‹ Le char de l'ÉtatChapitre 21 sur 26 · ks Lt CHxVK I)K L'KTAT · texte numérisé non relu

ks Lt CHxVK I)K L'KTAT

Li: MiN'iSTiu: de la police. — Tout individu qui criera : « Vive l'Empereur ! » ou « Vive Paul YII 1 » sera aussilôL appréliendé comme agent provocateur...

Li: Pkksidl-.nt dl' Conseil. — C'est cela.

Le IMiMSTivE DE LA POLICE. — ... ct passé à tabac.

Le Président du Conseil. — Bon. II ne faut tol<Ter que les cris séditieux... j\ron cher ministre, je suis assuré que. grâce à vous, cetle journée se passera...

Le Ministue de la police. — ... comme il importe ([u'elle se passe, mon cher président.

Le Président du Conseil. — Je vous félicite de vos intelligentes dispositions et je marche d'accord avec vous... Au fait, les Aflaires Etrangères ont du vous transmettre une dépêche de l'ambassadeur d'Italie, relative à un certain anarchiste...

Le Mlnistre de la police. — ... qui a quitté Rome il y a une quinzaine, qui vient ici à pied, à petites journées, et qui raconte dans tous les cabarets de la roule qu'il fera sauter notre bîcn-aimé Souverain !

Le Président du Conseil. — Oui.

Le MiNisTiiE DE la police. — L'anarchiste Gennaro. Nous le connaissons bien. Nous les connaissons tous par leur petit nom.

Le Président du Conseil. — Ah ?

Le Mimsthe de la police. — Je le fais suivre et surveiller, par acquit de conscience. jMais vous pensez bien que ses menaces ne m'effraient pas. Il parle trop.

LK CHAR DE l/RTAT i59

Le PiïÊsiDEîfT 011 Conseil. — Parhlea ! D ailleurs» la grâce du comte de Schinznach îi désarmé les anarchistes. {La porte est ouverte à deux battants.)

Un huissier. — L'Empereur !

Paul, traversant rapidement te salon. — Bon-» jour, messieurs. (// est en civile habillé exactement comme il a vu XaintrailleSy et pourtant^ ce n'est pas ça. — Le Président du Conseil s'avance vers F Empereur.) Qu'est-céj mon cfeer?

Le Puésident du Conseil, à voix basse, - — Sire, je (lois avertir Votre Majesté, avant qu'elle parte pour les courses...

Pai:l. — Qu'on y doit manifester contre moi?

Je le sais. On a reçu à mon secrétariat particulier des tas de lettres anonymes.

Le Président du Conseil. — Ah ?...

Paul. — C'est le secret de Polichinelle. Aussi cela ne peut pas être bien terrible.

Le Président du Conseil. — Ai-je besoin de dire à Votre Majesté que les mesures les plus énerjjiques, en môme temps que les moins apparentes, ont été prises...

Paul. — Je l'espère bien.

Le Président du Conseil. — Il vaut mieux prévenir que d'avoir à réprimer. J'en conférais encore, il n'y a qu'un instant, avec mon collègue de la j)olice...

Paul. — Le temps est merveilleux. Il y aura yn monde fou aux courses. Le corps diplomatique y viendra au f^^rand complet. [Maintenant, on descend rrscaUrr.) Nous comptons notamment sur la nou-

velle ambassadrice de France, M"'" la duchesse de Xaintrailles, et nous avons donné des ordres pour qu'elle soit placée à notre droite. Nous regretterions que, pour son début, elle eût le spectacle d'une échauflburée.

Le Président du Conseil, une main sio' le cœur. — Sire, je me considérerais comme personnellement responsable si un tel malheur arrivait. J'ai un double devoir : protéger la personne auguste de l'Empereur et défendre le bon renom de notre patrie à l'Etranger.

Paul, 7nontant en roiiure. — Oui.

La voiture est attelée en dauniont. naturellement. Trois personnages magnifiquement chamarrés, mais peu intéressants, y prennent place avec le Souverain. L'embarquement des autres se fait dans le plus grand ordre et avec. la plus grande rapidité, toutes les places étant bien déterminées d'avance ; le cortège se met en marche tout d'un seul coup, comme une noce — une noce où il n'y aurait que des mâles.

