ONZIEME LEÇON
La vaccination charbonneuse.
SOUUAIHE. — Dos inoculations préventives en général ; varioliBalion ; vaccine de Jenner ; métoode d'atténuation de M. Pasteur: elle a'exeroein vilro, sur les cultures des microbes patliogènos, on dehors de l'économie animale. — Le clioléra des poules, point de départ Cb la dâcouverie. — Méthode d 'atténuât ion du bacilluu anthracis, par la culture à 42°, 43", au contact de l'air pur. — L'atténuation ainsi obtenue est fixée et se transmet indélinimenl, dans les cultures effectuées ensuite dans les conditions bahituellea. — Création de véritables races de virus- vaccina. — La vaccination charbonneuse. — Sa grande portée théorique. — Sa valeur pratique.
Essais d'atténuation du virus charbonneux tentés par M. Burdoii- Sanderaon et M. Greenfiold. — Procédé de M. Toussaint. — Travaux de M. Chauveau sur l'action attënuatrice de la chaleur, de l'ûïygène comprimé, do la soustraction d'oxygène. — Atténuation par les antiseptiques (OhamberlaiLd et Roux), parla lumiCrc solaire (Arloing). — Conditions générales qui provoquent le phénomène de l'atténuation.
Expériences do M. H. Buchner sur la prétendue transformât ion du bacillua anlhracis en bacillua subtîiia et vice oersà ; elles n'ont jamais pu âlro vcriliées.
Messieurs,
A l'histoire du charbon est étroitement lice l'une des plus grandes découvertes de ce siècle, celle de l'atténuation artificielle des virus et des inoculations préventives à l'aide de ces virus ainsi modifiés.
La pratique de l'inoculation de matières virulentes dans un but préventif est une vieille conquête de la médecine ; elle découlait naturellement do la notion de la non-récidive d'un certain nombre de maladies inCectieuaes. L'exemple le plus frappant de ces contagions artificielles, avantafîeuscmcntsul)stituées à la contagion naturelle, nous est fourni par la variole. Contractre na-
turellement, c'est-à-dire par absorption du virus par le poumon ou le tube digestif, la variole est une maladie redoutable et souvent mortelle ; si au contraire le virus vient à être inséré artificiellement sous Fépiderme, il provoque ordinairement des effets très atténués, suffisants cependant pour garantir désormais l'organisme contre le retour de la terrible maladie : c'était là la pratique, séculaire en Orient, de l'inoculation variolique. Ainsi, la contamination artificielle, s'effectuant par une porte d'entrée qui n'est pas celle que choisit la maladie spontanée, suffit dans un certain nombre de cas pour amener une maladie relativement bénigne et qui met à l'abri de celle, beaucoup plus grave, qui résulte de la contagion naturelle. L'inoculation de la clavelée, l'insertion sous-cutanée du virus de la péripneumonie bovine, l'injection intra- veineuse du virus du charbon bactérien peuvent être citées comme d'autres exemples d'atténuation obtenue à l'aide de simples modifications apportées au siège ou au mode d'introduction de l'agent inectieux.
L'admirable découverte de Jenner créa une méthode d'atténuation nouvelle ; elle est basée, en dernière analyse, sur les variations imprimées à l'énergie d'un virus par son passage d'une espèce animale à une autre. Il est vrai que nous ignorons encore si la vaccine est une maladie propre de l'espèce bovine ou chevaline, ou bien si elle résulte de la transplantation et de la transformation de la variole humaine dans l'organisme de ces animaux (1); mais les récents travaux de M. Pasteur siur le
(1) « Ce n'est pas, dit M. Chauveau, que l'hypothèse de cette transformation soit moins séduisante ni moins probable qu'autrefois. J'en suis resté le partisan fidèle. Mais il faut se résigner à convenir que personne n'est actuellement en état de faire de la vaccine avec de la variole. Cette opération est restée l'œuvre mys térieuse de la nature, qui nous en dérobe encore les procédés. » (Chauveau, Uatténuation des virus. Revue scientifique^ 1885, n«> 20, p. 618).
rouget et sur la rage montrent que tel virus, transporté d'une espèce animale à une autre et propagé pendant un certain temps dans cette espèce nouvelle, peut s'atténuer plus ou moins dans ses effets, quand ensuite on lui fait faire retour à l'espèce qui lui a servi de point de départ.
Toute différente des deux précédentes est la géniale méthode d'atténuation due à M. Pasteur. Ce n'est plus à rintervention de l'organisme vivant que l'atténuation est demandée ; on s'adresse directement aux agents virulents, cultivés en dehors de l'économie animale, en vase inerte. Sous l'action plus ou moins prolongée ou plus ou moins intense de certains agents modificateurs, la virulence de ces cultures peut être modifiée sans que la vie même du microbe soit compromise ; l'atténuation peut ainsi être graduée pour ainsi dire à volonté, de façon à proportionner la virulence des vaccins obtenus aux réceptivités diverses des races d'animaux et à la solidité de l'immunité que l'on cherche à acquérir. « Dans ces conditions, dit M. Chauveau, l'atténuation est entièrement dans la main de l'expérimentateur, absolument comme s'il s'agissait d'une réaction chimique. » En même temps, M. Pasteur fît cette autre découverte que l'atténuation ainsi conférée à certains microbes peut se transmettre à leurs descendants; on peut ainsi, en quelque sorte, créer des races nouvelles, chez lesquelles l'atténuation estfîxée et se transmet par hérédité.
