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I. — Le sang d’un animal en pleine santé ne renferme jamais

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d'organismes microscopiques, ni leurs germes. Il est imputrescible au contact de l’air pur, parce que la putréfaction est toujours due à des organismes microscopiques du genre vibrionien et que, la généralion spontanée étant hors de cause, les vibrioniens ne peuvent apparaitre d'eux-mêmes.

IL. — Le sang d’un animal charbonneux ne renferme pas d’autres organismes que la bactéridie, mais la bactéridie est un organisme exclusivement aérobie. À ce titre, il ne prend aucune part à la putréfaction; donc le sang charbonneux est imputrescible par luimême. Dans le cadavre, les choses se passent tout autrement. Le sang charbonneux entre promptement en putréfaction parce que tout cadavre donne asile à des vibrions venant de l'extérieur, c’est-àdire, dans l’espèce, du canal intestinal toujours rempli de vibrioniens de toutes sortes. Ceux-ci, dès que la vie normale des tissus ne les gêne plus, amènent une prompte désorganisation.

IL. — La bactéridie disparaît au sein des liquides en présence du gaz carbonique. Pour le sang charbonneux pur, c’est-à-dire ne contenant que la bactéridie sans corpuscules-germes, cette disparition est absolue avec le temps. Du sang charbonneux exposé au contact de l’acide carbonique peut perdre toute vertu charbonneuse par le simple repos. C’est une erreur de croire que la putréfaction, en tant que putréfaction, détruit la virulence charbonneuse.

IV. — Le développement de la bactéridie ne peut avoir lieu ou n’a lieu que d’une manière très pénible quand elle est en présence d’autres organismes microscopiques.

Tout ceci étant rappelé, transportons-nous dans un pays où Le charbon estendémique ; tel est le département d’Eure-et-Loir. Un animal

tombe frappé du charbon. Si nous prélevons, sans retard ou peu

de temps après la mort, une goutte de son sang, nous n’y trou-

verons que des bactéridies charbonneuses sans traces de vibrions

de putréfaction. Suivonsle cadavre. Il est abandonné sur un fumier, sous un hangar ou dans une écurie jusqu'à ce que la voiture de l’'équarrisseur passe. Elle passe tous les deux jours; on ne s’occupe donc pas du cadavre pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures.

Dès lors le sang qui, au moment de la mort, n’était nullement putride, qui ne l’est pas encore dans les premières heures parce

qu'il ne contient que la bactéridie charbonneuse et qu’il faut du CH. CHAMBERLAND. 3

temps pour que les vibrions de la putréfaction se répandent depuis les intestins, à distance, à travers les Lissus ou les capillaires, ce sang, dis-je, devient peu à peu putride, et cela en allant du centre vers la circonférence. À ce moment, les bactéridies se trouvent associées à des vibrioniens de diverses sortes.

Dans tout ce résumé, rien n’est donné à l'imagination.

On comprend donc que lorsqu'un expérimentateur écrit à Chartres pour se procurer du sang charbonneux, le plus ordinairement, à son insu et à l’insu de ses correspondants, il est exposé à recevoir un sang tout à la fois charbonneux et putride, un sang où la bactéridie est associée à d’autres organismes, notamment aux vibrions de la putréfaction. Notre expérimentateur examine le sang au microscope, à l’arrivée. Il le trouve naturellement rempli d’organismes filiformes, mais où l’élément vibrion l'emporte souvent sur l'élément bactéridie; car la bactéridie, être purement aérobie, ne s’est pas développée du tout depuis la mort — bien plus, elle a commencé sa résorplion en granulations amorphes — tandis que les vibrions de putréfaction, êtres anaérobies, comme je l'ai établi depuis longtemps, ont pullulé !

Le sang est inoculé ; alors intervient l'influence des faits de notre proposition IV, c’est-à-dire le non-développement de la bactéridie charbonneuse quand elle est associée à d’autres organismes, aérobies ou anaérobies, peu importe, puisque les uns et les autres peuvent soustraire l'oxygène. Notre observateur est alors tout surpris de voir l’animal qu’il a inoculé, périr sans la moindre apparence de bactéridies dans son sang ; et, comme il a semé beaucoup de celles-ei, il conclut naturellement que la bactéridie n’est pas la cause du charbon, qu’elle peut l'accompagner, mais que la virulence charbonneuse reconnait une autre cause, que la bactéridie n’est, de la maladie, qu'un épiphénomène.

