Lettre du 5 septembre 1860 de M. Poujoulat
Et les massacreurs contiDuaient leurs préparatifs, et les chrétiens tremblaient et Akmed-Pacha faisait appeler M. Lan use qui gérait notre consulat, et il lui disait d'un ton hypocrite :
« Je crains bien que des malheurs n'arrivent. Je ne sais vraiment quel parti prendre. Je redoute les Druses ! »
Et c'était lui qui dirigeait les Druses i
Cependant les Druses étaient arrivés chaque jour à Damas et se joignaient aux soldats turcs.
Les consuls, effrayés , étaient accourus chez Akmed- Pacha et lui avaient demandé de faire sortir les Druses de la ville. Le pacha y consentit sans difficulté, et les Druses s'en furent tranquillement; mais Akmed publia en même temps un ordre par lequel il était défendu de porter sur soi des armes, et, sous prétexte de garder les chrétiens, il plaçait six cents hommes de troupes dans leur quartier.
Les chrétiens, glacés d'horreur par cette précaution dont ils devinaient la portée, avaient fait cependant bonne contenance. Quelques-uns même avaient invité à dîner les officiers turcs. L'un de ces derniers fut reconnu par une jeune fille échappée au massacre de Rachaya.
« C'est l'assassin de mon père ! » s'écria-t-elle en tombant évanouie.
Le 3 juillet, Abdallah, le cheik-ul-islam (chef delà religion) de Damas, présenta au gouverneur un fetwa DU décision par lequel il prouvait, s'appuyant sur le Koran, que le massacre des chrétiens était autorisé par la loi sainte.
Il n'y avait pas seulement soif de sang chez les Druses et chez les Turcs, il y avait désir de vol et de pil-
lage, La loi turque défend aux chrétiens de devenir propriétaires fonciers sur le territoire ottoman. Tous sont donc obligés de garder chez eux leurs fonds qu'ils convertissent en pierreries, en bijoux, en riches vêtements. Tous les chrétiens sont commerçants, et toutes leurs richesses sont constamment représentées matériellement chez eux. Quelle curée pour les massacreurs!
Et lorsqu'on parlait à M. Bank le consul anglais, des appréhensions que chacun ressentait :
« Bah ! disait-il, ce sont des bêtises*. »
Enfin le 9 juillet était arrivé , ce jour terrible, sanglant, qui fera à jamais la honte de tout un peuple, ce jour où des milliers de cris innocents s'élevaient vers le ciel et demandaient le secours d'un Dieu vengeur , ce jour-là des hommes souillaient leur condition d'hommes pour descendre à un degré plus bas que celui de la brute féroce.
Partout les massacres avaient lieu à la fois. Partout l'incendie -était allumé, partout retentissaient le cliquetis des armes, le bruit de la fusillade. L'air était déchiré par les hurlements des bourreaux, par les plaintes des victimes, un nuage de poussière s'élevait et se mélangeait à la fumée sortant des décombres, à la fumée s'échappant des armes à feu. 'Le&- émanations du sang humain se joignaient à celles de .la poudre, et l'atmosphère était surchargée de miasmes putrides.
C'était sur le consul de Russie que s'était d'abord déchaînée, la fureur des Turcs : c'était le consulat russe qu'ils avaient attaqué en premier. Le pavillon déchiré, les archives mises en pièces, les meubles brisés, le feu