‹ Le charbon et la vaccination charbonneuse d'après les travaux récents de M. PasteurChapitre 48 sur 63 · CHAPITRE XXV EXPÉRIENCES DE BELGIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV EXPÉRIENCES DE BELGIQUE

Arrivons maintenant aux expériences plus récentes qui ont été effectuées en Belgique par un membre de la Commission, qui, à l'exemple de M. Perroncito, était venu à Paris pour s’exercer à la pratique de l’opération.

Voici l'analyse du rapport des expériences faites en Belgique :

Au mois de mai 1882, une commission composée de membres de la Société de médecine vétérinaire de Liège et du Conseil administratif de la section agricole de Herve-Aubel-Fléron, se constitua dans le but d'organiser des expériences de vaccination charbonneuse, d’après la méthode de M. Pasteur. Trois exploitations agricoles contiguës, sises à Elvaux-Herve, et où le typhus charbonneux sévit de temps immémorial, furent choisies pour y instituer les expériences (1).

L'épreuve de la première vaccination fut fixée au 25 juin. Assistaient à l’opération : M. Cornet, membre de la députation permanente, délégué par M. le gouverneur de la province ; M. le greffier

(1) On avait adopté le programme suivant :

A. — 1° Dans la ferme de M. Dedye, composée de six vaches laitières de tout àge et de deux génisses, les sujets seront soumis à l’action des premier et deuxième vaccins, puis subiront l’inoculation critère avec du virus mortel. A côté d’eux seront tenues cinq génisses témoins, devant plus tard être directement inoculées avec du virus pur. :

L'expérience portera également, dans cette exploitation, sur quatre moutons, dont deux auront été vaccinés, les deux autres servant de témoins.

2° Dans la ferme occupée par M. Cabay et composée de sept vaches laitières de tout âge, et de deux veaux de l’année, le bétail adulte seul sera vacciné.

3° Dans la métairie exploitée par le sieur Delhaes et qui compte dix vaches laitières de tout âge, trois d’entre elles seront vaccinées.

B. — Six mois après l’épreuve concluante, de nouvelles expériences seront

provincial ; M. J. Neef, président de la Commission d’agricullure ; MM. Degive, Wehenkel et Courtoy, professeurs à l’École de médecine vétérinaire; plusieurs vétérinaires et bon nombre de cultivateurs.

Dix-huit têtes de bovidés de tout àge, appartenant aux sieurs Dedye, Cabay et Delhaes, reçurent le premier vaccin, qui fut inséré par une piqüre pratiquée en arrière de l'épaule gauche. Une brebis el un mouton de race indigène, achetés par le Comité organisateur, furent également vaccinés à la face interne de la cuisse droite.

Cette première vaccination fut suivie d’un accident qui, du reste, ne peut lui être imputable. Une vache mourut le lendemain matin, et, à son autopsie, on constata les lésions caractéristiques de la fièvre charbonneuse, sans que toutefois aucune altération de tissu ait été observée au point inoculé. Cette mort est indépendante de la vaccination, car l'animal, au moment où celle-ci fut pratiquée, se trouvait sous le coup du charbon naturel, ainsi que les témoignages et les faits l’ont prouvé.

A part celte coïncidence malheureuse, et qui aurait pu être évitée, la première vaccination ne fut suivie d’aucun accident. Tous les sujets conservèrent leur gaieté et leur appétit ; chez aucun d’eux on ne put constater le moindre symptôme fébrile, ainsi qu'il résulte du tableau des températures.

La deuxième vaccination eut lieu, le 8 juillet, sur les animaux déjà inoculés le 25 juin. Elle fut pratiquée derrière l'épaule droite avec un liquide vaccinal bien moins inoffensif que le premier, car lorsqu'on l’insère d'emblée à des moutons, il amène la mort de ces animaux, dans la proportion de 50 pour 100 environ.

Cette deuxième vaccination ne fut suivie d'effets appréciables que sur trois sujets bovidés; chez l’un on constata l'existence d’un œdème au membre antérieur droit; chez un autre, engorgement au point d’inoculation, accompagné de boiterie ; chez le troisième,

instituées pour stassurer si l'immunité conférée par la vaccination est toujours persistante.

G. — La même tentative sera renouvelée au bout d’un an.

D. — Des expériences seront faites pour démontrer la nocuité des lieux ayant servi à l’enfouissement des cadavres d'animaux charbonneux.

E. — Des recherches seront établies afin de prouver que le charbon du pays de Herve est d'essence parasitaire et de même nature que celui qui sévit dans la Brie et dans la Beauce.

