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ue l’on peut juger de son activité ; soit mâle ou femelle, soit jeune ou vieux, l’ouvrier qui est à l’ouvrage fouille avec une célérité extrême et rejette la terre avec tant de précipitation, que l’on ne pourrait croire, si on n’en avait la certitude , que c’est la main d’une taupe qui opère un tel bouleversement. Aussi habile que volage, dit Lafaille, cet animal transporte à chaque instant son domicile d’un lieu à un autre; pour cet effet 11 franchit tout obstacle, murs, fossés, canaux, et pour éviter de périr au milieu des flots ou de consumer ses forces contre des retranchemens qui lui coupent souvent le passage, 1l sait, par une industrie merveilleuse, conduire ses galeries à une profondeur très grande sous les rivières et sous des fondemens épais.
Rencontre-t-il un obstacle insurmontable, en ingénieur habile, on le voit sonder les voies et le terrain, tourner autour des rochers ou des montagnes, et employer toutes les ressources de son génie pour se frayer un chemin; si on endommage ou les boyaux ou les amas de terre qu’il a formés , il vient tout aussitôt les réparer.
Les taupes craignent l’eau , elles ont cela de commun avec presque tous les quadrupèdes qui, comme elles, habitent l’intérieur de la terre; lorsque quelques filières d’eau imondent ou rendent humide le lieu qu’elles se sont choisi, elles vont se creuser ailleurs un autre domicile ; si les inondations et les débordemens des rivières les surprennent, on les voit fuir et faire de vains efforts pour se sauver, la plupart périssent au bout d’un quart d'heure, cédant à la fatigue et à leur propre poids; cette mort violente produit dans les taupes un sentiment de désespoir qui
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va jusqu'à la fureur; irritées par l'eau qu'elles ne peuvent vaincre, on les voit tourner, revenir, s'inquiéter , et ne finir cet exercice qu’en soufflant contre le fluide exterminateur ; leurs petits, qui restent dans les trous, périssent aussi ; sans cela , dit Buffon, les grands talents qu’elles ont pour la multiplication nous deviendraient trop incom-
modes.
En automne , la taupe:se cantonne, elle se fait un véritable établissement , et elle ne tarde pas à s’y faire un gite, d’où elle ne sort qu’au printemps pour courir après de nouvelles amours et de nouveaux plaisirs.
La demeure habituelle des taupes est toujours fermée lorsqu'elles ne sont pas à l'ouvrage ; elles sortent rarement, leurs promenades sont fort courtes et leurs sorties n’ont lien que dans les beaux jours et par un temps doux; dans les belles nuits d'été, elles sortent parfois avec leurs petits qu'elles font courir et avec lesquels elles se plaisent, mais au moindre bruit elles fuient avec précipitation dans leurs
réduits.
La taupe court, sous terre, avec assez de rapidité; sur le sol , elle court vite lorsque la terre est douce et légère: mais sur une surface sèche et aride, elle se meut péniblement , et il lui est impossible d'échapper à l'ennemi qui la poursuit ; aussi on ne la voit jamais sur un terrain sec et dur, pas plus que dans les fonds humides et marécageux , ni dans les forêts ; en général, tout terrain qui offre de la résistance à être exploité par ses mains ne lui convient pas; c'est dans les jachères et dans les prés qu'on la trouve le
plus en nombre ; les terres fraîchement labourées ou celles
qui le sont trop souvent, ne voient presque jamais de taupinières, et cela s'explique assez facilement : la crainte et la timidité naturelles de la taupe léloignent des lieux qui sont sans cesse foulés par les hommes ou par les animaux.
Malgré leur vie solitaire et vagabonde , les taupes ne ‘se cherchent jamais querelle, mais à l’époque de leurs amours, une jalouse rivalité s'établit entre les mâles ; ils se disputent avec acharnement les femelles , et ce sont toujours les plus forts qui sont les plus heureux. Ces animaux , qui savent se respecter sans se craindre, se dévorent pourtant lorsqu'ils se trouvent réunis dans un petit espace d’où ils ne peuvent sortir. Lecourt fait mention de douze taupes ainsi renfermées, qui se dévorèrent toutes les unes après les autres ; 1l n’en restait qu’une le jour suivant.
