DOUZIEME LEÇON
Charbon et Immaniié.
Sommaire. — Le charbon comme moyen d'étude de l'immunité. — Influence de l'espèce, de l'âge, de la race ; immunité des moutons de race algérienne. — Etude de l'influence du nombre des agents virulents sur les effets de l'inoculation virulente. — Causes qui peuvent faire varier la réceptivité : expérience de la poule refroidie. — Théories de l'immunité conférée par une première atteinte : théorie de l'épuisement < Pasteur) ; théorie du contre-poison (Chauveau). Théorie de l'adaptation des cellules de l'économie à la lutte contre les microbes. — Prétendu rôle bactériophage des leucocytes. — Notre ignorance finale de la cause de l'immunité.
Messieurs,
Le charbon a été la source de notions très instructives sur le problème de la réceptivité et de l'immunité dans les maladies infectieuses ; à ce point de vue encore , il constitue la maladie d'étude par excellence.
Nous avons vu que la réceptivité des diverses espèces animales pour le charbon est fort variable ; que cette réceptivité, en ce qui concerne le charbon inoculéy est surtout accusée pour le mouton et la plupart des rongeurs, moindre pour le bœuf, plus faible encore pour les carnassiers et enfin pour les oiseaux et les animaux à sang froid. Mais il faut savoir que la réceptivité et l'immunité de telle ou telle espèce n'a rien d'absolu et que, pour la même espèce animale, elle peut varier selon diverses conditions, dont quelques-unes au moins sont bien connues.
L'âge est un des facteurs|dont l'influence est le plus manifeste: ainsi, une culture atténuée de charbon qui est inoffensive pour les lapins et les cobayes adultes, tue les animaux plus jeunes ou nouveau-nés (Pasteur) ;
STRAUS. il
le chien adulte est extrêmement réfractaire au charbon ; il Test beaucoup moins dans le jeune âge (Toussaint).
L'alimentation paraît susceptible de jouer un certain rôle ; d'après Feser, les rats soumis à un régime carnassier seraient plus résistants au charbon que les autres; néanmoins^ j'ai réussi à communiquer le charbon à des rats nourris exclusivement de viande depuis plusieurs semaines.
Il a déjà été question de lagrande résistance qu'offrent au charbon les oiseaux, surtout les poules. M. Pasteur inocule une poule avec une culture virulente de charbon et la plonge, le tiers du corps environ, dans de Teau à 25° ; la température de l'animal qui est normalement de 42° s'abaisse, et la poule meurt au bout de trente à quarante-huit heures, le sang complètement envahi de bactéridies ; une poule normale, inoculée avec le même virus, ne présente aucun trouble et pas de trace de bactéridies (1). On a beaucoup attaqué cette expérience en objectant que le charbon peut être contracte par différents oiseaux, y compris la poule, sans abaissement préalable de la température ; c'est ce qui résulte notamment des expériences d'Œmler; moi-même, j'ai pu, après un grand nombre d'inoculations infructueuses, donner le charbon à un jeune pigeon. Mais pour réussir dans ces conditions, il faut presque toujours s'adresser à des animau:/ jeunes, avoir recours à des inoculations réitérées et employer de grandes quantités de matières virulentes ; encore échoue-t-on souvent ; en usant de l'artifice imaginé par M. Pasteur, on réussit à coup sûr. De même, en élevant la température des grenouilles, on triomphe de leur résistance au charbon (P. Gibier). Ces faits montrent que l'immunité, quelque solide qu'elle paraisse, n'est pas une propriété immuable et
(1) Pasteur, Jouhert et Chamberland. Sur le charbon des poules (Bxdlet, de VAcad. de médecine, 4878, p. 253 et p. 737 ; ihid,, 1879, p. 1222).
qu'elle peut naître et disparaître sous rinfluence d'agents modificateurs très simples.
Tous ceux qui ont expérimenté sur les rats ont pu s'assurer du fait suivant, que j'ai été souvent à même de constater : c'est que Ton peut,un nombre variable de fois, leur inoculer sans résultat des matières charbonneuses ; puis, un beau jour, une inoculation de la même matière, en même quantité, leur communique le charbon ; rien n'indique pourquoi cette dernière inoculation a été efficace, pourquoi les inoculations antérieures ont été sans effet. Ces faits prouvent simplement que la réceptivité d'un même animal est variable à différents moments, sans que nous puissions trouver les raisons de ces variations. La pathologie humaine abonde en exemples du même genre.
