‹ Le chasseur d'hommes (volume 2)Chapitre 6 sur 11 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

XYI

Ou l'homme aux chiens reparait et monte à l'assaut d'une hôtellerie inhospitalière.

La mère, quoique très elTrayée, cherchait à rassurer de son mieux la belle Christine.

— iMa pauvre enfant, mon cher cœur, disait-elle, tu deviens folle. Cet homme

ilï l'aveuglf.

n'entrera pas ici, dame Gertrude te Ta promis. II est seul d'ailleurs. Crains-tu donc qu'il n'escalade la maison ?

— Oh ! ma bonne mère, reprit la jeune fille toute palpitante, vous ne l'avez pas vu comme moi, vous ne l'avez pas reconnu; vous croyes avoir affaire à un braconnier de rencontre, grossier et brutal, qui veut s'amuser à nous faire peur et voilà tout; mais, moi, je l'ai reconnu; ce n'est pas un braconnier, ce n'est pas un voleur, ce n'est pas un manant ivre. C'est un gentilhomme orgueilleux , féroce et débauché qui nous poursuit, j'en suis sûre, car il veut se venger de nous...

— Se venger de nous, répéta la vieille

l'avhugle. i75

(lame, de deux femmes qui voyagent Iran-

quillement sans autre compagnie qu'un

petit page? Allons, lu rêves, Christine !

— Oh! non, ma mère, et vous me croirez

quand je vous dirai que ce gentilhomme

est ce chasseur qui avait lancé ses chiens

sur nous quand nous nous promenions le

long du canal de la forteresse de P... Je

voulais vous le cacher pour ne pas vous alarmer, mais maintenant

— Et lu es bien certaine de ne pas te tromper? dit la mère partageant tout a fait alors l'épouvante de sa fdle.

— Holas ! reprit celle-ci, nous ne pouvons compter aujourd'hui sur aucun secours. Ce jeune Bourguignon si loyal et

i'O l'avkuglk.

si généreux qui nous a défendues avec lant do hardiesse ne sortira pas de terre pour nous servir de champion une seconde fois. Qui sait même si ce méchant homme ne l'a pas tué , car nous nous sonmies sauvées sans nous inquiéter de son sort. Oh ! j'ai peur pour toi, ma mère, car il n'y a pas de pitié à allendre do ce d"émon à face humaine quand il verra qu'il n'a que des femmes h craiudre, et je ne puis compter Pehrson pour un défenseur.

— Pardon, ma jolie servante, interrompit dame Gertrude, mais je vaux hien un homme à la hataillo. Oh ! je n'ai pas peur et je saurai rester maîtresse du logis.

Puis elle saisit une broche qu'elle brandit en guise de lance, et prit une pose belliqueuse qui ne manquait pas d'un certain charme grotesque.

Au même instant les abois des chiens redoublèrent et une voix enrouée cria :

— Ouvrez, de par tous les diables ! On ne laisserait pas faire le pied de grue à un loup par un déluge si abominable.

Allons, alerte ! alerte !

Et, impatienté de ne pas recevoir de réponse immédiate , le nouveau venu commença à ébranler la porte de l'hôtellerie à grands coups d epieu.

— C'est un maître poignet et il tape

dur, observa dame Gertrude après avoir II 12

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écoulé atlentivemcnt les vibrations produites par ce début d'assaut. Nous allons avoir à soutenir un siège en règle.

— A la porte donc ! à la porte ! hurla le terrible assiégeant. N'y a-t-il personne dans ce chenil? Est-ce une maison abandonnée, ou tous les habitants dormentils ? Ah 1 je ferai assez de tapage pour les réveiller ou j'entrerai par la brèche.

Dame Gertrude se décida alors à parlementer et, après avoir consulté à voix basse les voyageuses, elle hasarda sa respectable tête à la lucarne qui ouvrait son œil rond au dessus de la giande porte :

— Jésus Maria! dit-elle d'une voix glapissante; qui donc frappe si tard à la

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porle d'une maison honnête et isolée au milieu d'une forêt? Si vous êtes des coupeurs de bourse sans ouvrage, nous vous prévenons que nous ne sommes riches qu'en fourches, broches, faux, marmites et autres armes défensives. Si vous êtes des voyageurs égarés, passez votre chemin à la garde de Dieu, bonnes gens ! ou nous vous c(>ifferons d'une cuvette d'eau de vaisselle.