Mais pourquoi la mort suit-elle l'inoculation du sang charbonneux et vibrionien, puisque la bactéridie ne peut se développer et que le charbon ne saurait prendre naissance ? C'est que le sang inoculé était putride, septicémique, pour employer une expression consacrée.

Telle est l’histoire véridique des faits observés par MM. Jaillard et Leplat et plus récemment par M. Paul Bert, Tous ont été induits

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en erreur par cette circonstance que les vétérinaires auxquels ils se sont adressés leur ont envoyé des sangs charbonneux putrides. Et d'autre part il n’y a pas, comme le pensait Davaine, de maladie virulente de la vache. Le travail de MM. Jaillard et Leplat doit être rangé à côté de ceux de Gaspard et Magendie, de ceux de Coze et Feltz et des observations plus récentes et plus parfaites du docteur Davaine sur la virulence possible des matières putrides.

Il nous reste de nouvelles difficultés à écarter. M. Paul Bert a été beaucoup plus avant que MM. Jaillard et Leplat dans l'étude du sang charbonneux complexe qui lui avait été adressé de l’École d’Alfort. Non content de l'inoculer et d’y constater une source de virulence sans bactéridies, ainsi qu'il était advenu pour MM. Jaillard et Leplat, M. Paul Bert l’a soumis à la compression dans l'oxygène, et le sang garda sa virulence, car plusieurs inoculations successives furent toutes suivies de mort. Or les virus sont caractérisés dans l’état actuel de la science par l'absence d'organismes figurés microscopiques. La conservation de la virulence à la suite de la compression devait conduire M. Paul Bert à admettre la virulence propre sans organismes.

Toutefois rappelons qu’il y a un instant nous avons été conduit à restreindre la remarquable loi physiologique découverte par M. Bert. Vraie pour les vibrioniens filiformes, elle a cessé de l'être, au moins entre certaines limites, et pour l’un d’eux, la bactéridie, après qu’elle fut transformée en corpuscules-germes. Nous avons vu la bactéridie charbonneuse périr intégralement quand elle n’est que bactéridie filiforme, capable au contraire de se reproduire facilement à la suite d’une compression énergique de dix atmosphères, prolongée pendant vingt et un jours, quand elle contient des corpuscules brillants. Ne se pourrait-il pas dès lors que ce que l’on considère comme le virus septicémique fût également un être organisé microscopique pouvant se transformer en corpuscules brillants que ne détruirait pas l’oxygène à haute tension? Comment s'arrêter cependant à une telle hypothèse, puisque le sang septicémique, cent fois examiné, n’a pas montré d'organismes microscopiques; je parle ici du véritable virus septique, de celui de Davaine, de celui qui tue à des doses infinitésimales, et non de celui des liquides putrides propre-

ment dits, souvent peu dangereux quoique très chargés de vibrioniens.

Plaçons-nous dans les conditions de MM. Jaillard et Leplat, mais avec pleine connaissance de cause. Je me suis rendu le 13 juin à l’établissement d’équarrissage de Sours en compagnie de M. Boutet, vétérinaire à Chartres. Le chef de l'établissement, M. Rabourdin, était prévenu et avait conservé les animaux amenés le matin. A notre arrivée ils étaient dépecés et au nombre de trois : un mouton mort depuis seize beures, un cheval mort depuis vingt à vingtquatre heures environ, une vache morte depuis plus de quarantehuit heures, trois jours même, car elle avait été amenée d’une commune éloignée.

Je constatai sur place que le sang de mouton, dont la mort était récente, ne contenait que des bactéridies charbonneuses, que le sang du cheval contenait ces mêmes bactéridies et en outre des vibrions de putréfaction, qu'enfin la vache contenait surtout de ces derniers vibrions, outre les bactéridies charbonneuses. Par l’inoculation on obtint, avecle sang du mouton, le charbon avec bactéridies pures; avec Île sang du cheval et de la vache, la mort sans bactéridies. C’est donc le fait Jaillard et Leplat, et le fait Paul Bert.

