‹ Le Charbon des animaux et de l'hommeChapitre 4 sur 30 · QUATRIEME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRIEME LEÇON

La décooTerte de la baotérldie ohapboaneaM (Suite).

Sommaire . Davaino déclare la « bactéridie » comme la cause du charbon. — Elle est constante dans le sang charbonneux. — La virulence du sang charbonneux disparaît quand dis- (tarait la bactéridie. -*• Action de la putréfaction sur le sang charbonneux. — Expériences contradictoires de Leplat et Jaillard. — Ils confondaient les effets de Tinoculation d'un sang charbonneux frais avec ceux d'un sang charbonneux putréfié : ils provoquaient une septicémie et non le charbon. — Davaine établit les premières distinctions fondamentales entre le charboft et les septicémies, — r Virulence du sang charbonneux à doses infinitésimales. — Davaine aborde l'étude de l'ôtiologie propre-

' ment dite du charbon : il attribue aux mouches le rôle principal dans la propagation du charbon chez les animaux. -*- Le mystère du problème étiologique subsiste.

Messieurs,

La première communication de Davaine à TÂcadémie des sciences date de 1863 (1) ; il rappelle d'abord la constatation qu'il fît, dos 1850, en commun avec Rayer, de la présence dans le sang de moutons charbonneux de «corps filiformes particuliers. »

« Je pensai dès lors, Hit-iU l^ vérifier lorsque l'occasion sVn présenterait, ce fait de l'existcnco d'infusoires fl'iformes chezle mouton atteint de sang de rate et à rechercher si le dévelop- ^pement d'êtres microscopiques assez voisins des confcrves nb serait point la cause de la détérioration du sang et consécutivement delà mort de l'animal. L'occasion ne s'était pas encore offerte et d'autres soins ne m'avaient pas permis de la chercher, lorsque M. Pasteur, en février 1861, publia son remarquable travail sur le ferment butyrique, ferment qui consiste en petites baguettes cylindriques, possédant tous les carac-

(1) Davaine,. Reoherchoa sur les infusoires du sang dans la maladie connue sous le nom do sang dç v^\Q (Ct R. ç(e rHcacf, d

tèros des vibrions ou des bactéries. Les corpuscules filiformes que j'avais vus dans le sang des moutons ciiarbonneiix ayant une grande analogie avec ces vibrions, je fus amené à. examiner si des corpuscules analogues ou du même genre que ceux qui déterminent la fermentation butyrique^ introduits danst le sang d'un animal^ n'y joueraient pas de môme le rôle d'un ferment.

« Ayant disposé du sang d'un mouton charbonneux, renfermant une immense quantité de bactéries immobiles, j'inoculai immédiatement de ce sang h deux lapins et un rat blanc, bien portants et ayant leur sang normal. 24 heures après, ces animaux n'offraient aucun changement dans leur apparence : leur sang était sain et ne contenait aucun bactérium. 43 heures après l'ipoculation, l'un des lapins fut trouvé mourant ; je me hâtai d'examiner son sang et j'y constatai la présence d*une énorme quantité de bactéries identiques avec celles du mouton. Le nombre de ces corpuscules était tel que je ne puis en donner bien une idée qu'en le comparant aux myriades de filaments spermatiques dans la semence de's animaux.

« Le sang du deuxième lapin, examiné 48 heures après l'inoculation, n'offrit aucun infusoirc ; le lendemain l'animal mourut inopinément, 63 heures après l'inoculation ; son sang, examiné une demi-heure après, contenait aussi un nombre considérable de bactéries en tout semblables aux précédentes. Un troisième lapin, inoculé avec le sang du premier et pendant que ce sang était encore frais, mourut au bout de 17 heures, après une très courte agonie; le sang contenait les mêmes bactéries que le précédent.

ce Le rat fut inoculé une deuxième fois avec le sang du premier lapin ; néanmoins il est encore vivant et n'offre rien de particulier dans son sang.

