , les confie à la comtesse et à Lulzbourfj.)
La comtesse d'Eschenbach, toujours à la fenêtre. — Voici la Cour de cassation.
Anna, feuilletant. — Il y a en effet une confusion l)ien significative de gens de toute espèce.
LirrziîouuG, de menu*. — La boucherie donne beaucoup. J'ai six garçons bouchers sur la même |)ai»e.
La comtesse d'Eschenbacii, s y mettant aussi. — Jules Lerat, boyaudicr...
Anna. — L'ambassadeur d'Espagne, le nonce du Pape, Dupont et famille...
La comtesse d'Esciiemîach. — Le grand rabbin, le général Néhant de Mestier...
Autre seciiétaiue, enfranU suiri de trois autres qui portent des serviettes^ bourrées de paperasses. — Madame, voici les premières dépêches. Nous sommes débordés.
Anna. — Vous ferez le dcpouillemenl sous les yeux mômes de l'Empereur. Il va revenir... mais commencez.
Paul, reparaissant. — Oufî... Ah 1 comtesse!
Ah! mon bon Lulzbourg!...
La comtesse d'Eschenbagh. — Sire 1...
LuTZBouRG. — Sire !...
Paul. — Embrassez-moi, comtesse. [A rinipératriée.) Vous permettez? (// embrasse la eowtesse.) Et vous aussi, Lutzbourg, mon vieux compagnon d'armes.
LuTziJouHG. — Sirel... Aïe!...
Anna. — Laissez-le s'asseoir, mon ami. [On jdrure.)
Paul, à Lutzhoarr/. — Nous avons vu la mort do près. On ne s'en porte pas plus mal.
La comtesse d'Escuenbacu, à rinipératrice. — L'Empereur a été admirable !
Paul. — Mais non, mais non. Je n'ai pas eu froid aux yeux, c'est tout simple. J'ai montré de la présence d'esprit et une certaine agilité...
Tous, ij compris Irs secrétaires (jai dépouillent } — Ah!...
Paul. — La boîte de sardines était tombée sur les genoux du maréchal de la cour... 11 avait une
iVoiisso, le maréchal... [Gattr r?nuf\) Ah! Ah!... Je Tai saisie entre le pouce et Tindex... la boîte, pas le mai'échal. (0/^ vif dr J>on cœur.) Je Tai rejetée par-dessus le parapet du pont, et elle a fait explosion en Tair.
La comtksse d'Esciieni^vch, qui srmhie prh de se Irourcr mal, — Ah ! Dieu !...
Pai:l, hns. — i\e vous tournez pas les sangs, comtesse, c'est encore le coup du vieux Polonais.
La comiksse d'Ksciienhacu, rassrrr?irf\ — Ah ! hon ! ;.l /'orri/Zr do F Emjtrreur.) La marquise de (lastelli Ilomani, qui a i)ris la chose au sérieux, v()U(h*ait bien embrasser Votre Majesté.
Pail. — IJon ! A la i)remière députation qu'on m'annoncera, je saisirai Toccasion de me défiler. Enhrnl /rois noiœoau.r srcridairvs avec des serrir/ics.) Qu'est-ce que c'est?
In i)i:s secuétaikks. — Sire, des dép<'^ches.
Tn i)i:s ^vawxv/ïmwv.s précédeininent venus, — Nous en avons déjà autant.
Pai'l, sa/isfaU. — Ah! Ah!... Je parie que la première arrivée, la plus longue et la mieux tournée (^stc(îlle de l'Empereur allemand.
Tn sKcuÉTAnn:. — Oui, Sire. [On passe la dépêche à Paul .)
IVml. — M(M'ci. [lÂsaiif.) Bien. Très bien. Il rédige» à merveille. Car c'est lui-même qui rédige lonh^s les lettres ou dépêches de conséquence. (// p((ssr la. drpcrhr à F hupêvaf née, (jui lui en passe ff/tr au/re.) Quelle est celle-ci?
Anna. — Nicolas.