Le champ de courses est au bout de l'avenue du jardin botanique. 1)0 part et d'autre, une foule considérable fait la haie. Tous les dix mètres, un sergent de ville en uniforme. Au milieu juste de chaque intervalle, une voiture à bras, pleine d'œufs bien rangés.

Le peuple sait que ce n'est pas encore l'heure de manifester : il se tait, f/escortc seule est saluée de (jucbfues cris de : <« Vive l'Armée ! » — Les cris s'ai-rêtenl dès que la dauujont impériale paraît. Un naïf crie pourtant : « Vive l'Empereur ! » 11 se trouve à l'instant même renversé dans une des charrettes d'œufs : c'est la première omeletle de la journée. Puis un agent en bourgeois, qui semble atteint de folie soudaine, l'arrache de la charroi te, le jette par terre et se met à le piétiner.

Paul, qui n'a ({u'entondu le cri et qui no soup(;onne pas hîs suites, salue d'un grand geste. IMiis il s'abîme dans ses pensées. A cet instant, la voiture ])asse devant l'hôtel de Castelli Komani. Jnditli est là, car depuis la rupture elle a réintégré W, dnuiicile conjugal. Peut-être même, cachée derrière un rideau (|u'o1I(î soulève, regarde-t-elle passer son am;int d'hier. Jl n'est pas ému. Qu'il a oublié vite î C'est f(u'il a revu la duchesse de Xnin-

traillos. et il ne s<anr{iil plus penser cju'à elle. Il pense qu'elle l'attend, (ju'tîlle est là-bas, dans la Iriliune. à cette place d'honneur (lu'il lui a dési«j:née...

Xaintham.i-ks et Vvonnk viennent en elVet d'arriver, sans se presser, à la lin (\o la dcuixième course. Yvonjie : robe très ajustéi?, bei^^e, mousseline de soie avec applit'ations de drap découpé sur trans[)arent de soie.

Xalnthailles, ai/ vdlrt de pird à coviinlf tricolore,

— Vous vous tiendrez ici comme d'iiabilude avec l('s autres valets de pied, afin de ne pas nous faire remarquer. Mais dès que la manifestation commencera, vous courrez à la voiture sans nous attendre, et vous direz à Léon qu'au lieu d'avancer, il l'oste à sa place de stationnement, où nous irons le j)rendre.

Li: vali:t dk rncn. — Bien, monsieur le duc. *

YvoNM::. — Vous pensez donc que cela peut devenir sérieux?

Xalnthaillks. — On le dit. [Ils entrent dans la trihtme. On les lorf/ne sans a.aeane diserêtion,)

L'A.MiiASSADiucE i)'A LLKMA(.Ni:, à cclles d'Italie et d\\atricla\ avec (/ai elle fait toajours bande à part.

— Qn(îlle toilette ! N'est-ce pas une affectation dc^ i:aspilla<,^e ? (lar elle court ristiue de la gâter. Moi j'ai mis carrément une vieillerie.

L'Amijassadiucio d'Autiucui:. — Moi, j ai un système prati([ue. J'ai emporté mon cache-poussière. Elle exhibe an toat petit panaet.)

L'Amiiassadiuck dItalie. — Dieu ! que je suis désolée de n'avoir pas fait comme vous ! Je ne pouvais pourtant pas venir ici attifée comme une sorcière. Alors, j'ai mis ma toilette jaune, {lin effets

i2G2 LE CHAR DE I/ÉTAT

Et mon mari m'a dit que si ma toilette jaune recevait la moindre tache, il demanderait ses passeports !

L'Amuassadrice D'AuTiiicnE. — Yous pouvez compter sur un colossal grabuge. Toutes les personnes de haute naissance sont du complot. J'ai eu des détails circonstanciés par la duchesse de..., par la marquise de... [V Allemagne^ rAulriche et Vltalie coniiituent à potiner ensemble toutes les trois, commeles sorcières de Macbeth.)

L'AuciiiDuc Arnolpiie, les bousculant pour joindre r archiduc Jean, qui est à quelques places plus loin. — Jean!... Mon cher... J'ai un excellent tuyau pour la quatrième : Flair d'Artilleur gagnant et placé.

Jean. — Mais... c'est que... la quatrième... c'est celle qui sera courue dans le charivari.

AuNOLPiiE. -7- Justement ! Il paraît que depuis huit jours on* entraine Flair d'Artilleur au bruit des casseroles et en criant sur tout son parcours : <( Hector ! Abdication ! » Maintenant il est habitué, c'est le seul cheval qui ne se dérobera pas.

