‹ Le chasseur d'hommes (volume 2)Chapitre 10 sur 11 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

A bon chat bous rats.

Celait la mère de Christine qui venait arrêter le marquis dans son rapt monstrueux. Cette vieille femme, tout à l'heure si poltronne, était devenue terrible comme une pythie des Highlands en

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entendant le cri de sa fille de'chirer ses oreilles. La sybille des temps anciens ecumant de ténébreuses prophéties sur sur son trépied tremblant n'était ni plus formidable ni plus aiïolée que celte mère éperdue et désespérée. Cette créature débile et amaigrie s'était exaltée au point de déployer une force nerveuse invraisemblable ; son visage, qui conservait les lignes pures d'une beauté presque surnaturelle, car elle était majestueuse et douce à la fois, ses grands yeux d*un azur limpide, mais cernés d'une ombre bleuâtre qui les creusait et faisait ressortir leur flamme étrange, ses cheveux retenus par un bandeau qui ceignait son

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front, mais déboucles par derrière, tout cela révélait d'une impériale dignité cette femme frêle et délicate, exaspérée par sa douleur maternelle.

— Rendez-moi ma fdle, misérable ravisseur ! s'écria-t-elle. Foulez- moi sous vos pieds! tuez-moi si vous voulez ! mais lanl qu'il me restera une voix, un souffle, jecrierai malédiction sur vous ! Tant que je pourrai remuer un de mes membres, je m'attacherai à vous ! Oh ! vous ne prendrez pas ma fdle comme une danseuse de carrefour! Vous marcherez sur sa mère d'abord, et ensuite vous ne l'aurez que morte, elle, ma pauvre enfant !

Le chasseur d'hommes s'était arrêté

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surpris et, avouons-le, presque ému. Il répondit donc d'une voix calme :

— Votre fille ! Ah çà de qui voulezvous parler! Ce n'est certes pas, madame, de cette paysanne qui fait la mijaurée, de cette servante qui est coquette peut-être avec des muletiers et qui me tient tête, à moi, de cette nièce de dame Gertrude que j'ai juré de punir de son insolence ?

La vieille dame poussa un éclat de rire convulsif, arracha le bandeau de son front comme s'il lui pesait trop lourdement, et s'écria en mots brisés, incohérents, aux vibrations rauques, stridentes ou sourdes ;

— Cette paysanne est ma fille. Vous

Bc me comprenez donc pas ! Vous ne voyez Jonc pas que je n'ai plus peur de vous! Tout h l'heure j'étais lâche, je tremblais, je me cachais, car j'entendais votre voix et je vous reconnaissais. J'aurais voulu sauver ma fdle de vous h tout prix ; j'aurais imploré un mendiant; j'aurais menti et fait un faux serment. Mais maintenant que vous la tenez dans vos bras, qu'elle est votre proie et votre butin, je serai franche et hardie. Non, ces vêtements de paysanne ne sont pas les siens. Son nom est un nom d'emprunt.

Elle n'est pas la nièce de dameGertrude; elle est ma fdle, et je h défendrai contre vous, et je la sauverai ou vous serez un

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assassin, un tueur de femmes ; moi vivante, vous ne l'aurez pas, sachez-le bien. Peut-être je vous irrite, mais que peuvent les prières sur votre cœur de tyran ? S'il suffisait de vous supplier, je m'humilierais, je me prosternerais à vos pieds. Aije besoin de garder quelque fierté, moi. vieille femme bonne pour la tombe ? ma dignité, mon honneur , mon orgueil, je mets tout cela sous vos pieds. Mais l'honneur de ma fille, j'entends que vous le respectiez. Elle n'est pas votre vassale. Vous n'avez aucun droit sur elle. C'est une fille libre et noble. Et si vous êtes vraiment genlilhomme, vous aurez pilië de la fille et de la mère !

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Le marquis tremblait, non de confusion, mais cîe colère, en entendant l'aveu de la vieille dame.

— Ainsi tout le monde s'est entendu pour se moquer de moi ! dit-il en mordant ses lèvres. J'ai failli m'en douter, et cela crie vengeance. Voyons, bonne dame, dois-je être assez niais pour ajouter foi à ce nouveau mensonge ?

