‹ Le chasseur de panthèresChapitre 5 sur 6 · Histûrique, malheureusemeiiWrap /ii>7Griqwtf · texte numérisé non relu

Histûrique, malheureusemeiiWrap /ii>7Griqwtf

propagé partout, avaient été le signal de l'horrible carnage.

Quelques instants après, tons les consulats, toutes les habitations chrétiennes et juives étaient menacés à la fois. Alors la boucherie avait commencé sur une formidable échelle : alors la ville tout entière n'avait poussé qu'un seul et même cri, auquel avait répondu le sanguinaire rugissement des Druses.

Ici des maisons entières étaient assaillies à la fois : fenêtres, portes, terrasses, toitures, tout était envahi par un flot d assassins, puis on entendait des cris déchirants, des rugissements sinistres.... quelques coups dé feu retentissaient.... des cadavres étaient lancés par chaque ouverture, et des traînées de sang rougissaient les murailles.... une, colonne noire s'élevait.... un jet de flamme brillait, et les démons abandonnaient la demeure solitaire et détruite, courant porter autre part leur infernale œuvre de meurtres.

Plus loin, une masse entière d'édifices, tout un quartier était terne, entouré : une haie de fers menaçants, de gueules béantes de fusils et de pistolets empêchait tout être vivant de s'enfuir , et le feu était allumé aux quatre coins à la fois, et les démons rejetaient dans cette fournaise ardente les femmes, les enfants et les vieillards qui imploraient leur pitié*.

Les rues étaient encombrées; une foule aveuglée, terrifiée, affolée se ruait, se pressant, courant, s'écrasant, essayant de se soustraire au péril épouvantable. Puis, des chevaux apparaissaient, des vêtements laides flottaient au-dessus des têtes, des yatagans étincelaient au soleil, et un torrent de Druses. en furie venait jeter la mort au milieu des chrétiens sans défense.

L'agent consulaire de Hollande venait d'être surpris,

arrêté , tué : son corps avait été déchiqueté , coupé en lambeaux, et les monstres promenaient des quartiers de cette chair fraîche et palpitante, balançaient dans les airs ces membres séparés et encore recouverts de fragments de vêtements.

Le consul des États-Unis, attaqué dans sa maison, avait oSert une héroïque résistance, mais forcé dans ses retranchements, poursuivi sans relâche, voyant tomber autour de lui ses plus fidèles serviteurs, ses plus braves concitoyens, il avait cherché son salut dans la fuite, et, blessé grièvement, tout sanglant, se soutenant à peine, il gagnait des jardins encore respectés par les assassins.

Mais si les consulats étrangers étaient tous attaqués, incendiés, détruits, le consulat anglais était , lui , res« pecté par les assassins.

Les Druses, passant devant la porte de M, Bank, demandent à qui appartient cette maison, gardée par des soldats turcs.

« A l'Angleterre ! crient les Turcs.

— Respect I disent les massacreurs, c^est une nation amie^. »

Et il y avait à Damas un pacha, un homme revêtu d'un commandement suprême, disposant de forces importantes, ayant des. soldats sous ses ordres, ce pacha, c'était Akméd, ce général turc qui avait combattu à Eupatoria à nos côtés, qui portait sur sa poitrine la plaque et le cordon de grand officier de la Légion d'honneur ! Et ce Turc, ce général, ce gouverneur dont les consuls réclamaient la protection puissante, dont les chrétiens

1. Ces paroles ont été répétées et confirmées par M. Bank luimême à M. Poujoulat au mois de décembre dernier, alors que tous deux revenaient à Marseille.

imploraient en pleurant la pitié y cet Akmed excitait ses soldats à se montrer plus iofâmes que les Druses. Akmed-Pacha faisait à Damas ce que Kurcbid-Pacha avait fait à Deïr-el-Kamar *.

Le muphti (chef de la religion de Mahomet) se promenait par les rues, animant le fanatisme des Turcs; son fils était parmi les meurtriers , et chose plus horrible encore , plus incroyable, plus honteuse pour l'espèce humaine , les femmes turques garnissaient les terrasses de leurs maisons respectées, jouissaient de là du panorama sanglant, assistaient à ces tueries dégoûtantes comme à un intéressant spectacle , et à chaque chrétien qui tombait elles poussaient des cris de triomphe et elles excitaient les assassins à continuer leur œuvre !

Et tandis que ces misérables et stupides créatures obéissaient à un fanatisme sans nom, de pauvres jeunes femmes avaient les mains et les pieds coupés, d au^tres les seins abattus. Des vieilles femmes étaient traînées dans le saog par leurs cheveux blanchis, des jeunes filles, des enfants subissaient les plus terribles tortures.

* Ici une mère voyait mourir sous ses yeux six de ses enfants et assassiner son mari *,

* Là -bas, une jeune fille se sauvait les yeux hagards.

