‹ Le Charbon des animaux et de l'hommeChapitre 10 sur 30 · DIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIXIÈME LEÇON

Transmission du charbon de la mère an fœtus.

Sommaire. De la contagion intra-utérine en pathologie humaine la variole congénitale en est le type. — Expériences de Brauell- Davaine : le bacillus anthracis ne franchirait pas la barrière placentaire. — Importance doctrinale attribuée à ce fait. — Expériences de M. Chamberland et moi ; elles prouvent la transmissibilité de la bactéridie charbonneuse de la mère au fœtus. — Pourquoi cette transmission a été méconnue par nos prédécesseurs : ils n'avaient eu recours ni aux cultures, ni aux colorations.

Obscurités qui régnaient sur l'immunité contre le charbon conférée au nouveau-né par la maladie maternelle. — Ces obscurités disparaissent par la notion du passage de la bactéridie charbonneuse à travers le placenta.

Messieurs,

La transmission de certaines maladies virulentes de la mère au fœtus est un fait établi depuis longtemps, par Tobservation clinique, en pathologie humaine. Les documents les plus riches à cet égard sont relatifs à la variole et il existe toute une littérature sur « la variole du fœtus, la variole intra-utérine ou variole congénitale ». D'une façon générale, lorsqu'une femme enceinte eut atteinte de petite vérole, plusieurs éventualités peuvent se produire : tantôt elle avorte et, dans un certain nombre de cas, le fœtus expulsé présente des traces manifestes d'éruption variolique ; ou bien la grossesse suit son cours normal et la femme donne naissance à un enfant marqué de cicatrices de petite

vérole, ou en pleine éruption de pustules varioliques, ou à un enfant chez lequel Téruption se produit dès les premiers jours qui suivent la naissance, c'est-à-dire à une époque où, d'après nos notions sur ladurée de l'incubation de la variole, il est manifeste que la contamination du fœtus a dû se faire pendant la vie intra-utérine. Ou bien encore, l'enfant au moment de la naissance ne présente aucune manifestation apparente de la variole, mais il témoigne cependant d'une participation évidente à la maladie maternelle par l'immunité dont il jouit à l'égard de la variole spontanée, ou inoculée, ou de la vaccine. EnQn, dans une dernière catégorie de faits, la variole subie par la mère pendant la grossesse ne paraît exercer aucune influence sur le fœtus ; Tenfant, après sa naissance, ne jouit d'aucune immunité et se montre susceptible de contracter une variole ou une vaccine légitime.

Pour d'autres maladies infectieuses, pour la rougeole, la scarlatine, la fièvre intermittente, il existe également des exemples de transmission s'effectuant de la mère au fœtus pendant la vie intra-utérine ; mais ces faits sont beaucoup plus rares et moins nets que pour la variole. Plus complexes encore sont les problèmes que soulèvent la syphilis et la tuberculose héréditaire.

En ce qui concerne le charbon^ tous les expérimentateurs, jusqu'ici, ont été unanimes à constater que la maladie ne se transmet pas de la mère au fœtus et que le placenta oppose à la bactéridie une barrière infranchissable.

Brauell fut le premier qui s'enquit de la manière dont se comportent les fœtus de mères ayant succombé à l'affection charbonneuse. Ses expériences sont au nombre de quatre et portèrent sur le sang d'un fœtus de jument, morte de charbon, et celui de trois fœtus de brebis ayant succombé à la même maladie. Il constata que le sang de ces fœtus, à l'examen microscopique, ne contenait pas de bactéridies ; ce même sang fut inoculé sans ré-

Bultat à des moutons (1). Il fut ainsi conduit à formuler la conclusion suivante :

« Les embryons des animaux morts de charbon ne présentent aucune des altérations anatomiques propres au charbon. Le sang lui-même n'offre rien d'anormal : de ces faits observés par moi, ainsi que des résultats négatifs des inoculations du sang fœtal, on peut conclure que le charbon ne passe pas de la mère au fœtus (2). »

Brauell se borna à cette simple constatation, sans insister davantage sur sa portée. Neuf ans plus tard, Davaine répéta ces expériences avec le même résultat ; il ne paraît pas, du reste, avoir eu connaissance du travail du vétérinaire de Dorpat, car il ne le cite point.

