‹ Le charbon et la vaccination charbonneuse d'après les travaux récents de M. PasteurChapitre 4 sur 63 · IMPORTANCE DES PERTES CAUSÉES PAR LE CHARBON. SYMPTOMES DE LA MALADIE · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DES PERTES CAUSÉES PAR LE CHARBON. SYMPTOMES DE LA MALADIE

On désigne sous le nom de charbon tout un groupe de maladies générales, virulentes et contagieuses, de nature identique, mais se manifestant avec des formes diverses suivant les pays, l'espèce animale, le point de pénétration de la maladie et les symptômes divers que l’on observe. — De là les noms de glossanthrax, étranguillon, antecœur, noir-cuisse, mal noir, sang de rate, fièvre charbonneuse, mal de montagne, peste de Sibérie, spleen fever, pustule maligne, etc.

Cette maladie attaque la plupart des animaux, mais surtout les herbivores et en particulier les moutons, les chèvres, les vaches ou bœufs et les chevaux. — Elle est très répandue, car dans le monde entier il n’est peut-être pas une contrée où elle n’exerce ses ravages avec une plus ou moins grande intensité. Elle cause annuellement des pertes que l’on peut évaluer sans exagération à plus de cent millions de francs.

En France, elle sévit surtout dans la Beauce, dans la Brie, dans le Nivernais, dans le Berry, dans le Poitou, dans le Dauphiné, dans la Bourgogne, dans l'Auvergne, dans la Champagne.

Une statistique a été dressée par Delafond qui fut appelé en 1842 dans les départements de Loir-et-Cher et du Loiret, et qui visita cinquante-quatre communes des arrondissements de Blois, Orléans, Pithiviers. Cette partie de la Beauce, dit Delafond, possède de beaux et nombreux troupeaux métis-mérinos. Les plus petits fermiers n’ont pas moins de 200 bêtes à laine; la plupart ont de 400

à 900 bêtes; bon nombre comptent de 900 à 1100 mérinos-métis dans leur troupeau.

D’après un recensement fait par le préfet du Loiret dans deux arrondissements de ce département appartenant autrefois en partie à l’ancienne Beauce, ilexistait dans celui de Pithiviers 107 324 bêtes à laine; et dans celui d'Orléans, comprenant seulement les cantons de Patay, d’Arthenay et de Neuville, on en comptait 56 337 : ce qui donne un total de 163 661 bêtes à laine.

Or ces deux arrondissements ne forment que la huitième partie à peu près de la Beauce; d’où il résulte comme très probable, que la Beauce possède 1 309 288 bêtes à laine. Cette riche contrée peut donc être considérée comme une des provinces de France qui produit le plus de belles bêtes à laine, tant sous le rapport de la taille, des formes, du volume des animaux, que sous celui de la finesse et du poids des toisons.

La maladie de sang fait annuellement beaucoup de victimes dans ces beaux troupeaux. Ce sont les plus belles, les plus jeunes brebis, les agneaux qui donnent le plus d’espérances qu’elle fait périr. Ce n’est que plus tard qu’elle sévit sur les bêtes âgées et de peu de valeur. Annuellement, et en moyenne, les pertes s'élèvent à 20 pour 100; et souvent dans les localités dont le sol est sec et calcaire, la mortalité va jusqu’au quart, au tiers et dépasse parfois la moitié du troupeau. Cette terrible maladie occasionne aux cuitivateurs une perte réelle qui s'élève annuellement à 2000 francs pour un troupeau de 400 bêtes.

D’après les relevés authentiques fournis par le préfet du Loiret, le sang de rate aurait, en 1843, fait mourir dans l'arrondissement de Pithiviers 23 359 bêtes à laine ; dans celui d'Orléans 12 044; en tout 35 403. En estimant, en moyenne, chaque bête à la somme de 25 francs, la perte des 35 403 animaux s’élèverait à 885 075 francs. Or, si la Beauce entière possède 1 309 288 bêtes ovines, il est probable que le sang de rate en a fait mourir 35 403 X 8 — 98 3224, et que la perte en argent doit être de 7 080 600 francs, chiffre calculé .pour l’année 1842.

M. Raynal fixe cette perte, d’après une statistique plus récente, à un chiffre un peu moins élevé, soit 5 340 000 francs représentant la valeur de 178 000 moutons à 30 francs l’un.

STATISTIQUE DES PERTES. a

Aujourd’hui ces pertes sont encore sensiblement moindres, mais elles dépassent plusieurs millions.