« Les bactériums du sang de rate sont des filaments libres, droits, raides, cylindriques, d'une longueur variable entre 4 et 12 millièmes de millimètres, d'une minceur extrême. Les plus longs offrent quelquefois une et très rarement doux in* flexions à angle obtus. Lorsque le sang se putréfie^ les traces de leur segmentation deviennent plus visibles; ils s'infléchissent et se divisent par segments. Ils disparaissent complètement lorsque le sang est tout à fait en putréfaction. Ce fait seul les séparerait nettement do toute cette catégorie d'infusoires qui se forment dans les matières en putréfaction, si d'ailleurs ils ne s'en distinguaient déjà par leur développement dans du sang vivant, pour ainsi dire, et sans aucune odeur caractéristique.

<K II y a longtemps que des médecins ou des naturalistes

(\) Davaine, Nouvelles recherches sur les infusoires du sang dans la maladie connue sous le nom de sang de rate. (C. R. de VAcad. des se, 1863, t. LVII, p. 351 et p. 386*)

ont admis théoriquement que les maladies eontaprieufies sont déterminées par des animalcules invisibles ou par des ferments, mais je ne sache pas qu'aucune observation positive ^ fût jamais venue confirmer ces vues. Je n'aborderai pas aujourd'hui la question de savoir si les bactéries du sang de rate jouent chez le mouton et chez les animaux inoculés le rôle de ces animalcules ou le rôle d*un ferment. Je me borne pour lo moment à signaler un fait que je crois nouveau. L'examen de pix animaux atteints ou morts de sang de rate a montré six fois ^ dans leur sang les mêmes êtres microscopiques. Ces corpus- * cules se sont évidemment développés pendant la vie de l'ani- ' mal infecté et leur relation avec la maladie qui a entraîné la mort ne peut être mise en doute. »

La portée de cette communication réside moins dans les faits eux-mêmes, établis déjà par Brauell et Delàfond, comme nous l'avons vu, que dans l'interprétation de ces faits : éclairé par les récentes découvertes de M. Pasteur, Da vaine prend hardiment position, et plus pénétrant que ses prédécesseurs, il pressent le rôle étio^logique des filaments charbonneux.

Dans une note parue quelques semaines plus tard (1), ?

Davaine relate quatorze nouvelles expériences faites *

sur des lapins ; les bâtonnets furent observés constamment dans lo sang, deux, quatre et cinq heures avant i la mort de Tanimal inoculé. Dans plusieurs de ces cas, du sang pris sur Tanimal encore vivant a transmis la maladie. D'autre part, tant que les bactéries n'ont pas ^ paru dans le sang, ce sang peut être inoculé impunément, il n'est pas virulent. Davaine ajoute à ces faits * les réflexions suivantes : « Il n'est pas besoin, je pense, de faire ressortir par un résumé des faits exposés le rôle des bactéries du sang de rate. Personne, sans doute, dans Tétat actuel de la science, ne cherchera en dehors de ces corpuscules l'agent de la contagion, agent mystérieux, insaisissable, qui se développerait et

se détruirait dans los inômos conditions que les bactéries, qui jouirait des mêmes propriétés physiologiques qu'elles. Cet agent est visible et palpable, c'est un organisme doué de vie, qui se développe et se propage à la façon dos êtres vivants. Par sa présence et sa multiplication rapide dans le sang il apporte dans la constitution de ce liquide, sans doute à la manière des ferments, des modifications qui font promptement périr l'animal infecté, u

C'est dans un travail inséré dans les Mémoires de lu Société de biologie (1) que Davaino propose, pour la proniièrc fois, pour désigner et spédfier les bâtonnets charbonneux, le nom de bactéridies; ce nom lui paraît préférable à celui de vibrions ou de buctéries, l'absence de mouvements spontanés les différenciant des vibrions, et la grande longueur des filaments charbonneux ne permettant pas do les ranger parmi les bactéries. Dans ce travail, reposant sur 1IÏ7 expériences, Davainc insi.ste surtout sur ce fait que « lorsque le sang charbonneui commence à se putréfier et que les bactéridies ne sont plus reconnàissables, ce liquide perd la propriété d'inoculer le sanj de rate. L'animal peut, il est vrai, devenir malade et périri mais c'est avec des symptômes tout autres que ceux du charbon; en outre il ne se produit pas chez lui de bactéridies et les globules sanguins ne deviennent jamais agglutinatifs, comme ils le sont d'une manière si remarquable dans le charbon. Il résulte donc de tous ces faits que le sang de rate (maladie charbonneuse) n'est point de nature putride, comme on l'a conclu dans des expériences faites sans examen microscopique... La durée moyenne do la maladie charbonneuse, depuis le moment de l'inoculation jusqu'à celui de la mort, est de 43 heures chez le lapin, de