— Damnée sorcière ! répliqua le chasseur irrité; tu ne sais pas qui tu oses faire attendre : un gentilhomme qui n'attendrait pas à la porte de madame Marie de Médicis, la reine-mère. D'ailleurs, avant de mentir à l'enseigne qui orne ton

donjon, tu aurais dû l'arracher pour qu'elle ne te trahît pas.

— L'enseigne ne fait pas l'hôtellerie, dit aigrement dame Gertrude.

— Je m'en aperçois, repartit le chasseur de plus en plus furieux; mais elle l'oblige du moins à ouvrir ta porte à tout venant qui offre de te payer son gîte.

— Mais non aux vagabonds qui veulent l'obtenir par violence, mon maître.

— Insolente créature ! oublies-tu donc que tu es la servante et la vassale des voyageurs et que tu n'as pas le droit de les laisser se morfondre sous le vent et la pluie! Obéis dans le plus court délai ou je brûle ton enseigne et la maison en

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même temps pour me réchaufîer les pieds.

Gerlnule, qui voulait gagner du temps et lasser l'impatienco de son adversaire joii^nit les mains en poussant des cris d'indignalion :

— Mais vous êtes donc un brigand, un assassin, un incendiaire, beau sire ? Alors j'ai bien fait de vous refuser cette hospitalité que vous voulez prendre de force. Si vous êtes, au conli'aire, un gentilhomme, ainsi que vous le juriez tout à l'heure, je dois vous déclarer que ma maison est indigne de recevoir un si noble seigneur, car elle ne contient ni provisions de bouche ni provisions de chauf-

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fage. Le cellier est vide comme le bûcher et la paille remplace les îils.

— Trêve de bavardage, folle! interrompit le chasseur exaspéré, ou par saint Hubert, je te fouetterai avec le fouet qui me sert h corriger mes chiens quand ils tardent à m'obéir.

— Ah ! vous menacez une faible femme à qui vous demandez asyle ! s'écria dame Gertrude d'une voix éplorée tout en retroussant ses manches pour s'apprêter au combat. Est-ce là votre façon d'encourager les gens à être hospitaliers?

Le gros chasseur écumait de rage.

— Maisje ne te demande rien, j'exige entends-tu, hôtesse de truands ! et je te

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payerai moitié en argent, moitié en coups de bâton; ah! tu pérores h couvert, et tu l'amuses à me voir grelotter sous la lucarne. Prends garde que tout à l'heure nous ne changions de rôle !

En effet, jamais dieu aquatique ne fut si complètement imbibé que ne l'était l'infortuné gentilhomme; ses chiens, la queue basse, hurlaient lamentablement, très surpris du peu de succès de cette conférence et regardant d'un œil piteux cette porte inflexiblement close.

Dame Gertrude, sans s'émouvoir, étendit solennellement sa main hors de la lucarne au dessus de ce groupe désas-

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Ireux, au risque de la mouiller, et prononça ces mémorables paroles :

— Je jure par l'âme de feu mon mari Albert Vilebrequin que celui qui m'a insultée ne dormira pas sous mon toit.

Le chasseur répondit à ce serment par un éclat de rire plein de menaces :

— Je ne sais pas si j'y dormirai ; mais, par saint Hubert, j'y entrerai !

Les deux voyageuses se regardèrent en tremblant, car, à l'accent bref du gentilhomme, elles comprirent que sa résolution élait inébranlable et qu'il ne reculerait pas.

— A la rescousse! à l'assaut ! Allons, mes braves chiens! Tayaut! [tayaut! Ici,

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Roland! cria-l-il d'une voix tonnante; s'il n'y a rien à souper dans cette tanière, je vous promets de vous découper en guise de gibier les oreilles de cette braillarde hôtesse.

