‹ Le charbon et la vaccination charbonneuse d'après les travaux récents de M. PasteurChapitre 3 sur 63 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

tion; mais ce que M. Pasteur a démontré, c’est que toutes les expériences par lesquelles on croyait l'avoir élablie, étaient erronées. S'il reste encore quelques observateurs qui croient à la génération spontanée, ils ne peuvent appuyer leur opinion que sur des vues de l'esprit. Nous dirons done que, dans l’état actuel de la science, la génération spontanée n'existe pas.

Ilest d’ailleurs facile d’avoir des infusions organiques restant indéfiniment stériles, c’est-à-dire ne donnant jamais naissance à des êtres microscopiques ; 1l suffit de les chauffer à une température de 115 à 120 degrés, température qui détruit tous les germes à l’état humide. Différentes infusions qui ont été chauffées de cette façon conservent leur limpidité primitive, lors même qu’elles ne sont séparées de l’air extérieur que par un tampon de coton qui laisse passer les gaz, mais s’oppose à l'introduction des particules solides qui existent dans l’air : parmi ces particules se trouvent précisément les germes des microbes. On peut manier ces liquides et les mettre dans d’autres vases suivant les besoins de l’expérimentation; ils resteront toujours indéfiniment stériles, pourvu qu’on réalise les deux conditions suivantes : éviter les germes de l’air, et ne se servir que de vases eux-mêmes privés de germes. La première condition dépend beaucoup de l’habileté de l’expérimentateur; quant à la seconde, il suffit de flamber les vases, c’est-à-dire de les chauffer dans un fourneau à gaz à une température de 150 à 200 degrés.

Avec ces ballons stérilisés, rien n’est aussi simple que de montrer la présence des germes dans l'air. Enlevons les tampons de coton de cent ballons; attendons quelques instants, de façon à laisser tomber les germes comme tombent toutes les poussières, puis remettons le coton. Au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures, on constate que cinquante, soixante, quatre-vingts ballons et même plus renferment des organismes. Le nombre des ballons qui s’altèrent est très variable, ce qui tient à ce que les germes en suspension dans l’air sont aussi en quantité fort variable. Ils sont beaucoup plus nombreux, par exemple, dans une salle qui vient d’être balayée que dans une autre où l’on n’est pas entré depuis plusieurs jours; ils sont plus nombreux aussi dans les villes que dans les campagnes, dans les plaines que sur les hautes montagnes, etc.

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Les germes des microbes existent également dans les eaux communes, et, en général, à la surface de tous. les objets. Si l’on introduit, en effet, quelques gouttes d’eau commune, d’eau de Seine, par exemple, ou des fragments de bois, de paille, de terre, dans ces ballons stériles, au bout de deux ou trois jours tous ces ballons seront troubles et remplis d'organismes.

On comprend maintenant pourquoi les infusions s’altèrent toujours lorsqu'on ne prend pas de précautions parliculières. Les germes, cause de l’altération, proviennent, soit des vases, soit de l'air, soit des liquides.

Ainsi, il semble que partout autour de nous se trouvent des germes de microbes. Cependant, en réalité, ces germes n'existent pas partout. Ils n’existent pas : 1° dans les eaux de sources au moment où elles sortent du sol; 2° dans les tissus et les liquides internes des végétaux et des animaux à l’état normal. On peut, en effet, semer les eaux de sources, les sucs des fruits, les muscles, le foie, la rate, la substance cérébrale, ete., des animaux, dans des infusions organiques stériles, sans provoquer en rien leur altération. On peut même recueillir directement, avec unegrande facilité, du sang, du lait, de la lymphe, de l'humeur aqueuse dans des vases flambés, et ces liquides, les plus altérables que l’on connaisse, se conservent indéfiniment sans montrer jamais le moindre organisme microscopique. Gette expérience, qui est capitale au point de vue de l'étude des maladies contagieuses, suffirait presque, soit dit en passant, pour démontrer qu'il n’y a pas de génération spontanée.

On conçoit que les germes, même les plus ténus, n'existent pas dans les eaux de sources et dans les tissus internes des végétaux et des animaux. De même que l'air, en filtrant sur un tampon de coton, se dépouille de toutes les poussières et de tous les germes qu'il tient en suspension, de même aussi les eaux de sources sont filtrées par leur passage à travers le sol ; les liquides qui servent à la nutrition des plantes sont filtrés par les radicelles, et les aliments absorbés par les animaux sont filtrés par les muqueuses des organes de la respiration et de la digestion. Ajoutons que l'écorce chez les végétaux et la peau chez les animaux s’opposent également, du côté de l'extérieur, à introduction des germes.