(1) Davaitie, Nouvetlea recherches sur la maladie du êang de r^lo, oonsidéréa prinoipalement au point de vue de ea naluve,

iMflwoim de la Soo. iv biol-, 1864, 3" aârie, t- V, p. l93-3W,i

38 heures chez le cobaye, de 28 heures chez le rat et de 26 heures chez la souris. La durée de la maladie est plus longue chez les animaux adultes et vieux que chez les jeunes. »

A la même époque, Davaine signala ce fait important que du sang charbonneux rapidement desséché peut conserver sa virulence pendant longtemps ; ce sang gardé sec depuis onze mois a pu, humecté et inoculé, transmettre encore la maladie. En recevant, au contraire, du sang charbonneux dans des fubes capillaires scellés, il constata que les bacîtéridies disparaissent au bout de quelques jours et que le sang devient incapable de donner la maladie (1). Aujourd'hui que nous savons que la bactéridie est un organisme éminemment aérobie, la destruction rapide de ces bactéridies dans le sang conservé dans des tubes scellés^ c'est-à-dire hermétiquement fermés à Tair, s'explique aisém-înt. Nous verrons bientôt aussi que la découverte de la spore de la bactéridie a donné Vexplication toute natui*elle de la conservation de la virulence du sang charbonneux desséché dans de certaines conditions de température.

La proposition fondamentale émise par Davaine, à savoir que la bactéridie est la cause unique du charbon et qu'elle seule constitue le virus charbonneux, cette proposition ne tarda pas à provoquer de nombreuses contradictions. Nous allons suivre Davaine dans la lutte mémorable qui s'engagea alors, et qui aboutit définitivement à deux notions également important tes : 1" la démonstration de la spécificité du charbon et la distinction rigoureuse de cette maladie d'avec les diverses septicémies expérimentales avec lesquelles on la confondait sans cesse; 2° la probabilité de plus en plus grande et pressante — la preuve certaine ne devait

(1) Davaine, Nouvelles recherches sur la nature de la maladie charbonneuse connue sous le nom dQ ^ang; de r^tç* iC* R» dQ

r4carf, dQ9 «0., mh t. WX, p. 3930 •

être faite que plus tard, par M. Pasteur — que c'est la bactéridie qui est la cause du charbon.

A peine Davaîne avait-il fait paraître ses premières recherches, que Signol publia une note où il cherche à établir que « les bactéries » ne sont pas caractéristiques du charbon; il dit en avoir rencontré dans le sang, dans d'autres maladies : dans la diathèse typhoïde {influenza) du cheval, dans un cas de gangrène traumatique également chez le cheval (1). C'est le premier exemple de la confusion, que nous allons sans cesse voir reparaître, entre la bactéridie charbonneuse et les bactéries banales de la putréfaction ou celles des diverses septicémies. Mais là où cette confusion se manifesta do la façon la plus caractéristique et la plus bruyante, ce fut dans les expériences contradictoires de MM. Leplat et Jaillard.

Ces doux professeurs du Val-de-Grâce, pensant que les « assertions de Davaine étaient prématurées et no disposant pas de sang charbonneux » se servirent do bactéries quelconques : « nous les avons extraites, di • sent-ils, tantôt de certaines infusions végétales, tantôt de liquides chargés de matières animales en putréfaction, d'urine putréfiée, de sérum de sang altéré. » Ils injectèrent ces matières dans le tissu cellulaire sous-cutané, de chiens ou de lapins; ces animaux ne moururent pas ou succombèrent avec des symptômes dysentériques et convulsifs, tout différents des symptômes du charbon. Ils en concluent à l'innocuité des bactéries et à Terreur de Tinterprétation de Davaine (2).

