‹ Le charbon et la vaccination charbonneuse d'après les travaux récents de M. PasteurChapitre 2 sur 63 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

Avant de commencer l’étude d’une maladie produite par un être infiniment petit, il me parait utile de dire quelques mots de généralité sur ces êtres qui jouent un rôle considérable dans la nature.

Sous le nom d’étres microscopiques ou microbes, on désigne tous les êtres vivants trop petits pour être vus à l'œil nu, tous ceux qu’on ne peut apercevoir qu'avec l’aide d'instruments destinés à les grossir un grand nombre de fois. Tels sont : le petit ver, appelé trichine, qui produitla frichinose, et un acarus qui engendre la gale. Mais, parmi les êtres microscopiques, il y en a qui sont encore lrès petits relativement aux précédents, et qui s’en distinguent aussi parce qu’ils ne sont formés que par une cellule simple, ou par une réunion de cellules identiques pouvant vivre d’une façon indépendante. Ce sont ceux-là qui ont fait plus particulièrement, depuis vingt-cinq ans, le sujet des recherches de M. Pasteur, et c’est à eux que je réserverai spécialement le nom de microbes.

Faisons des infusions de diverses substances organiques, animales ou végétales, par exemple des infusions de foin, de levure de bière, de muscles de divers animaux, c’est-à-dire mettons à digérer ces substances avec de l’eau pendant quelques heures, soit à chaud, soit à froid, puis filtrons. Nous aurons des liquides très limpides dans lesquels le microscope ne montre pas d’êtres organisés. Plaçons ces infusions dans une chambre chaude, entre 30 et 40 degrés, et, après un jour ou deux, tous ces liquides seront devenus troubles. On dit qu'ils se sont altérés.

Examinons au microscope et à un grossissement de 400 ou 500 diamètres une goutte de ces liquides. Un spectacle véritablement surprenant se présente alors à nos yeux : tout le champ est rempli

d'êtres vivants, les uns se mouvant avec une grande rapidité, d’autres plus lentement; quelques-uns sont immobiles. Leurs formes sont variées, surtout lorsqu'on examine des infusions de nature différente, ce qui tient à ce que chacun de ces êtres a besoin, pour vivre, de milieux ayantune composition déterminée. On y remarque des filaments longs, flexibles, ayant un mouvement ondulatoire comme les serpents: ce sont des vibrions; puis des bâtonnets simples ou articulés, très courts, mobiles, dans lesquels la longueur ne dépasse guère deux fois le diamètre, et qui portent le nom de bactéries. D’autres se présentent sous la forme de bâtonnets droits ou articulés, mobiles ou immobiles, dans lesquels chaque arlicle reste rigide : ce sont des bacillus ; d’autres enfin sont formés par des cellules ovales ou arrondies, isolées ou groupées par 2, 4, 6, 8...., formant ainsi quelquefois des chaînes ressemblant aux grains d’un chapelet : ce sont des micrococcus. Toutefois, il ne faudrait pas attacher une trop grande importance à cette classification, car l'aspect morphologique de tous ces petits êtres est variable suivant les conditions où ils se trouvent placés. L'histoire naturelle de beaucoup d’entre eux est loin d’ailleurs d’être faite, et il serait prématuré de vouloir établir une classification complète. Il ne me paraît non plus possible de trancher la question de savoir si ces êtres doivent être rangés parmi les végétaux ou les animaux, cette question n'étant pas encore suffisamment élucidée ; elle n'offre d’ailleurs qu’une importance secondaire au point de vue qui nous occupe.

En voyant toutes les infusions se remplir de ces petits êtres aux formes si variées, une première pensée se présente à l’esprit. D'où viennent-ils? Les liquides étaient d'abord limpides, puis tout à coup ils se troublent et se remplissent d’une multitude prodigieuse de petits êtres vivants. Ceux-ci paraissent donc nés spontanément, c’est-à-dire produits par le liquide lui-même sous l'influence de la chaleur. Ce fut bien là, en effet, l’idée des premiers observateurs. Mais nous savons aujourd’hui, grâce aux belles expériences de M. Pasteur, que ces êtres viennent toujours de germes vivants formés antérieurement par des êtres semblables. Sans doute on ne peut démontrer que la génération spontanée est impossible, parce que dans les sciences d'observation on ne démontre pas une néga-

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