CHAPITRE QUINZIÈME
De riitiiilé des orales.
Pendant que l'aveugle devise et chemine avec son guide, nous pouvons les laisser continuer tranquillement leur route et nous occuper de quelques autres
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personnages non moins intéressants de ce récit scrupuleusement véridique.
Jamais vous n'avez connu hôtesse plus réjoui(î que dame Gertrude Yilbreqiiin, maîtresse de l'auberge de V Agneau roli, dans la sinistre forêt d'Estrelle. Elle était grasse comme deux cordeliers, joufflue, pansue et barbue au possible ; ses gros bras courts ressemblaient à des boudins, ses pieds et ses mains à des battoirs rouges, ses oreilles à des feuilles de choux. Les lèvres lippues de la digne femme, son front étroit, débordé par des mèches de cheveux gris hérissés, son triple menton ballottant, tout en elle dénonçait des instincts matériels supérieurs a
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ronvorgure de son iotolligence, mais elle était vaillante au travail et douée d'un excellent cœur.
Pourquoi donc, puisque dame Gerlrude était si bonne, se réjouissait-elle un vendredi soir, tandis q'ic les bois de l'Es- Irclle se lamentaient sous les rafales d'un vent de tempête qui secouait les branches, éparpillait les feuillages et tordait les jeunes arbres jusqu'à terre ? Les oiseaux voletaient tout effarés. La pluie tombait par larges ondées et remplissait les sentiers.
Dame Gertrude, son nez bourgeonné et lleuri collé aux barreaux de fer de lafe-
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nôtre de la salle basse, souriait à ce sal)bat des éléments.
Çà et là, du haut des collines dénudées , elle voyait dégringoler des bergers piquant de la houlette les moutons hébétés et les chèvres rebelles ; les chiens s'ébattaient dans la boue et secouaient leurs oreilles mouillées; les hirondelles rasaient le sol; les loups hurlaient sinistrement dans les profondeurs de la forêt.
Dame Gertrude se frottait les mains à s'arracher la peau si elle eût été moins rude.
Le ciel charriait des nuages noirs gonflés de gréions et qui crevaient ave<^ un fracas effroyable; on eût dit que ces tor-
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rcnls ailaicnl déraciner et balayer la forôt. Les tanières des botes fauves devaient être submergées sous ces cataractes diluviennes.
Dame Gertrude souriait d'une air béat et regardait ce tableau désolé comme le plus riant spectacle du monde.
— Ça va bien, disait-elle ; un peu de tonnerre ne ferait pas de mal maintenant.
Dame Gertrude élait-elle une sorcière émérite disposant des quatre éléments? On eût juré que le diable l'entendait et sVmpressait de l'exaucer.
Un éclair éblouissant balafra l'énorme morceau de charbon qui représentait le
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ciel en ce moment; puis l'explosion terl'ible de la foudre fit sauter la vaisselle d'étain, mais ne fit pas chanceler la bonne dame sur sa large base.
— Ça va bien ! ça va bien ! s'écria-telle gaiement. Allons, nous ne manquerons pas de pratiques ce soir, ou il faut désespérer du métier. Il n'y a pas d'autre hôtellerie à six lieues à la ronde et il est impossible que quelque voyageur ne se soit pas attardé, perdu ou égaré dans notre belle forêt de l'EstrelIe.
La nuit était venue ; la coupole céleste, quoique dégagée des plus gros nuages, restait noire comme la bouche d'un four éteint.
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Oh ! il est impossible, même à un habitant (lu puys , de retrouver son chemin dans ces ténèbres. D'ailleurs les sentiers sont défoncés. 0 la belle soirée ! comme le vent rugit bien ! comme la pluie tombe dru ! Oh! il y a de quoi elre glacé jusqu'aux os.
Tout à coup un cri perçant résonna aux oreilles de dame Gertrude à travers le fracas de la tempêie.