Paul, /isa?)t. — Très gentil. \
Un si'XuÉTAiRE, présentant un uHvgramnio. — Mac-Kinley.
AuTHK sECRÉTAiHE, niènip jpu, — Krïiger.
Paul. — Toutes les républiques.
AuTHE sECRÉTAiiiE. — Voici la dépêche de TÉlysée.
Paul. — Merci... Et François-Joseph?
UiN SEci\ÉTAii\E. — Je viens de le voir.
Autre seciiétaiue, à l'Impératrice. — Je crois l'avoir donné à Votre Majesté.
Anna. — Non, c'est sans doute au général de Lutzbourg.
LuTZBOUKU. — Rien dans les mains, rien dans les poches.
Un SECRÉTAIRE, à N?i Gittre, — Je suis sûr d'avoir vu un François-Joseph et de vous l'avoir remis.
La comtesse d'EscuENRACH. — Je l'ai lu.
Paul, inéconlcnt. — Enfin, où est-il. ce François-Joseph ? Il ne peut pas s'être égaré !
La comtesse D'EscnENiîAcn. — Ah ! Sire, le voici. Où ai-je la tête? Je Tavais glissé dans mon sein. {On rit.)
Un sf.créïaiue, entrant, — Sire, voici un rapport de police sur les premières recherches qui ont été faites aussitôt après l'attentat.
Paul, indiffèrent. — Bon! lîon !
Un sECRÉTAiRi:. — On serre le coupable de près.
Paul, scej>ti(iu(\ — Ah?... J'ai lieu de croire néanmoins qu'on n'arrivera pas à mettre la main sur lui.
LE CHAR DE L'ÉTAT ' i^'
Le sEChÉTAiHE. -^ On a opéré une perquisition '"^'JS^
dans Ja cahute du tondeur de chiens. , *;=P
Paul. — On n'a rien trouvé? . :;x;
Le sEciŒïAiiŒ, baissant la voir. — Sire, on a "'^
trouvé une collection de journaux antisémites... :,>,<
Paul, fronçant les sourcih. — Hum ! ,.1^i^"
Le secrétaire, encore plus bas. — ... et un fac- ' ■ ;?!
tum imbécile contre les protestants. ■ ^
' Paul. — C'est bon, c'est bon. ' l\X
Un chambellan, survenant, — Sire, une députa- yi
lion des sociétés de gymnastique, .i ' /:)
Paul, etichantê. — Je ne saurais les faire atten- ■- ^
dre. [Bas, à la comtesse,) Je grimpe. '.;■
Il s'esquive, il court. — La chambre à coucher de la marquise ; ']
(moyen «ùge, vitraux). Judith a ua flacon d'éther sous le nez et .' • '
se tortille, étendue sur le divan qui ressemble à un coffre à '.'
bois. Elle se dresse à la vue de Paul, elle lui saute au cou. " ,
Judith. — Ah ! Paul ! Paul ! Paul ! ' ;
Paul, (jaf/né par rémotion. — Judith! Ma Ju- 'î^
dithl... [Plus calme,) Mais, ma cocote, il ne faut ;•/
pas vous mettre dans des états pareils! ■':';
Judith. — Je viens d'avoir une crise abominable . ; •;
Sentez mon foie. [Il taie,) .^
Paul. — (ja. par exemple, c'est idiot ! Je suis ■';
furieux, vous savez. Ça ne vaut vraiment pas une ".;■>
colique hépatique. / 'Vi
Judith. — Comment, ça ne vaut pas?... Quand /j
vous avez failli... v-^";
Paul. — Je n'ai nullement failli. D'où sortez- /î"
vous ? C'est le coup du vieux Polonais. Vous ne 'y^
Tavez pas reconnu ? "^
176 LE ClIAU DE L'ÉTAT
La comtesse d'Ksguendach. — Le grand rabbin, le f^énéral Néhant de Meslier...
Autre secuétaike, onlrant..^ suivi de trois autres qui portent des serviettes^ bourrées de paperasses . — Madame, voici les premières dépêches. Nous sommes débordés.
