EXPÉRIENCES DE CLERMONT-FERRAND
Clermont-Ferrand, 15 mai 1882.
Bourdon, 28 mars, 15 et 18 juin 1882.
Aux mois de mai-juin 1882, ont été effectuées à Clermont-Ferrand et à Bourdon des expériences sur la vaccination charbonneuse sous la direction de M. Duclaux, professeur à l’Institut agronomique et élève de M. Pasteur.
La première inoculation a été faite par M. Duclaux : elle a porté sur deux bœufs et cinq moutons appartenant à la compagnie de Bourdon, et sur deux bœufs qui avaient été amenés par M. Briant, propriétaire à Épinay, commune de Saint-Bauzire. L'élévation de la température, tant sur les bœufs que sur les moutons, n’a guère été que de 1 degré à 1 degré et demi; la fièvre de réaction a donc été peu intense ; elle n’a duré que quarante-huit heures, et les animaux ont toujours pris leur ration avec beaucoup d’appétit.
Une deuxième inoculalion eut lieu le 28 mai, avec du virus moins atténué. En l’absence de M. Duclaux, retenu dans le Cantal, l'opération fut pratiquée par M. Henriet, assisté d’un grand nombre d’autres vétérinaires. Les résultats furent identiques à ceux de la première vaccination.
La troisième inoculation avec du virus virulent a eu lieu le 15 juin. Elle a été faite aux cinq moutons déjà vaccinés el à deux moutons vierges. Elle avait pour but de constater l’efficacité de la vaccination, en montrant les effets différents produits
par le virus, suivant qu’il agit sur des animaux traités d’après la méthode de M. Pasteur ou sur des sujets non préparés.
Le tableau des températures montre que les moutons vaccinés n’ont eu qu'une fièvre bénigne et leur maladie a été si légère et de si courte durée qu’elle aurait passé inaperçue si elle n’avait pas été observée de très près. Ces cinq moutons ont tous survécu, tandis que les deux autres ont péri : le n° 2 a succombé au bout de trente-six heures et le n° 1 quatre heures plus tard.
A l’autopsie on a constaté sur les cadavres les lésions du sang de rate du mouton, mais avec des caractères moins accentués. La rate est légèrement gonflée, gorgée de sang noiràtre, boueux. Le foie est pour ainsi dire cuil, de couleur feuille morte. Le sang est sirupeux, non coagulé ; dans les cavités du cœur, de légères taches ecchymotiques. Peu ou point de caractères particuliers dans le poumon et l'intestin. Le tissu musculaire n'a rien d’apparent.
Plusieurs vétérinaires, désireux de faireune épreuve pluscomplète, avaient demandé qu’on n’inoculàl pas seulement du virus, mais aussi du sang charbonneux. Pour faciliter l'expérience, M. Pasteur avait bien voulu envoyer deux cobayes inoculés dans son laboraloire, mais ces cobayes moururent prématurément en route. Au jour fixé pour l’expérience, la mort remontait à plus de quarantehuit heures et on ne pouvait songer à injecter leur sang, qui aurait peut-être déterminé la septicémie aussi bien chez les animaux vaccinés que chez les autres. Il fut cependant possible de donner satisfaction au désir exprimé par MM. les vétérinaires.
En effet, les deux moutons non vaccinés qui avaient été inoculés le 15 juin périrent emportés par la fièvre charbonneuse. Le sang de l’un de ces animaux fut inoculé en même temps à un mouton vierge et à un mouton déjà vacciné qui, deux jours auparavant, avait reçu le virus virulent. Celui-ci a parfaitement résisté, tandis que le premier est mort trente heures après l'opération.
Il ne pouvait plus rester aucun doute sur l’efficacité de la vaccination comme moyen préventif, puisqu'on avait injecté le sang d’un animal incontestablement mort du charbon sous les yeux de ceux qui avaient suivi les épreuves.
On voulut néanmoins faire encore une dernière expérience, afin de voir si l’efficacité était la même pour les bœufs que pour les
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