‹ Le Charbon des animaux et de l'hommeChapitre 13 sur 30 · TREIZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIEME LEÇON

Le charbon ches rhomme. — Son étiologie.

Sommaire. — Le charbon de Thomme est externe (cutané) ou interne (intestinal ou pulmonaire). — C'est surtout une maladie professionnelle. — Ténacité de la virulence charbonneuse de certains produits animaux (crins, cornes, peaux, fourrures).— Le charbon interne peut résulter de Tusage de viandes d'animaux charbonneux. — Dissentiments au sujet du danger de ces viandes. — Il faut en proscrire la consommation. — Autres sources de charbon interne.

Messieurs^

Contrairement à ce qui se passe pour les animaux, où le charbon est presque toujours interne et résulte de la pénétration de matières charbonneuses dans les voies digestives, le charbon humain, dans la grande majorité des cas, est un charbon externe (pustule maligne, œdème malin], inoculé à la peau ou au voisinage des muqueuses. Plus rares, quoique incontestables, sont les cas de charbon interne, développés à la suite de l'ingestion de viandes charbonneuses ou résultant de la déglutition de spores (charbon intestinal) ou de la pénétration de ces spores par inhalation dans les voies respiratoires (charbon pulmonaire.)

Charbon externe {pustule maligne ou œdème malin) . Il s'observe de préférence dans les contrées où le charbon est endémique et sur certaines catégories d'individus que leur profession expose au maniement de produits charbonneux. C'est ainsi qu'on rencontre la pustule maligne surtout chez les bergers, chez ceux qui manient les dépouilles d'animaux morts du charbon, chez les bouchers, les équarrisseurs, les vétérinaires.

les maréchaux. Chez eux, rinoculation s'effectue généralement par des matières charbonneuses fraîches, ne renfermant que des bactéridies sans spores, tels que le sang, la chair musculaire, les os, les déjections sanguinolentes des animaux, etc.

Il est d'autres professions, qui s'exercent dans les villes, en dehors des districts charbonneux et parmi lesquelles le charbon peut également s'observer; aujourd'hui que nous connaissons le grand pouvoir de résistance des spores de la bactéridie, la ténacité de la virulence de certains produits originaires de cadavres charbonneux trouve son explication toute naturelle. Les tanneurs, les mégissiers payent un large tribut; à Paris, Vun des hôpitaux où la pustule maligne s'observe le plus communément est la Pitié, à cause de la proximité des grandes tanneries situées le long de la Bièvre (1). Ce ne sont pas seulement les individus maniant les peaux fraîches qui sont exposés à la maladie, mais aussi ceux qui travaillent les peaux desséchées ou macérées dans Teau ou dans la chaux et même celles qui ont passé par toutes les opérations du tannage ; de là, la possibilité de voir la pustule maligne se développer chez les selliers, les cordonniers, les cordiers, les pelletiers, les gantiers. Les ouvriers qui travaillent le suif, les savonniers y sont aussi exposés. Carganico (cité par Heusinger) mentionne mêmelacolleforte comme capable de transmettre la maladie. D'après M. W. Koch (de Dorpat), le nombre des cas de pustule maligne s'est notablement accru parmi l'armée russe dans ces dernières années, depuis l'introduction dans l'uniforme de parements en peaux de mouton (2).

(1) Broca a appelé raltention sur la fréquence de la pustule maligne à la nuque, chez les porteurs à la halle aux cuirs qui chargent les peaux sur les deux épaules, en les entrecroisant derrière le dos. (Bulletin de rAcad, de méd., 1868, T. 33, p. 307).

(2) W. Koch. Milzbrând und Rauschbrand (Deutsche Chir, von Dillroth und Lûche, 9« livraison, 1886, p. 31).