Voici la réponse de Davaine à ces singulières expériences :

< Ces expérimentateurs (Leplat et Jaillard) n*ayant pu se procurer du sang charbonneux, ont pensé pouvoir juger aussi

(1) Signol, Présence des bactéries dans le sang, (Ibid., 1863, t. LVII, p. 348 )

(2) Leplat et Jaillard, De Vaction des bactéries sur Véconomie animale, (C. R. de VAcad. des se, 1864, t. LIX, p. 250.)

bien, ou même mieux, la question en inoculant des vibrioniens développés dans des substances végétales ou animales putréfiées.

c Sans chercher à apprécier jusqu'à quel point il est rationnel de contrôler des expériences faites dans de certaines conditions par des expériences faites dans des conditions différentes, je ferai remarquer qu'il ne peut y avoir aucune similitude «ntre les faits rapportés par ces observateurs et les miens. Ils ont inoculé des infuâoires pris dans des liquides putréfiés ; j'ai inoculé, moi, des infusoires développés dans du sang qui n'avait subi aucune altération putride, sang pris immédiatement après la mort des animaux charbonneux ou même pendant leur vie. Enfin, loin que la putréfaction soit la cause de la mort des animaux que j'ai inoculés avec le sang de raley la putréfaction au contraire empêche et anéantit la reproduction des infusoires du sang charbonneux » (1).

MM» Leplat 6t Jaillard revinrent à la charge avec des expériences nouvelles (2). Ils se firent envoyer par M. Rabourdin, directeur d'un établissement d'équarrissage à Sours, aux environs de Chartres, un échantillon de sang charbonneux, qui leur fut expédié par la poste, au mois de juillet.

t Avec le sang de cette vache morte du charbon nous avons inoculé deux lapins ; le lendemain uq de ces lapins était mort, Tautre était encore vivant quoique malade ; l'examen microscopique le plus scrupuleux n'a pu nous révéler la présence de bactéridies dans le sang du lapin mort ; nous avons inoculé ce sang avec un résultat complet identique au premier... Pour nous résumer et conclure nous dirons : avec du sang d'une vache morte du charbon nous avons inoculé une trentaine de lapins et jamais nous n'avons retrouvé dans leur sang de bactéridies. lia mort de nos lapins a eu lieu absolument de la même ma-

il) Davaine, Réponse à une communication de MM. Leplat et Jaillard relative à Vaction des bactéries sur Véconomie ani' maie» (C. R^delAcad.dessc, 1864, t. LIX, p. 338.)

(2) Leplat et Jaillard, Note au sujet d'expériences prouvant que le charbon de la vache inoculé aux lapins les tue avec tous les phénomènes du sang de rate sans que leur sang renferme aucune trace de bactéridies, (C. R, de l'Acad, des se, 1865, t. LXI, p. 278. — Nouvelles expériences pour démontrer que les bactéridies ne sont pas la cause du sang de rate. (Ibid,, p. 436.)

nière, si ce n'est qu'elle a été plus rapide (20 heures eh moyenne]! avec le sang privé de bactéridies qu'avec le san? qui en rcn -» ferme. A Tautopsie, nous avons constaté un lé^^er œdèmo nutour du point d'inoculation, de ta sérosité dans le péricarde et les plèvres, le sang noir, demi-coai^ulé, dans les oreillettes et les ventricules. Toutes ces lésions sont caractéristiques du charbon, sauf les bactéridies.

« Conclusions : L'affection charbonneuse n'est pas une maladie parasitaire.

« La bactéridie est un épiphénomène de la maladie et ne peut en être considérée comme la cause.

« Le sang de rate est d'autant plus inoculable qu'il contient moins de bactéridies. »