M. Lœffler ayant constaté pareillement que des rats qui avaient supporté sans rien éprouver plusieurs inoculations successives de charbon pouvaient cependant succomber à une inoculation nouvelle, en avait conclu que le charbon est une maladie qui ne confère pas l'immunité (1). Ce n'est pas, selon moi, la conclusion qu'il en faut tirer : quand on inocule le charbon, sans résultat, à un chien, un oiseau ou un rat, on ne détermine chez cet animal, qui est à la limite de la résistance absolue, aucune affection charbonneuse ; les bactéridies ou les spores inoculées sont détruites, sans manifester aucun effet appréciable; il en résulte que l'animal, à ce moment complètement réfractaire, ne subit même point un charbon très atténué, capable de lui conférer la moindre immunité ; la jjossibilité d'une infection ultérieure demeure donc tout entière. La même interprétation s'ap* plique aux observations, dont il sera question plus loin, d'hommes atteints, à diverses reprises, de pustule maligne ; on ne saurait non plus les considérer comme des
(1) Lœffler, Zur Immtinitâtsfrage {Mittheilungen aus dem k, Gesundheitsamte, Bd. 1, 1881, p. 161).
■IL I ■ ■• l,.^ --. ,
exemples de récidive véritable de la maladie charbonneuse ; tout se bornait, dans ces cas, à la pustule maligne et il n'y a pas eu infection générale de l'économie: l'accident, étant purement local, a été impuissant à donner l'immunité.
Pour une espèce animale donnée, il est des immunités de races ; l'exemple le plus connu et le mieux étudié à cet égard nous est fourni par les recherches de M. Chauveau sur la résistance des moutons algériens au charbon bactéridien .
« On trouve, dit-il, sur le marché de Lyon un très grand nombre de moutons importés d'Algérie. Ce sont tous des animaux appartenant à la race dite harharine, pure ou croisée plus ou moins avec la race syrienne démoulons à grosse queue. J'ai fait acheter, en divers lots, 9 de ces animaux de provenance bien authentique; tous se sont montrés réfractaires à l'infection charbonneuse. L'inoculation a été réitérée jusqu'à deux fois chez l'un des sujets et trois fois sur presque tous les autres. Et pendant que ces animaux algériens résistaient^ sans aucune exception, aux inoculations charbonneuses réitérées, les lapins ot les moutons indigènes qui servaient de sujets de comparaison succombaient tous après une première inoculation (1) i.
Ces expériences furent renouvelées par M. Chauveau en Algérie même, avec le même résultat. En tout, il inocula 12 moutons européens servant de témoins et 47 moutons algériens ; 8 seulement de ces derniers ont succombé ; 39 résistèrent à des inoculations réitérées ; les 12 moutons de race européenne sont tous morts, après une seule inoculation.
Il fallait se demander si cette résistance des moutons algériens leur est simplement acquise parle séjour dans le milieu algérien (peut-être par Tabsorption de bactéridies bénignes, mais douées de pouvoir vaccinal). Mais les
(1) Chauveau. De la, prédisposition et de Vimmunité pathologiques; influence de la provenance ou de la race sur l'aptitude des animaux de Vespèce ovine à contracter le sang de rate, {G, R. de l'Acad. des se, 1879, t. 89, p. 498].
races de moutons européens, par leur séjouret leur reproduction dans le milieu algérien,ne perdent pas l'aptitude à contracter le charbon. Un petit troupeau de mérinos vivait depuis une douzaine d'années en Algérie ; les individus étaient pur-sang, sans croisement avec les moutons du pays ; ils étaient de cinquième génération algérienne, bien acclimatés et imprégnés du milieu algérien ; deux de ces moutons furent inoculés du charbon ; tous deux succombèrent ; les moutons de France ne contractent donc pas l'immunité par leur séjour en Algérie, et les moutons algériens ont une véritable immunité de race (1).
La résistance au charbon est un cîuinctère très général, mais non absolu des moutons algériens. Des expériences très curieuses de M. Chauveau ont montré que cette immunité varie avec la quantité des agents virulents introduits dans l'économie. De simples piqûres cutanées avec une lancette chargée de virus charbonneux tuent généralement les moutons européens; elles sont sans effet appréciable sur les moutons d'Algérie. On pratiqua sur ces derniers une injection hypodermique de cinq gouttes d'une culture virulente de charbon ; sur 4 animaux, on en fit périr un du charbon; en injectant une plus grande quantité de la même culture (20 gouttes], la mortalité augmenta ; elle fut de 6 sur 16.