Voici, en effet, ce que M. D. Boutet, l’habile vétérinaire de Chartres, écrivait à M. Pasteur à la fin de l’année 1881 :

« Si j'en appelle à mes souvenirs, j'estime que, depuis quarante ans » que j'exerce la médecine vétérinaire en Beauce, le charbon, sur nos trois grandes espèces domestiques, fait des ravages de moins en moins » nombreux.

» Le charbon du cheval que j'ai vu fréquent autrefois est aujourd’hui » presque nul et le charbon de la vache ne fait de temps à autre que quelques victimes.

» Le charbon du mouton est beaucoup plus tenace, et, bien qu'il me » soit impossible de préciser le quantum de la mortalité qu'il déter- » mine actuellement, je n'hésite pas à déclarer cependant que ce quan- » tum est aujourd’hui de beaucoup inférieur aux chiffres indiqués par » MM. Delafond et Raynal et cela pour deux raisons : 1° parce que, pour » la même quantité de moutons, il en meurt réellement moins à présent; » 20 parce que le nombre des moutons est, chez nous, beaucoup moins » élevé qu’autrefois.

» Pour ces deux raisons, le montant total de la perte annuelle que le » charbon détermine aujourd’hui sur nos troupeaux devrait peut-être » être ramenée à deux ou trois millions pour la Beauce et à 200 ou » 300 000 francs pour l'arrondissement de Chartres seulement.

» C’est encore là un beau chiffre, ajoute M. D. Boutet, une perte con- » sidérable dont, fort heureusement, vos précieuses découvertes vont » nous exonérer complètement d’ici peu. »

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Dans le département de Seine-et-Marne également, certaines fermes payent tous les ans un lourd tribut à ce fléau : les arrondissements de Provins, Fontainebleau et Meaux sont toujours grandement éprouvés; des fermes nombreuses y sont désignées sous le nom caractéristique de ferines à charbon ; les meilleurs cultivateurs ne les louent qu’en tremblant.

Dans la haute Auvergne, dans le Cantal par exemple, sont des montagnes maudites où les troupeaux laissent 10 ou 15 pour 100 de leur contingent, grâce au mal de montagne, Aussi ne faut-il pas nous étonner de voir dans ces pays entrer le charbon comme prévision dans le prix des fermages.

Voici d’après Delafond les symptômes que l’on observe dans cette maladie :

12 CHARBON. — VACCINATION CHARBONKEUSE.

Il ne faut pas croire, dit ce judicieux observateur, que la maladie de sang attaque les bêtes tout à coup et les fait périr en quelques heures. Dans l'immense majorité des cas, des signes avant-coureurs font reconnaitre que la maladie va bientôt sévir sur les troupeaux. Ces préludes morbides précèdent de plusieurs jours l’invasion du mal, mais ne frappent point des yeux peu exercés sur les maladies du menu bétail, parce qu'il faut les constater en gouvernant le troupeau dont les bêtes d’ailleurs paraissent jouir d'une bonne santé.

Les bêtes à laine qui vont prochainement être atteintes du charbon ont une vivacité et une excitabilité qui ne sont point ordinaires. Leur regard est vif, on les voit quelquefois se dresser sur l’animal le plus voisin; la peau généralement, mais surtout celle, fine et rose, qui forme les larmiers, qui recouvre le bout du nez et les oreilles, prend une teinte rouge vif. Une inspection attentive des yeux montre que les nombreux vaisseaux capillaires qui s’avancent de l’angle interne de l'œil dans l’épaisseur et l'étendue de la conjonctive, sont parcourus et distendus par beaucoup de globules du sang. Le sang retiré de la jugulaire de ces animaux est noir, se coagule en trois ou quatre minutes dans le vase qui l’a reçu (il emploierait six à sept minutes dans l’état de santé), et on s’aperçoit plus tard qu'il est très riche en globules, en albumine, et pauvre en éléments aqueux.

Lorsque le troupeau parcourt en liberté, on voit ordinairement les bêtes les plus belles, les plus jeunes et les plus grasses s’arrêter quelques instants, allonger la tête, dilater les narines, ouvrir la bouche et respirer péniblement; mais cette dyspnée disparaît bientôt. Beaucoup, dans l'intervalle de la distribution des aliments, lèchent les murailles et recherchent les terres salpêtrées. Après le repas, le ventre se ballonne, mais toujours cette indisposition est de courte durée.

Ces signes acquièrent une haute importance lorsqu’en forçant les bêtes à uriner en serrant tout à la fois la bouche et les naseaux, on voit s'écouler une urine roussàtre déjà sanguinolente, et qu’on s'aperçoit, au parc ou à la bergerie, que plusieurs toisons sont tachées de rouge par l'urine des bêtes déjà malades. Enfin on a la certitude que le mal va attaquer plusieurs animaux lorsqu'indépendamment

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