Si le charbon est l'exemple le plus éclatant et le plus populaire de cette nouvelle méthode d'atténuation, il n'en a pas été l'origine ; on sait en effet que cette découverte a eu pour point de départ les recherches de M. Pasteur sur le microbe du choléra des poules.
Si, dans un liquide nutritif approprié (bouillon neutre de poule) on sème une trace du sang d'une poule qui vient de succomber au choléra, au bout de quelques heures déjà il se produit une culture pure extrêmement
abondante du microbe caractéristique. Inoculée^ cette culture se montre douée de la même virulence redoutable que le sang infectieux qui lui a donné naissance. Cette virulence, elle la conservera intacte dans les premiers mois ; puis à mesure qu'on s'éloigne de la date de Tensemencement, à mesure que la culture vieillit^ la virulence diminue graduellement et il arrive un moment où elle finit par s'éteindre. Si Ton inocule le microbe convenablement affaibli, on provoquera chez la poule une forme atténuée et bénigne de la maladie, mais qui préservera de la forme grave et mortelle ; le virus mortel a été ainsi transformé en un véritable vaccin.
Il y a plus : chacun de ces états de virulence atténuée peut être reproduit par la culture et conserve sa virulence propre ; le microbe qu'on a destitué, au degré voulu, de son énergie, peut faire souche d'une nouvelle lignée de microbes dans lesquels le degré de virulence se trouve contenu dans les limites même où elle a été amenée chez les ascendants ; Tatténuation est devenue un attribut transmissible et fixé par l'hérédité, un véritable caractère de race.
M. Pasteur montra que le facteur essentiel, sinon unique, de l'atténuation est l'action prolongée de l'oxygène de l'air en présence duquel la culture s'effectue ; en effet, si la culture au lieu d'être maintenue au contact de l'air pur, est faite en tube scellé, à l'abri de l'air, elle a beau vieillir, l'atténuation fait défaut ; pour le microbe du choléra des poules, c'est donc bien l'oxygène qui affaiblit et qui ôte la virulence (1).
Pour appliquer ce procédé d'atténuation aux cultures du bacillus anthracis, une difficulté en apparence très grande se présentait : le microbe du choléra des
(1) Pasteur. Sur les maladies virulentes, et en particulier sur la maladie appelée vulgairement choléra des poules (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1880, t. 90, p. 239 et 952). — De l'atténuation du virus du choléra des poules (Ibid., t. 91, p. 673).
poules se multiplie simplement par scission et ne donne pas de spores ; la bactéridie charbonneuse, au contraire , dans ses cultures , donne naissance à des filaments qui, très rapidement, au bout de moins de vingt-quatre heures, se remplissent de spores. Or nous savons que ces spores sont extrêmement résistantes et que ni le vieillissement ni l'action de Toxygène de Tair, même très prolongée, ne modifie en rien ni leur vitalité ni leur virulence. M. Pasteur et ses collaborateurs, MM. Chamberland et Roux, tournèrent la difficulté en empêchant la formation des spores. Dans le bouillon neutre de poule, la bactéridie ne se cultive plus à 45'. La culture y est facile au contraire, et abondante, de 42" à 43®, mais à cette température, les spores ne se forment plus.
« En conséquence, on peut maintenir au contact de l'air pur, entre 42* et 43o, une culture mycélieune de bactéridies entièrement privée de germes. Alors apparaissent les très remarquables résultats suivants : Après un mois d'attente environ, la culture est morte. La veille et Tavant- veille du jour où se manifeste cette impossibilité du développement, et tous les jours précédents, dans l'intervalle d'un mois, la reproduction de la culture est, au contraire, facile. Voilà pour la vie et la nutrition de l'organisme. En ce qui concerne sa virulence, on constate ce fait extraordinaire que la bactéridie en est dépourvue déjà après huit jours de séjour à 42 ou 43^ et ultérieurement; au moins, ces cultures sont inoffensives pour le cobaye, le la* pin et le mouton, trois des espèces animales les plus aptes à contracter le charbon. Nous sommes donc en possession, non pas seulement de l'atténua tion de la virulence, mais de sa suppression en apparence complète, par un simple artifice de culture. En outre^ nous avons la possibilité de conserver et de cultiver, à cet état inoffensif, le terrible microbe. Qu'arrive- t-il dans ces huit premiers jours à 43 <^, qui suffisent à priver la bactéridie de toute virulence? Avant l'extinction de sa virulence, le microbe du charbon passe par des degrés divers d'atténuation, et, comme pour le microbe du choléra des poules, chacun de ces états de virulence atténuée peut être reproduit par la culture. Enfin, puisque le charbon ne récidive pas, chacun de ces microbes charbonneux atténué constitue pour le microbe supérieur un vaccin, c'est-à-dire un virus propre à
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donner une maladie plus bénigne. Quoi de plui facile dès lors que de trouver dans ces virus successifs des virus propres à donner la fièvre charbonneuse aux moutons, aux vaches, aux chevaux sans les faire périr et pouvant les préserver ultérieurement de la maladie mortelle ? » (l).