1. Le consul de Prusse rapporte qu'il a vu des soldats turcs, placés sous les ordres d'Àkmed-Pacha, cerner un quartier dévoré par les flammes et rejeter dans le foyer, à coups de baïonneltes , les malheureuses victimes qui cherchaient leur salut dans la fuite 1

2. Toujtes les phrases marquées d'un astérisque ne contiennent que des faits puisés dans des correspondances sérieuses, faits certains et dont je possède les preuves écrites. Plusieurs de ces faits se retrouvent enraiement cités dans le remarquable ouvrage : la Vérité sur la Syrie, £. C.

la folie peinte sur les traits. Elle avait quatre frères que les Turcs avaient tués. Elle avait un père, et les bourreaux, liant la victime, la garrottant assise sur une chaise, avaient fait de ses genoux un billot sur lequel ils avaient tranché la tête du vieillard !

Ce quartier ch ré rien, composé de trois mille huit cents maisons, humbles à Textérieur, resplendissantes de richesses àTintérieur, n'offrait plus qu'un immense lieu de carnage.

* Plus de mille jeunes filles disparaissent de Damas dans cette journée horrible, et l'on ne sait pas encore ce qu'elles sont devenues. Et cependant elles sont vivantes !

* Dans une église, vingt prêtres à genoux, les bras en croix, reçoivent la mort en prononçant le nom da Dieu sacrifié, tandis que les Druses sonnaient les cloches.

' Plus loin, sur une terrasse, des Turcs, placés le sabre à la main, recevaient un à un les chrétiens que les Druses leur amenaient. Ils les étendaient sur le Bol, la tête reposant sur le bord de la terrasse, et ils les frappaient! Le fossé placé au bas de la maison a reçu ainsi plus de trois cents têtes.

* Un prêtre français, surpris sur Tautel, donnant l'absolution aux victimes agenouillées devant lui, ouvre Isa soutane devant les bourreaux qui souillent la maison de Dieu.

« Frappez là le prêtre de Jésus-Christ ! » dit-il d'une voix ferme.

Puis, se tournant vers les chrétiens qui poussent des clameurs déchirantes :

« Votre pasreur va mourir pour la foi, ajoule-t-il; faites comme lui et regardez le ciel ! »

Et tous disparaissent sous un flot d'assassins : prêtre et fidèles tombent massacrés !

Quelle scène que celle du massacre des franciscains! Il était trois heures : les consuls venaient de faire prévenir les franciscains de quitter leur maison et de venir inmxédiatement chez Abd-el-Kader.

« Que craindrions -nous? répondent les Pères de la terre sainte. Nous n'avons jamais fait que du bien aux musulmans; pourquoi nous feraient-ils du mal? Nous avons leurs enfants dans nos classes qui nous regardent comme leurs pères. Si la maison d'Abd-el-Kader est française, la nôtre Test aussi. Nous sommes paroisse française, et qui nous touche, touche à la France ^ ! »

A quatre heures, les musulmans se ruent sur la maison et abattent à coups de hache, après y avoir inutilement mis le feu, la porte recouverte de lames de fer. Les furieux égorgeurs s'élancent dans le couvent.

Les religieux et plus de cent chrétiens qu'ils ont recueillis se précipitent dans la chapelle et entourent l'autel: Les assassins les poursuivent, et ceux qui les conduisent dans les détours des bâtiments, ce sont les enfants turcs, les élèves musulmans des bons pères !

Un Turc monte dans le clocher. Il a été convenu que l'on tuerait un franciscain à chaque coup de cloche. Le premier coup résonne : un poignard se lève....

« Première messe pour la France et Napoléon, » dit un assassin.

Et le franciscain est égorgé.

Un second coup de cloche retentit.

« Seconde messe pour le consul de France ! » dit un autre.

l.M. Poujoulat, lettre (lu 27 novembre 1860.

Un second moine tombe, le crâne fendu.

Au troisième coup de cloche , un troisième franciscain est enlevé et jeté à genoux, une hache levée sur lui.

« Troisième, messe pour M. Lanusse, chancelier du consulat de France ! » crie-tron.

Au quatrième coup.

« Quatrième messe pour ceux qui ont continué dé venir dans ce lieu maudit ! »

Et la lête du père supérieur va rouler sur les dalles. Alors ce fut le tour des autres franciscains et des chrétiens réfugiés dans Téglise. Tous périrent au son de la cloche. Deux seuls hommes échappèrent au massacre : le cuisinier et' le professeur d'arabe de l'école des franciscains, Mikaïl-Moussabeki, celui-là même qui a raconté la scène d'horreur.

* Un musulman gravement malade , supplie, comme dernière joie, qu'on lui amène enchaîné ungiaour. On s'empresse, et ses fils lui conduisent un chrétien attaché. Le musulman saisit un pistolet caché sous son coussin, et le décharge à bout perlant sur la victime qui tombe morte. Au mêmemomeiit l'assassin, suffoqué probablement par la joie, se roidit et expire *.

Partout le pillage et le meurtre étaient organisés avec un ensemble infernal. Pendant ce temps, Abd-el- Kader, l'intrépide émir, s'efforçait d'établir des moyens de salut pour les chrétiens. On vient lui annoncer qu'Akmed-Pacha, connaissant ses intentions, envoie cinq mille bandits pour l'attaquer.

« Nous allons les recevoir ! » s'écrie l'émir d'un ton terrible.

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