Au moment de la mort par l’inoculation de ces deux derniers sangs à des cochons d'Inde, désordres épouvantables : tous les muscles de l’abdomen et des quatre pattes sont le siège de la plus vive inflammation. Çà et là, particulièrement aux aisselles, des poches de gaz; foie et poumons décolorés, rate normale, mais souvent diffluente, sang du cœur non en amas agglutinalifs, quoique ce caractère soit des plus prononcés dans les globules sanguins du foie. Le charbon ne l'offre jamais à un plus haut degré. Mais laissons ces détails sur les symptômes. Ce qui nous intéresse particulièrement, c’est la présence possible des organismes. Recherchonsles, dès l'instant de la mort, avant la mort mème, dans les dernières heures de la vie. Chose curieuse : les muscles, si enflammés par tout le corps, sont imprégnés de vibrions mobiles, anaérobies et ferments, ce qui explique l’existence des poches gazeuses et de la tuméfaction rapide. Le contact de l’oxygène paralyse tous les mouvements de ces vibrions sans toutefois faire mourir l'organisme nous allons revenir sur ce fait.

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Mais le siège par excellence de notre vibrion se trouve dans la sérosité de l’abdomen autour de l'intestin. Cette sérosité en est remplie, de telle sorte que les viscères qui plongent dans cette cavité en sont recouverts. La moindre gouttelette d’eau qu’on promène à la surface du foie et de la rate en ramène à profusion et d’une grande longueur pour la plupart.

Pourquoi n’a-t-on pas signalé jusqu'ici une circonstance si générale dans le genre de mort qui nous occupe ? Sans nul doute parce que l'étude du sang a toujours absorbé l’attention. Or, non seulement c’est dans le sang que le vibrion dont il s’agit passe en dernier lieu, mais dans ce liquide il prend un aspect tout particulier, une longueur démesurée, plus long souvent que le diamètre total du champ du microscope, et une translucidité telle qu’il échappe facilement à l'observation, cependant, quand on a réussi à l’apercevoir une première fois, on le retrouve aisément, rampant, flexueux, et écartant les globules du sang comme un serpent écarte l'herbe dans les buissons. L’expérience suivante, facile à reproduire, démontre bien que ce vibrion passe dans le sang en dernier lieu, dans les dernières heures de la vie ou après la mort. Un animal va mourir de la putridité septique qui nous occupe, car cette maladie devrait être définie la putréfaction sur le vivant; si on le sacrifie avant sa mort et qu’on inocule d’une part la sérosité qui suinte des parties enflammées ou la sérosité intérieure de l’abdomen, ces liquides manifesteront une virulence extraordinaire ; qu’en même temps, au contraire, on inocüle le sang du cœur recueilli avec le plus grand soin afin de ne point le souiller par le contact de la surface extérieure du cœur ou des viscères, ce sang du cœur ne sera nullement virulent, quoiqu'il soit extrait d’un animal déjà putride et virulent dans plusieurs parties étendues de son corps. Ajoutons que les sérosités dont nous venons de parler, si virulentes, perdront toute vertu si on commence par les filtrer par le moyen que j'ai mentionné ci-dessus à l’occasion du sang charbonneux.

J'ai dit que notre vibrion septique avait, à l’abri de l’air, des mouvements assez rapides, que le contact de l’air ou de l'oxygène supprime entièrement; pour autant le vibrion n’est pas tué, car au contact de l'oxygène il se transforme en corpuscules-germes; et, du jour au lendemain, un liquide rempli de filaments organisés mobiles

n’est plus qu'un amas de points brillants d’une grande ténuité Vient-on à introduire ces points dans le corps d’un cochon d'Inde ou dans un liquide approprié, ils se reproduisent en vibrions filiformes mobiles, et l'animal meurt avec tous les symptômes que je rappelais tout à l'heure. Nous sommes maintenant en mesure de donner à l'expérience de M. Paul Bert son explication rationnelle.

Plaçons, en effet, le vibrion dans l'oxygène à haute tension, l’observation montre qu'il s’y transforme en corpuseules brillants. Quelques heures suffisent à produire cet effet. La conservation de la virulence du sang, après qu’il a subi l’action de l’oxygène à haute tension, n’a donc rien que de naturel,

Placés dans l’alcool absolu, les mêmes corpuseules gardent leur faculté de reproduction à la manière des corpuseules de la bactéridie charbonneuse. Il nous reste cependant à aller aussi loin que nous l’avons fait pour les corpuseules de la bactéridie, c’est-à-dire à faire agir l’alcoolsur les corpuseules brillants du vibrion septique après qu'ils auront été purifiés de tout élément étranger par des cultures sans cesse répétées dans des milieux artificiels.

