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Mais pour faire jouer cette disposition qui permettait de sauvegarder la vie de ces régions, aucun accord n’avait abouti, et le 23 décembre 1918, une conférence se tint à Luxembourg, à laquelle prirent part des délégués français, allemands, américains, anglais et belges.
Cette conférence se clôtura par la remise aux Allemands d’un protocole élaboré par la délégation française. D’après ce protocole, le “ouvernement allemand devait livrer à l’Alsace-Lorraine, à la Sarre, au Luxembourg, aux pays du Rhin et aux régions occupées de la rive droite, du charbon et du coke en quantité égales à celles livrées à ces mêmes pays pendant le troisième trimestre de 1918, au prix courant de ce trimestre. Les envois devaient être facturés par le Gouvernement allemand au Comptoir de la Chambre de Commerce d’Alsace-Lorraine, lequel était chargé de la répartition. La délégation allemande refusa d’abord de signer ce protocole à ces conditions. Elle demandait que le paiement fut effectué en espèces comme de coutume, et non par écritures, et qu’en retour de ces livraisons, les régions qui continueraient d’en bénéficier échangeassent avec l’ Allemagne non occupée, des minerais de fer ou minettes.
Au fond, cette dernière exigence était légitime, et en principe, la France fit sienne sur ce point la thèse allemande; puisque nous tirions argument ‘de l'impossibilité qu'il y avait à arrêter brutalement toute relation économique entre les pays qui allaient nous faire retour et l’Allemagne pour demander à celle-ci de livrer des combustibles à l’Alsace-Lorraine, il était équitable de ne pas interrompre complètement le courant des livraisons qui se faisaient en sens contraire.
Quant au prix, — et c’est la première source de difficulté que nous rencontrons, — les Allemands firent observer que ceux du troisième trimestre 1918 étaient difficilement applicables aux livraisons à faire à partir de décembre, car précisément pendant ce troisième trimestre les prix allemands avaient considérablement monté, et qu’il y avait lieu de croire qu’ils iraient en augmentant. Ils proposèrent une solution consistant à fixer le prix
de vente d’après le prix intérieur allemand au moment de la livraison. En raison même de la hausse probable des prix intérieurs, la proposition était inacceptable. La Conférence ne trancha pas la question. On convint simplement que le prix du charbon et du coke serait sujet à révision pour que compte fut tenu de l’augmentation des prix; qu’une commission ultérieure statuerait sur ce point, et déterminerait le montant total du paiement à effectuer. On promit aux allemands d'appuyer favorablement leur demande de minettes auprès du Haut Commandement Allié, mais à ce sujet il fut bien spécifié qu’il n’y aurait de livraisons possibles que si les besoins français et luxembourgeois étaient satisfaits.
Les livraisons de coke et de charbon commencèrent et se poursuivirent pendant les premiers mois de 1919. La question : des prix, prix du charbon et prix des minettes qui avait ‘été laissée en suspens à Luxembourg, ainsi que celle des modalités de payement n'étaient pas définitivement réglées, en dépit des négociations que M. Le Normand et le Contrôleur Général Gaillard avait menées à Berlin, en janvier, février et mars 1910. Aucun minerai de fer n'avait été livré a l'Allemagne en retour de son charbon. Aussi, au mois d’avril 1919, le Gouvernement allemand fit-il savoir aux Ailiés que dans ces conditions il suspendait ses livraisons.
Pendant ce temps, l'élaboration du Traité de Paix se poursuivait et bientôt, en mai, la délégation allemande arriva à Versailles. Immédiatement, il lui fut proposé de régler la question du charbon pour l’Alsace-Lorraine. Une commission alliée fut désignée pour négocier. Maïs la question des prix ne fut pas tranchée par cette conférence. Le « Modus Vivendi du 7 mai 1919 », qui sanctionna ses travaux confirmait simplement le protocole de Luxembourg. Le seul élément nouveau était que le Gouvernement français s’engageait plus fermement à retourner du minerai de fer dans les wagons qui avaient apporté le charbon et le coke, au taux d'échange précédemment stipulé, soit 1 1/4 tonne de minette pour une tonne de coke. Mais la question des
prix, des quantités, du mode de payement restait à régler. L’art. IV stipula qu'un comité ultérieur statuerait sur ces point. (Voir Annexe II, page 191).
A partir de ce moment quelques échanges se firent. La France ne put pas livrer tout de suite son minerai, mais les Allemands acceptèrent un retard. Les livraisons furent complétées peu après, et en fin de compte personne ne se plaignit en ce qui concerne les quantités.
Il n’en alla pas de même des prix. Le comité prévu par le Modus Vivendi du 7 mai se réunit le 13 du même mois. La question ne reçut qu'une solution partielle. Il fut convenu avec l’assentiment du Conseil Economique Suprême, que la valeur des charbons et cokes livrés jusqu’au premier juin, serait portée en compte au crédit de l’Allemagne ; les charbons et les cokes livrés wagon-frontière seraient facturés respectivement à 35 et 45 francs; les minettes seraient comptées à l’Allemagne, suivant qu’elles viendraient de Briey ou de Lorraine à 23 fr. 50 ou à 18 frs. Le soin de fixer les prix pour les échéances postérieures au 1 juin 1919, serait confié à un arbitre. La sentence arbitrale sera rendue le 1° mars 1922 par M. J.-A. Logan. Mais cet abitrage laissa subsister un litige relatif au mode de règlement. La question a cessé d’ailleurs de présenter de l'intérêt depuis la mise en
vigueur du plan Dawes.