D'autres débris d'animaux, surtout les crins et les poils, imprégnés de spores virulentes, peuvent conserver pendant des années le contage et l'importer parmi nous des contrées les plus lointaines. Au siècle dernier déjà, Fournier mentionnait la fréquence de la pustule maligne parmi les matelassiers et les cardeurs de laine de Montpellier. Il y a longtemps aussi que Trousseau a signalé le danger que présentent les crins importés à Paris et provenant de Buenos- Ayres ; il parle de deux fabriques de crins n'employant en moyenne que six à huit ouvriers, où vingt ouvriers moururent du charbon dans l'espace de dix ans !

J'ai eu, dans ces dernières années, Toccasîon de voir plusieurs cas de pustule maligne dans le service de mon collègue, M. Lucas-Championnière, à l'hôpital Tenon; il s'agissait presque toujours d'ouvriers adonnés à une industrie propre au quartier Ménilmontant : ce sont des (c aplatisseurs de cornes » dont le métier consiste à redresser et à débiter en lanières des cornes de bœufs, de provenance surtout américaine ou asiatique, pour en retirer des baleines de corsets (1).

Les piqûres de mouches qui se sont reposées sur des cadavres charbonneux peuvent être le point de départ de la pustule maligne chez l'homme ; il en existe des exemples incontestables, quoiqu'il ne faille pas toujours, à cet égard, s'en rapporter au dire des malades qui invoquent souvent une piqûre d'insecte uniquement à cause de la sensation de démangeaison, comparable à celle d'une piqûre, qui accompagne la pustule maligne à son début.

Le charbon est transmissible de l'homme à l'homme ;

(1) MM. Reynier et Gcllô ont également observé, à l'hôpital Saint-Louis, deux cas de pustule maligne suivis de mort (l'autopsie a été faite par M. Cornil) chez des individus occupés à scier des cornes de bœufs provenant do l'Inde (Singapoure^ Bombay) pour la fabrication de baleines de corsets {Arch, gén, de méd», 1884} t. I, p. 533).

on trouve dans les auteurs des cas de charbon développé chez des personnes qui donnaient des soins à un des leurs atteint de la même maladie. M. Neydig (de Moscou) relate l'histoire de son garçon d'amphithéâtre qui contracta une pustule maligne mortelle en faisant Tautopsie d'un homme mort du charbon (1). MM. Fra&nkelet Orth ont publié un cas identique (2).

Charbon interne. — On désigne sous ce nom les cas de charbon où Tinfection, au lieu de se faire par la peau, s'effectue par les voies digestives ou respiratoires. Le charbon interne le plus fréquent est le charbon intestinal, résultant de la pénétration dans le tube digestif de bactéridies ou de spores bactéridiennes. Au premier rang parmi les causes de cette variété de charbon, il faut mentionner l'usage de la viande charbonneuse. Comme le danger de cette viande a été mis en doute par des autorités considérables et qu'il s'agit là d'un point intéressant d'hygiène alimentaire, il importe d'entrer à ce sujet dans quelques détails.

Danger de Vusage des viandes charbonneuses, — Les anciens auteurs relatent un certain nombre d'accidents intestinaux graves et même de mort survenus chez des individus qui s'étaient nourris de viande charbonneuse, crue ou cuite (3). Toutefois, déjà au siècle dernier, on ne manquait pas d'arguments paraissant établir l'innocuité de la viande charbonneuse. Il suffit de citer à cet égard le fait bien connu du chirurgien Morand (1767), qui rapporte que deux bouchers contractè-

(1) Neydig. Beitrag zur pathol. Anat, der Pustula maligna (Vierteljahrschr, f. gerichtl. Med, N, F., t. X, p. 241, 1869).

(2) Zwei Fàlle von Milzbrand beim Menschen (Berl, klin, Woohenschr. (1874. n«» 22 et 23.)

(3) Consulter à ce sujet : Delafond. Traité sur la police sanitaire des animaux domestiques, Paris, 1839, p. 504. — Heusinger. Die Milzhrandkrankheiten der Thiere und des Menschen, Erlangen 1850, p. 413-4^8.