Anna. — Vous ferez le dcpouillemenL sous les yeux mêmes de l'Empereur. Il va revenir... mais commencez.
Paul, reparaissant. — Ouf!... Ah! comtesse!
Ah! mon bon Lulzbourg!...
La comtesse d'Eschenbach. — Sire !...
LuTZBOuRG. — Sire !...
Paul. — Embrassez-moi, comtesse. (.1 Vlmpérafrice.) Vous permettez? (// embrasse la conitvsse.) Et vous aussi, Lutzbourg, mon vieux compagnon d'armes.
LuTziîouiiG. — Sire!... Aïe!...
Anna. — Laissez-le s'asseoir, mon ami. [O/i pleure.)
Paul, à Littzftourg , — Nous avons vu la mort de près. On ne s'en porle pas plus mal.
La comtesse d'Eschenbacu, à rinipêratrice. — L'Empereur a été admirable !
Paul. — Mais non, mais non. Je n'ai pas eu froid aux yeux, c'est tout simple. J'ai montré de la présence d'esprit et une certaine agilité...
Tous, ij compris les secrétaires (jui dépouillent.' — Ah!...
Paul. — La boîte de sardines était tombée sur les genoux du maréclial de la cour... 11 avait une
iVousso, le maréchal... {Gaf/r nmw,) Ah! Ah!... Je l'ai saisie entre le pouce et Tindex... la boîte, pas le maréchal. (0// vif dr bon cœur.) Je Tai rejetée par-dessus le parapet du pont, et elle a fait explosion en Tair.
La co.m rj:ssE d'Escueni^vcu, qui scmhlf prrs do se / !'()(( rrr tuai. — Ah ! Dieu !...
Pai:l, hfis. — Ne vous tournez pas les sangs, comtesse, c'est encore le coup du vieux Polonais.
La comtesse d'^sciienbacu, rassrrnirr. — Ah ! bon! ,\1 /'orril/r f/r F Empcrour.) La marquise de (lastelli Iiomani, qui a i)ris la chose au sérieux, voudrait hien embrasser Votre Majesté.
Pai I.. — lk)n ! A la première dépulation qu'on m'annoncera, je saisirai l'occasion de me défiler. Enlrrnl Irais nouvrau.r srcrr/airfs avrr des serricUcs.] Qn'est-c(»- que c'est*?
In I)i:s se(:uétaiiu:s. — Sire, des dépèches.
l'N i)i:s 'Avx.wv.TKWkK^ prérédemmen t rouis. — Nous en avons déjà autant.
Pail, salisfdif. — Ah ! Ah !... Je parie que la premi('r(î arrivée, la plus longue et la mieux tournée estc(»lle de l'Lmpereur allemand.
Ln skcuétauu:. — Oni, Sire. [On passe la dépêche à Paul .]
pAi L. — Meici. [Lisanl.) IJien. Très bien. Il rédige à merveille, (^ar c'est Ini-méme qni rédige lonU^s les lettres ou dépêches de conséquence. (// passe la drprchc à l' Inipêralricc, (jai lui eu pusse uitr au/re.\ Ouelle est celle-ci?
Anna. — Nicolas.
ns LE CHAR DE L'ÉTAT
Paul, lisa?if. — Très gentil, a
Un sKCHicTAiRE, présentant un LiHôgrammp, — Mac-Kinley.
AuTKE sECKÉTAiHE, luèmp jou, — Kriigcr.
Paul. — Toiiles les républiques.
AuTHE seciU':taiue. — Yoici la dépêche de l'Elysée.
Paul. — Merci... Et François-Joseph ?
Un srxiiÉTAiiiE. — Je viens de le voir.
Autre secuétaiue, à l'InipércUrice, — Je crois l'avoir donné à Votre Majesté.
Anna. — Non, c'est sans doute au général de Lulzbourg.
LurzBOum;. — Rien dans les mains, rien dans les poches.