Dame Gertrude voulut user d'un stratagème qui a souvent produit d'heureux effets dans des circonstances analogues :

— A moi ! Jean, Jérôme, Paul, Pierrot, Urbain! à moi! cria-t-elle de toutes ses forces.

— Appelle à ton aide tous les saints du calendrier; ils n'empêcheront pas Gaspard de Langallerie d'exécuter sa volonté. C'est une infamie de refuser asile à un pauvre homme trempé jusqu'aux os et

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crotté jusqu'à l'échiné; mais tu comprendras mieux ta faute quand je te rendrai la monnaie de lapièce.

— 0 brigand ! répliqua Gerlrude, tes chiens ont beau allonger leurs crocs affamés, ils les ébrècheronl aux murs de mon hôtellerie, et ils ne se sécheront pas à mon feu.

Le chasseur ne répondit point, et l'hôtesse rassurée par ce silence commença à espérer que l'assiégeant renonçait à son entreprise; mais Christine, qui regardait avec inquiétude ce qui se passait, le visage collé à la fenêtre, lui saisit tout à coup le bras, et lui dit d'une voix altérée.

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— Voyez donc, voyez, dame Gcrlrude !

Ah ! nous ne pourrons pas nous dcbarasser de cet homme aflreux !

En effet, le marquis Gaspard avait bravement descellé le banc de pierre de la porte , qui , avouons-le , ne tenait pas très solidement au mur, et, armé de ce bélier improvisé, il se mit h rompre les barreaux de la fenêtre de la salle basse.

Au bout de cinq minutes les barreaux étaient brisés , et la fenêtre n'était plus qu'un trou béant.

Les trois femmes s'étaient réfugiées au fond de la salle avec une terreur facile a comprendre dès le début de cette attaque dont elles prévoyaient l'infaillible

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succès, et elles priaient Dieu de leur inspirer un moyen de salut.

Pierrot restait impassible , chauffant son goitre au feu , et le jeune page Pehrson s'accrochait avec son courage ordinaire à la robe de la vieille dame.

— Où fuir ? où nous cacher ? murmuraient les voyageuses qui regardaient les murailles et les solives du plafond comme si elles eussent espéré "y découvrir une cache mystérieuse.

Dame Gertrude, émue de leur frayeur, s'écria résolument :

— Venez avec moi; je vais essayer de vous mettre à l'abri de ses recherches. 11 faut qu'il ne trouve que moi dans cette

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salle et , par feu mon mari , je suis de laille à lui répondre.

Elle entraîna rapidement les deux femmes, suivies du page, et leur fit descendre un escalier étroit qui conduisait à l'entrée d'un petit cellier où elle cachait soigneusement deux tonnes de vin vieux.

— Dieu veuille, dit-elle, que cet enragé n'aille pas vous chercher derrière ces barils !

Elle remonta vivement et elle arrivait tout essoufflée lorsqu'elle vit sauter par la fenêtre quatre énormes chiens qui se seraient élancés sur elle si leur maître ,

enjambant à son tour Ja brèche, ne les eût arrêtés tout court.

C'était bien le gros homme que nous avons vu reculer devant le moulinet de François Perrier au commencement de cette histoire, mais peut-être paraissait-il encore [dus laid, plus vulgaire, plus rébarbatif, grâce à son accoutrement digne d'un braconnier , à son [sarrau bleu tout trempé et à ses bottes jaunes de fange. Néanmoins dame Gertrude soutint avec une fière assurance son regard menaçant et railleur.

• — Ah! je suis vraiment heureux de voir face à face l'impitoyable amazone qui m'avait condamné à passer la nuit a

la vilaine é(oile, sans couper et sans feu, lui (JiL-il d'un air goguenard. Vous voyez que votre forteresse est moins solide que vous, grosse commère. Je devrais, en ma qualité de vainqueur, vous infliger une correction mémorable dans l'intérêt des voyageurs à venir ; mais je suis fort égoïste. Je tombe de fatigue et de faim et je crois que votre plus grande punition sera de me servir au doigt et à l'œil. Ah çàl êtesvous donc seule ici? ajouta-t-il en parcourant la salle basse d'un regard soupçonneux. Où diable est ce régiment de valets qui devait me recevoir à coups de fourches, de faulx elde marmites?

