‹ Le chasseur taupierChapitre 4 sur 73 · DE LA TAUPE · texte numérisé non relu

DE LA TAUPE

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Le petit animal trapu et alerte, connu sous le nom de Taupe , habite toutes les contrées fertiles de la terre ; ses mœurs, sa vie souterraine , les avantages qu'offre son pelage doux et soyeux, le firent remarquer par les naturalistes de toutes les époques... |

Les anciens faisaient des chapeaux de peaux de taupes d’une extrême beauté; Agricola dit avoir vu des habits fourrés de la peau de ces animaux ; Pline rapporte qu’on en faisait des couvertures dans une contrée du Péloponèse ; Aristote a écrit que les taupes transportées à Lébadie refusaient de fouiller la terre, tandis que dans le territoire d'Orchomène, elles bouleversaient les campagnes (1). L’infatigable naturaliste grec, qui n’avait observé que le rattaupe de son pays, a dit encore que a taupe n'a pas

(1) M. Demarest, qui rapporte ce fait, remarque que Lébadie, en Béotie, est un pays montueux, et que celui d'Orchomène est plus plat.

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d'yeux ; ceux qui ne connaissaient pas le rat-taupe, et qui ont écrit après Aristote , tels qu'Orus, Appollo et Appien, l'ont accusé d’ignorance. Voilà comment on juge souvent le génie et le savoir. Cependant, il n’y a pas longtemps que la science du naturaliste n’était établie que sur des doutes et des hypothèses, et il suffit de regarder un siècle en arrière de nous pour nous convaincre que l'erreur était , le plus souvent, le partage de celui qui voulait raisonner sur les ouvrages de la nature. Peu de temps avant Linné, Fabricius et Buffon, on confondait dans un seul genre les petits quadrupèdes voisins et analogues au genre taupe ; Smelin divisa ce genre en quatre espèces, savoir : la taupe d'Europe, la taupe d'Asie, la taupe à longue queue et la taupe rouge; les naturalistes modernés ont séparé de ce genre trois espèces qui leur ont paru offrir des caractères physiques différens ; ils en ont fait deux genres connus sous les noms de chrysochlore et de condylure; la taupe d'Asie | et la rouge appartiennent au genre chryÿsochlore , la taupe à longue queue réunie au sorex forme le genre condylure ; de sorte qu’on peut considérer maintenant la taupe commune d'Europe comme formant seule un genre, et ce n'est que de cette espèce d'animal que nous devons nous occuper.

La taupe commune, fig. 1'°, ( ialpa Europea ) forme un genre de mammifères de l’ordre des carnassiers et de la famille des imsectivores. C’est un animal petit, trapu et comme arrondi, qui à environ cinq pouces de long ; 1la Ja tête large et terminée en pointe ; son nez avance de quatre ligres au-delà de la mâchoire supérieure, ses yeux Sont

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très petits (1), sa bouche extrèmement fendue et fournie d’un nombre considérable de dents; il a, à chaque pied, cinq doigts armés d’ongles forts, surtout ceux de devant; son pelage est ordinairement d’un beau noir d’ébène , quelques contrées en nourrissent de blanches, de cendrées, de citrines; Pailas assure que les taupes de la Sibérie sont Flanches et plus grosses que les nôtres ; enfin, les taupes d Europe ofirent cinq variétés : 4° la taupe vulgaire : son poil est d’un noir plus ou moins foncé ; 2° la taupe blanche : elle est commune en Hollande ; 3° la taupe du pays d’Aunis : son poil est roux fort clair, tirant sur la couleur de ventre de biche , sans mélange ni tache ; elle est plus grosse que la taupe commune ; 4° la taupe du territoire d’Alais, décrite par Lafaille : tout son pelage est d’une belle couleur de citron ; on la trouve dans la partie du Bas-Languedoc qui touche aux Cévennes ; 5° la taupe variée : elle offre une variété de couleurs qui la rend curieuse et agréable à la vue; celles de l’Ost-Frise ont tout le corps parsemé de taches blanches et noires ; Seba a fait mention le premier de cette espèce de taupe. Les zoologistes modernes ont beaucoup mieux étudié le genre taupe que ceux du second âge , et leurs travaux présentent un ensemble de faits assez remarquable. M. Cuvier, dans son règne animal, M. Demarést, dans les Dictionnaires d'Histoire et des Sciences naturelles , n'ont rien laissé à désirer sur la description physiologique et anatomique de ce quadrupède, et nous y

(x) Le docteur Brown, dans son Éssai sur les errenrs populaires, dit que la taupe à des yeux très imparfaits, et qu’elle y voit assez seulement pour distinguer la lumière ; Svaliger ajoute à eela que c'est tout simplement ce

que voulait la nature.

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