Morphologiquement, la bactéridie atténuée ne diffère que peu ou point de la bactéridie la plus virulente ; les filaments, cependant, paraissent un peu plus courts et plus divisés et la culture, moins abondante, forme sur les parois du ballon un dépôt uniforme, alors qu'à Tétât virulent on la voit le plus souvent en flocons cotonneux^ constitués par de très longs fils. Mais il suffit d^attendre la formation des spores et de faire do cellesci une culture nouvelle pour voir reparaître les formes de développement de la bactéridie virulente. Fait extrêmement intéressant, les spores ainsi développées fixent les virulences de leurs bactéridies propres ; « autant de bactéridies de virulences diverses, autant de germes dont chacun est prêt à reproduire la virulence de la bactéridie dont il émane »*
Quand la bactéridie charbonneuse a été privée de toute virulence pour le cobaye, le lapin et le mouton, on peut lui restituer son activité par des cultures successives dans le corps de ces animaux. La bactéridie inoffensive pour le cobaye de plusieurs années, d'un an, de six mois, d'un mois^ de quelques semaines, de plusieurs jours, peut encore tuerie cobaye d*un jour. Si alors on passe d'un cobaye d'un jour à un autre, par inoculation de sang du premier au deuxième, de celui-ci à un troisième et ainsi de suite, on renforce graduellement la virulence de la bactéridie^ ou, en d'autres termes, son pouvoir à se développer dans Têconomie. Bientôt, par suite, on peut tuer le cobaye de trois et de quatre jours; d'une semaine, d'un mois^ de
(1) Pasteur, Chamberland et Roux. De V atténuation des viruê et de leur retour à la virulence (C. R. de VAcad. des sciences, i881,t. XCII, p. 429). ^ Le vaccin du charbon (/6irf.,p. G6G).
plusieurs années ; enfin les moutons eux-mêmes. La i
bactéridie est revenue à sa virulence d'origine et elle la conserve indéfiniment si on ne fait rien pour Tatté- '
nuer de nouveau.
Tels sont les faits fondamentaux sur lesquels repose la vaccination charbonneuse. Dès 1880, MM. Pasteur et Chamberland préludaient à leurs recherches ultérieures en établissant expérimentalement que, chez le bœuf ainsi que chez le mouton, « le charbon est susceptible de ne pas récidiver, que des inoculations qui ne tuent pas sont préventives et qu'enfin, de même que dans le choléra des poules, on peut sans doute vacciner à tous les degrés (1) ». Il était important que cette notion de la non-récidive fût nettement établie, avant de tenter l'inoculation préventive à Taide de cultures atténuées.
La vaccination charbonneuse, telle qu'elle a été introduite dans la pratique vétérinaire par M. Pasteur, se fait par deux inoculations, à douze ou quinze jours d'intervalle : la première avec le premier vaccin qui ne préserve que partiellement les animaux, et la deuxième avec le deuxième vaccin^ beaucoup plus actif que le premier et qui achève de les rendre complètement réfractaires au charbon. Le premier vaccin est une culture atténuée à tel point qu'elle peut être inoculée impunément aux lapins et aux cobayes, mais qu'elle tue encore les souris ; cette atténuation est généralement obtenue par le séjour de la culture à l'étuve à 42** pendant 15 à 20 jours. Le deuxième vaccin est obtenu au bout d*un séjour de 10 à 12 jours; il tue les souris et les cobayes et rend malades les lapins adultes sans les faire mourir. Par l'inoculation successive de ces deux virus atténués, on provoque chez les moutons, les-chè- I I I 1 - ■ - - — ■ I -
(l) Pasteur et Chamberland. Sur la non-récidive de Va,ffection charbonneuse (C. R« de VAcad. de9 sciences, 1880, t.XGI, p. 531).
1» vres, le bœuf, le cheval, une maladie extrêmement af-
faiblie, dans l'immense majorité des cas, suffisante ce-
' pendant pour conférer aux animaux une immunité so-
lide contre le charbon expérimentalement inoculé ou spontané.
L'expérience de Pouilly-le-Fort est trop célèbre pour que j'aie besoin de la rappeler; elle fut suivie d'expériences publiques analogues très nombreuses, instituées tant en France qu'à l'étranger, en Autriche-Hongrie, en Allemagne, en Italie, en Belgique; en somme, elles confirmèrent pleinement les premiers résultats obtenus. Aujourd'hui les inoculations préventives contre le charbon sont entrées dans la pratique courante ; elles ont pour effet une diminution énorme de la mortalité par le charbon dans les troupeaux. Je n'ai pas à insister ici sur ces résultats, si précieux au point de vue de l'économie rurale ; ceux que cette question intéresse la trouveront traitée, avec tous ses détails, dans le remarquable livre de M. Chamberland; outre la statistique des faits, il renferme des documents très instructifs sur la cause de certains insuccès, sur les précautions à tenir pour les éviter et sur la durée probable de l'immunité conférée aux moutons et aux bœufs par l'inoculation (1).