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rent la pustule maligne en dépeçant un bœuf, dont là viande, mangée par les pensionnaires de Thôtel des Invalides, fut trouvée bonne par tout le monde et n'incommoda personne. Duhamel (1768) relate également le fait d'un bœuf charbonneux qui communiqua le charbon aux hommes chargés de le dépecer, tandis que la viande du même bœuf a été mangée rôtie ou bouillie par plus de cent personnes qui l'ont trouvée très bonne et dont aucune n'a été malade.

Il a déjà été question des expériences de M. Colin (d'Alfort), qui établissent que les carnassiers, le chien, notamment, peuvent être impunément nourris avec des viandes charbonneuses ; M. Colin a étendu ces expériences à d'autres espèces animales, avec le même résultat négatif.

c Le porc, dit-il, et les oiseaux de basse-cour qui mangent avec avidité la chair et le sang, se comportent absolument comme les carnassiers ; on peut leur donner, sans quMl en résulte aucun accident, les muscles, le foie, la rate et toutes les parties les plus altérées par le charbon. J'ai nourri, pendant plusieurs jours, deux lapins de farine et de son arrosés de sang provenant de ruminants morts du charbon pendant l'été, dans les environs de Chartres. Ils n'ont éprouvé aucun trouble notable de la fonction digestive et aucun symptôme de charbon.

« Les sucs digestifs enlèvent à la chair et au sang de provenance charbonneuse leurs propriétés contagifères. Pour le démontrer, j'ai fait avaler du sang et des muscles, doués d'une virulence préalablement constatée^ à un chien porteur d'une fistule gastrique et j'en ai retiré, au bout de quelques heures, les portions fluidifiées. Celles-ci n'ont plus alors produit aucun effet par leur injection dans le tissu cellulaire d'un petit animal. D'autre part, le suc gastrique retiré de Testomac de l'animal vivant et mis en contact avec le sang charbonneux à la. température du corps, dans une sorte de digestion artificielle, a également destitué ce liquide de ses propriétés morbides. C'est donc surtout à l'action du suc gastrique que les maladies virulentes doivent l'innocuité qu'elles acquièrent dans l'appareil digestif, innocuité que la cuisson complète peut aussi communiquer. D'après ce qui précède, il n*y a pas lieu de s'alarmer au sujet de l'usage des viandes charbonneuses, ni de

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faire des vœux pour la révision des règlomcnls appliqués h la vente des viandes de cette nature (1)».

Reynal est encore plus affîrmatif : « Il est établi, ditil, de la manière la plus formelle que le chien et le cochon peuvent manger sans le moindre danger de la viande charbonneuse. Il doit donc^ kplus forte raison^ en être ainsi de l'homme^ en considérant surtout que celui-ci ne la consomme qu'après une cuisson qui est le destructeur par excellence de tout principe virulent (2).

M. Decroix, bien connu pour son scepticisme à l'égard du danger qu'offrent les viandes des animaux morts de maladies infectieuses et par sa conviction que la cuisson et la digestion détruisent tous les virus que ces viandes peuvent contenir, s'exprime en ces termes :

a J'ai voulu me rendre compte du bien ou mal fondé des saisies de viande de boucherie faites par les inspec« teurs des halles et marchés pour divers motifs. Â cet effet, j'ai demandé et obtenu l'autorisation de prendre au Jardin»des-Plantes une partie de la viande saisie comme insalubre et destinée aux bêtes féroces. Pendant cinq ou six mois, j'ai fait usage presque exclusivement de viandes de bœufs, veaux, moutons, chèvres^ saisies dans les marchés et dans les étaux, sans que ma santé en ait été nullement altérée. Pendant ce temps, j'ai pu, en outre, me convaincre que bien des gens se nourrissent impunément de ces viandes dites insalubres. Tous les vétérinaires savent que Ton a mangé fréquemment et impunément des moutons affectés du charbon (3) ».