— Ah ! voici du nouveau ! s'écria-t-elle en écoutant avec une inquiète curiosité. C'est un cri de femme, bien sûr. Qu'estce qui se passe donc dans la forêt. Diable ! elle est habitée par une légion do loups et de voleurs, sans me compter, et
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s'ils me mangeaient mes voyageurs, ça ne ferait pas mon affaire. Après tout, ajoulat-elle, que Dieu les protège et les conserve î cela ne me regarde pas.
Mais un second cri plus perçant et plus déchirant que le premier troubla la prudence de la bonne hôtesse et la changea en compassion :
— Peut-être, réfléchit-elle, n'est-ce qu'un accident ! Oh ! les pauvres gens, que je les plains s'ils ont roulé dans quelque ravin inondé ! ils se sont rompu les côtes, qui sait! et s'ils allaient se noyer, tandis que moi je suis bien tranquille, ici, entre mes quatre murs? Ce bon feu qui flambe dans l'âtre m'en semble meilleur. Mais quel
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veut ! il chasse loiilc la fumée dans la salle. Pouah !
El (lame Gerlrude élernua et toussa avec la majesté joviale qui présidait à ses moindres mouvements.
Elle entendit alors distinctement une voix d'homme qui semblait gourmander des chevaux et les accabler de malédictions propres à chatouiller leur amourpropre avec accompagnement de coups de fouet.
— Décii^ément, reprit-ellC; ce sont des voyageurs embourbés. Elle se retourna, et dit à un petit chevrier affligé d'un goitre énorme, qui se tenait tapi dans un coin de la chaumière :
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— Pierrot , va donc au-devant de ces malheureux, et conduis-les ici !
Pierrot répondit h cet ordre par une moue qni pouvait passer pour une horrible grimace, et murmura sans bouger de place : — Le vent souffle à décorner un bœuf, et je ne pourrais faire deux pas hors de la porte sans être renversé.
— Poltron ! répliqua dame Gertrudc en haussant les épaules.
— Jésus ! dit Pierrot d'un air rechigné, vous êtes grosse comme une tour et le vent ne peut pas vous enlever; que n'allezvous au devant de ces voyageurs , vousmême, s'ils vous font si fort pitié!
— Poltron et insolent ! reprit l'hôtesse ;
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j'ai là un fameux serviteur! Tu mériterais bien d'être mis à la porte sur l'heure. Mais bah ! je ne to donne pas de gages pour être brave. Ainsi je suivrai ton conseil. Au moins garde bien la porte, tandis que je vais à la de'couverte.
Et dame Gertrude, dont il était difficile, comme on voit, de déconcerter !a bonne humeur, £ortit courageusement de l'holellerie, des sabots aux pieds et la tête abritée par une couverture de laine qui servait aussi de carapace à sa respectable rotondité.
Heureusement elle n'eut pas besoin de s'aventurer fort loin. A quelques centaines de pas de son hôtellerie, elle aperçut un
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coche embourbé au bord d'un ravin; dans l'intérieur du coche deux femmes se lamentaient toutes tremblantes et n'osant en sortir; le cocher avait glissé dans la fondrière, et, n'ayant pu s'en dépêtrer, était probablement mort, tandis qu'un petit page se démenait comme un diable dans un bénitier pour forcer les chevaux à se relever, mais sans obtenir le moindre succès dans son entreprise.
— Ah! très sainte vierge Marie, quel malheur! s'écria l'hôtesse affectant une consternation tout à fait absente de son cœur. 0 mon brave jeune homme, je puis vous assurer que vous harcelleriez ces pauvres bêtes pendant vingt- quatre heu-
res sans réussir à rien. Elles sont plus mortes que vives.
Le page cessa de crier et de s'agiter; puis, se croisant les bras d'un air tragique :
— Nous ne pouvons cependant pas rester là e'ternellement.
— Ah ! Jésus ! mon beau jeune homme, vous ne devez pas penser à continuer votre route... Il n'y a pas moyen... dit dame Gertrude avec une expression de commisération profonde.
Et, s'approchant du coche :
— Mes belles dames, si j'osais vous donner un conseil...
