NEUVIÈME LEÇON
Anatomie et physiologie pathologiques de la maladie
charbonneuse.
Sommaire. — Etude du charbon inoculé du lapin ou du cobaye. — Œdème gelatiniforme.au point d'inoculation.; la bactéridie a une action locale phlogogène, mais non pyogène. — Lésions des premiers ganglions ; ils sont remplis de baotéridies avant que le sang ni les autres organes n'en contiennent. — Invasion du sang. — Lésions des organes ; réplétion bactéridienne des capillaires de la rate, du rein, du foie, etc , rendue surtout évidente sur les coupes colorées. — Topographie des bacilles : leur siège presque exclusivement intra-vasculaire. — Intégrité des cellules parenchymateuses. — Présence de bactéridies dans les produits de sécrétion (urine, bile, lait).
Analogies des lésions anatomiques du charbon inoculé du . mouton avec celui des rongeurs, avec fréquence, en plus, d'hémorrhagies viscérales. — Les lésions hémorrhagiques sont encore plus accusées chez le cheval, l'âne et le bœuf.
Théorie du rôle de la bactéridie dans le charbon : elle agirait ' en enlevant l'oxygène aux globules rouges ; ou bien mécaniquement, par obstruction embolique des capillaires ; ou en sécrétant un produit toxique (ferment soluble ou ptomaîne). — La solution du problème est encore à trouver.
Messieurs,
Pour s'initier à l'étude du charbon, on doit se servir de préférence de rongeurs (souris, cobayes, lapins). Si Ton injecte sous la peau d'un de ces animaux, avec la seringue de Pravaz, quelques gouttes de sang charbonneux, frais, ou d'une culture virulente de bactéridies, on verra, au bout de dix à quinze heures, un empâtement œdémateux assez prononcé, facile à sentir par la palpation, se développer au point d'inoculation ; en m&ne temps la température centrale de Tanimal s'élèvera d'un ou de deux degrés. Les autres symptômes accusés par les animaux sont insignifiants ; ils continuent à
manger et à se bien porter en apparence jusqu'à quelques heures avant la mort; celle-ci survient ordinairement 36 à 40 heures après l'inuculation chez le cobaye, 48 à 60 heures chez le lapin. Elle est précédée d'une courte période pendant laquelle l'animal paraît inquiet, change souvent de place, urine fréquemment; la respiration s'accélère ; l'animal devient comme indifférent et assoupi; il ne cherche plusàfuiret,quandille fait, c'est avec des mouvements incertains et mal coordonnés. Puis il tombe dans une sorte de coma, la respiration devient plus superficielle et il meurt après quelques légères convulsions et une température centrale fortement abaissée, à 34", à 32", quelquefois à 30".
À l'autopsie on ne trouve plus à la peau de trace de la piqûre d'inoculation; mais à ce niveau, dans une étendue parfois fort grande, le tissu cellulaire sous-cutané est le siège d'une infiltration œdémateuse tout-àfait caractéristique: c'est un œdème gélatineux, tremblotant, transparent, à peine teinté de rouge, rappelant un peu la consistance du corps vitré de l'œil. Si on examine au microscope une gouttelette de cet œdème, on constate qu'il renferme des leucocytes et des globules rbuges en petite quantité et des bactéridies plus longues que celles que contient le sang, en nombre relativement faible aussi. En résumé, le bacillus antbracis par son développement dans le derme ou dans le tissu cellulaire sous-cutané des rongeurs, y provoque l'exsudation d'une sorte de lymphe coagulable, mais sans issue notable, hors des vaisseaux, de leucocytes : le microbe du charbon, tout en étant manifestement pblogogène, ne possède point de propriétés pyogènes (1).