Voilà des conclusions bien formelles et en apparence accablantes pour la théorie de Davaine ; d'autant plus que les faits sur lesquels elles s'appuyaient étaient matériellement exacts : seulement, ce que MM. Leplat et Jaillard inoculaient à leurs lapins n'était pas le charbon, mais une maladie toute différente, que nous connaissons aujourd'hui comme étant une septicémie expérimentale. C'est ce que Davaine no tarda pas à établir avec une rare clairvoyance : ayant été mis à même d'examiner un des lapins en question, il constata que le sang no renfermait effectivement pas de bactéridies, mais il fit remarquer qu'il ne pouvait «n être autrement « car la maladie dont cet animal était mort n'est pas le charbon. » Elle en différait : 1** par la durée de l'incubation, beaucoup plus courte qu'elle ne l'est chez le lapin inoculé avec du sang charbonneux ; sur 35 lapins inoculés avec du sang charbonneux frais^ la moyenne de la vie entre Je moment de Tinoculation et celui de la mort est de 43 heures (la durée la plus longue, 21 heures, la plus courte, 18 heures); sur 5 lapins inoculés avec le sang septique, la moyenne de la vie a été de 12 heures (la durée la plus longue lô heures, la plus courte 8 heures) ; 2* un des caractères «na* tomiques constants du charbon c'est la tuméfaction de la rate; cet organe avait un volume et un aspect normal chez les lapins morts de la « maladie septique. de la

vacho » ; 3" les globules rouges du sang ne présentaient pas l'état agglutinatif si frappant du sang charbonneux; 4** le charbon n*est pas transmissible aux oiseaux ; deux moineaux et deux poukts furent inoculés par Da vaine avec le gang septique d'un lapin mort depuis 20 heures ; ces oiseaux succombèrent dans un espace de temps variant entre neuf et onze heures.

Pour tous ces motifs, Davaine conclut qu'il existe a des différences profondes et caractéristiques entre la maladie septique originaire de la vache et le charbon (1). » Mais si la maladie étudiée par MM. Leplatet Jaillard n'est pas le charbon et en diffère totalement par la marche, par la durée et par les lésions anatomiques, de quelle maladie g'agit-il.en réalité? Davaine rappela maladie septique de la vac/ie, ou plus brièvement maladie de la vache^ parce que c'était d'une vache morte du charbon que le directeur de Téquarrissagc de Sours avait tiré le sang envoyé par lui aux expérimentateurs du Val-de-Grâce. Dans la pensée première de Davaine, * cette vache n'était pas morte du charbon, mais d'une maladie septique spéciale. Nous verrons plus tard, quand nous traiterons des septicé^ mies^ que les recherches de M. Pasteur ont définitivement cclairci cette question, pleine d'obscurités à cette époque, si limpide pour nous aujourd'hui. C'était bien du sang pris sur une vache charbonneuse que Téquarrîsseur avait expédié, mais c'était du sang recueilli tardioement sur le cadavre, en été, alors que ce sang était déjà envahi par les organismes de la putréfaction jprovcnant de l'intestin de Tanimal, alors, en un mot,

(1) Davaine. Sur la présence constante des bactéridies dans les animaux affectés de la maladie charbonneuse. (C. R. de VAcad. des se, 1865, t. LXI, p. 334.) — Recherches sur une ma* Xadie septique de la vache, regardée comme de nature charbonneuse. (Ibid., t. LXI, p. 368.)— Note en réponse à une communication de MM. Leplat et Jaillard sur la maladie charbonneuse. [Ibid., t. LXI. p. 523.)

que ce sang était devenu putride, septicémique. La maladie provoquée chez les lapins par Tinoculation de ce sang n'est autre qu'une septicémie, celle qui a été décrite plus tard par M. Pasteur, qui est due à un orga* nisme spécial, le vibrion septiquGj et que nous apprendrons à connaître sous le nom de septicémie expéri^ menfate aiguë (Pasteur), ou d'oedème matîn (Koch). L'élucidation complète de ce point était donc réservée à l'avenir ; mais ce que Davaino comprit tout d'abord et ce qu'il établit dans cette polémique mémorable, c'est que les faits observés par Leplat et Jaillard n'avaient rien à voir avec le charbon et rentraient dans le domaine des septicémies.