On sait qu'à l'origine la découverte de M. Pasteur a été l'objet d'attaques très vives de la part de M. Koch et de ses élèves, portant, les unes sur la réalité même de l'atténuation de la bactéridie dans ses cultures, les autres sur la valeur pratique des inoculations préventives. Depuis, mieux instruit par les recherches de contrôle auxquelles il s'est livré, M Koch est revenu sur la plupart des objections qu'il avait d'abord émises. Il reconnaît hautement « l'extrême portée scientifique de ce fait, établi pour la première fois d'une façon
(1) Chamberland. Le charbon et la vaccination charbonneuse d'après les récents travaux de M. Pasteur, Paris, 1883.
exacte et hors de toute conteste, à savoir qu'une bactérie pathogène, placée dans des conditions bien déterminées, peut perdre ses propriétés pathogènes sans subir toutefois des modifications morphologiques appréciables : ce fait est du plus haut intérêt, non seulement pour la recherche étiologique, mais du même coup pour la science biologique en général ; il ouvrira sans doute la voie à d'autres découvertes importantes » ; et plus loin il ajoute : « à tout prendre, en se plaçant au point de vue purement scientifique et non au point de vue étroitement pratique, il importe peu que les inoculations préventives entraînent une perte un peu plus ou moins grande d'animaux. La science est surtout intéressée à cette notion nouvelle qu'une immunité artificielle peut être provoquée (1) ».
Autres procédés d'atténuation du charbon. — Déjà avant les travaux de M. Pasteur et de ses élèves, quelques essais de vaccination charbonneuse avaient été tentés. M. Burdon Sanderson avait fait des expériences dans cette direction : « Lorsque le charbon est transmis par inoculation du bœuf, aux rongeurs (cobayes), et qu'ensuite on lui fait faire retour au bœuf, le caractère de la maladie ainsi transmise est atténué comparativement au charbon spontané du bœuf. Les rongeurs succombent, mais les bovidés inoculés avec leur sang ou avec la pulpe de leur rate guérissent. Se passe-t-il là quelque chose d'analogue à la mitigation éprouvée par la petite vérole de l'homme, à la suite de son passage
(1) Koch (R.). Ueber die Milzbrandimpfung, Cassel, 1882, p. 33. — Consultera ce sujet : Lœffler, Zur Immunitàtsfrage, in Mittheil. aus dem kais. Gesundheitsamt, Bd. I, 1881^ p. 134. — Pasteur. De Vatténuation des virus (Congrès international d'hygiène, Genève 1882). — Pasteur. Réponse au D' Koch. {Revue scientifique, 1883, t. XXXI, p. 74). Koch, Gaffky et Lœffler, Experimentelle Studien ûher die kûnstliche Ahsckwàchung der Milzbrandbacillen {Mitth. des Gesundheitsamt, Bd. lî, 1883, p. 147).
par d'autres espèces animales et ce fait est-il susceptible d'une application pratique, c'est ce qui sera l'objet de recherches ultérieures (1) ».
M. Greenfield a fait des constatations analogues ; en inoculant à des bœufs du sang de cobaye charbonneux, ou de la culture provenant de ce sang, il a provoqué chez ces animaux une fièvre charbonneuse plus ou moins intense, mais presque toujours non mortelle; il a constate, en outre, que les boeufs ainsi inoculés supportaient beaucoup mieux et presque sans fièvre des inoculations ultérieures. Il en concluait, comme M. Burdon Sanderson, que le virus s'était atténué par son passage sur le cobaye et pouvait ensuite servir de vaccin pour les bovidés (2).
Ces conclusions ne sont pas exactes : le passage du charbon par l'organisme des rongeurs n'en modifie pas d'une façon appréciable la virulence ; si, dans un certain nombre de cas, les bœufs inoculés avec du sang de cobayes charbonneux ont survécu, cela tient non pas à une mitigation de Tagent infectieux, mais, ainsi que l'ont montré les expériences de M. Pasteur, à la résistance que les animaux de Tospèce bovine opposent à Tinoculation sous-cutanée du charbon ; cette résistance aurait été sensiblement la même si, au lieu d'employer du sang de cobayes charbonneux, on avait inoculé du sang de bœufs ou de moutons morts de cette maladie.
Du chauffage comme moyen d^ atténuation, — En 1880, M. Toussaint fit connaître le résultat d'expériences d'après lesquelles du sang charbonneux défîbriné et
(1) Burdon Sanderson. Report on experiments on anthrax conducted at the Brown Institution, February iS to Juny 30, 1878 (The Journal of the Royal agricultural Society, 1880, 2* série, t. 16, partie I, p. 267).