Une grave question reste à élucider. D'où provient le vibrion septique ? Quoique ce sujet réclame encore de nouvelles études de notre part, je n'hésite pas à penser que le vibrion septique n’est autre que l’un des vibrions de la putréfaction, et que son germe doit exister un peu partout et par conséquent dans les matières du canal intestinal. £

Lorsqu'un cadavre est abandonné à lui-même et qu'il renferme encore ses intestins, ceux-ci deviennent promptement le siège d’une putréfaction, C’est alors que le vibrion septique doit se répandre dans la sérosité, dans les humeurs, dans le sang des parties profondes. Cette opinion trouve sa justification dans les faits mentionnés ci-dessus, que M. Signol paraît avoir observés le premier, quoique d’une manière confuse. M. Signol asphyxie un animal en pleine santé et il abandonne son cadavre quinze à vingt heures, et au bout de ce temps son sang devient septique, d’abord dans les veines profondes. Conjointement avec MM. Bouillaud et Bouley, j'avais été nommé membre d’une commission chargée de juger le travail de M. Signol. A la fin

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du mois de juin 1876, M. Bouley et moi nous avons assisté aux expériences de M. Signol et nous avons vérifié le fait de la virulence du sang des veines profondes d’un cheval asphyxié la veille en pleine santé. Le vibrion septique existe donc parmi les vibrions de la putréfaction après la mort. J'ajoute, et mon savant confrère M. Bouley n’en a pas perdu le souvenir : c’est alors que j'ai vu pour la première fois le long vibrion écartant les globules du sang dans sa marche onduleuse et rampante. Outre M. Bouley, MM. Signol, Joubert et Chamberland assistaient à cette constatation. À cette époque toutefois la signification de ce fait nous échappail complétement.

Est-ce bien la première fois que j'apercevais ce vibrion? Ne serait-il pas de même nature que le vibrion-ferment du tartrate de chaux figuré dans mes Études sur la bière? C’est ce que nous rechercherons par des expériences directes.

Et maintenant si nous jetons un regard en arrière, nous voyons pourquoi la septicémie a pu souvent être confondue avec la maladie charbonneuse; leurs causes sont du même ordre. C’est un vibrionien qui produit la septicémie, comme le charbon est produit par une bactéridie. La nature des parasites est différente : l’un est mobile; l’autre, immobile ; mais ils appartiennent au même groupe ou à des groupes voisins. Les analogies et les différences des deux maladies n’ont rien que de très naturel.

La septicémie ou putréfaction sur le vivant est-elle une maladie unique ? Non; autant de vibrions, autant de septicémies diverses, bénignes ou terribles; c’est ce que nous montrerons dans une communication ultérieure, et c’est alors que nous aurons Pexplication de ces inoculations de matières putrides qui bornent leurs effets à des phlegmons, à des abcès suppuratifs et autres complications que tous les auteurs qui ont écrit sur la septicité du sang ont remarquées.

Oserai-je ajouter, en terminant, que je serais bien surpris si les illustres praticiens qui font partie de cette Académie et qui m'écoutent, ne songeaient pas en ce moment à l’étiologie des infec-. tions purulentes, suites des traumatismes grands ou petits, et à toute cette catégorie de fièvres pernicieuses dites putrides ? Si je m'avais abusé déjà des moments de l’Académie par cette trop longue lecture, j'ajouterais quelques mots sur la spontanéité des maladies

contagieuses, question qui divise les meilleurs esprits et qui était naguère l’objet d’une discussion étendue et approfondie devant cette Académie.