Les deux voyageuses regardaient avec
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une surprise médiocrement flatteuse la face large et rubiconde de l'hôtesse et semblaient se demander si ce n'était pas quelque chef de brigands maladroitement déguisé en femme. Le doute était permis.
— Où sommes-nous? demanda enfin la plus âgée.
— Dieu vous aide en votre souci, noble dame, répondit Gertrude avec cette politesse que les hôteliers ne refusent ja" mais aux voyageurs non pédestres. Vous êtes en pleine forêt de l'Estrelle.
Les deux femmes pâlirent : — La forêt de l'Estrelle!..
— Qui a une si mauvaise réputation...
cui, mesdames. C'est une grande chance
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de ne pas y renconlrer de biigaiuls qui vous dévalisent ou vous rançonnent. Uenierciez Dieu de la tempête qu'il vous a envoyée. Le tonnerre a licencié les voleurs. Mais songeons au plus pressé. Sortez bien vile de ce maudit coche!
— Par cette pluie épouvantable?
— Aimez-vous mieux attendre d'èlre noyées dans cette prison. Avant une heure l'eau passera dessus. Suivez-moi sans crainte. Ma maison est à quelques pas d'ici.
— Ah! vous ne nous refuserez pas l'hospitalité, dit la plus jeune des voyageuses d'une voix suppliante dont le timbre
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sonore charma roreille de dame Gertrude.
— Non, ma belle demoiselle; je ne suis pas une ogresse, quoique j'habite dans la forêt de l'Estrelle ; d'ailleurs ma maison est une pauvre hôtellerie au service de tous les voyageurs, et je tâcherai que vous ne soyez pas mécontentes. Couvrez-vous bien de vos capes et de vos mantes; nous les ferons se'cher au feu de la cheminée et demain vous pourrez vous remettre en route sans avoir gagné même un rhume de cerveau dans nos bois.
La figure épanouie de l'hôtesse rassura un peu les voyageuses, et, après s'être consultées par une pression de main ra-
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pidc, elles se tlécidèrenl h quitler leur coche et à suivre la bonne femme.
La jeune fille soutenait sa pauvre mère chancelante avec l'aide du petit page, tandis que Gertrude marchait devant, chargée d'un lourd coiïret qui devait contenir des bijoux et de l'argent. Les pieds mignons des deux dames s'enfonçaient et glissaient dans la boue; des frissons glacés passaient sur leurs visages contractés. Par instants elles s'arrêtaient épuisées. Enfin elles atteignirent l'holellerie et entrèrent dans la salle basse éclairée par une lampe de fer accrochée au mur et par les fagots qui pétillaient joyeusement dans 1 ïitre.
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La mère jetail des regards inquiets antour d'elle, tandis que l'hôtesse lui ôtait sa cape et la secouait énergiquemenl devant le feu. On eut dit que la voyageuse, terrifiée par les propos peu rassurants qui couraient sur le compte de la forêt de l'Estrelle, voulait examiner les murailles pour y chercher des taches de sang ou le plancher, pour y découvrir des trappes mystérieusement dissimulées.
Dame Gertrude se douta de ce qui se passait dans l'esprit de ses nouvelles clientes :
— Oh! ne craignez rien, madame, dit-elle avec une volubilité toute cordiale. Chez
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moi vous êtes en sûrclé. Mon holclloiic est un terrain neutre respecte même par les brigands, moyennant une redevance que je leur paye de bon grc. Quiconque violerait cet asile ne tarderait pas à s'en repentir. Du reste, je suis femme à me défendre, toute pauvre veuve que vous me voyez. Allons, Pierrot, fais place à ces dames, et va pousser les verrous à la porte d'eiUrëe. Maintenant à la besogne, car je bavarde et je reste les bras fainéants. Vous devez avoir faim, mes belles dames, faim et froid. Eh bien, je puis vous offiir bon feu et bon vin , de la crème, des œufs , des olives, des châtaignes cuites sous la cendre, des ga-
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leltes (le maïs. Choisissez tout; ce ne sera pas trop. Quant à la viande, je pourrais tordre le cou à un poulet , mais je ne le ferai pas, parce que je suis bonne catholique — et c'est aujourd'hui vendredi, jour de maigre. A moins cependant que vous ne soyez malades et que vous n'ayez une dispense. Je vous croirai sur parole, du reste, car je n'aime pas à tracasser les ^voyageurs. J'attends vos ordres.