Un secrétaire, à un autre. — Je suis sûr d'avoir vu un François-Joseph et de vous l'avoir remis.
La comtesse d'EscuENRAcn. — Je l'ai lu.
Paul, mécontent. — Enfin, où est-il, ce François-Joseph ? Il ne peut pas s'être égaré 1
La comtesse d'Eschenbach. — Ah ! Sire, le voici. Où ai-je la tête? Je Tavais glissé dans mon sein. {On rit.)
Un secrétaire, entrant. — Sire, voici un rapport de police sur les premières recherches qui ont été faites aussitôt après l'atlentat.
Pal'l, vid'ifférent. — Bon ! lion 1
Un secrétairi:. — On serre le coupable do près.
Paul, scei)li(/ue. — Ah?... J'ai lieu do croire néanmoins (ju'on n'arrivera pas à mettre la main sur lui.
Le sEcuKTAiHi:. — On a opéré une perquisition dans la cahute du tondeur de chiens.
IVm:l. — On n'a rien trouvé?
Li: sKciiKTAiiu:, /jfflssujil la roi.r. — Sire, on a Irouvé une collection de journaux antisémites...
Paul, fronranl ^^s• sounils. — llum !
Le sKc:m:TAiuE, encore plus bas, — ... et un fac- Luin imbécile contre les protestants.
V\v\.. — (yest bon, c'est bon.
Tn (:uamiu<:lla\, sfirretHutt. — Sire, une députalion (les sociétéis de gymnastique. ..
IVm L, f'itclutnfé. — Je ne saurais les faire attendrez 7>V/.N, à ht cointesse,) Je g'rimpe.
Il sVsi|iiiv(\ li coMil. — L.'i cliaml)!*»^ à roiiclicr do la nuirciuisc (moyen iv^i^ vitraux). Judith a iiii (Ijifoii (I'cIIkm* sous W. ucz d s(î tortille, ('tendue sur 1(^ divan <|ui resseiul)l(; à un eoll're ù bois. l]|le se dres.se à la vu(^ de Paul, elle lui saute au cou.
JiDini. --Ah ! Paul! Paul! Paul!
Pai:l, f/(f(/nr par r émotion, — Judith ! Ma Judith!... iPIns (((hn<\) Mais, ma cocote, il ne faut |)as vous mettre dans des états pareils !
Ji 1)1 m. — Je viens d'avoir une crise abominable . Senl(?z mon l'oie. (// tdlv.)
Pail. — (la. [)ar c.\emple, c'est idiot ! Je suis l'urieux, vous savez. Ça ne vaut vraiment pas une coli(|ue hépall(ju(\
JiDirii. — Comment, ga ne vaut pas*?... Quand vous avez failli...
Pai L. — Je n'ai nullement failli. D'où sortezvous l l^'est le coup du vieux Polonais. Vous ne l'avez pas reconnu ?
. ., ■^^,^~,^..^.^>^,,^.yy^<,j;^ ^f y>^»„yj,^^, y .y l^^Pi |J.kj l<lwi^W«BtWWffyByt^^
Judith, calmrr. — Ah ! c'est le coup... Le ministre de la police aurait bien pu me mettre, dans la confidence 1
Paul. — Evidemment !
Judith. — D'ailleurs, je crois quïls ont perdu la tète, à la police ! Ils me font passer des notes incohérentes, et qui témoignent de leur affolement.
Paul. — Ils ont fait plusieurs gaffes. Ainsi, savezvous ce qu'ils ont déposé chez le tondeur de chiens avant d'opérer une perquisition chez lui? Toute une liasse de journaux antisémites ! Ce n'était vraiment pas la peine !