Jean. — Ah?

AuNOLPiiE. — Passez-moi donc cinqua^nte louis, que je vais mettre pour nous deux : on vient de me faire mon portefeuille.

Jean, incrédule, — Ah ? (// do)ine tout de même les cinquante louis,)

Arnolpue. — Merci, Nous allons réaliser un gros sac et, en outre, nous nous amuserons pour notre argent. Je file au mutuel pendant que la circula-

LE CHAR DE L*ÉTâT 2id-

tion est encore possible. (// bouscule de nouveau la. <( tnpUce ».)

L'Italie [face-à-main.) — Est-ce que Tarchiduchesse Théodora est aussi du complot?

L'Allemagne. — Vous pensez!

L'Italie. — C'est elle qui n'a pas mis une toilette de circonstance !

L'Italie fait erreur : la toilette, de Théodora, qui est un peu, voyante (vieux rouge), n a pas été chpisie telle sans intention.

Théodora est debout et regarde avec inquiétude . vers la porte (rentrée... Enfin, voici l'archiduc Sylvère. C'est lui qu'elle attendait. Il se fraye un chemin jusqu'à elle. 11 est en négligé : complet jaquette gris ardoise, gilet de velours assorti. Chemise mauve, cravate mauve, plus pâle que* la chemise, avec bague. Les bottines vernies, à guêtres de peau de gant gris perle, — les gants pareils.

Théodora. — Eh bien ?

Sylvêhe. — Ce sera magnifique. On n'aura jamais vu chaliut mieux ordonné. J'ai même peur qu'il n'y ait plus d'ensemble que de spontanéité,

TuÉoDoiiA. — Pourvu qu'on crie...

Sylvèki:. — Ça, on criera. J'ai des coffres mer* veilleux. Et si tu voyais la touche de mes gens!

Théodora. — J'en vois d'ici. Qu'est-ce que c'est que celui-là qui passe? Un boyaudier?

Sylvèue. — Non, c'est le vice-président du Conseil municipal... Ah !... la Manifestation n'aura pas lieu au départ de la quatrième course comme il était dit, mais un peu plus tard, à l'instant précis où le peloton doublera le petit bouquet d'arbres pour entrer dans la ligne droite. Tu te lèveras alars, tu te pencheras en avant, comme pour mieux voir

Tarrivée, el: dès que mes hommes te verront debout, ils brailleront.

Théodora. — Bon.

Sylvère. — La police marche avec nous.

Théodora. — Bien entendu.

Sylvère. — Phili est dans les tribunes à cent sous pour ne pas se faire remarquer. 11 part décidément ce soir, et sais-tu où il va se terrer? Aux environs de Brème, où est Tlmpératrice.

Théodora. — Si on allait lui faire visite ?

Sylvère. — A ITmpératrice*?... A propos, as-tu quelque chose sur toi.

Théodora. — J'ai vingt-cinq louis que j'ai apportés pour jouer.

Sylvère, — Mets-les sur Flair (T artilleur, tu feras un sac énorme. .

Théodora. — C'est un carcan !

Sylvère. — 11 a été entraîné spécialement pour gagner quand on hurle autour de lui.

Théodora. — Alors c'est différent. Voilà mes vingt-cinq louis, va les mettre.

Sylvère. — Cherche un autre commissionnaire, il ne faut plus qu'on me rencontre hors de la tribune.

Théodora. — Le père Lutzbourg ?

Sylvère. — Oui, tiens, il est là-bas avec la comtesse d'Eschenbach. [Signes, Mais Uilz-bourg Pt la comtesse, qui causent ensemble^ nij prennent pas garde.)

La cOxMtesse d'Eschenbach. — Mon cher général,

voici dix francs. Allez donc, je vous prie, me les nietlre sur Flair crarlillnir,

LiiTznouiu;. — Cette bique?... Comtesse, vous avez un tuyau ?

La comtesse d'Eschenbach. — Mais oui ! Ne m'intcrrog^ez pas, et jouez comme je joue. [Quelquini lirr la mancho dv Liitzhourfj.)

LuTziiouKG, lovant, la tUtr. — Eh?

— L'archiduchesse Théodora vous appelle. (// // ra. ]

Tiiéodoua. — Mon général, voulez-vous me rendre un service ?

