‹ Le charbon et la vaccination charbonneuse d'après les travaux récents de M. PasteurChapitre 56 sur 63 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

DURÉE PENDANT LAQUELLE LES ANIMAUX CONSERVENT L'IMMUNITÉ A LA SUITE DE LA VACCINATION

Un point de la plus haute importance pour la pratique des vaccinalions était de déterminer la durée pendant laquelle les animaux conservaient l’immunité. Aussi un grand nombre d’expériences furent-elles entreprises dans ce but; quelques-unes sont encore en voie d’exéculion. Je vais passer en revue les différents résultats connus aujourd’hui.

Je commencerai par relater une expérience inédite, que nous avons faite à la ferme de la Faisanderie, à Joinville-le-Pont. Cette ferme, comme on le sait, dépend de l’État, et le troupeau de moutons qu’on y élève avait élé mis gracieusement à la disposition de M. Pasteur par M. le Ministre de l'Agriculture. Il était indispensable de pouvoir opérer sur un grand nombre de moutons afin de donner aux résultats une signification plus décisive.

Nous nous proposions de déterminer le temps pendant lequel les animaux resteraient vaccinés dans les trois cas suivants :

1° Après avoir reçu le premier vaccin seulement ;

2 Après avoir reçu le premier et le deuxième vaccin, c’est-àdire après la vaccination complète ;

3° Après avoir reçu le premier et le deuxième vaccin, ainsi que le virus virulent, c’est-à-dire après avoir été vaccinés au maximum.

Ces trois séries d'animaux furent désignées respectivement par les lettres À, B, C. ÿ

Les expériences commencèrent le 2 juin 1881, en présence de

MM. Bouley, membre de l’Institut, inspecteur général des Écoles vétérinaires, Goubaux, directeur de l’École d’Alfort, Nocard, professeur à cette École, et d’un grand nombre d'élèves de l’École d’Alfort.

225 moutons reçurentle premier vaccin. Le 5 juillet, 150 d’entre eux furent inoculés par le deuxième vaccin; les 75 restants composaient la série A. Le 20 juillet, T5 moutons pris parmi les 150 qui avaient reçu les deux vaccins, furent inoculés par le virus virulent : ceux-ci formèrent la série C, et les 75 restants, la série B.

Remarquons d’abord que les 75 moutons qui ont reçu le virus virulent, ont parfaitement résisté à cette inoculation ; aucun d'eux ne succomba, tandis que 2 témoins moururenten moins de quarantehuit heures : ce fut là pour nous une démonstration, encore plus éclatante que celle de Pouilly, de l'efficacité de la vaccination charbonneuse.

Le 17 novembre, c’est-à-dire cinq mois après la première vaccination, 6 moutons de chacune des séries furent inoculés par le virus virulent. Pour ne pas me répéter dans les essais suivants, je dirai tout d’abord, et une fois pour toutes, que la virulence du liquide inoculé fut éprouvée chaque fois sur des témoins et les fit succomber rapidement.

Voici les résultats obtenus :

Série À : 2 morts le 17; les autres animaux sont malades, mais se guérissent ensuite.

Série B : Pas de morts; quelques moutons ont des élévations sensibles de température.

Série CU: Pas de morts; les animaux n’ont pas paru être malades.

On procéda à un nouvel essai le 16 janvier 1882, c’est-à-dire sept mois après la première vaccination. On inocula, par le virus virulent, 12 moutons de la série À, 12 de la série B, 6 de la série C.

Résultat :

Série À : Un mort le 22 janvier; les autres sont gravement malades, mais ils se rétablissent.

Série B : Un mort le 19; beaucoup, parmiles autres, ont des températures élevées.

Série G : Pas de morts ; les animaux ne sont pas sensiblement malades.

Un troisième essai eut lieu le 18 mars, neuf mois après la première vaccination. On inocula par le virus virulent 12 moutons de la série À, 12 de la série B, 6 de la série C.

Résultats :

Série A: 1 mort ; tous les autres sont gravement malades. Série B: 1 mort; les autres sont malades mais moins que ceux de la série À.

Série C : Aucun mort ; quelques élévalions de température.

Cette expérience, qui malheureusement fut interrompue à ce moment, nous fournit de précieux renseignements. Nous voyons d’abord que le premier vaccin, à lui seul, a préservé beaucoup d'animaux, même neuf mois après, de l’inoculation virulente. Elle montre aussi quelle réserve il faut apporter à l'établissement des statistiques lorsqu'on opère sur un petit nombre de sujets. Ainsi, cinq mois après l’inoculation du premier vaccin, 2 animaux succombaient sur 6 inoculés. À ce moment on aurait été tenté de dire que le tiers des animaux avait perdu limmunité, était, en un mot, dévacciné. Mais les essais faits après sept et neuf mois prouvent que, sur 12 animaux, 11 étaient encore vaccinés et un seul dévacciné. La proportion, qui aurait dû être plus faible, puisque le temps écoulé depuis la vaccination était plus long, est, au contraire, devenue moindre et s’est réduite à 1 sur 12, soit environ 8,99 pour 100.— 92 pour 100 des animaux étaient encore vaccinés.

On voit en outre que les animaux de la première série (A) sont moins bien vaccinés que ceux de la deuxième (B), qui, eux, ont reçu la vaccination complète. La différence est surtout sensible lorsqu'on compare les élévations constatées dans les températures de l’une et l’autre série.

Dans les animaux de la deuxième série, la vaccination s’est montrée complète après cinq mois; et, après sept et neuf mois, elle était encore efficace dans la proportion de 11 sur 12, soit environ 92 pour 100.

Quant aux animaux de la troisième série (C), qui avaient été vaccinés au maximum (virus virulent compris), non seulement il n’y eut aucun cas de mort après cinq, sept et neuf mois, mais presque tous supportèrent l’inoculation sans en ressentir un

effet appréciable; chez quelques-uns seulement se manifesta une élévation de la température.

Il aurait été, sans contredit, important de poursuivre les essais ; mais à ce moment plusieurs Sociétés savantes, entre autres la Société d'agriculture de Melun, la Société centrale de médecine vétérinaire, etc., se livraient à des expériences publiques de même nature. Nous jugeâmes alors superflu d'exposer à la mort une partie du superbe troupeau de la ferme de la Faisanderie; et cette crainte nous détermina à abandonner nos études. Mais, malgré ces pertes possibles on doitregretter l'abandon de cette expérience, car elle pouvait nous donner des résultats touchant les effets produits par l’inoculation du premier vaccin seulement, résultats que nous ne trouverons plus dans les expériences faites par la Société d'agriculture de Melun, le Comice agricole de Chartres et la Société centrale de médecine vétérinaire, dont il me reste à analyser les rapports.

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