Judith. — Ce détail, qu'on m'a donné aussi, m'a tronipée. Je m'accusais déjà d'être cause de ce nouveau malheur, et j'étais résolue à vous dire : « Puisque c'est à vos jours qu'on en veut maintenant, ah ! Sire, sacrifiez-moi... »
Paul. — 11 ne s'agit pas de cela! Seulement la police a été stupide de faire saisir des journaux antisémites... et unfactum contre les protestants... Je dirai au ministre ce que je pense de cette gaffe... Je le lui dirai doucement, car je dois lui tenir compte de l'intelligence avec laquelle il a organisé l'attentat. La preuve, c'est que vous-même n'y avez vu que du feu, et le maréchal de la cour a eu une peur épouvantable. Moi seul je ne m'y suis pas trompé. J'ai saisi l'engin entre le pouce et l'index... [Petitr sonnerie discrète.)
Judith. — C'est le téléphone. [Elle oiirre le coucercle du jj rie-Dieu place à droite du Ut et prend l'appareil téléphonique.) Allô... [Elle écoute.) Oui.
[Elle écoute.) Bien. [Elle replace tdf pareil) Sire, c'est la bonne comtesse qui téléphone pour demander si vous êtes là. Il paraît que le conseil des ministres vient de se réunir dans la salle ordinaire de ses délibérations, et qu'on envoie de tous côtés chercher Votre Majesté pour savoir quand il lui plaira d'ouvrir la séance.
Paul. — J'y cours... et sans doute je remonterai aussitôt. C'est une pure formalité. Vous savez, après chaque attentat, nous réunissons le conseil d'urgence. Mais, en général, nous n'avons rien & nous dire.
Lon^'ue étreinte. Pîjtul se retire et court où ses ministres l'atten* (lent. Il est plus léger, plus gai, plus souriant que jamais, et il oublie do composer son visage au moment où il entre dans la salle des délibérations.
C'est une ^a-ande salle en longueur, boisée très haut, plafond à caissons : la boiserie et les caissons vieux chône. Tapisseries, coupées de place en place par des portrs^its de souverains (cadres d'or, surmontés de la couronne impériale). La fenêtre unique (vitraux modernes) tient presque tout un des petits côtés. Vis-à-vis, la porte. Une immense table avec un affreux tapis vert. A Tun des bouts, fauteuil pour l'Empereur, w Tout autour, sièges pour les ministres, sièges hybrides, ni fauteuils, ni chaises.
Les ministres bavardent, les uns sont debout, les autres assis, l)lusieurs assis sur le bord de la table. — La porte est ouverte à deux battants. L'huissier annonce : L'Empereur ! Tous les ministres se précipitent vers le Souverain. C'est une véritable ovation — - une oiration correcte et muette.
Paul. — Merci, messieurs, merci... Nous sommes touché... Nous sommes profondément touché. (// prend le miniUre de la police par le bras.) Mon cher ministre...
Lk MiiNisTRE DE LA POLICE, é/HU. — Ah! Sire...
Paul, à mi-voix, l emmenant vers la fenêtre. —
Tout s'est passé à merveille, et... sauf en un petit détail sur lequel nous reviendrons tout à Theure... plus tard... sur lequel il ne nous plaît pas d'insister maintenant... vous avez fait preuve... dVpropos... vous m'entendez... Nous vous devons des remerciements, monsieur.
Le ministre de la police, égahnnent à ini-voix. — Ah ! Sire, puisque Votre Majesté daigne apprécier mes humbles services... puisqu'elle daigne me laisser croire qu'elle me doit quelques remerciements. . . je la supplie d'en différer un peu l'expression... j'ai une grande^ une heureuse nouvelle à lui annoncer...
Paul. — Ah! ah!... Tant mieux. Quelle nouvelle?
Le ministre de la police, toujours bas. — Sire, mes agents viennent d'arrêter le misérable...
Paul. — Quel misérable ?
Le ministre de la police, ahuri, — Comment, Sire, quel... enfin le... l'auteur de l'attentat...
Paul. — L'auteur... Ce n'est donc pas le vieux Polonais ?
Le ministre de la police. — Mais non, Sire...