(1) On a fait un certain nombre d'eipérienccâ intéressantes, sur le lapiD parliculiercment, dans )e but de rechercher au bout de combien do temps la cautérisation énergique ou mieux l'excision du point où le charbon a été inoculé (a la lancette) est susceptible d'empêcher l'infection générale de l'économie. M. Colin a constaté que ce temps est souvent extrOmomenl court; chez des lapins inoculés au
Les ganglions lymphatiques correspondant à la région inoculée présentent des lésions remarquables. Ils sont augmentés de volume, rouges, ecchymotiques, entourés d*une zone d'œdème. A Texamen microscopique on voit que ces organes contiennent un nombre parfois prodigieux de bactéridies répandues dans le suc ganglionnaire, mélangées aux globules blancs ou accumulées en feutrage serré. C'est avec raison qu'on a comparé l'aspect de ces ganglions qui se trouvent les premiers sur le trajet de la matière virulente à celui de la rate charbonneuse. Les bactéridies, en effet, y prolifèrent avec une extrême rapidité, tandis que dans les autres ganglions, ceux du côté homologue du corps, par exemple, on n'en trouve que très peu, celles qui sont contenues avec le sang dans le réseau capillaire sanguin de l'organe et qui, par conséquent, ne sont pas nées sur place. M. Colin, le premier, a signalé Tinfection précoce des premiers ganglions ; il montra que les ganglions qui reçoivent les lymphatiques du point inoculé sont doués de virulence bien avant le sang, la rate et les autres organes (1). M. Toussaint fît voir que cette
bout de l'oreille, la section de ce bout faite trois à cinq minutes après l'inoculation ne s'opposa pas à l'infection {Bulletins de l'Académie de médecine, 31 juillet 1877). M. Rodet (de Lyon), a fait, sous l'inspiration de M. Chauveau, des recherches plus précises sur ce point ; le procédé auquel il a eu recours était le même que celui de M. Colin : inoculation à la lancette au bout de l'oreille d'un lapin et amputation de cet organe après un temps variable. Il constata ainsi que la bactéridie inoculée se propage avec une rapidité très variable ; tantôt l'excision du point d'inoculation au bout de 5 minutes est incapable de s'opposer à rinfection,tantôt la section, après 10 heures, empêche encore l'évolution dé la maladie. Cette irrégularité tient sans doute à diverses causes : la quantité de bactéridies inoculées, le siège précis de l'inoculation et ses connexions avec le système lymphatique et sanguin, la résistance de l'animal, la hauteur différente à laquelle on pratique l'amputation de l'oreille, etc. (Voyez à ce sujet : Rodet, Contribution à Vétude expérimentale du charbon bactéridien. Thèse de Lyon, 1881, p. 40-54).
(1) Colin. Sur le développement successif de foyers virulents pendant la période dHncubation des maladies charbonneuses (Bullet. de l'Acad. de médecine, 1878, p. 199).
virulence précoce est due à renvahissement rapide de ces premiers ganglions par les bactéridies ; ils en sont déjà remplis alors que ni le sang ni les autres organes n'en renferment encore.
Déjà, au bout de 12 à 16 heures après l'inoculation, chez le lapin et le cobaye, le sang commence à char* rier des bactéridies, en nombre très petit, il est vrai ; mais si leur présence dans le sang, à ce moment, est assez difficile à mettre en évidence par le simple examen microscopique, il est facile de la démontrer par Tinoculation ou par la culture. A ce moment aussi commence à se manifester un certain degré de leucocytose et les globules rouges présentent déjà une tendance à s'agglutiner. Plus tard, quelques heures avant la mort, le sang pullule en bactéridies et offre les autres carac* tères bien connus du sang charbonneux.
Je n'ai pas à revenir non plus sur les lésions macroscopiques (tuméfaction et diffluence de la rate, hypérémie des poumons, etc.), que l'on observe sur les différents viscères. Mais l'examen histologique de ces organes est particulièrement instructif lorsqu'il porte sur des coupes colorées à Taide des couleurs d'aniline. Les préparations que l'on obtient ainsi sont de la plus grande beauté, et Ton devrait bien engager à la pratique de ces colorations les médecins encore hostiles aux théories micro-parasitaires : la seule force de l'argument anatomique suffirait, je n'en doute pas, à les convaincre.
Sur une coupe de rein charbonneux, par exemple, colorée par la simple méthode de Weigert, on voit déjà, à un faible grossissement (50 diamètres), les capillaires glomérulaires et intertubulaires se dessiner en bleu avec une admirable netteté, comme s'ils avaient été pénétrés par une injection bien réussie. A un fort grossissement (voy. fig, 3) on s'assure que ces capillaires sont littéralement remplis de bactéridies, se dessinant sous forme de traits bleus : l'injection bactéridienne des vaisseaux capillaires est ainsi prise sur le
fait et peut être étudia dans ses moindres détails. Presque toutes Ion bactéridies sont contenues dans l'intérieur des capillaires et ce n'est que par places qu'on en rencontre d'erratiques dans l'intérieur des canalicules urinifères, surtout des tubes contournés, dans le voisina;^e des glomérules, où elles ont sans doute pénétré à la suite de ruptures vasculaires. En même temps, on peut s'assurer de l'intégrité presque absolue du re-
Pig. 3. Coupe de roin de cobaye charbonneux, ci gentiane (semi- schématique}, a. glomérule dont les aosïs sont remplies ds bactëridies; c, capillaires inlertubulaïres ; I, tubes urinifères; v, vaisaenu afférent du glomérule.
