‹ Le charbon et la vaccination charbonneuse d'après les travaux récents de M. PasteurChapitre 14 sur 63 · MESURES A PRENDRE POUR ÉVITER LA PROPAGATION DE LA MALADIE · texte numérisé non relu

MESURES A PRENDRE POUR ÉVITER LA PROPAGATION DE LA MALADIE

Ces exemples suffisent pour montrer jusqu’à l'évidence que les cadavres des animaux qui ont succombé au charbon sont la seule, ou mieux la principale cause de propagation de la maladie. Que faudrait-il dès lors pour faire disparaitre celte redoutable affection ? détruire les cadavres ou les mettre dans un endroit inaccessible aux animaux vivants.

Il est certain que l’incinération ou là cuisson des cadavres serait la mesure la plus radicale et, de beaucoup, la plus efficace. Aussi a-t-on constaté depuis longtemps, que dans les régions où il existe des clos d’équarrissage, la mortalité a subi une notable diminution. Dans une visite que j'ai faite récemment à l'établissement d’équarrissage de Sours, près de Chartres, j'ai pu m’assurer, en consultant les livres d’entrée, que le nombre des animaux amenés à l'établissement avait toujours été en décroissant.

Malheureusement ces établissements sont assez rares; en outre, les petits animaux comme les moutons n’ont pas une valeur suffisante pour que les propriétaires de clos d’équarrissage aient quelque avantage à envoyer chercher les cadavres; de sorte que souvent des moutons sont abandonnés sur les champs où ils ont succombé, ou bien sont enfouis à une très faible profondeur. Quelquefois même ils sont dépouillés sur place par le berger, et la cüair est donnée en pâture aux chiens qui en dispersent les débris. Il en résulte que les germes vont se répandre un peu partout dans les champs. En outre, les chiens, par leurs morsures aux autres moutons du trou peau, pratiquent sur ceux-ci une véritable inoculation et peuvent leur communiquer la maladie.

Lorsque les moutons meurent à la bergerie, leurs cadavres sont souvent jetés sur le fumier : delà ils iront répandre les germes dans les champs, au moment de la fumure. On enfouit aussi quelquefois les animaux dans l’intérieur ou sur le seuil de l’étable, obéissant par là à une vieille superstition qui avait la prétention de conjurer ainsi le mal.

Ces pratiques anciennes doivent être entièrement rejetées, car ce sont elles qui propagent la maladie. S'il existe, dans le voisinage de la ferme, un établissement d’équarrissage, on devra y transporter les cadavres le plus tôt possible. Si cette mesure n’est pas praticable, le procédé le plus sûr et le plus commode consisterait à sacrifier une petite portion de terre que l’on transformerait en un cimelière clos d’un mur assez élevé et assez profondément assis pour que les anhnaux vivants ne puissent y pénétrer et pour que les eaux de pluie ne puissent entrainer les germes sur les champs voisins.

Il y aurait aussi lieu de chercher à construire un four pour l’incinéralion des cadavres, ou à établir une chaudière destinée à leur coction. Peur s'assurer si ces derniers systèmes sont susceplibles de passer dans la pratique, il s'agirait d'évaluer, par des devis approximatifs, le prix de leur installation. La coction présenterait des avantages en diminuant les frais d'exploitation, car la chair, après l'opération, pourrait être livrée en päture aux animaux domestiques tels que le porc, le chien, etc.

Le transport des cadavres exige les plus grandes précautions : en général les animaux laissent suinter du sang par leurs orifices naturels, les naseaux, la vulve, etc. Ce sang coule sur les routes et peut être une cause de contagion. Les équarrisseurs devraient être tenus d’avoir des voitures étanches, des voitures doublées de zinc, par exemple, de manière que les liquides des cadavres ne puissent arriver au sol. Dans les fermes il suffirait d’avoir une sorte de bac en tôle, porté sur deux roues.

Enfin il faut désinfecter les places où sont morts les animaux, ainsi que tous les objets avec lesquels ils ont été en contact. Il ne sera pas toujours possible d’avoir recours à l’action directe du feu ; on utilisera alors la propriété que possède l’eau bouillante de tuer la bactéridie et ses germes. On jettera de l’eau bouillante sur la

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