(2) Greenfield. Report on an Inquiry into theNature, Causes and Prévention of splenie Fever, Quarter Evil and allied diseaseSf made at the Brown Institution (Ibid,, p. 273).
chauffe à 55° pendant dix minutes constitue un vaccin capable de donner aux moutons l'immunité charbonneuse. Le même résultat peut être obtenu par l'addition au sang de 10 0/0 d'acide phénique. Ce procédé d'atténuation, tel qu'il a été appliqué par M. Toussaint, etit assez infidèle; tantôt la chaleur agit d'une façon trop énergique et tue toutes les bactéridies contenues dans le sang et alors l'inoculation ne donne aucun résultat ; tantôt la modification imprimée par la chaleur aux bactéridies n'est pas assez profonde ; elles conservent toute leur virulence et alors la vaccination entraine la mort des animaux; de là, de nombreux insuccès dans les deux sens. Malgré les défectuosités de son procédé, M. Toussaint a eu le mérite de montrer qu'une humeur charbonneuse virulente peut être transformée artificiellement en un liquide vaccinal (1). Mais c'est surtout à M. Chauveau quel'on doit l'étude méthodique de la chaleur comme agent d'atténuation.
M. Chauveau s'est d'abord appliqué à rendre plus pratique et plus sûr le procédé d'atténuation imaginé par M. Toussaint.
c La première et la principale règle h suivre consiste à pratiquer le chauffage de manière h communiquer au aan^, presque instantanément, et également dans toutes sea punies, In surélévation de tompârature, et do le soustraire de même ii cette influence. Lorsque la quantité de sang h. transformer eu vaocin est trop considérable, toutes les parties ne sont pas uniformâment influencées par un très court chauffage; les agents virulentsdos couches profondes peuventconaerver toute leur activité et leur aptitade à causer une infection mortelle; h moins que le chauffage ne soit trop prolongé, auquel cas on s'expose à tuer absolument le plus grand nombre des agents virulents. Pour éviter cet éoueil, il faut renFermer le sang dans de petites pipettes cylindriques de 1 millimètre au plus de dia-
(1) Toussaint (H.).— De l'immunité pour le chnrhnn acquiseà la suite d'inoeulatione prévenliveg (C. R. de VA'-nJ.ilr':. >'.ri--i-iv'', 1S8U, t. 91, p. 1351 et note contenue dans un pti ^-irliru- ,-i rctatioe à un procédé pour la vaccination du mouton et du jeune chien (Ibid., p. 303).
mètre. On scelle rextrémité de ces pipettes et on plonge la partie qui contient 1d sang dans une grande masse d'eau portée et maintenue à la température voulue. Au bout du temps convenable, les pipettes sont retirées et plongées dans de l'eau froide. Grâce à la faible masse du véhicule qui renferme les agents virulents, ceux-ci s'échauffent et se refroidissent tout de même avec une précision qui ne laisse rien à désirer ».
f C'est le chauffage à 50° que j'ai étudié avec le plus de soin. Avec cette température, il faut environ vingt minutes pour tuep la bactéridie. Le chauffage pendant dix-huit minutes produit un excellent vaccin d'une très grande atténuation. L'animation est encore marquée après un chauffage de dix minutes; mais elle n'est déjàplus suffisante pour permettre de premières \acoinatlons absolument inoffensives. A plus forte raison, en est-il de même si 1» durée du chauffage est réduite k huit minutes. Entre ces deux degrés extrêmes d'atténuation s'intercalent naturellement un certain nombre de degrés intermédiaires graduellement croissants, quand on fait varier la durée du chauffage de dix-huit à dix minutes. • Une première inoculation avec du vaccin faible (sang chauffé k 50* pendant quinze ■ minutes) et une seconde inoculation à dix ou quinzejoursd'intervalle, avec du vaccin fort (sang chauffé pendant neuf à dix minutes) préservent les moutons des atteintes du virus le plus actif, inoculé plus tard (1) ».
Dans des recherches ultérieures faites en collaboration avec M. Wosnessensky, M. Chauveau montra que le chauffage peut être appliqué, comme agent d'atténuation, non seulement au sang charbonneux, mais aux liquides de cultures artificielles. Du bouillon stérilisé est ensemencé avec du sang charbonneux frais et le matras placé à l'étuve, à la température de 42 à 43', comme avec la méthode de M. Pasteur, Mais au lieu de les y laisser pendant douze à treize jours, on les en retire au bout de vingt heures environ, pour les soumettre, dans une autre étuve, à la température de 47°, pendant une heure, deux heures, trois heures, quatre heures, même
{1) Chauveau. —Elude expérimentale des conditions qui permettent de rendre unuel l'emploi de la méthode de M. Toussaint pour atlénuer le virus charbonneux (Comptes rendus de VAcad. des sciences, 1882, t. 94, p. 1694).
davantage. L'opération est alors terminée ; elle n'a pas détruit la vitalité des agents virulents de la culture; mais ceux-ci ont perdu plus ou moins de leur inoouité, suivant que le chauffage a été plus ou moins prolongé. Le premier temps de l'opération a pour but de permettre à la culture mycélienne de se faire, sans production de spores; le deuxième temps répond à la phase d'atténuation proprement dite.
