EXPÉRIENCES DE VACCINATION CHARBONNEUSE SUR LE CHEVAL
Par MM. ROSSIGNOL, GASSEND et GARROUSTE,
M. Rossignol, avec le concours de ses amis MM. Gassend, directeur de la station agronomique de Seine-et-Marne, et Garrouste, vétérinaire au 1* chasseurs, voulut savoir si le cheval vacciné jouirait de l’immunité, et si le même animal non vacciné périrait ou serait très malade des suites de l’inoculation du virus charbonneux. Un poulain plein de vigueur fut mis à sa disposition par M. Moreau-Chaslon, ancien directeur de la cavalerie des omnibus et propriétaire d’un haras à Joinville.
Le 6 août 1881, on fit subir à ce poulain une première vaccination avec du vaccin du premier degré. Le lieu choisi pour pratiquer cette opération fut la face droite de l’encolure. Le poulain reçut dans le tissu cellulaire sous-culané le contenu de dix divisions de la seringue Pravaz. Ce jour-là la température de cet animal était de 38°,5. Les jours suivants elle ne varia que de quelques dixièmes de degré.
Le 19 août, ce Yearling fut vacciné avec du vaccin n° 2. La température resta normale le 19 ainsi que les jours suivants; elle varia entre 38°,2 et 38°,9.
Le 2 septembre, MM. Gassend, Garrouste et Rossignol se transportèrent au clos d'équarrissage de Melun, où se trouvait le poulain vacciné, ainsi qu'un autre cheval entier, très vigoureux, mais usé des membres antérieurs. Ces deux chevaux furent inoculés par M. Gassend, qui leur injecta dans le tissu cellulaire souscutané de la face gauche de l’encolure, quinze divisions de la seringue Pravaz, d’un liquide très virulent que M. Roux avait envoyé. Un lapin recevait en même temps une goulte de ce liquide dans le tissu cellulaire de l'oreille.
Le jour de l'expérience, les deux sujets accusaient les tempéra-
tures suivantes : le Yearling vacciné, 38°, 8; le cheval entier non CH. CHAMBERLAND. 10
vacciné, 38 degrés. Le 3 septembre, on ne constata rien d’anormal, la température du Yearling était de 38°, 7, celle du cheval entier de 38°, 2.
Le 4 septembre, aucun des deux chevaux ne parait malade, tous deux mangent avec appélit leur ration. Le 5, dans la matinée, le cheval entier non vacciné est trouvé mort presque subitement. MM. Garrouste et Gassend firent l’autopsie du sujet; ils constatèrent l'existence des lésions ordinaires qui caractérisent le charbon. Le sang, examiné au microscope, révéla la présence d’un grand nombre de bactéridies en bätonnets, placées entre les globules, isolés quelquefois, agglomérés assez souveut. Les corpuscules sanguins avaient plus ou moins la forme d’une pomme épineuse. Ils étaient, en un mot, ratatinés. Une diminution notable de volume des globules rouges fut constatée. Le sang étudié avait été pris dans le foie, dans la rate et dans les bosselures ou hémorrhagies de ces organes.
Le lapin avait résisté moins longtemps que le cheval. L'autopsie du lapin a montré chez cet animal les lésions caractéristiques du charbon; l'examen microscopique du sang a permis d’y constater la présence d’un grand nombre de bactéridies.