Dans une note lue à l'Académie de médecine, où il cherche à établir que la bactéridie est bien la cause véritable du charbon et où il signale les difficultés pratiques de la filtration du sang charbonneux, Davaine s'exprime ainsi :

« Le filtre que l'industrie humaine ne peut nous procurer, la nature peut nous le fournir ; on sait en effet que, chez les mammifères en état de gestation^ le placenta ne laisse point passer les corps solides les plus petits, ni les corpuscules du sang^ ni les substances les plus ténues que l'on emploie dans les injections. Il était donc très probable que les bactéridies, qui sont des corps solides, ne passeraient point de la mère au fœtus, et j'ai en effet pu vérifier ce fait, dans un nombre de cas suffisants pour acquérir à ce sujet une certitude. Cela posé, si les bactéridies et le virus charbonneux sont une même chose^ le sang du fœtus qui ne reçoit point de bactéridies doit être incapable de produire le charbon ; c'est ce qu'a montré l'expérience suivante :

(1) Gomme mode d'inoculation, Brauell se servait le plus souvent d un fil imprégné de sang et passé en séton sous la peau de la nuque ou de l'oreille ; dans d'autres cas, il inoculait à la lancette. — Nous avons déjà dit que ces procédés sont moins certains que l'injection sous-cutanée à l'aide de la seringue de Pravaz. 9

(2) Brauell, Weitere Mittheilungen ûber Milzbrand und Milzbrandblut (Virchow's Arch. 4858, t XIV, p. An).

< J'ai inocule un cobaye en état de gestation très avancé avec du sang charbonneux. Le cobaye étant mort deux jours après rinoculation^ offrait dans son sang et dans celui du placenta des myriades de bactéridies; mais il n*y avait aucun de ces corpuscules visible dans le sang ou dans les organes du fœtus^ qui se trouvait seul dans la matrice.

« Quatre cobayes alors furent inoculés, l'un avec le sang du placenta, qui contenait des bactéridies^ et les trois autres avec celui du cœur, de la rate et du foie du fœtus, qui n'en contenait pas. Or, le premier cobaye mourut le lendemain, infecté de nombreuses bactéridies, tandis que les trois autres, inoculés avec le sang du fœtus, ne furent nullement malades, et je les conservai vivants pendant plusieurs mois encore (1). »

M. Bollinger, M. Chauveau répétèrent ces expériences sur des brebis pleines, avec le même résultat, et ainsi le fait du non-passage du bacillus anthracis à travers le placenta fut universellement accepté; les expériences de Brauell et de Davaine prirent une véritable importance doctrinale; elles furent sans cesse invoquées comme une des preuves les plus décisives que, dans les liquides charbonneux, la virulence est inhérente à la bactéridie et qu^elle ne réside pas dans des substances solubles, capables de diffuser à travers les membranes de l'œuf.

Dans leurs recherches sur le charbon symptomsL' tique, MM. Arloing, Cornevin et Thomas ont constaté, sur des brebis pleines, que la bactérie qui est Tagent de cette maladie franchit la barrière placentaire et se retrouve dans le sang du fœtus. Ils enregistrent ce fait comme un caractère différentiel de plus, à ajouter à ceux qui distinguaient déjà le charbon symptomatique du charbon proprement dit (2).

Au commencement des recherches auxquelles nous nous sommes livrés, M. Chamberland et moi, en 1882,

(1) Davaine. ( Aead. de médecine^ séance du 3 décembre 1867).

(2) Arloing, Cornevin et Thomas, Sur Vétat virulent du fœtus chez la brebis morte de charbon symptomatique. (C. H. de VAcad, des sciences, 1882, t. 92, p. 739.)

sur la transmission des maladies virulentes aiguës de la mère au fœtus, nous arrivâmes d'abord, en ce qui concerne le charbon, à des résultats identiques à ceux obtenus par nos prédécesseurs. Les fœtus des femelles de cobaye mortes de charbon nous parurent indemnes et leur sang, à l'examen microscopique, privé de bactéridies. Le non-passage du bacillus anthracis à travers le placenta nous parut d'autant plus remarquable que^ dans le même temps, nous étions arrivés à constater la transmission, de la mère au fœtus, de deux autres maladies à microbes bien déterminés : le choléra des poules et la septicémie expérimentale aiguë de Pasteur (1).