A L'atténuation des cultures peut être graduée à volonté, en donnant au chauffage une durée proportionnelle en degré d'atténuation qu'on veut obtenir. Pour me renseigner avec exactitude aur le résultat de mes inoculations d'épreuves, j'ai toujours fait oelles-oi sur le cobaye, en injectant sous la peau d'une cuisse une ou deux gouttes de liquide, suivant la taille des sujets. Dans ces oonditions, si l'on essaye comparativement le même liqalde de culture, supposé très actif, avant chauffage et après chauffage, voici ce qui arrive : tous les cobayes inoculés avec le liquide non ohaiiffé meurent rapidement, c'est-à-dire en quarante-huit heures environ, avec un œdème local considérable. Ceux qui ont reçu le liquide chauffé une heure përisaent également presque tous; mais la mort arrive généralement moins vite que sur les premiers. Le liquide chauffé deux heures se montre beaucoup moins actif, car, parmi les animaux qui l'ont reQU sous la peau, les uns périssent tardivement avec une faible infiltration locale ; les autres, en nombre égal au moins, survivent. Quant au liquide chauffé trois heures, on ne le voit jamais tuer les cobayes adultes, ni même produire d'aocident local sensible, A plus forte raison en est-il de même avec les liquides chauffés pendant quatre heures et au delà (i) *.
En effet, ces cultures mycéliennes atténuées brusquement parle chauffage, placées ensuite à une température eugénésique (32 à 35*) donnent des spores dont la virulence est également diminuée, quoique beaucoup moins sûrement que par la méthode de M. Pasteur.
■ Mais où la transmission de cet effet de la chaleur se manifeste surtout, c'est dans la facilité avec laquelle ces spores subissent l'influence atténuante d'un chauffage qui leur est
(l}ChauYeau.^De l'atténuation directe etrapide des cultures virulentes par l'action de la chaleur {Ibid., 1883, t. 96, p, 553).
directement appliqué. Rien de plus simple que de les rendre pour ainsi dire absolument inoffensives^ en les exposant pendant quelque temps à l'action d'une certaine température. J'appelle l'attention sur ce fait nouveau. On peut laisser impunément les spores de provenance normale, pendant une heure, une heure et demie, à la température de 80^; elles n'éprouvent aucune altération sensible, ni dans leurs caractères morphologiques, ni dans leurs propriétés physiologiques. Ce n'est plus cela quand il s'agit de spores de cultures dont le développement a été momentanément entravé par la chaleur. Le chauffage, dans ces conditions, respecte les caractères objectifs de la spore, mais il en modifie profondément l'activité virulente. Les cultures peuvent alors être inoculées à la seringue^ sans grand risque de mort, au cobaye et surtout au mouton, qui acquiert ainsi l'immunité »•
« Aussi l'influence atténuante exercée par la chaleur sur les agents virulents n'est pas simplement individuelle; cette influence peut se faire sentir sur les propriétés des nouveaux agents auxquels donne naissance la prolifération du protoplasma qui Ta directement éprouvée (1) ».
Dans ratténuation par chauffage rapide, M. Cbau*veau a montré que l'oxygène n'intervient pas dans le phénomène de l'atténuation et que celle-ci s'effectue mieux en Tabsence qu'en présence de l'oxygène (2). Le même physiologiste a reconnu que l'atténuation peut être hâtée, même avec le procédé de M. Pasteur, c'est-à-dire à la température de 42®, par la soustraction d'oxygène. Mais (et M. Chauveau est le premier à le reconnaître), lorsque l'atténuation est ainsi rapidement obtenue, soit par une élévation relativement considérable de la température (50*^), soit par l'emploi combiné du chauffage et de la soustraction d'oxygène, la transmission héréditaire de l'atténuation est loin d'être aussi
(1) Chauveau. — De la faculté prolifique des agents virulents atténués par la chaleur et de la transmission par génération de IHnfluence atténuante d'un premier chauffage (/6id., t. 96, p. 612).
(2j Chauveau.— Du rôle de Voxygène de Vair dans l'atténuation quasi-instantanée des cultures virulentes par faction de la chaleur (C. R. de VAcad, des sciences, 1883, t. 96, p. 678).
assurée et aussi complète ; la bactéridie, ainsi violemment atténuée peut, dès sa première culture dans un milieu inerte, remonter à sa virulence primitive.
« L'atténuation^ pendant dévolution lente des élé^ ments qui la subissent^ voilà pour le bacillus anthraois la condition qui favorise le plus la transmission héréditaire. Or,c'est la présence de l'oxygène, combinée avec l'action de la chaleur, qui assure la continuation du développement dans les cultures en voie d'atténuation » (Chauveau). En d'autres termes, la bactéridie atteinte par une intervention brusque, chauffée outre mesure ou asphyxiée par soustraction d'oxygène, garde bien, mais ne transmet pas à ses descendants l'atténuation qui lui est ainsi imprimée. Au contraire, la bactéridie qu'on a mise en état, grâce à la présence de l'oxygène de l'air, de vivre pendant un temps assez long, dans des condi* tions défectueuses (température de 42' dans l'expérience de M. Pasteur), transmet aux générations qui naîtront d'elles les modifications qu'elle a éprouvées, c'est-à-dire l'atténuation de la virulence.