— Un mensonge! répéta-l-elle; oh!

vous ne le croyez pas. Me soupçonner de mentir, moi, quand vous me voyez me traîner dans la poussière à vos pieds, quand mes mains s'accrochent à votre sarrau comme le naufragé au cordage de salut, quand je vous piie comme une

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femme prie Dieu seiil. Oh ! c'est là le faux soupçon d'un hiûgand qui s'amuse à supplicier sa viclime.

Le chasseur seniit une rougeur «le honte monter comme une llamme à son front» mais il voulut se conserver la supériorité du sang-froid et reprit :

— Comment me prouverez-vous que vous êtes la mère de cette jeune fdle?

La vieille dame le regarda avec des yeux atones et ne répliqua que ces mots :

— Ah ! le misérable !

Christine s'était évanouie en entendant les vaines supplications de sa mère.

— C'est un corps inanimé que vous

portez dans vos bras ! s't'cria danie Ger- U'ude en s'avaiiçant.

Alors la pauvre femme se releva et saisit furieusement sa fille :

i.. .*^ Oh! mon enfant! s'écria-t-elle, réveille-loi, réveille-toi! rouvre les yeux! regarde ta mère ! Es-tu morte ? Ce démon t'a-l-il tuée? N'entends-tu pas ma voix ! Dieu t'a-t-il frappée pour te sauver ! Christine ! Christine, réveille-toi !

El elle pleurait ; elle baisait les paupières et le front décolorés de sa fille ; elle pressait ses mains pâles , elle collait ses lèvres à cette bouche froide, tandis que son cœur battait à être entendu de tous dans ce morne silence.

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Dire que le gros gentilhomme n'était pas embarrassé de son rôle, ce serait exagérer le côté odieux de la nature humaine; mais il s'était engagé dans cette triste lutte devant témoins, et il voulait aller victorieusement jusqu'au bout.

Aussi, quoiqu'il ne doutât nullement de l'assertion de la vieille dame , et qu'il fût secrètement fâché d'avoir ainsi poussé sa brutale galanterie jusqu'à la violence la plus inouïe, poursuivit-il avec l'impassibilité d'un justicier :

— Je ne suis ni un dfîmon ni un brigand, ma bonne dame. Prouvez-moi, je vous le répèle, que cette jeune servanie n'est ni la nièce de notre hôtesse, ni une

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danseuse de carrefour, et je la remets aussitôt sous votre protection.

La mère sourit; Christine venait de laisser échapper un faible gémissement.

— Mon Die-!, soyez loué! murmurat-elle. Quant à vous, monsieur, si vous avez voulu seulement nous effi'ayer, si vous clés un de ces tire-laine qui coupent la tète aux gens quand ils ne peuvent leur couper la bourse, réjouissez-vous, nous sommes riches. Vous voyez ce coffret, il ne contient pas seulement quelques robes sans valeur, mais tous nos bijoux ; plongez-y hardiment la main; vous trouverez mieux encore, de bons ducats sonnants. Prenez tout; je vous offre ce coffret

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comme rançon; mais faites grâce à ma fille. Oubliez-la comme si jamais vous ne l'aviez vue ! oubliez-la comme si elle était morte tout à l'heure dans vos bras.

Et de la main elle lui montrait le coffret qui devait tenter, croyait-elle, la cupidité de cet homme.

Jamais le marquis n'avait été si profondément humilié. Il eût préféré un soufflet à la naïve proposition de cette femme.

Plaintes ou menaces, peu lui importait, il y était accoutumé. Qu'on lui trouvât l'encolure d'un brigand, cela l'étonnait peu. Mais être traité de lire-laine, de pillard de bas étage, la méprise chatouillait le plus vif de son orgueil féodal, quoique

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celte époque pullulât de gentilshommes qui ne pouvaient plus s'abriter dans leurs donjons ruinés pour rançonner les marchands et les voyageurs, mais qui volaient s :s manteaux, les bourses et les femmes des bourgeois avec une hardiesse et une dextérité dignes des gens du métier.

— Ainsi vous me prenez pour un voleur, clière dame? reprit-il fièrement.

L'injure est violente, mais peut-être l'ai-je méritée.

ï\ détourna les yeux du coffret sur lequel les guoux jetèrent aussi loi à ia dérobée des regards avides comme s'ils eussent voulu ie soupeser et en estimer lu valeur (Uins leur esprit.

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— Rassurez-vous, coniinua le chasseur.