Mais quelques semaines après (2), à la suite d'expériences nouvelles et plus nombreuses, nous arrivâmes à des résultats positifs qui nous permirent d'affirmer que la loi de Brauell-Davaine, dans la formule absolue que ces expérimentateurs lui ont attribuée, est erronée. Nos recherches montrèrent, d'une façon certaine, que dans Ze charbon, che2 ie cobaye, la barrière placentaire est souvent franchie, que le sang fœtal peut contenir des bactéridies et être virulent.

Nos expériences portèrent sur des femelles de cobaye, au nombre de plus de vingt, à diverses périodes de la gestation. Elles furent inoculées soit avec de la culture virulente de charbon, soit avec de la culture atténuée (deuxième vaccin de Pasteur), virulente encore pour le cobaye. Ces animaux succombèrent au charbon type, dans un temps variant entre 36 et 60 heures.

(1) Straus et Chamberland, Recherches expérimentales sur la transmission des maladies rnrulentes aiguës de la mère au fœtus, (C» R. de la Société do^biologie, 4 nov. 1882, p. 683.)

(2) Straus et Chamberland, Passage de la bactéridie charbonneuse de la mère au fœtus. (C R. de la Société de biologie^ 46 décembre 1882, p. 804, et C, R, de V Académie des sciences, 18 décembre 1882, t. ,95 p. 1290). — Voyez aussi : Straus et Chamberland, Recherches expérimentales sur la transmission de quelques maladies virulentes, en particulier du charbon, de la mère au fœtus. (Arch, de physioL, 1883, t. I„ p. 435),

Immédiatement après la mort, les fœtus étaient extraits rapidement et avec soin et plongés aussitôt dans de l'eau bouillante, pendant un temps plus que suffisant pour tuer les quelques bacilles provenant du sang maternel ou placentaire qui aurait pu souiller leur peau. Les vases recevant les fœtus après leur extraction, les instruments destinés à les ouvrir étaient rigoureusement flambés, de sorte que nul soupçon de contamination par le sang maternel ne pouvait subsister.

Des prises de sang furent faites, à l'aide dune pipette effilée, sur chaque fœtus, dans le foie et dans le cœur ; la surface de ces organes, par surcroît de précaution, était toujours brûlée au point où la pipette allait puiser le sang. Le sang ainsi recueilli fut : 1® examiné au microscope ; 2° semé dans du bouillon de veau neutralisé et mis à Tétuve à 37*^ ; 3* inoculé à un certain nombre de cobayes. L'examen microscopique du sang fœtal (que nous pratiquâmes, il est vrai, à cette époque, sans recourir aux procédés de coloration) ne nous permit point de constater la présence de bactéridies. Les globules rouges du sang fœtal n'offraient pas non plus l'état agglutinatif caractéristique du sang charbonneux. A cet égard, les faits paraissaient donc, de prime abord, conformes à ceux observés par Brauell, Davaine, etc.

Il en fut tout autrement des résultats que donnèrent les cultures. Plusieurs éventualités se présentèrent : Dans quelques cas, les plus rares, le sang puisé dans tous les fœtus que renfermait la mère (1) demeura stérile. Dans d'autres cas, chez la même femelle dont l'utérus contenait une portée de 2, 3, 4 ou 5 fœtus, le sang d'un seul, ou de deux, trois, etc., fut semé avec succès, le sang des autres fœtus se montrait stérile. Enfin, dans certains cas, tous les petits d'une même portée donnèrent du sang dont la culture fut féconde.

(1) On sait que rutérus (double) des cobayes peut contenir un nombre de fœtus variant entre 1 et 5.

Nous avions soin de semer, dans plusieurs flacons de bouillon, du sang recueilli sur un même fœtus, et de le semer en quantité notable (plusieurs gouttes pour un flacon). Or, des cas se sont présentés où quelques-uns de ces flacons demeurèrent stériles, tandis que d'autres flacons, ensemencés avec le même sang, cultivèrent. Cela prouve combien est petit le nombre des bacilles contenus dans le sang fœtal : ils y sont, pour ainsi dire, par unités, puisqu'on peut prélever sur des fœtus une quantité notable de sang (plusieurs gouttes) qui ne donne rien par la culture et par conséquent ne renferme aucune bactéridie.

La culture nous révéla donc la présence, dans le sang fœtal, de bacilles en très petit nombre. Cette notion inattendue nous engagea à pratiquer un certain nombre d'inoculations avec du sang de fœtus sur des cobayes variés. Nous eûmes soin d'employer pour cette inoculation une dose relativement considérable de sang fœtal (deux à trois divisions de la seringue de Pravaz). Dans un certain nombre de cas, ces inoculations échouèrent; dans d'autres, elles donnèrent au contraire des résultats positifs et les animaux inoculés succombèrent au charbon. D'où cette conclusion que, dans un certain nombre de cas, le sang du fœtus est virulent.