vêtement épithélial des tubes urinifères, dont les cellules sont intactes avec leur noyau se colorant normalement. Ainsi dans le charbon, contrairement à ce que l'on observe communément dans les maladies micro-parasitaires, les lésions rénales dégénératives,si bien décrites par M. le professeur Bouchard sous le nom de néphrites infectieuses, font presque entièrement défaut.
Sur les coupes de la rate on voit la pulpe et les vaisseaux remplis par un feutrage de bactéridies. Les capillaires du poumon présentent une réplétion tout aussi grande. Sur le foie, même injection des capillaires inter-trabéculairea, avec intégrité des cellules hépatiques. Les glandes salivaires, le pancréas, la glande mammaire présentent encore la même réplétion de leur réseau capillaire sous-épithélial. Les images fournies par les coupes des muqueuses sont analogues; la ri-
mt-schâmalique)
le des capillaires,
ohesse des villosités intestinales en bactéridies est excessive et donne l'idée d'une véritable injection (voy. fig. 4), L'épiploon ou le mésentère étalés sont aussi d'excellents objets d'étude.
La peau, le cerveau, les muscles, le myocarde sont relativement moins riches en bacilles.
Un fait dont on peut aisément s'assurer sur les coupes colorées, c'est que les bactéridies se rencontrent de
préférence dans les réseaux capillaires ; les artérioles et les veinules en renferment en quantité beaucoup plus faible, sans doute en vertu de leur adhérence moindre dans des canaux plus larges.
En somme, il résulte de cette étude anatomique de la répartition du bacillus anthracis dans les divers organes des animaux ayant succombé au charbon que cette maladie est, par son siège, surtout hématique, intravasculaire ; à moins de ruptures et d'extravasation, les parenchymes sont généralement libres de bacilles. Ces particularités s'expliquent en partie par les propriétés du bacillus anthracis et surtout par sa qualité éminemment aérobie; il en résulte qu'il envahit le sang rapidement et qu'il s'y cantonne de préférence, puisqu'il y trouve plus d'oxygène libre que dans les tissus.
Il ne faudrait pas croire cependant que, même chez les rongeurs, où le charbon revêt sa forme la plus simple, les bactéridies restent toujours contenues dans le système vasculaire et que les parois des capillaires et le revêtement épithélial desappareils glandulaires ne soient pas souvent franchis. Dans le cours de nos recherches sur la transmission du charbon de la mère au fœtus, dont il sera question plus tard, nous avons, M. Chamberland et moi, étudié d'une façon méthodique, sur des cobayes charbonneux, la bile et l'urine, au point de vue de la présence du bacillus anthracis dans ces produits de sécrétion. Nous nous sommes assurés que l'urine contient presque toujours des bacilles, souvent en très petite quantité, il est vrai ; ce qui le prouve, c'est que parfois on peut semer dans le bouillon de culture des quantités notables d'urine, sans qu'il y ait de développement ; de même, dans ces cas, on peut en inoculer à un animal plusieurs divisions delà seringue de Pravaz, sans résultat. Il faut alors plusieurs tentatives de culture ou d'inoculation pour arriver à un seul résultat positif. Dans d'autres cas, Turine contient des bacilles en nombre assez abondant; généralement elle renferme alors en
même temps des globules rouges du sang qui témoi- 1
gnent de petites hémorrhagles qui se sont produites ]
dans le rein. j
La bile, fraîchement recueillie sur un lapin ou ua cobaye qui vient de succomber au cbarbon, contient par- || fois aussi des bacilles, mais toujours en nombre trèsfai- ^ ble ; il faut toujours ensemencer plusieurs ballons de | bouillon avec des quantités notables de bile pour obte- | nir une culture féconde. J
Nos recherches nous ont aussi montré que du sang ^
charbonneux semé dans de la bile fraîchement recueillie ^
ne donne lieu à aucun développement filamenteux ; au ,
bout de 48 heures de séjour dans la bile, les baotéri- ^
dies sont mortes; la bile jouit donc d'une véritable "
action antiseptique sur la bactéridie (1). '
MM. Chambrelent et Moussons ont montré que le lait, !