Cependant la doctrine de Davaine continuait à trouver de nombreux opposants. Parmi eux, il faut mentionner Brauell qui, en 1866, à propos d'une revue critique de Huppert sur le charbon, dans laquelle les idées de Davaine étaient acceptées avec ardeur (1), s'éleva contre cette conception de la nature.parasitaire du charbon. Il continue à soutenir que les bactéridies se montrent, il est vrai, constamment dans le sang charbonneux, mais qu'elles ne sont pas la cause ni l'agent def transmission de la maladie. Comme argument, il invoque ses anciennes expériences où, inoculant à deux génisses du sang « totalement privé do bactéridies » il provoqua un charbon mortel caractérisé par du sang contenant des bactéridies (2). Nous verrons souvent reparaître cette objection, basée sur le prétendu fait de bactéridies franchissant une ou deux expériences pour reparaître plus tard ; mais, comme le remarque M. Toussaint, de pareils faits ne se produisent jamais dans des

(1) Huppert. — Ueber den Milzbrand und seine allgemein-pa' thologische Bedeuiung^ in Schmidt's Jahrbûcher^ 1865, Bd. 128, p. 37-48.

(2) Brauell.— Zur Milzbrand frage, (Virchow's ArchiVy 1866, Bd. 36, p. 292.)

expériences bien faites ; il y a eu erreur dans les examens microscopiques.

Pendant 1 été 1868, une commission, présidée par H. Bouley et dont le rapporteur était M. Sanson, fut

. chargée par le ministre de Tagriculture de Tétude de la maladie sévissant sur le bétail des montagnes d'Auvergne, et connue sous le nom de mal de montagne. Cette affection fut reconnue comme étant de nature charbonneuse. Les conclusions du rapport furent défavorables à la théorie de Davaine : la bactéridie ne constituerait pas la cause constante et nécessaire de la virulence des produits charbonneux ; « du sang puisé sur un animal charbonneux peut transmettre le charbon quand même le microscope n'y fait reconnaître la présence d'aucune bactérie.» Les expériences de laboratoire de Davaine étaient mises en doute quant à leur valeur, parce qu'elles portaient sur de petits animaux, des rongeurs et non point sur les animaux atteints spontanément de charbon ; enfin, la virulence du sang charbonneux desséché était niée (1). Davaine n'eut pas de peine à réfuter la plupart de ces objections, basées en partie sur des erreurs d'observation etd'expérimen-

' tation et surtout inspirées par la confusion sans cesse renaissante des effets de Tinoculatioud'un sang charbonneux aj^ec ceux d'un sang putride (2). Enfin, il est juste de rappeler que ce qui devaitpresque nécessairement induire en erreur la commission du nnal de montagne yC' est que cette épizoolie n'était pas exclusivement déterminée par le charbon vrai, bactéridien, mais qu'il s'y mêlait des cas de charbon symptomatique (charbon bactérien; que nous avons seulement appris récem-

(1) Du mal de montagnej affection charbonneuse du bétail des montagnes de l'Auvergne, (Rapport officiel au ministre, par H. Bouley et A. Sanson. Paris, 1869.) — Sanson. Sur les conditions de la virulence charbonneuse» IC, R» de rAcad, des se, 1869, t. XVIII, p. 3S1.)

(2) Davaine. Remarques relatives aux recherches de M . San- 8on sur les maladies charbonneuses. (Ibid.f p. 271.)

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ment à distinguer du premier. Ainsi s^explique en partie l'erreur des conclusions émanant de savants de la compétence de MM. Bouley et Sanson.

Ces polémiques ne détournaient point Davaine de la poursuite de ses recherches. Je ne parlerai point de celles qui sont relatives àla pustule maligne de l'homme, j'aurai à y revenir plus tard, mais je dois une mention spéciale aux expériences montrant les variations de la durée de Tincubation du charbon, selon la quantité de virus inoculé. Dans ces expériences, H employa pour les inoculations la seringue de Pravaz, dont l'usage venait de s'introduire en thérapeutique humaine pour la pratique des injections sous -cutanées. Jusque-là tous les expérimentateurs inoculaient à la lancette, ou au bistouri, en pratiquant à la peau une ouverture plus ou moins grande et en y déposant la matière virulente; d'autres, Brauell notamment, se servaient pour l'inoculation du charbon, d'un fil imprégné de sang charbonneux frais ou desséché, qu'ils passaient en séton sous la peau de l'animal et qu'ils laissaient ainsi à demeure. La pratique des injections hypodermiques des matières virulentes, à Taide de la seringue de Pravaz, constitua, comme le fait justement remarquer Davaine, un véritable progrès technique : les inoculations devinrent ainsi beaucoup plus sûreSy car on évita l'action de l'air à la surface d'une plaie ouverte, et les complications dues à la putréfaction; d'autre part, on put ainsi préciser la dose du virus absorbé, le reflux par la petite piqûre de l'aiguille étant très facile à éviter et l'absorption de toute la quantité de liquide injecté étant certaine. Grâce à ce perfectionnement, Davaine put aborder l'étude, si intéressante au point de vue théorique, de l'influence de la quantité des matières inoculées sur les effets de l'inoculation. En injectant du sang charbonneux à divers degrés de dilution sous la peau de cobayes, il constata que ce sang est encore virulent à la dose de un millionièma