M. Sanson estime également que notre législation sa*

(1) Colin* LHngeation de la chair provenant de bestiaiÀX atteints de maladies charbonneuses peut-elle communiquer ces affections à Vhomme et aux animaux ? (C. R. de VAcadémiedes sciences, 1869. T. 69, p. 135).

(2) Raynal. Traité de la police sanitaire des animaux do' mestiqueSf p. 132.

(3) Décrois. 8oc, centr, de méd. vétér,^ séance du 10 août 1871, in Recueil de méd. vétérin.

nitaireest d'une sévérité excessive dans ses prescriptions relatives aux viandes charbonneuses; selon lui, les préjudices économiques qui en résultent ne sont pas justifiés par le faible danger que ferait courir Tusage de ces viandes (1).

Toute cette agitation, faite au nom surtout des expériences de M. Colin en faveur de Imnocuitô de la viande charbonneuse, devait tomber devant un examen plus attentif du problème et surtout devant la notion plus précise des cas de charbon interne chez l'homme.

M. Boutet, Tun des premiers (2), protesta contre les opinions qui viennent d'être exposées ; il insista sur ce fait que la viande charbonneuse doit être prohibée parce qu elle peut inoculer la maladie aux bouchers qui la dépècent, aux forts de la halle qui la chargent et la dé* chargent, aux cuisinières qui la manient. En concédant que la cuisson parfaite en détruit la virulence, le danger subsiste tout entier pour les personnes, de plus en plus nombreuses, qui ont Thabitude de manger la viande saignante, très imparfaitement cuite.

M. Boutet pensait que la viande charbonneuse crue ou mal cuite n'était dangereuse pour le consommatenr que s^il portait une excoriation de la bouche ou du pha« rynx et que les sucs digestifs détruisaient, à coup sûr, la virulence charbonneuse. C'est encore là yne manière de voir trop optimiste. Sans doute, dans bon nombre de cas, le suc gastrique détruit les bactéridies ingérées ou les atténue à tel point qu'elles demeurent inoft'iînsives; mais si la quantité de bacilles ingérée est très grande, ou bien si, pour un motif quelconque, la sécrétion du suc gastrique estentravée, la barrière épithélialo des muqueuses digestivesest franchie et Ton voit éclater tous les accidents redoutables du charbon interne. Les

(1) Sanson. La viande des animaux atteints de charbon^ Archives vétérin, Paris, 1876, p. 201).

(2) Boutet (de Chartres). Usage de la viande provenant d'animaux atteints de maladies charbonneuses, {Ibid*, p. 41).

deux observations suivantes, relatées par Qimler dans un de ses mémoires, en sont des exemples ; je les reproduis ici, car elles sont tout à fait démonstratives.

Obs. I. — c A la fin d'octobre, un journalier trouva sa vache pleine^ achetée depuis peu^ très malade. Comme il avait déjà, dans ces dernières années, perdu très rapidement quelques vaches et chèvres, il se décida sans hésitera faire abattre l'animal. La viande fut en grande partie vendue, par petites fractions, à bas prix, à de pauvres gens. Le frère du propriétaire, ouvrier de 45 ans, de constitution assez faible, mangea, presque immédiatement après que l'animal fut abattu, un assez grand morceau de foie, mal rôti. Deux jours après, il tomba malade avec de violents vomissements et des douleurs de ventre atroces. Environ 60 heures après^la mort survint, après Tapparitionde diarrhée sanglante,de refroidissement et cyanose delà peau, en pleine connaissance. Il fut impossible d'obtenir l'autopsie, ni même de prendre du sang du sujet.

c Immédiatement après le début de la maladie de cet homme, je fus chargé d'examiner la viande qui restait. Outre les autres caractères du charbon, tels que l'hypérémie, des hémorrhagies, des infiltrations gélatineuses, j'y constatai la présence do nombreuses bactéridies charbonneuses.

c D'autres cas de charbon ne se produisirent pas, quoique la plus grande partie de la viande ait été mangée par plus de 50 personnes et que^ lors de la mise à mort de l'animal, plus de 15 personnes y aient aidé, dont plusieurs avaient même des écorchures aux mains ».