Atténuation par Voxygène comprimé. On sait que roxygène,à une certaine tension,tue les cultures myoéliennes de la bactéridie ; mais, avant d'atteindre cette tension, l'oxygène comprimé peut atténuer la virulence de la culture. Dans leurs recherches, MM, Chauveau et Wosessenki ont obtenu de cette façon une culture atténuée d une façon très satisfaisante pour servir de vaccin pour le mouton et le bœuf; l'atténuation produite dans une première culture se trouve suffisamment fixée pour se transmettre ensuite dans les cultures à l'air libre (1).
(1) Chauveau. — De V atténuation des cultures virulentes par Voxygène comprimé (0. R. de VAcad. des scisîices, 1884, t. 98, p. 1232).— Application à Vinoculation préventive du sang de rate de la méthode d'atténuation par l'oxygène comprimé (loid., 1885, t. 100, p. 320j.
Des antiseptiques comme agents d'atténuation. Il n'y a pas que raction prolongée de la chaleur et do l'oxygène de Tair sur le mycélium sans spores qui puisse produire l'atténuation. MM. Chamberland et Roux ont montré que ce résultat peut être obtenu à l'aide de substances antiseptiques diverses, à la condition que ces substances entravent la formation des spores et qu'elles puissent agir pendant un certain temps sur le mycélium végétant. Ainsi, 1/500 d'acide phénique, additionné à un bouillon de culture, y empêche la reproduction de la bactéridie qui meurt au bout d'un temps très court ; 1/800 d'acide phénique permet encore le développement filamenteux du bacille , mais lempêche de donner des spores, comme la température de 43" mise en œuvre par M. Pasteur. Dans ces conditions, le mycélium végétant est modifié et atténué dans sa virulence, et cette atténuation est d'autant plus prononcée, que le contact de l'antiseptique a été plus prolongé. Si, à divers intervalles, on fait des semences avec cette culture-mère dans des bouillons placés à la température eugénésique de 37", la bactéridie poussera en conservant le degré d'atténuation qu'elle avait dans le flacon-origine, au moment où la semence a été prélevée, et donnera des spores qui fixent cette virulence. On peut ainsi obtenir une série de cultures de virulence décroissante et y choisir une série de vaccins utilisables dans la pratique. Le bichromate de potasse, additionné au bouillon à la dose de 1/1200 à 1/1500, est également un agent d'atténuation.
Dans ces expériences, l'atténuation a été obtenue en faisant vivre et végéter la bactéridie dans un liquide nutritifs additionné d'un antiseptique ; on peut, ainsi que Font montré MM. Chamberland et Roux, obtenir le même effet d'atténuation en plaçant la bactéridie dans un liquide qui n'en permet pas la végétation, dans de l'eau distillée,par exemple, additionnée d'acide phénique ou de bichromate de potasse ; avant d y mourir, la bac-
toridie y éprouve une mitigation graduelle de sa virulence.
. Enfin, la spore elle-même, malgré sa résistance aux agents extérieurs, peut être atténuée dans sa virulence, comme le filament mycélien. Ainsi, des spores bien formées, mises dans de Teau additionnée de 2 0/0 d'acide sulfurique, à la température de 35% perdent peu à peu leur virulence ; de sorte que des cultures faites avec ces spores donnent des bactéridies qui peuvent être inoffensives pour des cobayes et des lapins (1).
Atténuation par la lumière solaire. — Il résulte des intéressantes expériences de M. Arloing que les cultures de la bactéridie charbonneuse exposées dans un milieu liquide, aux rayons du soleil, éprouvent une atténuation graduelle, en même temps que leur végétabilité est ralentie; si l'ensoleillement se prolonge, la virulence et finalement la vie de la culture disparaissent (2).
On voit que la plupart des causes qui agissent d'une façon à la fois ni trop brusque ni trop violente sur le protoplasma végétant du bacille^ de manière à en entraver mais non à en tuer le développement, peuvent jouer le rôle d'agents d'atténuation; et cette atténuation se transmet d'une façon d'autant plus sûre et plus complète, que l'action entravante de la cause atténuatrice s'est exercée pendant un plus long temps. Enfin, une dernière condition essentielle pour assurer le succès et la fixité de latténuation est Tabsence de spores, c'est-àdire des formes de résistance de la bactéridie, dans les filaments soumis à l'action prolongée de Fair, de la cha-
(1) Chamberland et Roux.— Sur V atténuation de la virulence de la bactéridie charbonneuse sous l'influence des substances antiseptiques (G. R. de VAcad. des sciences, 1883. t. 96, p. 1088 et 1410).
(2) Arloing. Influence de la lumière blanche et de ses rayons constituants sur le développement et les propriétés du bacillus anthracis (Arch. de PhysioL, 1886, t. vu, p. 209).