Ainsi, contrairement aux idées généralement admises, le nombre des agents virulents employés pour pratiquer les inoculations est capable d'exercer de l'influence sur les résultats de ces inoculations -, de petites quantités de virus sont supportées et renforcent l'immunité ; de grandes quantités tuent.
M. Chauveau put aussivérifierl'exactitude de cefaît sur des animaux à grande réceptivité charbonneuse, sur de»
(1) Chauveau. Nature de l'immunité des moutons algérienK contre le sang de rate. ^ Est-ce une apltlude de race '! {Ibid. 1880, t. 91, p. 33).
moutons européens. Dans ce but, il pratiqua chez ces animaux des injections intra-veineuses de sang charbonneux dilué avec de l'eau dans des proportions variables, de façon à ce qu'un centimètre cube de la dilution contenait un nombre de bactéridies variant de 50 à 1000. En injectant à des moutons français 1000 bactéridies, tous les animaux (au nombre de quatre) succombèrent au charbon; sur deux moutons auxquels on pratiqua une injection intra- veineuse de 600 bactéridies, un seul mourut, l'autre demeura sain ; deux autres moutons à qui on injecta 50 et 100 bâtonnets demeurèrent également sains ; mais ces animaux résistèrent six semaines plus tard à une inoculation sous-cutanée virulente mortelle pour des animaux non préparés. La réduction du nombre des agents virulents est donc susceptible d'atténuer les effets de l'inoculation de ces agents (1).
Récemment, M. Watson Cheyne a fait d'intéressantes recherches sur les effets produits par les agents virulents inoculés en quantité très petite ; il a montré notamment que l'inoculation d'une seule bactéridie suffit pour donner le charbon mortel aux cochons d'Inde ; il est vrai qu'il s'agit là d'un animal doué d'une réceptivité extrême pour le charbon (2).
Que devient la bactéridie charbonneuse chez les sujets qui résistent à son action destructive ? Quelles modifications et quel sort subit cet agent dans ses caractères et dans ses propriétés ? en un mot, quelle est l'action de l'organisme doué de l'immunité sur le microbe spécifique du charbon ? Tels sont les problèmes que M. Chauveau a essayé de résoudre en utilisant Timmu-
(1) Chauveau. Des causes qui peuvent faire varier les résultats de l'inoculation charbonneuse sur les moutons algériens, — Influence de la quantité des agents infectants (C. R. de VAcad. des sciences, 1880, t. 90; p. 1526). — De V atténuation des effets des inoculations virulentes par Vemploi de très petites quantités de virus (Ibid.y 1881, t. 92, p. 510],
(2) Watson Cheyne. A study of certain of the conditions of Infection (The British med. Journ., 1886, 31 juillet, p, 197}.
nité des moutons algériens. Il se servit de sujets dont la résistance naturelle avait été renforcée par un certain nombre d'inoculations préventives et poussée au maximum et il leur injecta dans les veines une notable quantité de sang charbonneux frais. On put ainsi assister à la lutte entre un organisme ultra-réfractaire et un nombre prodigieux d'agents infectants; 15 à 70 cent. cubes de sang charbonneux furent ainsi transfusés, soit à l'état naturel ou après défibrinisation ; le nombre de bactéridies injectées était, en général, de 200 à 500 milliards ; la plus faible dose s'élevait encore à 12 milliards. Les effets immédiats de la transfusion dans la veine jugulaire étaient de l'angoisse, une dyspnée intense et de la cyanose ; un quart d'heure après la transfusion, on trouvait de rares bâtonnets dans le sang tiré de l'oreille, en nombre bien plus petit que celui qu'aurait donné un mélange régulier des bactéridies avec le sang de l'animal. Deux à six heures après, on n'en trouvait plus.
L'expérience fut faite sur huit moutons ; un mourut du charbon très rapidement, en 16 heures; un autre, qui avait reçu 65 cent, cubes de sang charbonneux, mourut en 12 heures avec des bactéridies en petit nombre dans le sang; d'autres, au bout de 46 à 100 heures, avec de longues bactéridies dans les vaisseaux de la pie-mère et très peu dans les viscères (foie, rate, etc.). Deux sujets résistèrent et fournirent ultérieurement une excellente viande de boucherie (1).