De ce qui précède il résulte que, au milieu de la souillure géné-

GÉNÉRALITÉS. - 7 rale de la terre, de l’air et des eaux, le corps des êtres vivants est fermé à l'introduction des microbes. Mais qu’arrivera-t-il si, pour une cause quelconque, des germes passent dans l’intérieur des tissus végétaux ou animaux? Il est aisé de le deviner : que sont, en effet, les liquides qu’on rencontre dans les végétaux et les animaux, si ce n’est de véritables infusions de la nature de celles dont nous venons de nous occuper ? Deux cas pourront se présenter : ou bien ces germes ne trouveront pas les conditions propres à leur vie et à leur reproduction, et alors ils périront rapidement; ou bien ils trouveront des conditions favorables, ils pulluleront avec rapidité et envahiront tout ou partie du corps de l’animal. Dans le premier cas, les germes auront été sans action; dans le second, ils ainèneront la maladie et souvent même la mort. En se reproduisant, en effet, et en envahissant le corps d’un animal, ces microbes ont profondément changé les conditions de la vie. Soit qu’ils aient donné naissance, par leurs sécrétions, à de véritables poisons, soit qu'ils aient enlevé aux cellules du corps les éléments nécessaires à leur vie, il n’en est pas moins certain que la composition des liquides et des tissus de l’organisme a changé. La maladie et la mort en sont la conséquence naturelle.

Ce n’est pas là une simple vue de l'esprit. Si l’on prend une infusion altérée, c’est-à-dire remplie d'organismes, et qu'on en introduise quelques gouttes sous la peau de différents animaux, tels que cochons d'Inde, lapins, moutons, poules, etc.,on observe presque toujours, chez quelques-uns d’entre eux, des désordres plus ou moins graves. Le plus souvent ce sont des abcès ou des œdèmes qui s'étendent sur une grande surface, et l’animal est malade pendant plusieurs jours, mais se guérit ensuite; quelquefois aussi il succombe à une véritable infection, comparable, sous certains rapports, à l'infection purulente chez l’homme ; d’autres fois encore il ne se forme pas ou il ne se forme que très peu de pus à l'endroit de la piqüre, et cependant l'animal succombe. Dans ce cas, son sang ou ses tissus sont remplis par un ou plusieurs microbes. Ce sont bien les êtres microscopiques introduits sous la peau qui sont cause de la maladie et de la mort, car si l’on chauffe les liquides avant de les inoculer, on ne constate plus qu'un petit désordre local tout à fait insignifiant.

Cette résistance variable que l’on observe chez les différents animaux peut tenir à deux causes : la nature même des liquides qui baignent les cellules de l'individu et la vitalité de ces cellules. En effet, il doit s’établir entre les cellules des êtres microscopiques et les cellules du corps une lutte pour la vie, lutte dans laquelle l’animal guérit ou succombe, suivant que la victoire resle aux cellules du corps ou aux microbes.

C’est dans des faits de ce genre qu'il faut chercher l'explication des accidents qui surviennent fréquemment à la suite des opérations chirurgicales. Il y a toujours un peu de liquide et du sang qui s’écoulent de la plaie. Ces liquides, se trouvant au contact de l'air et des linges de pansement, vont se remplir d'organismes comme nos infusions ; beaucoup seront inoffensifs, parce qu'ils ne pourront pas se développer dans le corps, mais si quelques-uns d’entre eux jouissent de cette propriété, ils pulluleront et produiront des désordres plus ou moins graves. Sous ce rapport, on peut dire que la moindre coupure, la moindre écorchure, peuvent amener de graves maladies et même la mort. Ce sont là des cas qui malheureusement ne se présentent que trop souvent. On pourrait citer plusieurs exemples rapportés par nos meilleurs médecins, et dans lesquels une simple saignée faite au bras a suffi pour amener des complications mortelles.

Quoi qu'il en soit, en inoculant à des animaux de différentes espèces des infusions ou des liquides organiques altérés, on peul être assuré d’en trouver toujours quelques-uns qui seront malades ou qui mourront, de sorte qu'il est possible de créer, pour ainsi dire à volonté, des maladies. Mais le but principal que nous devons nous proposer est moins de créer des maladies que d'étudier celles, trop nombreuses déjà, qui attaquent l'homme et les animaux. Une pareille étude repose entièrement sur ce fait que les liquides et les tissus internes des animaux ne renferment jamais ni germes ni organismes microscopiques dans leur état normal, ainsi que nous venons de le voir.

C’est ce principe qui va être appliqué, en particulier, à l’étude du charbon.

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