chez les femelles en lactation, peut aussi contenir des '
bacilles (2). j
Telles sont les principales particularités anatomiques j
que l'on peut observer quand on étudie le charbon des |
cobayes ou des lapins, animaux chez lesquels la mala- I
die revêt la plus grande simplicité. Chez le mouton, les ^
lésions ne diffèrent pas notablement de celles qu'on ob- ^
serve chez le lapin. Au point d'inoculation, les mêmes ^ phénomènes se produisent ; tumeur œdémateuse s'étendant jusqu'au ganglion le plus proche, inflammation de celui-ci avec augmentation considérable do volume, souvent hémorrhagies. Quant aux lésions du système vasculaire, elles sont aussi les mêmes; néanmoins, nous devons rappeler que, dans quelques cas, des ruptures
(t) Straua et Cbaraberland. Recherchée expérimentales sur la tratismiaêion de quelques maladies virulentes, en particulier du charbon, de la mère au fœtus (Arch. de phyaiol, 1883, t. I, p. 449.
(2) Chambrelent eC Mouasous. Passage de bacléridiea charbon' neuses dans le lait des animaux atteints du charbon (C. R. de l'Acad. des sciences, 19 nov. 1883).
vasculaires peuvent siéger dans différents organes ; « c'est ainsi que Ton rencontre souvent des suffusions sanguines ou de petites hémorrhagies dans diverses parties de rintestin ; Thématurie, qui s'observe assez fréquemment chez ces animaux, nous indique également qu'il a dû se produire des ruptures dans la couche corticale du rein ». (Toussaint)
. Nous avons décrit plus haut, d'après M. Koch, les lésions que présente l'intestin grêle, le 4* estomac et parfois le gros intestin chez les moutons quand ils succombent au charbon spontané, intestinal.
Chez le bœuf, il se développe souvent au lieu de l'inoculation des œdèmes énormes, avec engorgement ganglionnaire considérable et fièvre intense ; puis au bout de quelques jours l'œdème se résorbe graduellement et l'animal guérit ; nous avons dit, en effet, combien est grande la résistance des animaux de l'espèce bovine au charbon inoculé. Lé cheval et l'âne sont moins résistants. Lorsque ces animaux succombent, 3, 4, 5 jours et même davantage après Tinoculation, des lésions viscérales, beaucoup plus prononcées que chez le lapin et le mouton, ont eu le temps de se produire.
« On rencontre, en effet, des ruptures vasculaires dans la plupart des tissus et surtout dans le tissu conjonctif. Dans beaucoup de points se voient des œdèmes renfermant des bactéridies longues, articulées^ et cela surtout autour des ganglions lymphatiques ; on les rencontre aux aines, aux aisselles, autour des ganglions sous-lombaires, à la surface du côlon et sur presque tout le trajet des ganglions intestinaux ; les ruptures vasculaires sont fréquentes dans les parois de l'intestin et sous le péritoine pariétal. Les hémorrhagies qui en résultent s'étendent en surface et occupent souvent plusieurs décimètres carrés ; on en trouve aussi dans les parois du cœur, soit sous la séreuse du péricarde, soit sous Tendocarde. Ces différentes ruptures entraînent des péritonites, pleurésies, péricardites suraiguës s'accompagnant de douleurs colliquatives plus ou moins violentes. La plupart des ganglions lymphatiques ont augmenté de volume et sont rouges, infiltrés, souvent ecchymotiques. Ces lésions ganglionnaires sont dues, sans aucun
doutSt aux nombreuses ruptures vasculaires qui se sont pro* duites dans les derniers temps de la vie et qui ont agi comme de véritables inoculations profondes ». (Toussaint).
Il y aurait encore beaucoup de particularités, intéressantes au point de vue de la physiologie pathologique de la maladie charbonneuse, à mentionner ici : ainsi, les variations d'effet résultant de la quantité de virus inoculé, les résultats produits par Tinjection des bactéridies, à doses massives, dans le système circulatoire et d'autres points de détail qui trouveront mieux leur place quand il sera question de l'immunité contre le charbon.
