‹ Le chasseur taupierChapitre 5 sur 73 · ENS SR · texte numérisé non relu

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renvoyons le lecteur qui voudrait faire une étude approfondie de la taupe. Avant ces auteurs, Buffon avait parlé du genre taupe en connaisseur habile ; ce grand peintre de la nature , dont les tableaux sont si brillans et si animés, considère la taupe comme l’un des animaux les mieux partagés dans tout ce qui concerne les avantages physiques; après avoir montré avec quelle magnificence la nature l’a douée du sixième sens, il ajoute : « La taupe a de plus le toucher délicat, son poil est doux comme de la soie , elle a l’ouie très fine, et de petites mains à cinq doigts, bien différentes des extrémités des pieds des autres animaux, et presque semblables aux mains de l’homme; beaucoup de force pour le volume de son corps, le cuir ferme , un embonpoint constant, un attachement vif et réciproque du mâle et de la femelle, de la crainte et du dégoût pour toute société, les douces habitudes du repos et de la solitude, l’art de se mettre en sùretéet de se faire en un instant un asile , un domicile, la facilité de l’étendre et d’y trouver, sans en sortir , une abondante nourriture ; voilà sa nature, ses mœurs préférables sans doute à des qualités plus brillantes et plus incompatibles avec le bonheur que l'obscurité la plus profonde. » La taupe est un animal casamier , qui a des mœurs et des habitudes tout opposées à celles des quadrupèdes qui vivent comme elle dans l’intérieur de la terre ; elle ne se plait pas, comme le lapin , à la société de ses semblables, et n’est point, comme jui, attachée à l'asile qui l’a vue naître; elle craint l’air et le grand jour, voilà pourquoi sa retraite ne communique point directement avec l’atmosphère ; elle craint également le froid et le chaud, elle s'enfonce plus profondément dans la terre en été et en

gs M —= hiver, selon que la température est extrême; active et laborieuse , la taupe ne s’engourdit pas, comme on le dit, pendant les froids, mais, en hiver, elle a de longs intervalles de repos, elle est alors ensevelie sous une voûte de terre sans issues , autour de laquelle elle circule comme un criminel dans sa prison ; pendant ce temps elle ne fouille et ne pousse la terre à l'extérieur que dans des temps doux et pour chercher sa subsistance; quand l’époque de ses amours est passée et que l’éducation de ses petits est faite, Ja taupe vit dans la retraite et l'isolement, et elle fuit toute communication avec les individus de son genre; les varations de l’atmosphère , l'humidité ou la trop grande sécheresse , la font changer de domicile ; en hiver elle habite les jardins et les couches de terre abritées; en automne elle recherche les lieux élevés et non sujets aux imondations ; au printemps elle fréquente les prairies et les vallons ; en été et dans les fortes chaleurs elle se plaît aux bords des rivières et des ruisseaux ; mais quelle que soit la contrée qu’elle habite , elle choisit toujours, pour fonder son domicile , une terre douce et de bonne qualité, où elle trouve abondamment des larves et des vers dont elle fait sa principale nourriture.

Les taupes, éminemment fouilleuses, se font en un instant une habitation, et c’est sans doute pourquoi elles mettent si peu d'importance à quitter celle qu’elles ont; leur force musculaire étant en grande partie dans les muscles releveurs de leur tête et dans leurs bras, elles creusent la terre avec leurs pattes antérieures , la relèvent avec leur museau et la rejettent avec leurs mains à la sarface du sol ;

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ont-elles creusé la longueur de leur corps, elles se retour nent et déblayent la terre au dehors; le mäle plus vigoureux tasse et comprime cette terre, et de l'effort de son museau 1l la travaille et la fait sortir moulée et comme arrondie; cet ouvrage, qui se fait avec une étonnante activité, fait l'admiration de tous ceux qui se plaisent à étudier les mœurs de cet animal : pour exprimer le mouvement que fait la taupe en poussant la terre avec ses paties et son museau , les taupiers disent que la taupe soufile.

La demeure des taupes est une cavité, souvent circulaire, placée à deux ou trois pieds sous terre , ainsi que les longues allées qui y conduisent ; toutes ces allées ont des communications entre elles ; tantôt elles sont à la surface du sol, tantôt elles sont plus profondes; elles sont d'ordinaire parallèles à l'horizon du sol; les taupes, dans leurs demeures , ne restent point oisives, et soit le besoin de chercher leur nourriture, soit l’amour du travail, elles multiplient leurs points de communications et leurs galeries; elles élèvent autour du foyer principal de nombreuses buttes, et il n’est pas étonnant de voir une taupe , dans un seul printemps , élever quinze à vingt taupinières : toutefois le plus ordinairement, une taupe, soit mâle, soit femelle, ne forme que de six à huit taupmières ; les galeries et les taupinières faites par les mâles sont sh larg et plus grosses que celles des femelles, celles-ci sont plus nombreuses. Rien ne distingue mieux les vieilles taupes des jeunes que la différence de leurs ouvrages; celles-ci, sans s’assujettir aux travaux réfléchis d'un âge plus mür , se livrent entièrement au premier feu d'une jeunesse vaga-

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bonde et sans expérience, ardentes à la continuation d’un manège aussi bizarre que défectueux ; elles ne font que de légères trainasses sans ordre et sans suite, et pour ne pont s'arrêter , selon toute apparence, dans leur course rapide, ou perdre le temps à rejeter une terre incommode, elles effleurent la superficie , qui suffit à peine pour les couvrir.

Quatre à cinq grosses taupinières , rapprochées entre elles et fraichement construites dans un endroit élevé, près d'une haie ou d’un buisson , indiquent le réduit souterrain où une femelle a déposé ses petits.

La taupe suit toujours les vers dans l’intérieur de la terre; en été et dans les temps de pluie elle vient seloger, comme eux , à fleur de terre; dans les temps froids ou secs elle les suit dans les cavités profondes où ils s’enfoncent , et on n'aperçoit plus les taupes vers la surface.

Les taupes ont l’ouie très fine , c’est pour cela qu’elles sont souvent interrompues dans leur ouvrage, car le moindre bruit, le moindre vent les fait rentrer dans leurs retraites ; lorsqu’elles se sentent en danger, elles s’enfoncent en terre par un tuyau perpendiculaire d’un pied et demi de profondeur , qu'elles se sont creusé. Ces animaux ne poussent point la terre pendant les grandes pluies ni pendant les gelées , il n’y a que les grands vents qui ne les mcommodent pas; ils ne travaillent pas continuellement , mais leurs retours sont réguliers , ils ont lieu le matin au soleil levé, à midi, et le soir à la chute du jour.

C'est dans une belle matinée de printemps et après la rosée que l'on voit la-taupe dans son plus grand travail et

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