Paul, dans la plus violente colère^ et atjant (jrandC peine à modérer les éclats de sa voix, — Ah ! ce n'est pas le vieux Polonais ! Alors, la bombe... c'était une bombe ? Et je l'ai tenue entre mes mains ! Je l'ai saisie entre le pouce et l'index ! Bref, j'ai failli y rester!... Je vous fais mes compliments, monsieur, votre police est habile ! C'est monstrueux tout simplement. [Il lâche brusquement
h minisire dr la police., .s'assoit dans son faiileail, don/if lin coup do poimj sur la table et déclare d'un Ion furieux :) Asseyez-vous. La séance est ouverte. (Les 77iinistres s'assoient. Un temps,) Messieurs!... L'attentat dont nous venons d'être Tobjet nous a profondément attristé... moins pour nous-même que pour ce malheureux pays... Dans quel état faut-il que soient les esprits, grand Dieu !... pour qu'un fait pareil puisse se produire... puisse se produire sérieusement?... C'est inconcevable!.,. Jusqu'où faut-il que le mal ait poussé ses racines?... Messieurs !... Tandis que nous recevions les félicitations des souverains étrangers... tandis que nous ne savions comment nous dérober aux manifestations touchantes de nos sujets... vous vous êtes réunis d'urgence en conseil de cabinet comme il est d'usage chaque fois que l'on tire sur nous... Yous avez délibéré des mesures à prendre pour remédier à un tel état de choses... Soumettez-les-moi, ces mesures, soumettez-les-moi!... Et je vous promets que je souscrirai à tout... à tout!... [Coup de poing, — liun ton plus familier,) Mais enfin, qu'est-ce qu'ils ont dans la tôle, ces gens-là? Qu'est-ce qu'ils me veulent? Si vous le savez, dites-le-moi. Vous me ferez un vif plaisir.
Le puÉsiDENT DU CONSEIL, se levant, — Sire, nous avons. prévenu les ordres de Votre Majesté... Nous avons fait une enquête complète sur l'état... sur l'état fâcheux des esprits... et nous avons été amenés par celle enquête... à reconnaîlre la nécessité de certaines mesures que je vais avoir l'honneur
de soumettre à Votre Majesté. {Très net^ à peine poli.) Ces mesures constituent un minimum... Et je dois tout d'abord déclarer à Votre Majesté que je ne garderais pas la responsabilité du gouvernement si elle croyait devoir retrancher quoi que ce soif du programme que je vais lui soumettre. [Geste de Paul.) Sire!... Divers indices me permettent d'affirmer que l'attentat lamentable d'aujourd'hui a, pour ainsi dire... et pour employer l'expression même de Votre Majesté... une double racine... l'antisémitisme et Tantiprotestantisme... Je vais toucher un point délicat...
Paul. — Hum !
Le président du conseil. — Sire !... Tout le monde a compris à quel sentiment respectable obéissait Votre Majesté, lorsque vous avez décidé que la jeune archiduchesse serait élevée dans la même religion que l'Impératrice sa mère... Néanmoins, il est hors de doute que la grande majorité de vos peuples a été fâcheusement impressionnée par cette décision... Heureusement, il y a un remède...
Paul. — Ah 1
Le président du conseil. — Son Altesse Sérénissime madame la grande-duchesse de Brème a fait tout récemment à Sa fille, notre auguste Souveraine, et à Votre Majesté, une visite... Le Conseil croit savoir que vos peuples verraient avec plaisir l'Impératrice donner une nouvelle preuve de ses sentiments patriarcaux, et rendre à la grande-duchesse la visite qu'elle en a reçue.
LE Cnxn DE l/I?TAT ^«5
Paul. —Ah?
Le puicsiDicNT DU CONSEIL. — On u regretté que le grand-duc de Brômc, retenu par la goutte, ne pût venir ici faire la connaissance de sa petite-fille... On verrait avec plaisir Tlmpératrice la lui conduire... et la lui laisser quoique temps... trois mois... trois mois au minimum... Voilà ce que pense le Conseil sur ce point.
Paul, impassible, — Bon. Poursuivez.