EXPÉRIENCES DE BELGIQUE. 239 grand abattement, respiration accélérée, température 42°,4: sécrétion laiteuse diminuée de moitié, appétit nul, poil piqué. Mais, peu de jours après, ces symptômes ont disparu et l’état sanitaire devient excellent.

Le samedi 22 juillet eurent lieu à Herve les expériences concluantes de la vaccination charbonneuse. Parmi les nombreux assistants, on remarquait : MM. O. Massart, membre de la députation permanente, délégué par M. le gouverneur ; Angenot, greffier provincial; Léon d’Andrimont, représentant de Verviers ; Sagehomme, commissaire de l’arrondissement de Verviers; Remy, délégué du Conseil provincial; Dartois, Scheen, Nols et Hodeige, conseillers provinciaux; Thiernesse et Wehenkel, délégués de M. le ministre de l’intérieur; Siegen, délégué du gouvernement grand-ducal de Luxembourg ; J. Neef, président de la Commission provinciale d'agriculture et de la Société royale agricole de l’est de la Belgique ; Cajot-Lejeune, président de la section Herve-Aubel-Fléron ; Verlat et Dellicour, vice-présidents de cette dernière section ; Degive, professeur de clinique à l'École de médecine vétérinaire; plusieurs bourgmestres et échevins; M. le docteur Marvet, délégué de la Société médico-chirurgicale de Liège; M. André, médecin vétéri= naire, délégué de la Société de médecine de Charleroi; plusieurs médecins et pharmaciens; un grand nombre de vétérinaires, de propriétaires et de cultivateurs.

L’avant-veille, dans l’après-midi, M. Remy avait inoculé du virus charbonneux pur à quatre moutons. Deux de ces animaux avaient été vaccinés le 25 juin et le 8 juillet; les deux autres n'avaient pas été soumis à cette pratique préventive. M. Remy avait également inoculé ce virus mortel à deux jeunes bovidés, tenus comme témoins depuis le début des expériences.

Au moment de la réunion, l'expérience avait déjà produit ses conséquences fatales : dès le vendredi, vers dix heures du soir, c’est-à-dire trente heures après l’inoculation, les deux brebis non vaccinées succombaient après avoir présenté les symptômes propres à la fièvre charbonneuse. A côté de ces victimes, on était très étonné de voir les deux autres moutons, pleins de vie et de santé, brouter l'herbe de la prairie, bien qu’ils eussent été soumis à la même épreuve expérimentale. La vaccination que ces derniers

avaient subie leur avait donc conféré l’immunité, autrement dit, les avait garantis contre les atteintes du charbon inoculé.

D'ailleurs, pour convainere quelques spectateurs incrédules, l’autopsie fut faite par M. Brabam; l’état du sang, de la rate et du tube digestif prouva bien que ces brebis étaient victimes du charbon qui leur avait été inoculé. En outre, l’examen microscopique du sang de ces animaux, auquel procéda M. le professeur Wehenkel, confirma les données autopsiques en y démontrant la présence de bactéridies.

Après avoir vu et apprécié des résultats si concluants, les spectateurs furent invités à voir pratiquer l’inoculation très virulente, d’où devait jaillir la preuve nouvelle de l'efficacité des vaccinations préventives auxquelles le bétail de la ferme Dedye a été soumis les 25 juin et 8 juillet derniers. On sait que sept bêtes bovines de tout àge y avaient été vaccinées; à côté d'elles, se trouvaient quatre autres sujets témoins, et l’un de ceux-ci devait être conservé pour servir à des expériences ultérieures.

Afin de rendre l'épreuve de linoculation plus comparative et d'aller au-devant de toute critique, on convint que cinq bêles vaccinées et deux sujets témoins seraient alternativement inoculés avec le virus de M. Pasteur, et que les deux autres bêtes vaccinées ainsi que le troisième sujet témoin seraient inoculés avec le sang virulent recueilli sur les cadavres des brebis. M. Remy inocula successivement les dix sujets dont il s’agit, et, pendant le cours de cette opéralion, il expliqua à l’assistance tout ce qui se rattache au procédé opératoire.

Pour compléter les démonstrations de cette intéressante séance, il ne restait plus qu’à faire voir les deux bovidés témoins, inoculés le jeudi, en même temps que les moutons, et à l’aide du virus dont on s'était servi pour ces derniers. L'assemblée constate que ces bovidés sont déjà très visiblement malades ; aux points inoculés, on remarque des engorgements œdémateux douloureux, et l’un d’eux présente des symptômes généraux qui permettent d’entrevoir sa mort très prochaine.