Lltzhol'ug. — Je suis aux ordres de Yotre Altesse.

TiiÉODOiiA. — Voici vingt-cinq louis, allez donc me les mettre sur Flair (farlilleur.

Lltzmouug. — Ah ! ah !... Certainement, Altesse, cerlainement. {Tl descrad, il a toutes los princs du )nondv. à sr fraf/cr un passage au trarers de la foule hétrr(tcHte qui environne la tribune impériale. — Cependant f Empereur arrive, liennie-ménuf/e dans In Irihune.)

IVvi:f., nulieux, au Président du Conseil^ foui en s ((murant rers son fauteuil, — Vous voyez, mon cher, (ju'il n'y a rien de cassé. Pas un cri discordant sur mon passage. J'ai môme entendu un brave liommc (jui criait : « Vive l'Empereur! »

Li: ^Ifmstp.k de la police, has^ au Président du i^onsriL — 11 ne doit plus en rester, de celui-là.

IVviL, s\/ssef/anty à Yvonne,^ placée auprès de lui, — Ah ! ma chère duchesse...

Yvonne. — Sire...

Paul. — Vous avez à vos côtés un homme heureux. Tout conspire à ma joie. Excellent parcours depuis le Château jusqu'ici... (Brouhaha, — Très inquiet,) Hein? Qu'est-ce que c'est?

Yvonne. — Sire, c'est l'arrivée de la troisième course.

Paul. — Ah! oui... Mais on crie... on crie un nom.

Yvonne. — On crie : « Ménélik ! Ménélik! »

C'est le nom du favori.

Paul. — Ah ! oui... Alors ce n'est pas pour moi... Est-ce que vous l'avez joué?

Yvonne. — Ménélik? Non, Sire... D'ailleurs... je crois bien qu'il est battu.

Les cris accoutumés. Pqu à peu Je calme se rétablit.

Paul, reprenant la conversation, — Ça va très bien. Bonne journée... Et... pour la quatrième course, est-ce que vous avez joué quelque chose?... Où est donc mon programme ?

Yvonne. — Sire, voici le mien... Oui, jai joué... Flair (ï artilleur.

.Paul, cherchant, — Flair... Flair (T artilleur.,. Ah ! le voilà... Quelle drôle d'idée, madame la duchesse ! C'est un canasson de dernier ordre !

Yvonne. — Oui, mais il paraît qu'il va gagner.

Paul. — Vous avez un tuyau ?

Yvonne. — Il paraît qu'on l'a entraîné spécialement pour... {Elle s'avise à temps de la gaffe) ^\xq...

I^ECHAR DE L'ÉTAT 2Ô7

qu'il... enfin il paraît que c'est sûr. L'ambassadeur, qui est très prudent, a fortement ponté.

Paul. — Ah! ah!... Mais... je risquerais bien quelque chose... (Il entr'ouvre son portefeuille,) J'ai un billet de mille francs.

Yvonne. — Je crois que la chance de Flair d'artilleur les vaut.

Paul. — Ah? Vous me décidez... Mais... (Cherchant des yeux quelqu'un,) Je ne peux pourtant pas pas aller les porter moi-même... {Jous les personlUKjes qui sont là sont vraiment de trop d'importance pour faire la commission de l'Empereur. ' — Avec un entêtement denfant,) Enfin, je veux absolument... Ah! [Il aperçoit Lutzbourg qui vient de renlror dans la tribune.) Général ! Général ! Vite !... Tenez, voilà cinquante louis. Allez me les mettre ^\\v Flair d artilleur,

LuTzuouuG. — Oui, Sire.

Paul. — Vite, mon vieux, la cloche va sonner. [Lutzbourq se hâte. — La cloche sonne avant quil ait pu rentrer dans la tribune. Il reste au pesage.)

Trois faux départs. Flair iravlllleur fait des sauts de mouton, mais refuse de partir. Enfin, au quatrième départ, il se décide, mais il ne se presse point. 11 fait la moitié de la course à environ cent cin((uante mètres du peloton.

Paul, à Yvonne. — Duchesse, je ne vous reprocherai pas mes cinquante louis, mais, si ça continue comme ça, ils sont ratisses.

Yvonne, déroutée par le retard de la manifestalion. — En effet... si cela continue... mais c'est étonnant que...