— Les faits précédents sont intéressants, non seulement au point de vue particulier de l'histoire du charbon, mais encore à celui des théories générales que
(1) Chauveau. Etude expérimentale de l'action exercée sur l'agent infectieux par l'organisme des moutons plus ou moins réfraelaire» au sang de rate; ce qu'il advient des microbes spéci/iques, introduits directement dans le courant circulatoire par transfusion massioc de sang charbonneux (C, R. de VAcad. des sciences, 1880, t. 91, p. 680).
Ton a émises sur la neture même de Timmunité, qu'il s'agisse de l'immunité résultant d'une atteinte antérieure de la maladie ou bien de celle qui est l'attribut naturel de telle ou telle espèce ou de tel ou tel individu.
Pour ce qui est de l'immunité conférée par une première atteinte du mal, on connaît à cet égard la théorie célèbre de* M. Pasteur, basée sur ses recherches sur le choléra des poules. Il a montré que les liquides qui ont servi à une première culture du microbe du choléra ne sont plus aptes à une nouvelle culture, par épuisement de certains principes nécessaires à la prolifération du microbe. Il rapprocha cet épuisement des milieux de culture, ainsi devenus inféconds, de ce qui se passe probablement dans l'organisme des poules auxquelles on a donné l'immunité contre le choléra par plusieurs inoculations préventives. Il pense qu'il leur manque aussi quelque chose qui est indispensable à la vie et à la multiplication du microbe. C'est ce qu'on a appelé la théorie de Vépuisement.
Une autre théorie a été émise, qui admet que la première atteinte de la maladie virulente donne naissance à une substance toxique pour le parasite et qui rend pour lui désormais l'organisme inhabitable; ces matières hostiles au microbe auraient des effets comparables à ceux que produit l'alcool engendré pendant la fermentation sur la levure ou aux effets des phénols développés dans la putréfaction : toutes substances qui, accumulées en certaine quantité dans un milieu, y arrêtent la végétation et la vie des organismes inférieurs qui leur ont donné naissance. C'est la théorie du contre-poison. Elle a été surtout défendue par M. Chauveau et il invoque précisément à l'appui ses expériences sur l'efficacité de grandes quantités de virus charbonneux sur les moutons algériens, réfractaires à l'inoculation d'un petit nombre d'agents virulents. « Ces faits, dit-il, démontrent que la bactéridie se comporte dans l'organisme des moutons algériens, non pas comme si elle était privée des prin-
cipos nécessaires à la vie bactéridienne, mais bien plutôt comme si c'était un milieu rendu impropre à cette dernière par la présence de substances nuisibles. En très petit nombre, les bactéridies sont arrêtées par Tinfluence inhibitrice de ces substances. Très nombreuses, au contraire, elles peuvent surmonter bien plus facilement cet obstacle à leur prolifération. »
L'une et l'autre de ces théories comportent de graves objections. On peut se demander comment une maladie extrêmement atténuée, comme l'est la vaccine, par exemple, ou le charbon mitigé, peut cependant spolier l'économie au point de la rendre désormais réfractaire à la variole ou au charbon virulent. Et, d'autre part, en admettant que cette spoliation se soit produite, on s'explique difQcilement comment cette soustraction d'une substance chimique, qui se trouve à l'état normal dans les tissus, peut persister pendant de longues années ou pendant la vie entière, alors cependant que nos tissus sont soumis à une rénovation active et incessante. Voilà pour la théorie de l'épuisement ; quant à celle du contrepoison, outre que ce poison hypothétique n'a jamais pu être mis en évidence, il est également incompréhensible qu'il ne finisse pas par s'éliminer.
L'insuffisance de ces explications chimiques n'avait, du reste, pas échappé à M. Pasteur qui, pour expliquer les faits d'immunité, se voyait conduit, en dernière analyse, à admettre « un effet de constitution, de résistance vitale... Certes, pour la poule, ce n'est pas vraisemblablement une matière nuisible à la vie de la bactéridie qui empêche celle-ci de proliférer, puisqu'il suffît de refroidir la poule pour qu'elle devienne charbonneuse (1) ». M. le professeur Bouchard formule une conception analogue de l'immunité ; pour lui aussi, « la modification chimique imprimée à l'organisme par la
(1) Pasteur et Chamberland. Sur la non-récidive de Vaffection charbonneuse (C. R. de VAcad. des sciences^ 1880, t. 91, p. 531 J.
maladie vaccinale s'est accompagnée d'une modification dynamique ; à côté de l'altération purement chimique des humeurs, il y a aussi une altération fonctionnelle de la nutrition qui assure la persistance de l'état nouveau créé par la maladie (1) ».