Après ces démonstrations, M. Remy invite les personnes présentes à suivre chaque jour l’état sanitaire des animaux en expériences, afin de s’assurer d’une part que les sujets vaccinés souffriront peu

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des effets de l’inoculation, tandis que ceux qui n’ont pas reçu les bienfaits de cette pratique contracteront des engorgements volumineux, auront leur santé profondément altérée, et que, peut-être même, plusieurs d’entre eux finiront par succomber. Il annonce ensuite que la Commission organisatrice se réunira le mardi 24 courant, à trois heures de relevée, pour revoir les sujets opérés.

La plupart des assistants se sont ensuite rendus à l'exploitation de M. Cabay, où les sept bêtes bovines ont également subi les deux vaccinations ; ensuite, ils ont visité la ferme de M. Delhaes, où trois des vaches ont également été soumises à la méthode préventive.

Le résultat de cette journée, dit le rapporteur, reste donc favorable à la belle découverte de M. Pasteur, et tout autorise à croire que l’expérience tentée sur le troupeau de M. Dedye ne fera que Ha confirmer plus complètement encore.

Cette intéressante séance fut clôturée, à l’hôtel de ville, par un banquet organisé par les soins du Bureau de la section agricole de Herve-Aubel-Fléron, et auquel prirent part toutes les personnes qui avaient assisté aux expériences. L'assemblée acclama une adresse de félicitations et de remerciements à M. Pasteur : elle lui fut immédiatement transmise par voie télégraphique.

Il restait à connaître les observations recueillies tant sur les sujets vaccinés que sur les sujets témoins, depuis le jour des inoculations virulentes.

Les bovidés et les ovidés vaccinés ne présentèrent rien d’anormal dans leur état sanitaire. Tous conservèrent leur gaieté et leur appétit. Deux d’entre eux seulement présentèrent, au point d’inoculation, un léger engorgement qui resta sans influence sur l’état général. Et même, ce qui est digne de remarque, la sécrétion du lait des vaches ne fut nullement influencée par l’opération.

Mais les choses se passèrent tout autrement pour les sujets bovidés témoins. Le sujet n° { succomba soixante-seize heures après l’inoculation. L’autopsie démontra les lésions viscérales très accentuées et caractéristiques de la maladie charbonneuse, et on constata dans le sang la présence de nombreuses bactéridies. La génisse n° 2 ne témoigna qu’une indisposition de courte durée. Les sujets n°‘ 3 et 4, inoculés avec du virus Pasteur, ainsi que le

numéro 9, inoculé avec du sang virulent fourni par les brebis, CH. CHAMBERLAND, 16

furent assez grièvement et assez longtemps malades; toutefois, le 4 août, ils étaient revenus à un état sanitaire rassurant. Mais, pour retrouver leur état de santé primitif, il leur fallut encore un certain temps.

« Quand on constate, dit le rapporteur, les terribles effets produits par l'infection bactéridienne chez ces sujets témoins, alors qu’à côté d’eux les animaux vaccinés restent complètement réfractaires à un virus aussi actif, on est bien forcé de rendre hommage à la grande découverte de M. Pasteur. »

La première partie du programme arrêté par le Comité organisateur des expériences de vaccination charbonneuse de Herve était donc exécutée. Il y aura lieu, six mois après, de renouveler ces essais, afin de s'assurer de la durée de l’immunité conférée aux animaux vaccinés (1).

(1) Cette expérience a eu lieu le 9 janvier 1883. — En voici la relation d’après le Journal de la Société royale agricole de l'Est de la Belgique :

« Le 9 janvier, a eu lieu, à Herve, une expérience de contrôle dont les résultats viennent mettre en pleine lumière la valeur préventive de la méthode de M. Pasteur. Il s'agissait en effet de constater si l’innocuité conférée aux animaux avait une durée d’au moins six mois. Pour faire cette importante vérification, la Commission avait réservé deux génisses vaccinées les 24 juin et 8 juillet 1882. Ces deux sujets avaient supporté sans aucune manifestation appréciable, l’inoculation critère du 22 juillet, faite avec le sang virulent recueilli sur les cadavres des moutons morts du charbon. Inoculés, cette fois, avec du virus mortel, cultivé par M. Pasteur, ces animaux sont parfaitement restés réfractaires ; car, en dehors d’un très léger engorgement au point d’insertion du liquide virulent et qui s’est résolu au bout de huit jours, on n’a remarqué aucun signe d’indisposition; ce qui démontre, à la dernière évidence, que ces sujets continuent, même après six mois, à jouir de l’immunité contre les atteintes du charbon.

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