Ces résultats ont été obtenus sans que la période plus ou moins avancée de la gestation, la marche plus ou moins rapidement mortelle du charbon ni le moment, après la mort, où a été pratiquée l'autopsie, y aient apporté de différence appréciable. Dans un certain nombre de cas, nous avons eu soin de pratiquer l'autopsie immédiatement après la mort, pour éviter la gestion du passage, post mortem, du bacille à travers le placenta. Des résultats positifs ont été obtenus dans ces cas aussi bien que dans ceux où Tautopsie avait été plus tardive.

Le placenta ne constitue donc point, comme on Ta cru jusqu'au moment de nos recherches, une barrière

mm

infranchissable pour le bacillus antliracis. Dana un certain nombre de cas, le sang dos f cetus de mères charbonneusearenfermedesbactéridies, en assez faible quanf ité,il est vrai, pour que la culture soit nécessaire pour les déceler avec sûreté. De même, ce sang se montre virulent si l'on a soin d'en employer, pour l'inoculation, des quantités assez notables. Le placenta n'est donc pas un filtre parfait à l'égard du bacillus anthracis ; mais il joue cependant un rôle de flltration manifeste, puisqu'il ne livre passage qu'à un nombre restreint de microbes. Dans quelques cas seulement, cas exceptionnels, la flltration est parfaite et le san'» du fœtus peut ne posséder ri'îellement ni bactéridies, ni virulence.

La loi de Erauell-Davaine, qui généralisait une exception, est donc erronée : erreur qui fut heureuse à un moment donné, et profitable à la science, puisqu'elle a fourni à la théorie parasitaire des maladies infectieuses un des arguments en apparence les plus solides, à une époque où les preuves directes n'abondaient pas comme aujourd'hui.

Des expériences identiques aux nôtres quant au modus faciendi et quant aux résultats furent faites à Turin, par M, Parroncito. Comme nous, l'expérimentateur italien s'assura, par la méthode des cultures et par l'inoculation, que le sang des fœtus de femelles de cobayes charbonneuses est souvent, mais non constamment, virulent. 11 établit en outre que la transmission est due au passage à travers le placenta de bacilles, et non de spores, comme l'avait annoncé d'une façon erronée M. Griffini {!).

Plus récemment, M. Koubassoff a répété également nos expériences avec des résultais semblables. Il dit même avoir constaté, par l'examen de coupes colorées

(1) PeiToncilo, Sulta tmsmissione del carbonchio i dri ai felt. {Acndornia dei Lincei. série ,1, vol. XIV, 4 mars 1883.)

des divers organes des fœtus, que le bacillus anthracîs se rencontre constamment dans ces organes, en d'autres termes, que la transmission s'effectuerait toujours, sur tous les fœtus d'une même portée (t). Cette assertion aurait besoin d'être vérifiée.

Cette notion nouvelle du passage de la bactéridie charbonneuse de la mère au fœtus est importante, surtout au point de vue de l'interprétation de Timmunité transmise au fœtus par la maladie subie par la mère pendant la gestation. La façon la plus naturelle de comprendre cette immunité consiste à l'attribuer à une atteinte légère; mais réelle, de la maladie maternelle. Mais avec nos idées actuelles sur la cause des maladies virulentes, cette atteinte, si faible qu'elle soit, ne peut guère être expliquée sans l'intervention directe du micro-organisme pathogène, cause unique et nécessaire de la maladie.

Pour le charbon, cette interprétation si satisfaisante de l'immunité transmise au fœtus était contredite parla loi classique de Brauell-Davaine. De là, un certain malaise pour la théorie, et des tentatives d'explication plus ou moins heureuses ; les choses sont devenues plus claires grâce à cette notion nouvelle de la transmissibilité du bacillus anthracis de la mère au fœtus.

M. Chauveau est le premier qui ait signalé des faits d'immunité contre le charbon conférée au mouton nouveau-né par la maladie subie par la mère pendant la gestation. Chez les moutons algériens, il constata que l'immunité déjà naturellement très forte dont ces animaux sont doués contre le charbon peut être renforcée par des inoculations répétées de très petites doses de virus. Ces inoculations préventives déterminent cependant chez les moutons une fièvre légère, de l'engorgement ganglionnaire, etc.