Ce flux intarissable de paroles eut le privilège de donner aux deux dames le loisir de se rassurer; elles se regardèrent avec une expression de sollicitude touchante.
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— ClirislHic, dit la plus âgée, tu es bien paie; tu frissonnes, pauvre enfant. Mon Dieu ! que j'ai été imprudente de partir malgré la menace de Torage.
— Oh ! ne pensez pas à moi, chère mère, je suis jeune et forte; mais pour vous, dont la santé est si frôle, c'est une épreuve dangereuse que ce long voyage pendant lequel nous n'avons d'autre défenseur que ce pauvre Pehrson qui est plus timide que ses maîtresses.
Pierrot lira dame Gertrude par la manche :
— Pœgardez donc, dit-il tout bas, comme elles sont belles vos voyageuses,
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plus belles que les saintes doni j'ai vu les images à l'église.
L'hôtesse admira en effet l'étrange beauté de ces deux femmes, l'une fanée et llétrie, l'autre fraîche et rayonnante, mais également remarquables par la pureté séraphique des lignes et des contours.
— Approchez-vous davantage du feu, mesdames, leur dit-elle en observant qu'elles restaient debout. Asseyez-vous sur ces escabeaux, et chauffez-vous de façon à ne pas garder un fil mouillé sur tout votre corps ! Pour moi, je vais m'occuper de votre souper, sans attendre plus longtemps votre réponse.
l'aveu r.LK. ICI
— Oli! pardon, brave hôtesse; nous sommes tellement étourdies de cet accident que c'est à peine si nous avons entendu, dit la mère; mais, à vrai dire, je n'ai guère d'appétit.
— Ni moi, ajouta la jeune fille. Je ne sais pourquoi je suis tourmentée d'une peur horrible qu'il m'est impossible de chasser. Nous sommes bien seules dans cette hôtellerie, n'est-ce pas, bonne fcnime.^
— Foi de Gertrude, jusqu'à ce moment, je n'ai pas encore péché d'autres voyageurs,
La belle Christine respira :
— Eh i)ien alors, dame Gertrude, j'ai u 11
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un grand service, une grande grâce, une grande preuve de bon cœur à vous démander; et si vous ne me la refusiez pas, vous me rendriez bien heureuse, et je crois vraiment qu'alors je pourrais souper de bon appétit.
— Et il dépend de moi de faire ce miracle? dit l'hôtesse en riant et en montrant une formidable rangée de dents un peu jaunes. Parlez, mademoiselle. Il est difficile de refuser ce qui vous est demandé si gentiment.
Christine se leva et prit une des grosses mains de dame Gertrudei dans les siennes :
— Vous aile/ me trouver bien exi-
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géante et bien bizarre, mais j'ai confiance en vous. Nous sommes seules dans cette hôtellerie, n'est-ce pas? Eh bien, je vous en prie, promettez-moi que nous y resterons seules, que vous n'ouvrirez votre porte à aucun voyageur jusqu'au moment où nous serons parties.
L'hôtesse fronça le sourcil.
— Fermer ma porte à ceux qui y frapperont par un temps si affreux et qui ris^ queront d'être victimes de l'orage ou des brigands. Savez-vous, ma belle demoiselle, que cette prière-là n'est pas celle
d'une âme chrétienne?
La jeune fille rougit.
— Vous avez raison, dame Gertrude,
JOi LAVF.UGLE.
et la peur me rend égoïste et cruelle; mais j'ai eu si peur dans cette maudite forêt! Faut-il vous le dire, nous y avons déjà fait une mauvaise rencontre. Un homme, un chasseur, un bandit peut-êlro, a voulu arrêter nos chevaux et ouvrir la portière de notre coche. Cachées derrière les rideaux, nous étions déjà glacées d'épouvante, redoutant l'insolence de ce manant, lorsqu'un loup bondissant hors d'un tiiillis a effrayé nos chevaux qui se sont emportés. Sans doute, c'était un braconnier, car, au lieu de nous poursuivre, il a poursuivi le loup ; mais si cet homme venait ici chercher asile contre l'orage, nous serions exposées à ses outrages sans
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audcs défenseurs que noire page et votre chevrier... Oh ! pensez-y, dame Gcr- Irude, nous serions perdues.