Le président du conseil. — Sire!...* On a vu avec peine l'Impératrice s'attacher, en qualité de dame d'honneur, une Israélite avérée, la marquise de Castelli Romani. Il parait indispensable que la marquise de CaslelU Romani soit appelée à d'autres fonctions.
Paul, jtrH à tout. — Ça va bien... {Un tompf^* uArcc tme amère ironie.) Vous pensez que la marquise de Castelli Romani doit être « appelée à d'autres fonctions » ?
Le président du conseil, avec fermeté, — Oui, Sire.
Paul. — Poursuivez.
Le président du conseil. — Enfin, Sire... il s'est élevé depuis quelque temps une telle rumeur... contre deux des plus vieux, des plus fidèles serviteurs de Votre Majesté... la comtesse d'Eschenbach et le général comte de Lutzbourg... que nou»
croyons devoir supplier Votre Majesté de les éloigner aussi, du moins provisoirement.
Paul, fronçant les sourcils, — La comtesse et Lutzbourg... [Il se Irve, tous les ministres se lèvent.)
Nous réfléchirons mûrement à ce que vous venez de nous soumettre. (// fait tin polit si(jne de tête^ tandis que tous 1rs ministres s'inclinent profondément^ et il se retire dans son cabinet. Il fait les ct'nt pas, prend un cigare^ le coupe ^ rallume^ le mâchonne, le jette. C'est sa façon de réfléchir. Il regarde avec fureur son propre huste^ jette iin regard respectueux et interrogateur sur le portrait de son inoubliable frère et prédécesseur. Puis il dit à voix haute :) Commençons par le plus facile. [Le timbre. Entrée du chambellan.) Allez me chercher le général comte de Lutzbourg et Son Excellence la comtesse d'Eschenbach. [Le chambellan s'incline et se retire. Peu d'instants après, Lutzbourg et la comtesse sont introduits.)
Ensemble. — Sire...
Paul, très embarrassé, — Asseyez-vous, mes amis... Comment ça va, Lutzbourg?... Jetais si secoué ce matin quand je vous ai revu, que je n'ai pas songé à vous demander des nouvelles de votre goutte.
LuTziîouuG. — Votre Majesté est trop bonne. Je soulTre beaucoup.
Paul, sans s'y arrêter. — J'avais d'ailleurs mes raisons d'être secoué ! [À la comtesse.) Vous n'en savez pas une fameuse ? Ce n'était pas le vieux Polonais ! On vient d'arrêter le coupable. Son engin était positivement dangereux, et je Tai tenu entre le pouce et l'index !
La comtesse d'Eschenbach, claquant.des dents. — Oh ! oh ! oh ! oh !
Paul. — Vous comprenez que ça ne peut pas durer comme ça. Les mesures de répression les plus sérieuses s'imposent. D'abord, il paraît que rimpératrico doit aller faire un petit voyage, un petit voyage de trois mois. Elle doit aller pendant trois mois se retremper dans le sein de sa famille. Qu'est-ce que vous pensez de ça, vous ?
La comtesse d'Eschenbach. — Sire, puisque Votre Majesté daigne me demander mon très humble avis, je lui répondrai que ce déplacement me paraît une nécessité pénible, mais une nécessité.
Paul. — Ah?... {Un temps,) Ce n'est pas tout. Si j'en crois mes ministres, l'état des esprits exigé que j'appelle la marquise de Castelli Romani à d'autres fonctions. Sans quoi le régime des bombes va s'éterniser. Que faire? Car enfin, je ne puis m'exposer témérairement aux coups, et, d'autre part, je m'assommerai si je n'ai plus ni l'Impératrice, ni la marquise. Eh?
La comtesse d'Eschenbacu. — Sire, je... je tombe des nues quand je vois que Votre Majesté envisage comme une chose seulement possible le... le déplacement de la marquise. Néanmoins, du moment que Voire Majesté accepte la discussion sur ce point, j'en conclus qu'elle est d'ores, et déjà un peu refroidie...
Paul, séduit, — Tiens, ce raisonnement est ingénieux.