Obs. il — « Chez un fermier, un dimanche matin, un bœuf fut trouvé mourant et à demi asphyxié à l'écurie; on l'abattit aussitôt et la viande fut répartie entre les ouvriers et les domestiques qui eurent soin d'enfouir aussitôt les viscères, afin d'empêcher le propriétaire de reconnaître la nature de la maladie. Après l'abattage^ un valet de 26 ans, très vigoureux, absorba une forte quantité de viande crue, finement hachée, prélevée sur le muscle longisaimus dorsi. Trente- six heures après, violent frisson, mal de tête et de ventre, malaise et très léger vomissement. Bientôt survinrent de l'anxiété précordiale, une diarrhée sanglante, du collapsus, de la cyanose et, exactement trois jours après l'ingestion de la viande, la mort.

« L'autopsie ne put être faite, mais sur le cadavre, six heures après la mort, on put retirer de la veine médiane du braH gauche du sang de consistance de gelée, riche en globules

blancs et renfermant des bactéridies en petit nombre. Ce aangfut injecté, à la dose de 15 gouttes, à deux agneaux d'un an, petits mais vifs ; ils demeurèrent parfaitement sains en apparence pendant 40 à 45 heures, mais au bout de 46 à 50 heures, ils étaient morts ; l'autopsie révéla les lésions les plus accusées de charbon, notamment une urine fortement sanglante et chaînée de bactéridies dans la vessie et de la bile sanglante; le sang pris sur les deux cadavres des agneaux contenait de nom* breuses bactéridies.

I J'examinai également la viande restante du bœuf et j'y constatai donombreuses bactéridies. D'autres cas de maladie ne furent pas constatés, quoique 10 personnes, ayant des excoriationsaux mains, aient pris part à l'abattage de l'animal, et que 80 personnes aient mangé la plus grande partie de la viande (1) ».

J'ai relaté ces deux faits avec tous leurs détails, ■ parce qu'ils nous donnent une idée de U manière dont les choses se passent à la campagne, où n'existe aucune police delà boucherie, et où un grand nombre d'animaux charbonneux sont frauduleusement livrés à la consommation ; si, néanmoins, de semblables accidents sont très rares dans nos contrées, cela tient à ce que, chez nous, les paysans n'ont pas, comme en Allemagne, l'habitude do consommer la viande crue ou saignante. Dans les grandes villes, à Paris notamment, il arrive parfois que l'on saisisse des viandes charbonneuses. Un animal charbonneux est rarement conduit vivant à l'abattoir et, quand ce fait se présente, rien n'est plus facile à l'inspecteur chargé du service que de reconnaître la maladie, aux signes caractéristiques que présente l'autopsie; mais le danger vient d'ailleurs.

" Voici, dit M. Boutet, comment les choses se passent ordinairement. Le sang de rate est reconnu par tes gens de In ferme; on voit que la vache ou le mouton malade va succomber et, quelques heures, quelques minutes avaat la mort, on

(1) Œmler. Experimenlelle Deitrûge zur Mll:l.,■.^n.^f,■3,|v. [Afch. f. wisieiiscft. und pracl. Thierheilkundv. l«TiJ, Ilefi i, p. 27:-78).

