‹ Le charbon et la vaccination charbonneuse d'après les travaux récents de M. PasteurChapitre 22 sur 63 · VACCIN DU CHARBON · texte numérisé non relu

VACCIN DU CHARBON

Les considérations et les faits suivants ne sont pas moins dignes d'intérêt.

Dans ma lecture du 28 février, j'ai fait observer que le microbe charbonneux se distingue de celui du choléra des poules par l’absence probable dans les cultures de ce dernier, de germes proprement dits. Toutes les cultures, en effet, du microbe du choléra des poules finissent par périr, soit qu’on les conserve au contact de l'air, soit qu’on les enferme dans des tubes clos en présence de gaz inertes, tels que l’azote et le gaz carbonique. Le microbe du charbon, au contraire, se résout dans ses cultures en corpuscules brillants, formant poussière, qui sont de véritables germes. Ce sont eux que nous avons vus se multiplier dans les terres autour des cadavres charbonneux, ensuite ramenés par les vers de terre à la surface, où ils souillent les récoltes et deviennent les agents de propagation de la terrible maladie dans les étables ou sur les terres de parcage.

Nous arrivons ainsi à nous poser la question suivante, si digne d’être méditée quand on la considère du point de vue élevé des principes de la philosophie naturelle : tous ces virus charbonneux atténués qui nous occupent sont-ils capables, eux aussi, de se résoudre en corpuscules-germes, et, si la réponse est affirmative, quels sont les caractères de ces derniers? reviennent-ils d'emblée à la virulence des germes de la bactéridie virulente d’où on les a tirés par la méthode d'atténuation précédemment exposée ? Sinon, se confondent-ils avec ceux d’une bactéridie sans virulence aucune ? ou bien enfin ces germes, multiples dans leur nature, fixentils, et pour toujours, les virulences de leurs bactéridies propres, ajoutant ainsi aux connaissances médicales et aux grandes lois naturelles ce principe nouveau de l'existence d'autant de germes qu'il y a de sortes de virulences dans certains virus animés?

C’est cette dernière proposition qui est exacte. Autant de bactéridies de virulences diverses, autant de germes dont chacun est prêt à reproduire la virulence de la bactéridie dont il émane.

Aiï-je besoin d’ajouter maintenant qu’une application pratique d’une grande importance nous est offerte ? Tout en réservant l'étude ultérieure des difficultés de détail que nous pourrons rencontrer dans la mise en œuvre d’une vaste prophylaxie charbon-

neuse, il n’en reste pas moins établi que nous avons à notre disposition non seulement des bactéridies filamenteuses pouvant servir de virus-vaccins dans l’affection charbonneuse, mais des virusvaccins fixés dans leurs germes avec toutes leurs qualités propres, transportables sans altération possible.

A la suite de ces Notes la question théorique de la vaccination charbonneuse était résolue ; elle devait bientôt l’être au point de vue pratique comme le montre la Communication suivante.

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