Vos bijoux ne courent aucun danger. Le marqu'S Gaspard de Langallerie est assez riche, Dieu merci, et il aurait pu payer h beaux deniers coni})tants l'honneur d'une servante d'hôtellerie. Cette valise, — et il la souleva avec effort, — est plus lourde que votre coffret, et a dans le ventre une cargaison de pistoles sufllsanle pour me faire mener joyeuse vie jusqu'à Conslanlinople.

Les gueux quittèrent le coffret des yeux pour regarder la valise avec une religieuse attention. Christine revenait à la vie.

— Certes, ajouta le marquis, vous avez

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|iii vous trompera ma mauvaise mine; mais si je ressemble plutôt à un braconnier qu'à un honnête gentilhomme, c'est que je cours tout en chassant, depuis plusieurs jours, à la poursuite d'un mien neveu avec qui j'ai eu maille h partir.

La vieille dame tressaillit et de fugitives couleurs leigiiirenî de rose les joues de la belle Christine.

— Ah ! vous comprenez de qui je veux parler? Vous vous rappelez ce joli champion des dames?

— Ce brave jeune homme était votre neveu? s'écria la mère, qui ajouta certainement dans sa pensée :

— Quel malheur!

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La pauvre fille devint e'oarlate.

— Ai-je donc deviné jiisîe? poursuivit grossièrement le chasseur. Est-ce là oii le bât nous blesse? En effet, c'est pour vous que François a joué si adroitement du bâton. Il a encore un autre mcrite à vos yeux, n'est-ce pas? C'est qu'il ne ressemble pris à son oncle. Allons ! je vois que son souvenir a encouragé votre fille à m'opposer une résistance qui honorerait une citadelle assiégée?

Et il partit d'un gros éclat de rire, tandis que Christine encore inquiète murmurait tout bas :

— Vous ne me quittez pas, ma mère !

oh ! que je me sens faible et abattue ! J'en-

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lends, je vois et je parle coimne dans un rêve!

— Dame Geitrude, dit le marquis, chargez-vous du coffret et montrez-nous le chemin des chambres destinées à vos hôtes. Il faut installer ces dames dans la meilleure. Elles pourront se reposer de tout ce tapage.

11 soutint respectueusement la jeune fille qui chancelait et s'arrêtait pour respirer en montant l'escalier, et l'hôtesse ne put s'empêcher de se signer à l'aspect de cette Iransforaiation du loup qui se couvrait d'une peau d'agneau.

Ils eurent h peine disparu, que les deux mendiants se redressèrent de toute leur

hauteur, à rexlrôiiie surprise du chcvricr Pierrot qni n'osa soulilei-.

Le paralytique clendit ses bras avec la grâce et la souj^lesse d'un jongleur.

Le cuVde-jatte bondit sur ses jambes agiles qui paraissaient se traîner auparavant comme les tronçons d'un serpent.

Une grimace hideuse élargit leurs bo.;ches jusqu'aux coins, dilata les muscles mobiles de leurs visages, allongea leurs yeux effrontés et y alluma l'éclair subtil de l'astuce.

Puis ils secouèrent leurs sales haillons avec la majoslé des Césars et, s'avançant vers les chiens qui commençaient à gronder, ils fixèrent sur eux un regard glau-

que qui engourdit leur colère. On eût dit de ces psyllcs égyptiens qui, tout nus, saisissaient d'une main les reptiles frétillants sur le sable m fusion, les lordaient en souriant aulour de leur cou et les aplatissaient contre leur bouche sans jamais être piqués du venin de la bête irritée.

— U est amusant, le vieux ! dit Gervais le paralytique. Il est raide et dur comme du fer, mais il n'est pas plus rusé qu'un agneau de deux jours. Ces orgueilleux seigneurs, ça ne sait que mordre tant que ça se sent des dents pointues comme leurs chiens. Mais ça ne sait pas h-urrer et endormir son gibier.

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— Ce bon marquis! dit Gorju le culde-jatte; il nous méprise comme des lézards qui ne savent que ramper, se chauffer le dos au soleil et se cacher dans les trous des murs. Nous avons failli servir de souper à ses chiens. Quel honneur ! Attends, monseigneur, lu nous verras à l'œuvre.

— Ouvrons vite sa valise et emportons l'argent sans perdre le temps à bavarder ? reprit le cupide Gervais.

