EXPÉRIENCES DE FRESNE. — VACCINATION DES CHEVAUX
A la suite de cette première expérience publique de vaccination charbonneuse beaucoup d’autres furent faites, en France et à l’étranger, pendant les années 1881 et 1882. Malgré le succès complet obtenu à Pouilly-le-Fort il y avait encore des incrédules. Ceux-ci voulaient voir par eux-mêmes, comme ils le disaient, tellement le résultat leur paraissait surprenant. M. Pasteur accueillit favorablement toutes les proposilions qui lui furent faites et c’est ainsi que l'expérience de Pouilly-le-Fort fut répétée à peu près dans toutes les parties de la France. Voici le résumé, aussi fidèle que possible, de ces différentes expériences, par ordre de date.
EXTRAIT des procès-verbaux relatant les expériences de vaccination préventive du virus charbonneux qui ont eu lieu à Fresne, près Pithiviers (Loiret), en l'année 1881.
Le 1* juillet 1881, MM. Chamberland et Roux, collaborateurs de M. Pasteur, assistés de MM. Cagny, vétérinaire à Senlis, Leblane, vétérinaire à Paris, délégués de la Société centrale de médecine vétérinaire et Mignon, vétérinaire à Puiseaux, ont procédé à des expériences de vaccination préventive du virus charbonneux. Le premier vaccin a été inoculé à cent trente-neuf moutons. De ces cent trente-neuf moutons, dix doivent servir à titre d'expériences ; ils font partie du lot d’expériences composé de quarante-deux moutons dont dix ont été achetés chez M. Poisson, de Lolainville; dix, chez M. Radideau, de Godonvilliers, et vingt-deux, chez M, Lesage, de Fresne.
De plus, on a vacciné ce jour huit bœufs et deux vaches.
140 CHARBON. — VACCINATION CHARBONNECSE.
Le 13 juillet, les cent trente-neuf moutons, les huit bœufs et les deux vaches vaccinés pour la première fois le 1* juillet, ont reçu la seconde vaccination avec le deuxième vaccin ; de plus, à titre d’essai et afin de constater l'effet produit directement par le second vaccin, dix moutons non vaccinés reçoivent le second vaccin. Deux nouvelles vaches sont vaccinées avec le premier vaccin.
Ce jour il a été fait une première application de la vaccination préventive du virus charbonneux sur quinze chevaux.
Le même jour, ila été vacciné pour la première fois neuf cent cinquante-deux moutons, quatre-vingt-douze vaches et vingt-quatre bœufs, appartenant à MM. Poisson, Bonlieu et à divers autres propriéaires. Pendant ces opérations un des cent trente-neuf moutons ayant reçu les deux vaccinations, s’étant trouvé malade, plusieurs personnes demandent qu'on en fasse l’autopsie, ce qui est accepté par la Comnuission.
L’autopsie faite par M. Mignon, assisté de ses confrères, a démontré que ce mouton n’avait aucune trace de maladie charbonneuse, mais qu'il était atteint d’un rhume contracté au parc, qu'il était très sain et qu’il se serait parfaitement remis.
Le 27 juillet, à deux heures du soir, en présence de MM. Rousset, sous-préfet de Pithiviers, Rabier, conseiller général et président du Comice agricole de l'arrondissement de Pithiviers, Mignon, Morand, Bouvard, Lejeune, Carnet et Chassinat, vétérinaires, Prud’homme, Morand et Froc, docteurs en médecine, et d’un grand nombre d'agriculteurs du département du Loiret réunis à Fresne, MM. Chamberland et Roux ont inoculé avec le virus très virulent :
1° Dix moutons qui ont reçu le premier et le second vaccin les 1e et 13 juillet;
2 Dix moutons vaccinés une seule fois avec le second vaccin le 15 juillet ;
9° Dix moutons non vaccinés ;
4° Une vache qui a reçu le premier et le second vacein les 1°* et 13 juillet ;
9° Une vache non vaccinée.
28 juillet. — Tous les animaux mangent comme d'habitude, excepté la vache non vaccinée qui seule a perdu de l'appétit et donne moins de lait.
29 juillet, six heures du matin. — La vache et les dix moutons qui ont reçu les deux vaccinations et qui ont été inoculés le 27 avec le virus très virulent, se portent à merveille; la vache non vaccinée présente au point d’inoculation du virus très virulent un léger bouton et un œdème parfaitement accentué; elle a perdu l'appétit et ne donne plus de lait.
A ce moment, il meurt un des moutons non vaccinés, mais inoculés avec le virus très virulent; il en meurt un second à huit heures ; un troisième à dix heures ; un quatrième à midi; le cinquième et le sixième meurent de une heure à trois heures, sous les yeux des personnes qui étaient présentes aux expériences du 27 et qui sont revenues aujourd'hui pour constater les résultats.