Supposons un instant que la fièvre typhoïde soit déterminée par un des nombreux vibrions de la putréfaction. La maladie sera contagieuse, puisqu'elle sera déterminée par un organisme microscopique. Sera-t-elle spontanée ? Non, puisqu'elle procèdera d’un être vivant et que, dans l’état actuel de la science, la génération spontanée est une chimère. Pourrait-elle néanmoins être le produit de causes banales ? Oui, puisqu'elle viendrait d’un des vibrions communs de la putréfaction. Quant à la rareté relative du mal, dans cette hypothèse toute gratuite que le mal soit dû à un vibrion des putréfactions communes, je raconterai à l’Académie une très curieuse circonstance de nos recherches. Je les avais entreprises avec l’idée de mener de front l’étude du charbon et celle de la septicémie. Je cherchai done à produire celle-ci à l’aide du sang de bœuf abandonné à une putréfaction spontanée. Eh bien, pendant quatre mois, nous n'avons pas réussi à obtenir un sang vraiment septique, c’està-dire que dans aucun cas, la putréfaction étant abandonnée au hasard, sans ensemencement direct, le vibrion septique ne prit jamais naissance, au moins dans un état de pureté relative suffisante pour rendre le sang virulent. Or on lit dans tous les auteurs que la septicité du sang s'obtient facilement en abandonnant du sang à lui-même.

C'est à des circonstances de même ordre, à la purification de plus en plus grande, si l’on peut ainsi parler, du vibrion septique, qu'il faut rattacher le fait de la virulence plus grande du sang septique au far et à mesure de son passage répété dans des animaux, comme cela résulte des beaux travaux des docteurs Coze et Feltz, et surtout du docteur Davaine.

Je ne suis nullement autorisé à porter un jugement sur les opinions qui ont été émises dans la discussion, brillante à tant d’égards, que l’Académie a ouverte récemment sur l’étiologie de la fièvre typhoïde. Pourtant je dois condamner, sans réserve, une théorie médicale déjà soutenue, à diverses reprises, dans cette enceinte et qui a fait une apparition nouvelle pendant le cours de la discussion que je rappelle.

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L'Académie sait pertinemment que l'hypothèse de la génération spontanée, qui a succombé dans le laboratoire, sous toutes ses formes, cherche aujourd’hui un refuge dans les obscurités de la pathologie. J

Lorsque, dans une occasion récente, j'ai poussé à bout le docteur Bastian, professeur d'anatomie pathologique à l’University college de Londres, je ne cherchais point une satisfaction d’amourpropre. Ce que je voulais, c’est que ce savant ne püût invoquer une prétendue expérience de génération spontanée en faveur de la doctrine de la spontanéité de toutes les maladies. Je ne saurais mieux rendre ma pensée qu’en reproduisant ici un passage d’une lettre que je lui adressais il y a peu de jours : « Savez-vous, lui disais-je, » pourquoi j'attache un si grand prix à vous combattre et à vous » vaincre, c’est que vous êtes un des principaux adeptes d’une doc- » trine médicale, suivant moi funeste aux progrès de l’art de guérir, » la doctrine de la spontanéité de toutes les maladies. Vous êtes de » cette école qui inscrirait volontiers au frontispice de son temple, » comme le voulait naguère un des membres de l’Académie de » médecine de Paris: la maladie est en nous, de nous, par nous. » Tout serait donc spontané en pathologie. Voilà l’erreur, préjudiciable, je le répète, au progrès médical. Beaucoup de maladies ne sont jamais spontanées. Au point de vue prophylactique, comme au point de vue thérapeutique, il y a un abime pour le médecin et le chirurgien, suivant qu'ils prennent pour guide l’une ou l’autre des deux doctrines. Après l'exposé que je viens de faire à l’Académie, toute discussion ne serait-elle pas superflue qui mettrait en doute la nécessité impérieuse de compter désormais avec le rôle pathogénique des infiniment petits !

Cette note explique toutes les contradictions qui s'étaient produites antérieurement sur la maladie charbonneuse et fait disparaître toutes les obscurités. Elle nous fournit également un enseignement précieux sur les conditions qui devront être réalisées lorsqu'on voudra examiner le sang d’un animal afin de s’assurer s’il

est mort du charbon. Il faudra faire l’examen microscopique peu d'heures après la mort; si l’on attendait quinze ou vingt heures seulement, on serait exposé à trouver des vibrions qui pourraient induire en erreur. Pour avoir du sang charbonneux pur, il faut donc le recueillir immédiatement ou quelques heures seulement après la mort. C’est là une notion précieuse qui doit toujours être présente à l'esprit lorsqu'on fait des expériences sur le charbon. Nous verrons plus loin que c’est pour l'avoir méconnue qu’un professeur distingué de l’École vétérinaire de Turin a obtenu des résultats négatifs dans une expérience de vaccination charbonneuse.

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