— Il est resté là où je l'avais enrôlé ,

répondit dame Gerlrude en se touchant le front par un gesle moqueur.

— Ah ! tu es une gaillarde résolue , reprit le marquis Gaspard, mais je saurai te faire plier le dos comme à tant d'autres. Du feu, d'abord ! il me faut du feu!

L'hôtesse montra le foyer où se consumaient quelques bûches agonisantes.

— Ça, du feu? s'écria Je chasseur, c'est ce que nous appelons un feu de veuve; mais je ne me chauffe pas de ces cendreslà ! Voyons ! apporte au moins un tronc de hêtre et quelques brassées de fagots.

— Impossible! repartit dame Gertrude avec humeur. Tout le bois est empilé sous le hangar et je ne veux pas traver-

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ser la cour, au risque de gagner une fluxion , pour vous quérir biiches et fagots. Le mai quis de Langallerie daigna sourire.

— C'est trop juste, ma chère hôtesse; il ne faut pas exposer tes membres frêles et délicats à l'humidité. Bah ! contentonsnous de ce que nous avons sous la main.

Il fit un signe à ses chiens, et les robustes bétes , se jetant chacune sur un escabeau, le renversèrent et le traînèrent à l'aide de leurs crocs pointus jusqu'au foyer.

— Qu'allez- vous faire , bon Dieu ! s'écria l'hôtesse.

— Rien que de très simple, ma corn- Il - 13

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mère ; jeter ces allumetles dans le feu pour l'alimenter.

— Mes escabeaux! reprit-elle avec consternation en essayant de chasser les chiens qui grondèrent sourdement sans lâcher leur proie.

— Les escabeaux d'abord, puis le bahut, puis les tables , puis les lits, dit froidement le gros gentilhomme.

Dame Gertrude se tordit les mains de désespoir.

— Ah ! vous me tuerez plutôt ! mais je ne laisserai pas brûler les meubles.

— Essaie d'empêcher ces gaillards d'obéir h leur maître, dit le marquis en riant ; mais tu auras de la peine h les per-

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vertir, je t'en préviens ; iis sont capables de ne pas [«lus respecter la propriétaire que le mobilier. Qu'en dis-tu?

— Je vais quérir les bûches et les fagots, répliqua dame Gertrudc vaincue par ce sang-froid gouailleur, mais les yeux élincelants de colère.

— Merci ! J'aime à être servi de bonne grâce, et si vous étiez plus jeune, je vous embrasserais pour la peine.

11 se laissa tomber sur un escabeau qui craqua sous son poids, étendit sur les cendres ses pieds chaussés de grossières bottes de chasse, et ses chiens se couchèrent sui les bricpies tièdcs en humant

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un morceau de lard fumé, accroché sous le manteau de la cheminée.

Dame Gertrude revint bientôt et jeta un tas de bûches et de fagots dans le foyer incandescent.

— Bon ! je vais avoir chaud , dit le marquis en se frottant les mains. Mais j'ai toujours faim. Que peux-tu me donner a manger, commère ?

— Rien ! répondit sèchement Thôtesse.

— Tues vraiment plaisante, vieille; ça se voit tout de suite sur ta bonne face rougeaude. Mais ventre creux n'a pas d'oreilles, tu le sais. Je ne m'étonne plus de ton embonpoint, si lu dévores à toi

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seule toutes tes provisions. Serais-tu une ogresse, par hasard ?

Dame Gerlrudc ne se dérida pas.

Le marquis de Langalierie choqua du bout de son cpieu une pile de plats de terre.

— A quoi le sert toute cette vaisselle, dit-il en souriant, si tu n'as pas de quoi la remplir? J'ai bien envie de te débarrasser de tes marmites et de tes plats puisqu'ils te sont inutiles. Saute sur la table, Roland !

Le grand chien d'un bond s'élança sur la table de chêne qui vacilla.