— Tu vas trop lestement pour un paralytique, grommela Gorju. Voler cet honnête homme qui nous a jeté ses os, y penses-tu Gervais? Ne sais-tu pas que l'ingratitude n'est jamais perdue? Désires-

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lu (lonc lâler de la hail ? Ton idée est vulgaire et très couipromeltante, mon bon ami. Le marquis de Langallcrie nous poursuivrait avec ses chiens, et ce serait une bataille douteuse, car le vieux gentilhomme est encore vigoureux.

— Que comptes-tu donc faire? demanda Gervais stupéfait. Je trouvais mon idée toute naturelle.

— Trop naturelle, Gervais. Défie-toi toujours des idées naturelles. Tout le monde sait riposter à un coup prévu.

C'est l'imprévu qui vous fait triompher. Si tu le bals en duel, sache une botte secrète et tu vaincras. A quoi bon voler le marquis s'il faut risquer notre peau

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pour reperdre peut-être ce que nous aurons gagné?

— Mais que faire alors? insista Gervais.

— Vous êtes vraiment trop vif pour un paralytique, mon maître, et de plus

singulièrement curieux, repartit Gorju.

Je n'ai qu'un mot à vous dire. A l'entre'e de la forêt de l'Estrelîe je connais un gros village nommé Saint-Laurent. Ce village possède un bailli nommé Gilbert Vilebrequin, et beau-frère de notre hôtesse dame Gertrude. Ce bailli n'a-l-il pas à sa disposition une escouade d'archers chargés de l'aider à netîoyer la forêt des bohémiens, des braconniers et autres va-

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gabonds qui aiment à nicher sous la vcrle fouillée? Et, à coup sûr, le digne Gilbert Vilebrequin serait parvenu à extirper cette mauvaise graine, si ses archers ne servaient pas d'espions et de conq.lices aux libres enfants de la foret! C'est donc à lui que nous allons demander justice !

— Es-tu fou ? s'écria Gervais au comble de la stupéfaction.

— Je le répondrai plus tard, dit Gorju Cîi fouillant précipitamment la valise dont il visita tous les compartiments, mais dont il ne retira qu'un paquet d'habits et quelques parchemins. Veille aux chiens, Gervais!

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— El le colTiet de la vieille dame qu'ils ont emporté ! murmura ce dernier avec un soupir de regret.

— Ça se retrouvera, dit Gorju. Tout vient à point à qui sait attendre. INous aurons notre part ù chaque gâteau.

Il plia dans un lambeau d'étoffe les vêtements dérobés, referma soigneusement la valise, fit un signe impérieux à son compagnon, et tous deux sautèrent par la fenêtre malgré les abois des chiens, au moment même où le chasseur descendait péniblement l'escalier, car il commençait à se sentir alourdi par les fumées du vin.

Dame Gertrude le suivit d'un air morose et renfrogné.

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Elle s'ajicrçiil la première de l'absence des mendiants.

— Ah ! les scélérats ! pourvu qu'ils n'aient rien volé, s*écria-t-ellfe.

— Eh bien, avais-je tort de me défier de ces mauvais rôdeurs et de vouloir leur fermer la porte ? observa le gros gentilhomme.

Il alla en même temps chercher sa valise et, en la soulevant fit s'entrechoquer les pistoles dont elle était garnie.

— L^s gueux n'ont pas osé y toucher ; les chiens auront fait bonne garde et montrai les dents. S'ils se sont sauvés, c'est qu'ils ont eu peur que ma colère ne retombât sur eux.

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— Qui sait? hasarda l'hôtesse qui avait grande envie de se débarrasser de ce voyageur incommode. Ils auront peutêtre eu l'idée d'aller prévenir la justice de ce qui s'est passé ici, et elle ne plaisante pas en ce pays avec les gentilshommes qui font la vie de routier.

— Ah! ah! lu voudrais bien me voir déguerpir de ta masure, vieille matrone ! ré[)liqua le chasseur en haussant les épaules, mais je ne m'envolerai pas tant que la colombe restera au perchoir. Je ne suis pas si sot d'abandonner le champ de bataille pour quelques injures de femmes. Laissons passer l'orage ; je veux seulement essayer de dormir tandis que Ro-

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laiid fera le guet. Voyons, m:\ commère, ôle-moi mes bottes!