B*empr6S8e d'aller chercher un boucher spécial qui tue ranimai^ le prépare, le coupe par quartiers et Texpédie alors à Paris. Toutes ces opérations se font en cachette, bien entendu. Ostla nuit, autant que possible, que le boucher est appelé, c'est pendant la nuit surtout qu'il exécute son travail clandestin ; c'est la nuit que la viande est conduite au chemin de fer le plus rapproché et cette viande arrive ainsi à la ville le matin, pour l'heure de la vente à la criée. Le cultivateur et le boucher ne peuvent pas. dans l'espèce, arguer d'ignorance ; ils ont vu, avant de le tuer, l'animal rendant du sang par le nez, le fondement et même la vulve si c'est une femelle ; ils ont vu, en 1o tuant, la saignée baveuse, peu abondante; ils ont vu, après l'avoir dépouillé et préparé, le tissu cellulaire injecté, la vessie pleine d*urine sanguinolente, les intestins gorgés de sang, la rate gvinflée, diffluente, noire, etc. etc. Dans ce cas, qui se répète plus souvent qu'on ne le croit, la culpabilité du cultivateur et du boucher ne peut être niée par personne (1) ».

Loin de faire des vœux pour adoucir les règlements de police qui interdisent l'usage de la viande charbonneuse et qui poursuivent ceux qui sciemment la mettent en vente, il y a donc lieu de les maintenir dans toute leur rigueur, de bien assurer le service d'inspection des viandes qui est expédiée abattue dans les grandes villes et de sévir contre les cultivateurs peu scrupuleux qui n'hésitent pas à livrer à la consommation des habitants de ces villes des viandes charbonneuses (2). Grâce aux mesures de police sanitaire actuellement en vigueur à Paris, le nombre des viandes charbonneuses mises en

(1) Boutât. Loc, cit*t p. 50.

(2) Les hommes du métier savent reconnaître assez facilement une viande charbonneuse dépecée, malgré Tabsence des viscères qui sont les principaux indicateurs du mal ; la chair est molle, friable, parsemée de taches ecchymotiques ; elle laisse suinter, par les ouvertures dés vaisseaux, un sang noir ; les ganglions lymphatiques des flancs, de l'aine et surtout les ganglions mésentériques sont noirs^ infiltrés ; la plèvre et le péritoine sont injectés, etc. Une viande qui présente ces caractères doit, en tout état de choses, être confisquée comme malsaine ; tous les doutes seront levés, si l'examen microscopique du sang révèle la présence de bactéridies et si, en inoculant un peu de ce sang à un ou plusieurs lapins, on les voit périr du charbon.

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vente à la criée des halles centrales est chaque année décroissant; d'après les chiffres qu'a bien voulu me communiquer M. Villain, inspecteur général de la boucherie, le charbon bactéridien n'a été constaté en 1886, aux halles, que sur neuf animaux, six bœufs et trois moutons. Il y a quelques années encore, la pustule maligne était assez fréquente chez les porteurs de viande à la halle ; on l'observait surtout à la nuque et sur les côtés du cou ; du reste, afin de diminuer les chances d*inoculation, les forts sont maintenant pourvus de couvre-uuque, attachés à la casquette.

Autres causes de charbon interne. Les faits qui précèdent montrent que la pénétration de bactéridies dans le tube digestif peut entraîner à sa suite, chez rhomme, un véritable charbon interne, mortel. Ces cas, cependant, constituent l'exception ; l'ingestion de viandes charbonneuses, dans un grand nombre de cas, est inoffensive pour l'homme, ainsi que pour certains animaux, les carnivores notamment, grâce à la destruction rapide des bactéridies par Faction du suc gastrique. La pénétration dans les voies dîgestives ou respiratoires des spores dubacillus anthracis est beaucoup plus redoutable; c'est par ce mécanisme que se produisent la plupart des cas de charbon interne observés chez Thomme ; je me contente de cette simple mention, me réservant de revenir avec détails sur ce point quand il sera question des faits de mycose intestinale^ de maladie des chiffonniers (Hademkrankheit)^ de maladie des trieurs de laine {woolsorters* diseasë) que nous savons aujourd'hui rentrer dans le cadre des affections charbonneuses, le plus souvent professionnelles, dans lesquelles la porte d'entrée, au lieu d'être cutanée, est intestinale ou pul-* monaire.

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