L'hôtesse poussa un cri de désespoir:

— Oh! le maudit animal ; il va briser

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loul. Retenez -le, je vous en supplie, monseigneur , je vais vous servir, retenez-le !

— A bas, Roland, à bas! dit le marquis. Roland obéit et revint se coucher aux pieds de son maître.

— Mais je vous jure, sur ma patronne, reprit dame Gertrude, que je ne puis vous offrir que de la crème , des œufs, des olives, et des châtaignes....

— Un souper d'ermite! qu'à cela ne tienne! je t'apporte assez de gibier pour te nourrir, toi et tous les voyageurs que lu pourrais être forcée d'héberger cette nuit.

Roland releva tout à coup sa tête al-

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longée sur les briques, gémit doucement, se traîna sans bruit jusqu'à la porte du petit escalier, et se dressa contre cette porte avec une sorte d'obstination inquiète.

Cependant le gros gentilhomme, tout en vidant sur la table son carnier gonflé de lièvres, de perdrix et de bécasses, disait à l'hôtesse ;

— Voilà de quoi souper comme un prieur de bénédictions ! Mais j'ai dépisté tantôt dans cette bonne forêt de l'Estrelle un plus fin gibier qui malheureusement m'a échappé. Ici, Roland ! pourquoi diable vas-tu écorcher ton museau contre cette porte !

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L'hôtesse ne put s'empêcher de tressaillir; mais, en voyant Roland revenir piteusement et comme à regret près de son maître, elle laissa échapper un malicieux sourire que le chasseur feignit de ne pas remarquer.

— Choisis les pièces les plus grasses et mets-les à la broche, ma commère, lui dit-il. Je t'invite [lour ta peine à partager mon souper. Peux-tu seulement me fournir du vin?

— Oh! le meilleur vin du pays, répliqua-t-clle, en s'empressant de déboucher une jarre qui n'était pas festonnée de toiles d'araignée.

Les quatre chiens aboyèrent sourde-

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inenl, et Roland, voyant le marquis occupé à goûter le vin que lui recommandait l'hôtesse, courut de nouveau gratter à la porte de l'escalier qui conduisait au cellier.

Dame Gertrude pâlit en pensant aux angoisses de ses pauvres voyageuses.

— Fi! s'écria le gentilhomme en faisant claquer sa langue contre son palais. Cette piquette est acide comme vinaigre. ïu dois avoir de meilleur vin caché quelque part, et tu as tort, ma commère, de reconnaître si mal ma générosité. Mais je veux te prouver que je n'ai pas volé ma réputation d'habile chasseur; je vais aller à la découverte.

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Les trois autres chiens avaient quitté leur pose paresseuse pour rejoindre leur compagnon Roland, et ils assaillaient la porte avec des hurlements furieux.

— Ah çà, auraient-ils flairé des voleurs! s'écria le marquis en s avançant vers eux.

— Restez, monseigneur, je cours au cellier moi-même, dit l'hôtesse, c'est l'affaire d'un instant.

Mais cet empressement tardif trahit la pauvre femme et parut suspect à M. de Langallerie.

— Non, ma chère, vous avez trop de besogne, reprit-il, et je ne serai pas assez

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|!eii galant pour me venger d'une femme en l'exténuant au delà de ses forces.

Dame Gertrude ne savait plus que répondre; elle essaya bien de le retenir encore, mais il la saisit par sa taille épaisse et la fit pirouetter à moitié sur elle-même en disant :

— Ah ! vous craignez la maraude, grosse mère? mais je vous réponds que vous ne perdrez rien à avoir eu pour hôte un peu forcé le marquis Gaspard de Langallerie.

Cependant Christine et sa mère n'avaient pas perdu un détail de ce terrible débat; elles avaient frissonné aux abois révélateurs des chiens, et quand elles entendirent les pas lourds du chasseur

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s'avancer vers la porte de l'escalier, elles se jetèrent dans les bras l'une de l'autre, comme ces martyres chrétiennes que les empereurs romains faisaient livrer aux lions et aux tigres affamés, ces bourreaux plus terribles, mais moins cruels que les hommes.

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