(i) Koubassoff, Passage des microbes pathogènes de la mère au fœtus. (C. R. de VAcad. des sciences, 1885, t. CI, p. 101.)

« Sur les agneaux qui vienaent.de naître, dit M. Chauveau^ on observe, après les inoculations préventives^ les mêmes phénomènes que chez les adultes : parfois malaises apparents^ toujours élévation de la température rectale et tuméfaction plus ou moins évidente des ganglions voisins de la région inoculée. Or, aucun de ces phénomènes ne se manifeste sur le jeune agneau dont la mère a été plusieurs fois inoculée dans les derniers mois de la gestation. La résistance du jeune sujet est alors aussi complète que possible. C'est le 24 septembre 1879 que j*ai constaté ce fait pour la première fois sur un agneau né le 8, d'une mère qui avait été inoculée le 5 et le 21 juillet précédents. Littéralement couvert de piqûres d'inoculations à diverses reprises, cet agneau ne présenta jamais trace de tuméfaction ganglionnaire ni d'élévation de la température rectale. Il en fut exactement de même des deux autres agneaux dont les mères avaient été inoculées, trois et quatre semaines avant la mise-bas^ avec de notables quantités de virus intro« duites par injections sous-cutanées.

a De ce fait découlent d'importantes conséquences pour la théorie de l'immunité. Comme l'a si bien démontré M. Davaine, les bâtonnets bactéridiens ne se multiplient pas dans le sang du fœtus, même quand on en trouve de prodigieuses quantités dans le sang de la mère. Les éléments normaux solides du sang ne passent pas, du reste, plus communément d'un système vasculairo dans l'autre. Seul, le plasma sanguin peut faire l'objet d'échanges osmotiques actifs entre la mère et le fœtus. On est donc autorisé à conclure, relativement aux inoculations préventives du sang de rate : 1*» que le contact direct de VoV' ganisme animal avec les éléments bactéridie^is n^est pas nécessaire à la stérilisation ultérieure de cet organisme; 2° que les inoculations préventives agissent sur les humeurs proprement dites, rendues stériles et stérilisantes, soit par soustraction de substances nécessaires à la prolifération bactéridienne, soit plutôt par addition de matières nuisibles à cette prolifération (1). »

Si, comme nous Tavons démontré, la loi de Brauell- Davaine est inexacte, ces considérations, quelque ingénieuses qu'elles soient, tombent du même coup. Puis-

(1) Chauvcau, Du renforcem,ent de Vimmunité des moutonfi algériens, à l'égard du sang de rate, par les inoculations préventives. Influence de Vinoculation de la mère sur la réceptivité du fœtus, (G, R. de VAcad, des sciences, 1880, t. 91. p. 148.)

que la bactéridie passe, dans un certain nombre de cas du moins, au fœtus, elle doit provoquer dans l'organisme de ce dernier les mêmes effets que chez la mère elle-même : une véritable maladie charbonneuse. Tantôt le charbon subi par le fœtus sera assez intense pour le faire mourir, d'où Tavortement ; d'autres fois, la maladie charbonneuse, déjà très atténuée chez la mère (dans les inoculations d'après la méthode de Pasteur, ainsi que dans les inoculations préventives des brebis algériennes de M. Chauveau), le sera également, et peutêtre davantage, chez le fœtus. Nos expériences, en effet, nous ont appris que les bactéridies ne se rencontrent dans le sang du fœtus qu'en quantité très minime; d'autre part, nous savons aussi, à la suite des belles recherches de M. Chauveau, quelle atténuation on obtient, quant aux effets des inoculations virulentes, par la réduction du nombre des microbes inoculés (1). Le charbon éprouvé par le fœtus dans ce cas sera donc très atténué, mais suffisant cependant pour conférer ultérieurement au nouveau-né une immunité plus ou moins durable. Enfin, il est des cas où aucune bactéridie ne franchit le placenta ; ce sont là aussi les cas où le nouveau-né, malgré la maladie subie par la mère, ne présente aucune immunité.

L'immunité conférée par la mère au fœtus résulte donc de la contamination directe de l'organisme fœtal par le bacillus anthracis ; en d'autres termes, elle dérive d'une maladie charbonneuse, plus ou moins atténuée, mais réelle et effective, transmise par la mère au fœtus.

Page 1