‹ Le Charbon: Élément de Réparations et de Négociations dans le Traité de Versailles et les Accords qui l'ont suiviChapitre 48 sur 73 · PE · texte numérisé non relu

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Dans un dernier paragraphe, nous essayerons de donner un aperçu des transformations apportées par les charbons de Réparations au marché charbonnier actuel.

Notons tout d’abord que la consommation en France s’est accrue d’une façon considérable depuis 1913 (1).

Production Exportation Importation Consommation 1913 40.854.000! 1.798.000 23.711.000 62.757.000 Moyenne

quinquennale

Remarquons d’abord que, depuis 1930, en raison de la crise qui pèse sur l’activité générale et se manifeste d’une manière angoissante dans l’industrie charbonnière, la consommation du charbon baisse dans des proportions notables. En 1931, l’importation avoisine le chiffre de 30.000.000 tonnes, en diminution par conséquence sur le chiffre de la moyenne quinquennale 1925-1929,

(1) Chiffres extraits du Rapport présenté à l’Assemblée Générale Ofdinaire du Comité Central des Houilières de France, le 27 mars 1931.

(2) Y compris l’Alsace et la Lorraine.

(3ÿ Non compris les exportations de la Sarre vers l'étranger.

(4) Y compris les charbons de Réparations, et les expéditions de la Sarre vers la France.

et sur l’année 1930. Parallèlement les mines françaises compriment leur production.

Considérons cependant les chiffres d'importation de 1913 et de la moyenne des années 1925-1929. L’importation étant augmentée dans ces dernières de 8.000.000 tonnes, regardons quelles places tiennent respectivement dans ces chiffres les charbons anglais et allemands.

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On est surpris de constater que dans l’ensemble les importations allemandes augmentent, tandis que baissent les importations anglaises. Prenons principalement les A dernières an-

nées; les seules qui puissent être comparées à à l’année 1913,

(1) Ces tonnages sont extraits de l’annuaire du Syndicat Central des Négociants Importateurs de Charbons en France. — Puisés dans les statistiques publiées par les Douanes, ils restent en dessous de la réalité, en ce qui concerne les importations allemandes. — Il arrive, en effet, fréquemment que les charbons en provenance de la Ruhr et arrivant par Anvers ou Rotterdam soient classés dans les importations belges ou hollandaises.: — Pour 1926 l’erreur est manifeste, puisque, les livraisons de Réparations ont atteint 10 millions de tonnes, et qüe sans autorisation 4.850.000 tonnes supplémentaires ont pénétré en France.

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puisqu'elles n’ont pas comporté de livraisons de Réparations, tous les charbons introduits en France l’ayant été sur contrats commerciaux. Remarquons d’abord que sur le total de ces deux années, l’importation anglaise n’a gagné en moyenne que 928.000 tonnes, soit un accroissement de 81% ; l'importation allemande a, au contraire, progressé de 1.083.000 tonnes, soit un accroissement de 15,8%. Observons ensuite qu’en 1931, année de crise, l'Angleterre accuse une perte de tonnage de 500.000 tonnes sur 1913, année de prospérité, tandis que l'Allemagne marque au contraire une avance de 300.000 tonnes.

C’est là, la conséquence principale de toute la politique anglaise de ces dernières années.

L’Angleterre ignore d’une manière générale la solidarité politique. La solidarité mettrait à sa charge des obligations qui grèveraient le présent et l’avenir. Le traditionnel principe politique anglais « demain se débrouillera tout seul », exige l’indépendance la plus absolue. Il implique aussi le renoncement à l’organisation de l’avenir.

Ces données générales, personnalisme politique, politique à courtes vues expliquent, en matière charbonnière, comment les Allemands, nos ennemis, nos vaincus, nos débiteurs ont pris dans notre alimentation en combustible, la place qu’ils y occupent, alors que nos Alliés anglais, qui avaient toutes les facilités pour marquer des points dans la conquête de notre marché, n’ont pas progressé.

La politique anglaise, du bénéfice à réaliser dès qu’il se présente, a été à certains moments une politique d’abus. Pendant la guerre, le charbon destiné non seulement aux foyers français, mais à la défense commune nous a, ainsi que toute autre marchandise anglaise, été vendu très cher, trop cher. Jusqu’en 1920, les mines anglaises ont fait des bénéfices considérables. Pendant l’occupation de la Ruhr, alors que les importations de charbon allemand étaient tombées très bas, même politique de charbon trop cher. L'industrie française, qui cherche la régularité de ses

prix de revient, est volontiers portée à ne pas s’attacher à un

fournisseur qui abuse de son prix dès que, par une situation de fait, il jouit d’un quasi-privilège.

Remarquons que, à l’opposé de la politique anglaise à courte vue, la politique charbonnière allemande de l'après-guerre a repris l'allure de celle qu’elle avait avant 1914. Politique de prix bas, réguliers. Politique de commerçants qui veulent s'imposer sur un marché.

Quelle eut dû être logiquement l'attitude de l'Angleterre pour ne pas perdre ses débouchés en France ? L’Angleterre aurait dû permettre un aménagement des livraisons allemandes, tel que jamais, ces livraisons ne perdissent leur caractère de Répa-

rations, que jamais surtout elles ne revêtissent un caractère

commercial, mettant en présence vendeurs allemands et acheteurs français.

Le résultat de la politique anglaise, dû tant à ses actes diplomatiques, qu’à l’attitude des vendeurs anglais, a été tout au contraire, que le problème du charbon ne pouvait après 1924, recevoir de solution, que commerciale.

C’est à Spa que s’est manifesté le désir de nous faire payer cher notre charbon, c’est la fameuse substitution du prix mondial au prix intérieur allemand, parce qu’à ce moment, le prix anglais était plus élevé que ce prix intérieur allemand.

On se souvient, en fin 1922, janvier 1923, de l'opposition officieuse et officielle du Gouvernement anglais à l’occupation de la Rubhr. [Nous avons dit que l'occupation de la Ruhr par les Français avait été considérée en Angleterre comme une défaite nationale.

À aucun moment ni après la cessation de l’occupation de la Ruhr, ni en 1924 à Londres, ni dans les conversations postérieures, les Anglais ne nous ont permis de nous affranchir de la formule prix intérieur allemand ou prix anglais.

C’est cette obstination anglaise qui nous a contraint de converser avec les allemands, alors que normalement le Traité de Versailles eut dû nous permettre d'agir sans discussion préalable, C’est de ces conversations qu’est né l'accord de Cologne

et la commercialité véritable des prestations de charbon que le plan Dawes avait été impuissant à établir. L’Angleterre a ainsi été l'artisan de son dommage.

L'histoire des charbons de Réparations montre, par ses péripéties et ses résultats, que ses difficultés ont bien souvent dépassé la compétence de ceux qui ont eu à les résoudre. Les intérêts en jeu n’ont pas toujours été aperçus avec netteté. L’exécution même partielle des obligations de l’Allemagne a été pénible et incomplète. Seule l'Allemagne a su tirer profit de ces évènements. Ses débouchés s’en trouvent accrus, et sa dette est très réduite. Mais l’Allemagne était seule, elle était organisée et elle

a eu une politique charbonnière placée dans le cadre de sa politique générale.

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