À une heure, M. Mignon, vélérinaire à Puiseaux, assisté de MM. Morand et Bouvard, ses collègues, commence l’autopsie des animaux morts. Voici le procès-verbal de l’autopsie :
Après l’enlèvement de la peau, la chair apparaît décolorée et comme macérée ; le sang des veines sous-cutanées est très diffluent et d’un noir bleuâtre ; au siège de linoculation, œdème variable de volume ; ecchymose profonde, étendue, et infiltration de sérosité dans le tissu cellulaire environnant. |
Engorgement avec infiltration des ganglions, de la gorge, de l’aine et des mésentères.
Cavité thoracique : Arborisation vasculaire considérable à la surface du tissu pulmonaire qui est toujours parsemé de taches pétéchiales, variables en nombre et en étendue. Le cœur est décoloré, les ventricules sont remplis par un eaillot diffluent, noirâtre, inconsistant, et, chez certains sujets, par du sang poisseux et liquide. 66!
Cavité abdominale : Les mésentères sont le siège d’une arborisation vasculaire produite par un sang noirätre très liquide ; les intestins, surtout l’intestin grêle, présentent toutes les traces d’une vive inflammation ; on rencontre un peu de liquide séro-sanguinolent dans le péritoine.
Les parois de la vessie sont rouges et enflammées ; l’urine est sanguinolente; le foie est pâle, couvert de pétéchies et très friable sous la pression des doigts.
La rate sur quatre sujets est considérablement tuméfée ; elle se déchire à la moindre pression et laisse sortir une bouillie épaisse, noirätre et très abondante. Deux des victimes n’ont pas la rate grossie; mais MM. Chamberland et Roux ont pris, séance tenante, du sang sur une coupe faite sur les deux rates, l'ont placé sur le champ d’un microscope et ont trouvé un grand nombre de bactéridies. MM. les vétérinaires, médecins et agriculteurs présents les ont vues tour à tour, grâce à leurs explications.
On pourrait peut-être donner la raison de l’absence de gonflement de la rate chez ces deux sujets, par leur état général qui était très voisin de l’anémie.
Du reste la mort de l’un d'eux a été accélérée par suite de manipulations imprudentes qui ont amené la déchirure de l'estomac.
Quoi qu’il en soit, la conclusion des vétérinaires qui ont fait l’autopsie est unanime: ces six moutons sont morls du sang de rale.
Les quatre moutons restants sont très malades, ils sont mourants.
Les dix moutons vaccinés une seule fois avec le second vaccin et inoculés par le virus virulent se portent à merveille.
Les dix moutons vaccinés le 1‘ et le 13 juillet et inoculés avec le virus très virulent se portent très bien.
90 juillet. — Les quatre moutons restants sur les dix non vaccinés sont toujours très malades.
Les dix moutons vaccinés avecle deuxième vaccin vont bien.
Les dix moutons qui ont reçu les deux vaccinations vont bien également.
Les vaches vaccinées se portent très bien; celle non vaccinée est toujours très malade.
91 juillet. — Etat général pareil; les moutons et la vache non vaceinés paraissent être moins malades.
1° août, — Les moutons et la vache non vaccinés continuent à
aller mieux. Le soir, à cinq heures, il meurt un mouton du lot des cent trente-neuf moutons qui ont reçu les deux vaccinations le 1% et le 13 juillet. M. Lesage l’envoie immédiatement à Pithiviers pour que MM. les vétérinaires en fassent l’autopsie.
2 août, neuf heures du matin, — M. Mignon, assisté de MM. Morand et Bouvard, fait l'autopsie du mouton mort la veille ; ils trou-
vent tous les symptômes de la maladie du sang de rate. Ils emplissent des tubes avec du sang pris dans la rate et le cœur, et M. Lesage l’envoie de suite au laboratoire de M. Pasteur. MM. les vétérinaires inoculent un lapin avec le sang pris dans la rate du mouton dont on vient de faire l’autopsie.
3 août. — Rien de nouveau.
4 août. — Le lapin inoculé le 2 août meurt à quatre heures du matin. Des tubes sont remplis avec le sang de ce lapin et expédiés au laboratoire.
5 août. — Rien de nouveau.
6 août. — Une lettre de M. Roux confirme que le mouton mort le 1° août est bien mort de l'affection charbonneuse.
Tet 8 août. — Tous les animaux se portent très bien.
9 août. — Le berger qui a la garde du lot d'expériences, ayant mené paitre ses moutons sur un regain de luzerne trop tendre, a fait enfler huit moutons. Il en est mort un à huit heures du matin ; il appartient au lotdes dix qui ont été vaccinés le 1° et le 13 juillet, et qui avaient reçu le virus très virulent; il est mort de météorisation et non du sang de rate.
Depuis, aucun fait méritant d’être signalé ne s’est produit.
Pour copie conforme :
Le Président de la Commission,