‹ Le chariot d'orChapitre 27 sur 41 · LES BUCHERS · texte numérisé non relu

LES BUCHERS

Les g-énérations passent sous le soleil,

5ans reg^arder le ciel trop haut pour leurs paupières,

détail indifférent, vég-étant aux litières

Oes jours de chair épaisse et d'opaque sommeil.

L'or seul, l'or luit partout, dieu sordide et vermeil. Et les peuples obscurs, qu'efFare la lumière, Roulent à l'océan sans fond de la matière, Larves mornes qui n'ont jamais connu l'éveil.

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Alors, pour éclairer la nuit sombre des temps, De loin en loin des cœurs, de beaux cœurs palpitants Brûlent, torches de foi, d'amour, ou de g"énie.

Et l'histoire, stérile amas d'écroulements,

N'est qu'un désert peuplé de ces g-rands flamboiements

Par qui l'humanité s'illumine — infinie.

ANÏIGONE

L'Homme, puni des dieux parce qu'il a trouvé, Pareil en sa misère à l'époux de Jocaste, Marche de siècle en siècle et, las du ciel néfaste, Demande chaque soir s'il n'est pas arrivé.

Mais, guidant son bâton qui se heurte aux pavés, Sa fille près de lui g-lisse, voilée et chaste, Et, fidèle, accompag-ne^ ainsi qu'un pur constraste, L'antique Désespoir dont les yeux sont crevés.

Par les villes de pierre et par les long-s faubourgs Ils vont; tendant la main, le soir, aux carrefours, La vierge aux cils blonds chante, et demande l'aumône;

Et rien n'est plus sacré que le vieux roi sans yeux, Qui vient à nous du fond des temps mystérieux. Dont l'âme peut souffrir encore et s'en étonne,

Et que soutient toujours la divine Antigone.

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