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de goutte. Mais si la dilution, même extrême, n*agitpa$ sur la virulence, elle influe sur la durée de Vincuba" tion ; c'est ce que montrent les expériences suivantes : en injectant sous la peau d'un cobaye un dixième de goutte de sang charbonneux, Tanimal meurt au bout de 24 heures ; un centième de goutte le tue également au bout de 24 heures; un millième, au bout de 32 heures; un dix-millième, au bout de 43 heures ; enfin, un mil-^ lionième de goutte au bout de 48 heures seulement. La durée de Tincubation est donc, dans une certaine mesure, en raison inverse de la quantité de virus injectée (1).

Un esprit aussi pénétrant que Davaine ne devait pas se contenter de la conviction qu'il avait acquise que la bactéridie est la cause unique et constante du charbon ; il sentait la nécessité d'asseoir Tétiologie proprement dite de la maladie, de déterminer le mode de contamination habituel des animaux ; comment le contage se transmet dans les troupeaux ; comment il se perpétue dans les districts charbonneux et dans lesétables. Dans ce nouvel ordre de recherches, il faut bien le reconnaître, Davaine fut moins bien inspiré et moins heureux que dans les précédentes.

C'était une vieille croyance populaire, surtout répandue dans les pays du Nord, que le charbon, tant chez rhomme que chez les animaux, résulte de la piqûre de mouches. Davaine fut conduit à attribuer en effet aux mouches un grand rôle dans la propagation du charbon chez les animaux entre eux. Cette opinion, il chercha à Tétayer sur des faits expérimentaux. Raimbert, du reste, l'avait précédé de quelques mois dans cette voie et avait communiqué à l'Académie des sciences, l'expérience suivante: « J'ai enlevé, dit-il, à deux

(1) Davaine. — Expériences relatives à la durée de Vincubation des maladies charbonneuses et à la quantité de virus nécessaire à la transmission de la maladie. (Dullet, de l'Acad. ds> médecine, 1868, t. XXXIII, p. 816.) . . ,, .;

mouches bleues qui étaient restées de 12 à 24 heures sous une cloche avec du sang charbonneux, leur trompe, leurs ailes et leurs pattes de Pavant et de derrière; j'ai ensuite inoculé à un cobaye une trompe, deux ailes et quatre pattes, et à un autre, seulement une aile et deux pattes. Ces deux animaux sont morts au bout de 60 h€;ures. Le sang de leur rate et de leur cœur contenait de nombreuses bactéridies (1). »

Davaine répéta et varia ces expériences : « Un lambeau de peau grand comme une lentille est enlevé sur le cou d'un cobaye, près de la nuque. On place sur la plaie le bout des pattes de trois mouches qui avaient été maintenues depuis la veille sous une cloche de verre avec du sang charbonneux. Ce cobaye est ensuite placé seul dans une cage. Une heure après l'opération, par suite des mouvements de l'animal, la plupart des pattes ne se trouvent plus sur la plaie. Le lendemain, gonflement œdémateux de la plaie et mort au bout de 34 heures, du charbon. » La même expérience, plusieurs fois répétée, donna les mêmes résultats. Des pattes et des suçoirs inoculés se montrèrent encore virulents trois jours après qu'on eut retiré la mouche de dessous la cloche. Davaine s'était servi de la mouche à viande, rausca vomitoria (L.) qui, comme la mouche domestique ordinaire, est inerme. Elle ne peut donc ni piquer ni blesser la peau des animaux, et il faut qu'il existe chez ceux-ci une plaie ou une écorchure préalable sur laquelle la mouche viendrait se poser et inoculer le virus charbonneux dont ses pattes et sa trompe se seraient chargées, par contact antérieur avec du sang ou des produits charbonneux. Ce sont ces mouches inermes qui se rencontrent surtout dans les étables et autour des fermes et qui, pour Davaine, se-