208 LK CilAK DK L'ÉTAT

Le peloton double le bouquet d'arbres, Flair (rdHilleuv toujours à une lieue derrière.

TiiÉODOiiA se lève, se penche et crie : — Flair d artilleur! Flair d" artilleur !

Aussitôt, une clameur formidable :

— Vive Hector! Yive Hector! Abdication!

Paul, tout pale. — Qu'est-ce que c'est'? Ce n'est

pas dans la course cette fois-ci?

Yvonne, émue. — Non, Sire.

ÏHÉODOKA. — Flair d artilleur !

Sylvère. — Comme il veut ! Dans un fauteuil î

En effet, tous les chevaux, effarés, se dispersent, Flair frartilleur l'ait walk over au petit galop.

' TuÉODORA. — Flair d'artilleur !

La foule. -— Vive Hector ! Abdication ! Abdication !

Paul. — Sacrebleu !

La foule. — Abdication! Hector! Hector!

Les cannes en t'air, les poings, les chaises. M»ilée. Tout à coup une voix terrible, une voix de champ de manœuvres, crie :

— Vive l'Empereur !

— Bravo !

— Conspuez !

— Vive l'Empereur !

LePkésidekt du Conseil, au Ministre de la police. — Diles donc, je crois reconnaître la voix du comte de Lutzbourg.

Le Ministre de la police. — Fichtre ! H doit passer un joli quart d'heure.

Vive Hector ! Abdication !

A (0 nioinonl. un porsonna^'e (loineiiré inconnu escalade la Iri- 1)11 no. Il s(; ])r(''('ipit<; sur rEiiipereur les deux poings levrs. av<'c rintcuitiou évidente de lui enfoncer son chapeau jusi|n'aux oreilles.

YvoN.NE, ])oifssanê toi cri. — Ah I...

Mais clic no perd pas son san^^-froid. Kilo pointe son ombrelle cl on porlo un coup violent dans le ventre de l'individu. Colui-ri so plie en doux et tombe, les mains en avant, sur le dossier du l'autouil impérial, au nioment (u'i Paul vient de se Jotor do côté. Le ministre do la police, ennuyé iW la tournure i\\\v. j)rounont les chos(îs. veut donner de sa personne. Il bousoulo l'individu et réussit à le rejeter, par-dessus la balustrade, dans los bras des aj^Mînts. — T(dm-bohu. — On ])rucède sans aucun discernement a un nombre incahuilable d'arrestations. — L'ordre règne sur le champ de courses. — Silence de mort.

Pai:l, rrcoiirvdut ses esprits,. — Madame Tamhassadrire... Vous nous avez sauvé la vie... Nous ne l'ouhlierons jamais, [f/ lift jn^esse 1rs nidiits arrr r If u si (tu.)

VvoNNi:, prrs dr se Ironror ntal, — AIi ! Sire...

Xalntkaillls, accourdïit. — Sire 1... (lias à Yntnitp.^ Vous avez été d'une présence d'esprit sublime î La niaiit^. discrèleinent.)

Iirlcrilo. AII("udrissomont. Tout le uu)nd(Mlélile. (Congratulations. L ambassadrice (W Franco est aussi félicitée (pu; rLmpereur.

LWiTiucm:, à rAllnna(/iœ. — Somme toute, <»st-('e (|u<î cela peut vériLahlement s'appeler : sauver la vie ?

J/Alli:ma<.ne. — Ma chère, ce n'est qu'un coup (le parapluie instinctif.

Ll Mahkciial dl: la (Iour, s approchant de Hùn-

pereur. — Sire, les ordres avaient été donnés pour le départ de Votre Majesté aussitôt après la cinquième course,

Paul. — Est-ce qu'elle est courue ?

Le Maréchal de la Cour. — Oui, Sire.

Paul. — Ahî tant mieux!... Eh bien, allons.

[Il jiresf^e encore lès mains d'Yvonne,)

Sortie sans encombre, et comme si rien du tout ne s'était passé. Le cortège se reformo. — Il se dévelopi^e dans l'avenue du jardin botanique. — Tout d'un coup :

Cris. — Vive Hector!... Vive Hector!... Abdication !...

Paul. — Hein? Ça recommence?

Le Maréchal de la Cour, qui est très tinioré, — On le dirait, Sire... Aïe!

Paul. — Quoi?