La comtesse d'Eschenbach. — Cette constatation m'est douloureuse, mais je ne cherche que la vérité ; et poursuivant un raisonnement que Votre
IMMMM*»^
Majesté daigne qualifier d'ingénieux, j'ose ajouter que, son cœur n'étant plus en jeu, Votre Majesté ne doit s'inspirer que de son intérêt. Que le salut du peuple, je veux dire la vie du Prince, soit la suprênie loi. Sacrifiez la marquise, il faut faire la part du feu.
LuTZBOURG. — Jetons du lest.
Paul. — Je dois dire que la marquise a pris en quelque sorte les devants. Elle me répète à tout propos qu'elle ferait volontiers Joséphine.
La comtessç d'Eschenbach, gaiment, — Sire, après Joséphine, Marie-Louise. Nous sommes là.
Paul, rembruni. — Ah ! fichtre !... C'est que justement... Enfin vous ne savez pas le bouquet?... Il paraît, en fait de lest, que je dois aussi vous jeter par-dessus bord tous les deux.
La comtesse d'Eschenbach. — Ab ! ! I
LuTZBOURG. — Oh !... [Un êlanccinent.) Aïe !
Paul. — Vous êtes les deux juifs les plus signalés de la Cour. [La comtesse se met à pom^fier des cris déchirants. Liitzbourg est repris d'une crise aiguë. — Paul aux cent coups:) Mes amis... Mes bons,
mes vieux, mes chers amis... Sacrebleu ! ne g
pas comme ça ! Il ne s'agit pas de disgrâce, vous pensez bien. Non. Voici ce que j'ai combiné. Vous aussi, vous allez faire un petit voyage... un voyage d'agrément... jusqu'à la fin des troubles, qui ne saurait tarder... Vous irez... à Paris, ah!... J'espère!... Voyons, Lutzbourg, calmez-vous... Comtesse... faites risette... Paris ! Sacrebleu !... Vous y retrouverez ma nièce Théodora, qui vient d'y
LE CHAR PK î/!ÇTAT 180
arriver avec ses (Jeux hommes... Kt puis, pour vous que (le souvenirs!... Notre pauvre Séraphin, rappelez-vous... En voilà un qui était parisien jusqu'à la moelle. Il n'a pu survivre à la nostalgie du boulevard. A peine de retour ici, à peine repris le froc et la mitre, il on est mort. Dieu ait son âme I Vous retrouverez son ombre dans les coulisses des Folies- Bergère... Paris!... Ah! veinards... Ce n'est pas vous qui êtes à plaindre, vous qui partez, c'est ceux qui restent, c'est moi... Ah ! je voiis fiche mon billet que je voudrais bien ôtre à votre place !
La comtesse D'EscuENBAeFi, ^ôchanl sps larmes tout dini coup, — Qui vous empêche donc de venir avec nous?
Paui-. — A Paris?
La comtesse d'Esciienhacu. — Je nrélonne que ce déplacement soit le seul auquel pas un de vos ministres n'ait songé. Il va falloir prendre des mesures de répression sévères et susceptibles de jeter Todieux sur le Gouvernement. Il importe donc que Votre Majesté soit absente afin de n'en point partager la responsabilité, et de les pouvoir au besoin désavouer une fois qu'elles auront eu leur elle t.
Paul. — Mais c'est très juste ! Vous êtes un profond politique.
La comtesse d'Esciienracu. — En pareille cir-" constance, il n'est pas un souverain, petit ou grand, qui ne se hâte de faire ses paquets.
Paul. — Je les ferai donc, ma chère comtesse, et nous allons, à bref dél^i, refiler d'ici tous les trois.
11)0 LE CflAR DE L'ÉTAT
LuTZBouRG. — Comme au bon temps... Aïe !
La comtesse d'Eschenbach. — Je suis éperdue de joie.
Paul. — Pensez-vous que je serai invité au Figaro ?
L\ COMTESSE d'Eschenbach. — Ah! Sire, sans aucun doute.
L'Empereur siffle la valse des Cent vierges.
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