Ces interprétations de l'immunité qu'on pourrait appeler vitalistes, par opposition aux interprétations chimiques résumées ci-dessus, ont été l'objet de tentatives de démonstration dues surtout àM.GrawitzetàM. Metschnikoff (d'Odessa). Pour ces auteurs, l'immunité consisterait en un pouvoir de résistance ou d'adaptation (Anpassung) plus grand des cellules des tissus qui les rendrait plus aptes à la « lutte » contre les microbes. M. Metschnikoff, en se basant sur des expériences en apparence très séduisantes, a été conduit à regarder les leucocytes du sang comme étant précisément les éléments histologiques à qui ce rôle défensif est dévolu. On sait que les grenouilles, à la température ordinaire, sont à peu près réfractaires
/ au charbon; en plaçant un fragment de tissu char-
bonneux sous la peau de grenouilles, il a constaté que les leucocytes qui s'accumulent autour de ce fragment et le pénètrent renferment fréquemment dans leur intérieur des bactéridies et que celles-ci sont « dévorées et graduellement digérées » par le protoplasma des cellules blanches. De là, le nom de « cellules voraces » (phagocytes) que M. Metschnikoff leur applique. Si, comme
/ dans Texpérience de M. Gibier, on vient à élever la tem-
pérature de la grenouille, celle-ci perd son immunité et contracte le charbon ; dans ce cas, les leucocytes du sang auraieiït perdu la propriété de déglutir et de détruire les bacilles. De même, si on inocule à un lapin un virus charbonneux atténué, on constaterait que les leu-
(1) Bouchard (Ch.), cité d'après Dubreuilh (W.) : Des immunités m^orbideSf thèse d'agrégation, Paris, 1886, p. 190. — Cette thèse est un excellent exposé de l'état actuel do nos connaissances sur l'immunité dans les maladies infectieuses.
oocytes du sang seraient chargés de bactéridies, fait qui ne se produit point si l'on inocule l'animal avec une culture virulente (1).
De là, une théorie très simple de l'immunité : les bactéridies atténuées ne sont pas virulentes, parce qu'elles se laissent dévorer par les leucocytes; les bactéridies non mitigées sont virulentes parce que les leucocytes ne peuvent rien sur elles ; elles sécréteraient « un principe spécial, un poison, qui empêche la pénétration du bacille virulent dans le protopïasma du leucocyte » . L'immunité conférée par les inoculations préventives, à l'aide de virus atténués, résulterait, pourM. Metschnikoff, de ce fait que les leucocytes habitués à la lutte contre les bacilles par leur conflit victorieux avec les microbes atténués, affaiblis, seraient graduellement mis en état de déglutir et de digérer les microbes virulents euxmêmes.
Cette théorie est faite pour séduire par sa simplicité ; malheureusement, les faits sur lesquels elle repose sont peu certains ou susceptibles d'une autre interprétation. Aucun do ceux qui ont examiné le sang d'animaux inoculés avec des virus charbonneux atténués n'a pu constater dans ce sang la présence de leucocytes bacillifères. D'autre part, comme le fait justement remarquer M. Baumgarten, il existe un certain nombre de maladies infectieuses où les leucocytes renferment en abondance les microbes pathogènes, sans que la maladie pour cela cesse d'être mortelle ; tel est le cas de la septicémie des souris. Du reste, les résultats des expériences de M. Fodor et celles de M. Wyssokowitsch déposent nettement contre la théorie qui nous occupe ; CCS auteurs ontinjectédana le sang de divers animaux des quantités variables, parfois très grandes, de divers microbes, pathogènes ou non pathogènes ;
(1) Metschnikoff. Ueber die Dezîehung der Phagocyta Mit2bra.ndbacillen (Virchow'a Arch. 1881, t. 97, p.'502).
ft jamais on ne put s'assurer de la pénétration et de la présence de bactéries dans les leucocytes (1) ». La propriété bactériophage des leucocytes ne saurait donc être invoquée comme donnant l'interprétation de l'immunité. En somme, presque tout reste encore a faire dans cette direction, et, malgré les efforts tentés, le problème subsiste tout entier.
{\\ Cité d*après Bauniçarten. Lehrbuch der pathologischen MyhoUMjie. erstes Heft, 1886, p. t)3.