Le Maréchal de la Cour. — J'ai reçu... Qu'est-ce que c'est que ça?

Paul. — Essuyez-vous avec votre mouchoir, vous êtes dégoîitant ! C'est un œuf... Hou !...

— Votre Majesté aussi !

— Oh!

— Ah !

Une grêle d'œufs. En outre, la circulation est mal établie. La voiture de l'Empereur n'avance plus.

Le Maréchal de la Cour, ruisselant, — Sire, il ne faut pas songer à pousser plus loin.

Paul. — Je ne peux pourtant pas rester immobile et impassible sous cette mitraille !

Le Maréchal de la Cour. — Sire, nous sommes

juste en face de Thôtel Castelli Romani. Ne pourrait-on y demander asile ?

Paul, à soi-même. — Qui l'eût dit?... Non, non, messieurs, je ne puis avoir l'air de reculer... {Un œuf,) Oh ! {Un autre.) Ah !... Aïe !... Ouf!.... Vous avez raison.

Le voiture vire brusquement. Le portier des Castelli Romani. qui assiste à la manifestation, de sa loge, voit, comprend» ouvre la grille, laisse passer la voiture, referme. L'Empereur est en sùrclti. On entend au dehors des cris de cannibales.

La marquise de Castelli Romani se trouve à point sur le seuil du vestibule pour recevoir l'Empereur. Elle a justement une toiitîttc de veuve morganatique. Paul lui lance un regard qui vaut un mot historique, un regard qui veut dire littéralement : « Ouvrez, ('/est l'infortuné Empereur Paul VII î »

.IrDiTH, S inclinant profondément, — ^ Sire, le marquis est absent...

Paul. — N'importe, madame... Ah !... Ah !... je ne me doutais point que j'aurais jamais le plaisir de venir chez vous... Mais je me doutais encore moins que ce dût être en pareil équipage.

.TiiDiTH. — Yotre Majesté prendra ici quelques instants de repos...

Paul. — Oui, jusqu'à la nuit tombée. Ensuite nous rentrerons au Château... Ah ! ma chère, nous. sommes accablé de douleur. Nous sommes honteux pour nos peuples de ce qui nous arrive. {Avec finr inlention galante.) Voilà donc à quoi nous auront servi tant de douloureux sacrifices I

Judith. — Ah ! Sire, chacun de ces cris sauvages (|uc j'entends me perce le cœur. Je me dis : c^est peut-être moi qui suis cause...

Paul, inipatienté. — Mais non, madame. {Cette

manie q a elle a de s' attribuer toutes les responsabilités, re.raspère.) Montons... C'est joli, chez vous...

Non... Vestibule l^lanc. à colonnes. Escalier l)lanc avec tapis de Smymo snr le marbre blanc des marches. C'est tout à fait palace-hotol de la Compagnie des wagons-lits.

Judith, abandonnant V Empereur au seuil d'un boiuloir qui nest plus du tout dans le style palacehôtel. [Louis XV^ tapisseries à sujets chinois.) — Sire, je n'ai plus qu'à disparaître. L'on va réparer le désordre de vos habits. Après quoi Ton conduira Votre Majesté dans le grand salon du rez-dechaussée^ qui est le vôtre tant qu'il vous plaira... Votre Majesté me pardonnera si je suis incapable de regretter tout à fait un événement qui m'a valu rhonneur inespéré 'de la recevoir chez moi... le bonheur, plus inespéré peut-être, de la revoir.

Paul, f/êné. — Ah!... Ma chère... Croyez que nous-môme... Nous sommes touché... [Il lui tend la main. Elle plonr/e. Il lui baise la main.)

Elle se retire, et Paul reste en proie à trois valets de chambre admirables (pii se ressemblent comme des frères juujcaux. Evidemment, les Castelli Romani possèdent un haras où on Ipur fabrique leur diunesticité snr mesure, <*ar tous leurs «^^ens ont le même visaf^e. Paul, accoutumé au fâcheux extérieur des siens, est intimidé devant ceux-ci. 11 leur trouve des fa(;ons de prêtre et ose à peine se déshabiller devant eux. Mais les trois valets lui font respectueusement violence, et en cinq minules il est nettoyé, ratissé, raclé des pieds à la tête.