DameGertrude ne bougea pas; iiailée de cet ordre brutal, elle le regarda d'un air railleur, et lui repondit:^i"'i lup oil» ,

— Je ne suis ni un écuyJe^' ni un puge,monsieur le marquis , et je ne saurais comment m'y prendre* /iJiij anju.'oo Uuioi

En même temps elle s'assit sur uu lescabeau devant de feu; mais le chasseur éîait à bout de patience et ii élcndit brusquement ses bottes crottées sur les genoux de dame Gertrude en faisant chiquer son fouet de chasse et en disanl : •'*

-— Toutes ces femmes ont donc juri de me laire damner ce soir! Allons,

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obéis, vieille sorcière, ou je (e caresse les épaules.

L'hôtesse tressaillit de tous ses membres et, se jetant sans hésiter sur une large pelle qui rougissait dans le feu, elle la leva sur cet homme; mais il saisit son bras avec une foi ce extraordinaire, le tordit comme dans un étau, et, la pelle étant tombée à terre, il répéta avec un accent de colère dédaigneuse :

-— Tire-fhoimes bottes, insolente, ou j'applique cette pelle ardente sur ta face rebondie et j'en ferai une triste enseigne pour tes pratiques.

Dame Gerlrude tremblante et furieuse se courba sous cette menace féroce et se

mit en devoir d'obéir, loul en demandant au ciel comment elle pourrait se venger. ,,Le marquis lui dit alors en bâillant et en se délirant les bras :

— Veille pendant que je dormirai , bonne femme; surtout, n'essaie pas de l'échapper, et ne laisse pas fuir la colombe. Je ne suis point un oiseleur endurant, lu le sais, et si je te reprenais dans mon filet, je crois que ton sort ne serait pas à envier ! Remercie-moi, car je te donne là unirai conseil d'ami.

Il bâilla encore et s'endorini|i enfin aussi paisiblement que s'il eût pu dire comme Tiius : « Je n'ai pas perdu ma journée. >i

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Dame Gerlrude ne pensait guère à dormir. Elle regardait le marquis comme une bête féroce dont la. lourde patte tiurait pesé sur sa poitrine haletante et dont le réveil l'aurait menacée de mort.

Elle tremblait pour cette jeune fille dont le courage l'avait intéressée, et elle avait grand désir d'envoyer le pelit chevrier quérir son beau-frère, Gilbert Vilebrequin ; mais elle craignait qu'avant î'anivée du Bailli le chasseur d'hommes ne s'aperçût de la disparition de Pierrot et ne mît ses menaces à exécution.

Plusieurs heures de la cuit s'écoulèrent sans qu'elle osât prendre une décision.

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Bâyà Tanbc blanchissait. L'orage avait cesse. Les senteurs amères des arbres pér nétraient dans la salle où le feu mourait; quelques oiseaux gazouillaient au haut des branches diamante'es de gouttes de pluie.

L'hôtesse se demandait par instants si elle n'avait pas fait un mauvais rêve ; mais les ronllements du marquis et de ses chiens lui rendaient bientôt le sentiment de la réalité.

Chaque fois qu'elle essayait discrètement de s'éloigner, le dormeur soupirait avec bruit comme si ces pas fugitifs l'avaient troublé dans sa quiétude.

Elle se gourmandait de sa lâcheté ;

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mais cette commère résolue avait peur pour k première fois de sa vie.

Tout à coup les chiens levèrent la tête, et, après avoir flairé aux quatre vents, battu l'air de leurs queues , poussé de longs hurlements qui réveillèrent le marquis en sursaut, ils s'élancèrent en éclaiïcurs par la fenêtre de la salle.

M. de Langallerie se frotta les yeux encore piqués de sable et sa première parole fut celle-ci :

— Le sommeil m'a altéré comme un templier. A boire! dame Gertrude, et va me chercher ces femmes. Je veux leur proposer de les escorter pendant leur voyage.

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— Et si elles ne veulent pas descendre? observa l'Iiôtesse.

Le chasseur sourit:

— Tu leur diras que je monterai. Depeche-toi !

Pcut-ùtic s'étonnera -t-on de la singulière opiniâtreté du marquis à persécuter de ses obsessions deux femmes inconnues; mais en lisant le récit qui doit faire suite à l'histoire du Chasseur d'hommes sous ce litre sympathique : La Fille de CAveiff/le, et qui sera le complément curieux d'tine biograjihie extraordinaire, on connaîtra les ressorts mystérieux qui faisaient agir le t rrible gentilhomme, agent occulte d'une puissance déjà souveraine à cette époque.

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