Théorie du rôle de la bactéridie dans le charbon. — On voit par ce qui précède que le charbon réalise, avec une netteté pour ainsi dire schématique, le type de la maladie infectieuse aiguë. Le parasite se multiplie d'abord sur place, au point inoculé, et y provoque une inflammation spéciale aboutissant à la formation d'un œdème qui lui sert de liquide de culture. La propagation se fait ensuite, ordinairement par la voie lymphatique, exceptionnellement d'emblée par les vaisseaux sanguins ; enQn le sang est envahi et par lui Finfection se propage, pour ainsi dire, à tous les organes ; à partir de ce moment la mort est certaine et la survie n'est plus qu'une question d'heures.
Il serait puéril d'insister davantage sur cette proposition, surabondamment démontrée, que la bactéridie est la cause de la maladie. Mais cette constatation ne saurait suffire ; nous nous trouvons en face d'un problème bien plus obscur, celui qui consiste à rechercher comment cette bactéridie agit pour déterminer la maladie et entraîner la mort.
Une première explication, séduisante par sa simplicité, a été proposée par M. Pasteur et par M. Bollinger : la bactéridie est un organisme éminemment aérobie ; dans son conflit avec les globules rouges du sang, elle
tendrait à leur enlever l'oxygène et déterminerait ainsi une véritable asphyxie. Cette théorie soulève -plusieurs objections : dans un certain nombre de cas, on voit la mort survenir avec fort peu de bactéridîes dans le sang, en nombre évidemment trop faible pour spolier les globules rouges de leur oxygène ; le sang charbonneux présente des caractères spéciaux, tel que Tétat agglutinatif des globules rouges, la leucocytose, qui ne sont pas les attributs du sang asphyctique ; si les animaux présentent souvent, pendant les derniers moments de la vie, des phénomènes d'asphyxie, ceux-ci peuvent aussi faire complètement défaut et la mort survenir presque inopi-^ nément (charbon apoplectique).
D'autres pathologistes pensent que les bactéridies agissent surtout mécaniquement, en obstruant les petits vaisseaux. A l'appui de cette manière de voir, M. Toussaint, le principal promoteur de cette théorie, invoque les résultats que donne, ehez un animal charbonneux vivant, l'examen microscopique direct des mera- ^ branes transparentes^ tels que l'épiploon ou le mésen- ^ tère ; en modifiant convenablement le dispositif habituel- ] lement employé pour l'étude de la circulation, on peut voir les bactéridies s'accumuler dans les capillaires, les j obturer partiellement et jouer le rôle de véritables embolies. Cette explication est passible des mêmes objections que la précédente ; elle ne rend pas compte de la mort dans les cas où les bacilles sont peu nombreux dans le sang ; d'autre part, les lésions anatomiques du charbon ne sont pas celles que déterminent les embolies capillaires. . ^
Il est probable que Faction exercée par le bacillus anthracis sur l'économie de l'animal qui en est envahi - |
est complexe ; peut-être doit-on revendiquer le rôle le plus important pour les produits toxiques sécrétés par le microbe, qu'il s'agisse d'un ferment soluble ou d'un alcaloïde (ptomaïne). L'action phlogogène si nette développée par le parasite au point d'inoculation, la
fréquence des hémorrhagies profondes chez certaines espèces animales, témoignant d^une atteinte spéciale exercée sur les parois des capillaires, l'état agglutinatif des globules rouges du sang, sont des arguments qui militent en faveur de cette manière de voir. Depuis longtemps, M, Pasteur attribuait à un ferment soluble, [ à une diastase sécrétée par le bacille, la production de
Tétat agglutinatif des globules rouges. L'hypothèse d'un pareil ferment ou d'une ptomaïne rendrait compte de la gravité des symptômes terminaux, des troubles qui surviennent dans les centres nerveux respiratoire et cardiaque. Mais jusqu'ici, toutes les tentatives faites pour découvrir dans le sang d'un animal charbonneux ou dans les cultures pures de la bactéridie la présence d'une ptomaïne ou d'un ferment soluble sont demeurées sans résultat.
On voit donc que nos notions, en ce qui concerne l'action intime exercée par la bactéridie sur l'économie animale, sont encore fort imparfaites et qu'à ce sujet on ne peut guère émettre que des hypothèses.
STllAUS.