Alors on le conduit au ^Tand salon du rez-de-chaussée. (Portefenêtre sur le jardin.) Nous retombons dans le palace-hntel. avec on ne sait quelles réminiscences de la jj^alerie d'Aiiollon. — Arnolphe, Jean, Théodora, Sylvèro et de nonibreux personnafjres de la Cour simt là, ((ui attendent riùnpereur. \v sourire aux lèvres. 11 sourit comme eux. 11 est dînis l'état d'il me d'un personnage <les MiUe et une nui/.s, qui, après avoir subi les plus pénibles épreuves, est transporté par les génies

dans lin palais niervenieux, où il trouve le bain parfuniô, les sorlx^ls, le i^iUi et suçtout le reste. IlAvc-l-il ? Est-ce tout à riieun; ((u'il rêvait ?

l/onlrce d'un personiiaji^o bizarre le rappelle à la réalité. (Vest une IVinnie. car il y a. tout autour, des lambeaux de r(d)(^ Le vis:ij,'e dis[)nraît sous de longues mèches de cheveux c(dlés au jaune d'o'ul*.

IVvuL, sff//'oqifc\ — Qu'est-ce que c'est que ça? Pourquoi a-l-on laissé entrer ça ici ?

Ij'ktkk innomable, arec la voix de la comtesse (f Esrlicnbach. — Mais, Sire, c'est moi !

IVm:l. — Vous, comtesse! D'où sortez-vous?

La comtlssi: d'Kscuenhacu. — Des mains de ces Vandales! Ils m'ont bien reconnue ! Ils m'ont prise pour cible !

l^Ai'L, 1r(ii\sj}(irlc de fureni\ au Président du Consril. — Voilà les résultats de votre politi(|ue, monsieur! Vous aurez une belle plaoe dans Tliistoire, lous mes compliments! Votre- ministère demeurera célM)re î Le ministère des (eufs pourris !

Li: l*i;i':sn)LNT nu (Ionskil. — Sire...

Pail. — Taisez-vous ! Je devrais vous reprendre v()U(i maro^iuin comme on reprend un tablier. d'csl d'ailleurs ce que je me propose de faire à la prcmioro occasion, je vous en avertis... [Les paroles s (irrvlenl dans sa (/ore/e : un nourri rrlopé rient de para (Ire, Ij Empereur reconnaît arrr stupeur son fulr/r Lutzhourg.) Oli!... Ob ! j^^énéral !...

1^1 rzr.oiud. — Oui, Sire... Voilà... voilà...

Lliziîol'U(.. — Tout ça parce que j'ai crié :

21i LE CHAR DE L'ÉTAT

« Vive l'Empereur! » Les agents m'ont empoigné, et pendant deux heures on m'a passé à tabac !

Paul, au M'udstre de la police. — Ah! ah!...

Ah! monsieur, voilà Tesprit de votre police?... C'est exquis! Parole!... J'ati^nds votre démission... Imbécile!

Le Mlnistue de la police. — Oh

Paul, fcs' yettx hors de la tête, - - J'ai dit et je répète : « Imbécile ! » (.1 Sylvrre.) Qu'est-ce que vous avez à ricaner dans les coins avec votre sœur, vous ?

Sylvère. — Moi?

Paul, très pion, — Parfaitement, vou^ ricanez, je vous ai vu. Vous commencez à m'embè'er avec vos ironies. Allez donc faire un petit voyage.

Théodoua. — Sire, c'est justement de ceLi que nous causions. Nous voudrions tous les deux faire un tour eu Allemagne, sous prétexte de rentre visite à l'Impératrice, qui est toujours à Brème, et qui ne doit pas s'y amuser tous les matins.

Paul. — C'est ça, allez -y, débarrassez-moi le plancher, je vous donne congé. Vous entendez, Arnolphe, Jean, je leur donne congé, et je vous défends de les suivre.

AiuNOLPUE, Jean. — Mais, Sire...

Paul. — Taisez-vous. Vous resterez ici, avec moi : je ne peux pas me priver de tout le monde... Vous, comtesse, vous accompagnerez l'archiduchesse, en qualité de dame d'honneur. Vous voyez bien que le climat est malsain pour vous, ici. Je

LIS y ai laissé revenir trop tôt. Lutzbourg, vous ' z aussi. Voilà... Maintenant il fait nuit, la rue calme? {Avec tint, dignité à la Louis XIV.) 'on demande mes voitures. En route, mesurs...

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