(1) Raimbert A.) Recherches exp. sur la transmission du charbon par les mouches (C B, de VAcad. des sciences. 1869, t. LXIX, p. 805.)

raient surtout les porteurs du oontage dans les épîzooties charbonneuses chez les animaux en stabulation. Pour la propagation du charbon en rase campagne ^ où la mouche inerme est rare, il fait jouer le même rôle aux mouches piquanteSj aux taons, dont la bou-* che possède des pièces cornées pouvant traverser le derme comme une lancette (1).

Si rhypothèse de Davaine était exacte et si les mouches étaient les agents principaux de la propagation du charbon parmi les animaux, il faudrait que la maladie se manifestât chez eux, comme elle le fait chez l'homme, par l'apparition presque constante d'un charbon externe (tumeur charbonneuse sous-cutanée ou lésion du corps muqueux de la peau rappelant la pustule maligne de l'homme). Or, ces charbons externes sont tout à fait exceptionnels, si même ils existent chez les animaux, maintenant surtout que nons savons que la plupart des cas de prétendus charbons externes appartiennent au charbon bactérien. Pour répondre à cette objection, Davaine supposait queraccidcntcutanéprimitif,porte d'entrée du virus, échappait à Tobservation chez les animaux (moutons et bœufs) à cause delaprésence des poils masquant la lésion. Mais comment expliqueras épidémies hivernales do charbon, alors que les mouches ont à peu près complètement disparu ? Comment expliquer encore que ces épidémies puissent se localiser dans une étable, dans un enclos, dans tel ou tel pâturage, dans a ces champs maudits » entourés d'autres où les troupeaux paissent impunément. Peut-on admettre, ainsi que l'objectait avec raison Bouley, que les mouches respectent ainsi les frontières d'un champ ou d'un domaine ? Quoique les expériences de laboratoire sur lesquelles s'appuyait Davaine fussent exactes, cette fois

•(1) Davaine. Etude sur la contagion du charbon chez les animaux domestiques, (Bull, de VAcad, de méd., 1870, t. XXXV, p. 215.)

^Ues lui faisaient faire fausse route et le conduisaient à attribuer au charbon chez les animaux une étiologie tout à fait chimérique.

Dans un nouveau travail (1), Davaine insiste sur ce fait, mis en lumière par lui, de la longue persistance de la virulence du sang charbonneux desséché. Il rappelle les habitudes d'incurie qui régnent dans les étables et dans les fermes, la négligence avec laquelle on dépouille dans les locaux où ils ont succombé les animaux charbonneux, laissant le sang sur le sol, sur les litières, sur les murs ; ce sang se dessèche et forme une véritable « poussière charbonneuse » douée d'une virulence redoutable. Tous ces faits sont absolument vrais, et Davaine cette fois encore pressentait la voie qui devait conduire au but. Malheureusement, je le répète, il croyait que les animaux, comme cela se passe chez rhomme, contractent surtout le charbon par une plaie du tégument externe ; la transmission de la maladie par pénétration de cette « poussière charbonneuse » dans les voies digestives ou respiratoires lui paraissait tout à fait exceptionnelle. Il continuait donc à revendiquer pour les mouches le rôle prépondérant dans le transport de cette poussière infectante. Devant ces hésitations et ces invraisemblances de rétiologie propremeat dite du charbon, les adversaires de la théorie parasitaire reprenaient courage et ils y trouvaient un argument en faveur de la nature spontanée de la maladie. De là, pour ce problème étiologique que tout le monde sentait être d'une importance capitale, un état d'indécision et de malaise, qui ne devait se dissiper tout à fait que grâce à la découverte, due à M. Koch, de la spore de la bactéridie charbonneuse.

(1) Davaine. Etudes sur la genèse et la propagation du char" l^on, (Ibid., p. 471-497.)

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