‹ Le charbon et la vaccination charbonneuse d'après les travaux récents de M. PasteurChapitre 21 sur 63 · LE VACCIN DU CHARBON · texte numérisé non relu

LE VACCIN DU CHARBON

Par MM. PASTEUR, CHAMBERLAND et Roux.

Académie des sciences, 21 mars 1881.

Dans la lecture que j'ai faite à l’Académie le 28 février dernier, nous avons annoncé qu'il était facile d'obtenir le microbe charbonneux aux degrés les plus divers de virulence, depuis la virulence mortelle, c’est-à-dire qui tue, cent fois sur cent, cobayes, lapins, moutons, jusqu'à la virulence la plus inoffensive, en passant d’ailleurs par une foule d’états intermédiaires. La méthode de préparation de ces virus atténués est d’une merveilleuse simplicité, puisqu'il a suffi de cultiver la bactéridie très virulente dans ‘ du bouillon de poule à 42-43 degrés et d'abandonner la culture après son achèvement au contact de l’air à cette même température. Grèce à cette circonstance que la bactéridie, dans les conditions dont il s’agit, ne forme pas de spores, la virulence d’origine ne peut se fixer dans un germe, ce qui arriverait infailliblement à des températures comprises entre 30 et 40 degrés et au-dessous. Dès lors la bactéridie s’atténue de jour en jour, d'heure en heure, et finit par:devenir si peu virulente qu’on est contraint, pour manifester en elle un reste d'action, de recourir à des cobayes d’un jour. Cetie virulence si faible, si près de s’éteindre, nous a portés naturellement à multiplier les expériences afin d’arriver, s’il était possible, à des atténuations encore plus grandes. Nous y sommes parvenus en prenant pour point de départ la bactéridie la

plus virulente que ndus ayons eue jusqu’à présent entre les mains. C’est précisément celle dont j’ai parlé dans ma lecture du 28 février, provenant de la germination de corpuscules-germes de quatre ans de durée. Cette bactéridie a pu être maintenue sans périr plus de six semaines à 42-43 degrés. L'expérience à commencé le 28 janvier. Dès le 9 février, sa culture ne tuait plus les cobayes adultes. Trente et un jours après, le 28 février, une culture faite à 35 degrés, préparée à l’aide du flacon toujours maintenu à 42-43 degrés, luait encore les très jeunes souris, mais non les cobayes, les lapins et les moutons. Le 12 mars, c’est-à-dire quarante-trois jours après le 28 janvier, une culture nouvelle ne tuait plus ni souris ni cobayes, pas même les cobayes nés depuis quelques heures seulement. Nous avons été ainsi mis en possession d’une bactéridie qu’il est impossible de faire revenir à la virulence. Si jamais ce retour était obtenu, on peut assurer que ce serait en recourant à des espèces animales nouvelles, aujourd’hui inconnues pour être inoculables, absolument différentes de celles que nous savons être présentement aptes à contracter le charbon. En d’autres termes, nous possédons maintenant, et nous avons le moyen simple de nous procurer, une bactéridie issue de la bactéridie la plus virulente et qui est complètement inoffensive, tout à fait comparable à ces nombreux organismes microscopiques qui remplissent nos aliments, notre canal intestinal, la poussière que nous respirons, sans qu’ils soient pour nous des occasions de maladie ou de mort, parmi lesquels même nous allons chercher souvent des auxiliaires de nos industries.

Que ce résultat est imprévu lorsqu'on songe que cette bactéridie inoffensive se cultive dans des milieux artificiels avec autant de facilité que la bactéridie la plus virulente et que morphologiquement elle ne peut s’en distinguer, si ce n’est par les caractères les plus fugitifs ! Lorsque la bactéridie est très atténuée, ses filaments sont plus courts, plus divisés. La culture, moins abondante, forme sur les parois des vases un dépôt uniforme ; tandis que, à l’état virulent, on la voit le plus souvent en flocons cotonneux, constitués par de très longs fils. Cependant il suffit d'attendre la formation des spores et de faire de celles-ci une culture nouvelle, pour qu’elles reprennent les formes de développement de la bactéridie virulente.

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