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leur,oudes autres agents physiques et chimiques. — Telle est la formule générale qui parait, dans l'état actuel do nos connaissances, résumer le plus exactement le phénomène de l'atténuation. La méthode de M. Pasteur^ o'est-à-dire la culture à 42'*-43'*, au contact deTaîr pur, demeure encore» malgré toutes les acquisitions nou" velles, la méthode qui réalise de préférence ces conditions et qui assure le mieux ce qu'on a appelé avec justesse « la création de véritables races de virus-vaccins ».
Si étrange que paraisse,dans la découverte de M. Pas^ teur, cette transformation artificiellement imprimée à l'une des propriétés de la bactéridie, sans modification apparente de ses caractères morphologiques, il n'y a pas là cependant un fait qui doive nous surprendre outre mesure ni qui soit sans exemple ; je ne puis mieux faire que de reproduire à ce sujet les réflexions suivantes de M. de Bary :
« Si nous nous représentons le bacillus anthracis comnid étant une espèce distincte, il peut paraître extrêmement surprenant, d'après nos notions communes, que ce bacille ait tantôt une action toxique et tantôt en soit privé. Mais on peut, à oet égard, invoquer des analogies. L'exemple le plus frappant est celui que Nœgeli, si je ne me trompe, a invoqué le premier et qui est relatif à Tamande douce et à l'amande amère. Cette dernière (par suite de l'amygdaline qu'elle contient), est toxique ; l'amande douce, qui n'en renferme pas, ne l'est point. L'amandier qui porte les amandes douces ne diffère pas spécifiquement de l'amandier à amandes amères; d'une graine douce peut naître un arbre à amandes amères ; des amandes douces et amères peuvent même être engendrées par le même arbre, avec des fleurs et des fruits quMl est impossible de distinguer morphologiquement. Les causes de ce fait nous échappent absolument et cet exemple ne peut donc nous servir à expliquer le phénomène qui nous occupe; mais il nous montre qu'il no s'agit pas là d'une particularité exclusivement propre à un microbe et qu'il existe une série de faits analogues (1) >•
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(i) De Bary. Vorlesungen ûber Bactérien^ 1885, p. U1.
— Il convient de mentionner ici les recherches faites par M. H. Buchner, ily a quelques années,et qui tendaient à établir la possibilité de transformer le bacillus anthraois en inoffensif bacille du foin et vice versa. En cultivant la bactéridie pendant un grand nombre de gé* nérations dans une solution d'extrait de viande, et en soumettant la culture à une agitation constante dans un appareil spécial (Schtittel-Apparat), dans le but d'augmenter l'oxygénation du liquide, M. Buchner dit avoir vu la virulence diminuer et finalement s'éteindre dans ces cultures ; en même temps, le bacillus anthra» cis prendrait graduellement les apparences morphologiques et la motilité du bacillus subtilis. De même, en cultivant le bacille du foin dans du sang défibriné et d'autres liquides albumineux complexes, il pense être arrivé à le transformer graduellement en un microbe pathogène qui ne serait autre que la bactéridie charbonneuse. 11 en conclut, à l'exemple de son maître Nsegeli, que les microbes pathogènes ne constituent pas des espèces rigoureusement distinctes, mais qu'ils peuvent dériver, « par adaptation fonctionnelle», de microbes banals, absolument inoffensifs, comme l'est, par exemple, le bacillus subtilis (1).
On voit la gravité extrême de ces faits : s'ils étaient réels, ils ne conduiraient à rien moins qu'à^ renverser la notion de la spécificité étiologique de chaque maladie infectieuse, spécificité qui ne serait plus le fait d'un microbe particulier, rigoureusement déterminé, mais qui résulterait des modifications imprimées à un microbe quelconque, nullement pathogène à l'origine, par le milieu de culture ou, autrement dit, par l'organisme animal dans lequel il vient à se développer : ce serait tout remettre en question.
(1) Buchner (H.). Ueber die experimentelle Erzeugung des Milzbrandcontagium ans den Heupilzen, in NœcjelVs Untersuchungen ûber niedere PUze^ Munich, 1882, p. liOctp. 178.
Mftis les expériences retentissantes de M. Buchner ne purent être vérifiées ; M. Koch cultiva la bactéridie charbonneuse, pendant 50 générations successives, sur de la gélatine et de l'extrait de viande, sans la voir se modifier en rien, ni dans sa virulence, ni dans ses caractères morphologiques ; il en fut de même de 150 cultures successives sur la pomme de terre, M. Pasteur, de son côté, K a fait 130 cultures successives en humeur aqueuse de l'œil, sans jamais avoir vu trace de la transformation du bacillus anthracis en bacille du foin, à voile chagriné ». Il est donc à peu près certain que le résultat obtenu par M. Buchner tient à une altération de ses cultures de charbon par le bacille du foin, dont , les spores sont si répandues partout. De même, il est infiniment probable que la transformation qu'il pense avoir observée du bacillus subtilis en bactéridie charbonneuse repose sur quelque erreur du même genre.