Et la pauvre enfant tressaillit de lous ses membres h celle pensée.
— Là, là, calmez-vous, mon petit cœur, répondit riiôtesse.On n'ouvrira pas la porte à ce terrible curieux.
— Mais s'il l'exige ? demanda Christine.
— On est de force à lui résister, ma mie, dit Gertrude en appuyant ses poings robustes sur ses hanches énormes.
— Et s'il vous offre beaucoup d'argent? ajouta la vieille dame.
L'irôtesse parut embarrassée et la
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réponse se fit attendre sur ses lèvres.
— Oh ! s'écria vivement Christine, nous vous en offrirons toujours davantage.
— Alors vous êtes aussi en sûreté que sur la place d'Avignon, répliqua dame Gerlrude. Cette générosité lève tous les obstacles. Le braconnier n'a qu' avenir; il sera bien reçu, c'est à dire qu'il ne sera pas reçu du tout. Je lui chanterai l'air du
clairon qui sonne la retraite. A propos, son portrait?
— Il est horrible! s'écria vivement Christine. Il est gros, il a de gros pieds, de grosses mains, une grosse figure bourgeonnée et trouée de petits yeux...
— Tiens ! interrompit l'hôtesse en riant
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aux éclats; c'est tout mon portrait; je le reconnaîtrai sans peine.
La jeune fille rougit.
— Oh! ne vous offensez pas de mes paroles, dame Gerlrude; d'ailleurs, cet homme a l'air si méchant, et vous, votre bon cœur luit sur votre figure.
— Ah ! ma belle demoiselle, vous voulez me faire céder à toutes vos volontés; j'y consens, mais commencez, pour me faire plaisir, à ne plus trembler si fort. Vos petites mains sont toutes froides. Il
faut quitter votre robe qui est toute mouillée. Venez avec moi. Je vous donnerai les vêtements d'une servante qui est allée depuis huit jours à la fête de son pays, et
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qui ne vous enlaidiront pas trop, car elle est de votre âge et de votre taille.
La jeune fille suivit l'hôtesse avec joie, et, pendant qu'elle se déguisait en paysanne, Gertrude s'empressa de mettre l'hôtellerie sur un pied de défense respectable.
La porte fermée aux verrous fut barricadée de solides barres de fer. L'orage ne cessait pas. Les zigzags des éclairs empourpraient la forêt qui semblait vaciller et onduler sous le vent comme une mer furieuse. Les mamelons dansaient des rondes étranges à la lueur de cette illuminalion rapide et les ravins ressemblaient à des cuves de sang où se seraient baignées des sorcières.
LAVtlGLF;. IGO
Tout à coup des aboiemenls l'uiicux retcntiient mêlés aux sifïlenieiUs de la leinpétû cl le son joyeux d'un cor de chasse fil Iressaillir tous ceux qui étaient réfugiés dan?, rhôtellerie.
— Le diable n'oserait chasser gaîmcnt par cette effroyable tempête, dit dame Gcrtrude en se signant.
Au môme instant, Christine reparut toute tremblante dans la salie basse et s'élança vers sa mère qu'elle tint étroitement embrassée.
— Oh! c'est lui, c'est ce braconnier, ce chasseur maudit! s'écria-t-elle ; sauveznous, bonne Gertrude, sauvez-nous.
L'holesse ne i)Ut s'empêcher d'êtie
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émue en voyant la terreur empreinte sur le visage de cette ravissante fille, que son corsage noir, sa jupe rouge et son petit chaperon de velours faisaient ressembler à une bergère des idylles bien plus qu'à une vraie paysanne des frontières.