SYMPTOMES DE LA MALADIE
de tous ces prodromes, on voit les excréments, ordinairement secs et moulés sous forme de petites crottes, devenir mous, être recouverts d’une matière glaireuse, blanchâtre, très souvent sanguinolente. Tous ces symptômes précurseurs se remarquent aussi dans les troupeaux dont quelques animaux meurent du sang, tous les deux ou trois jours. Ils indiquent assurément dans ce cas que la maladie existe déjà dans les bêtes qui les présentent et que bientôt elle va peut-êlre s’aggraver, et faire périr l’animal rapidement.
C'est ce qui arrive, en effet, s’il fait un repas trop substantiel ; s’il est exposé à l’insolation ; s’iléprouve l'influence d’un air chaud, chargé d'électricité ; s’il reste au pare pendant une pluie d'orage ; s’il ressent les effets d’un changement subit de température. Alors la bête à laine cesse de manger, reste en arrière du troupeau, respire vite et péniblement; sa vue s’égare, elle fait quelques pas en trébuchant, ébroue, ràle, rejette un sang écumeux par les naseaux, tombe à la renverse, agite convulsivement les quatre membres, expulse une petite quantité d’urine sanguinolente, rend parfoisdes matières excrémentitielles teintes par du sang et expire après cinq, dix, quinze, vingt minutes ; ou bien une, deux, trois heures au plus.
La maladie n’est cependant pas toujours précédée de signes avantcoureurs; souvent l'invasion est brusque et la terminaison rapide. Dans ce cas, la bête est gaie, elle mange avec grand appétit, et présente généralement toutes les apparences d’une santé parfaite, quand tout à coup elle cesse de prendre des aliments ou s'arrête en les ruminant, s’allonge, se raccourcit, tournoie, tombe par terre, se débat convulsivement, expulse avec violence de l’écume sanguinolente par les naseaux, urine quelques gouttes de sang et meurt dans un intervalle qui varie de cinq à dix minutes. C’est notamment lorsque les bêtes prédisposées au sang sont exposées à l'insolation, à la poussière, et pendant les journées et les nuits orageuses, qu’elles meurent ainsi et présentent les symptômes d’une asphyxie et d’une hémorrhagie interne.
Quant aux lésions laissées par la maladie sur le cadavre, elles sont de diverses natures :
1° Le cadavre se décompose rapidement, du sang s'écoule par les cavités nasales, et le ventre se ballonne considérablement.
2° Tantôt simultanément, tantôtisolément, la peau et le tissu cel-
lulaire sous-cutané, la rate, les ganglions lymphatiques, les muqueuses intestinales, le poumon, les reins, le pancréas, le thymus dans les agneaux, les environs des parotides, le tissu du cerveau, les plexus choroïdes de ce viscère et du cervelet, présentent successivement toutes les lésions qui accompagnent les congestions sanguines suivies d’hémorrhagie.
3° Tous ces organes, toutes ces parties, offrent leurs vaisseaux capillaires gorgés de sang ou énormément distendus par ce liquide ; ailleurs l'organe s’est épaissi, a augmenté de volume par lafflux considérable du sang, mais a conservé encore toute son intégrité.
4° Ici, le sang est sorti des vaisseaux, a ruisselé à la surface des organes membraneux, comme dans les bronches, les muqueuses digestives, le bassinet rénal, la vessie; tandis que dans les organes composés de tissus mous très vasculaires entourés d’une capsule propre ou de tissu cellulaire assez doux comme la rate, les reins, le poumon, les ganglions lymphatiques, le pancréas, le thymus, les plexus choroïdes, le sang non seulement a distendu, engorgé les vaisseaux, mais encore s’est échappé peu à peu de leur intérieur pour former des taches brunes, lenticulaires (ecchymoses), de petits épanchements sanguins circonserits ou des hémorrhagies partielles, enfin pour donner lieu à une hémorrhagie complète dans l'organe dont le tissu ne forme plus avec le sang qu’une partie mollasse, se déchirant faiblement et laissant ruisseler, par la plus petite déchirure ou par la plus légère pression, un sang noir et très épais.
9° Le cœur, les gros vaisseaux n’offrent rien de notable, le sang qu'ils renferment est liquide et très noir.
6° Enfin il est digne de remarque que ces lésions sont d'autant plus répandues, plus profondes et plus graves que les bêtes ont un àge plus voisin de deux ou trois ans et sont dans un notable embonpoint; elles sont moins étendues et pluslégères si les bêtes sont jeunes ou vieilles ou maigres.
Ces diverses lésions n’existent pas toujours simultanément. Ainsi sur un animal, ce sont la rate et les reins qui les présentent; sur tel autre, la rate est peu malade, c’est la muqueuse intestinale qui est noire et les intestins sont remplis de sang. Chez celui-là l’afflux se montre à la peau, dans les capillaires sous-cutanés, et alors le sang ruisselle de toutes parts en séparant la peau des tissus sous-