Les taupes ont peu d’ennemis parmi les quadrupèdes ; mortes , nul animal n’en fait sa nourriture. Quelques auteurs ont avancé que lorsque les taupes perdaient la vie sur le sol, elles trouvaient des amis généreux, parmiles animaux , qui leur donnaient la sépulture ; Gleditsch a soutenu cette singularité dans un mémoire qui fait partie de l’histoire de l’Académie royale des sciences et belles-lettres de Berlin, année 1782. Mais les naturalistes modernes n’ont rien dit encore qui puisse y faire attacher quelque croyance.
Les taupes entrent en amour sur la fin de l'hiver ; alors les mâles et Îles femelles se recherchent avec ardeur, et plus fl s'offre d'obstacles à leur réunion, plus elles montrent le désir de se réunir. Cet état ardent que fait naître le besoin de se propager , et que prolongent les obstacles
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que présente une vie solitaire et isolée, ne dure pourtant qu'un instant pour les individus qui sont satisfaits, et la cohabitation des deux sexes se borne à l’intervalle qui s’écoule dans l'acte du plaisir ; mais les accouplemens se font depuis le commencement de mars jusqu’à la fin de jun, pour la première portée ; et pour la seconde, depuis juin jusqu’en août. Les zoologistes n’ont pas encore déterminé le temps de la gestation des femelles, tous s’accordent avec Buffon à penser qu’elle est de courte durée; ce qui fait croire äinsi, c’est que l’on trouve des petits au commencement de mars, et qu’on en trouve après jusqu’en août ; les femelles font deux portées par an, de quatre à cinq petits chaque; elles sont en état d’être fécondées à leur premier printemps; on a remarqué qu'elles faisaient plus de mâles que defemelles. D’après ce que dit Cadet de Vaux, il paraît que les taupes mâles font des traces d’une nouvelle construction à l’époque de leurs amours; ces traces sont sans issues, l’mtention de l’ouvrier, dit l’auteur que je cite, étant d’y enfermer la femelle et d’en interdire l'accès à ses rivaux; elles sont aussi d'une longueur extraordinaire ; Lecourt en a vu une de quatre-vingt-quatorze toises. L’accouplement se fait de nuit et dans les traces où le couple demeure ; quelque temps avant que la taupe mette bas, elle compose un domicile séparé et commode pour loger sa progéniture. Buffon le décrit ainsi: « Elles commencent par élever et former une voûte assez haute , ellespressentet battent la terre, la mêlent avec des racines et des herbes, et la rendent si dure et si solide par dessous, que l’eau ne peut pas y pénétrer ; elles élèvent un tertre au-dedans, au sommet duquel elles apportent de l'herbe et des feuiiles pour
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faire un lit à leurs petits; dans cette situation ils se trou vent au-dessus du niveau du terrain, et par conséquent à l'abri des inondations ordinaires, et en même temps à couvert de la pluie par la voûte qui recouvre le tertre sous lequel ils reposent : ce tertre est percé tout autour de plusieurs trous en pente, qui descendent plus bas et s’étendent de tous côtés, comme autant de routes souterraines’ par où la mère-taupe peut sortir et aller chercher la subsistance nécessaire à ses petits. Ces sentiers souterrains sont fermes et battus, s'étendent à douze ou quinze pas, et partent tous du domicile comme des rayons d’un centre; on y trouve, aussi bien que sous la voûte, des débris d’ognons de colchique, qui sont apparemment la première nourriture qu’elle donne à ses petits. »
C’est dans cet asile, si artistement rangé, que les femelles mettent bas leurs petits, qui naissent nus et fout rouges; les petits, au bout de quelques jours, se couvrent de poils, et ils ne tardent pas à sortir de leur nid par une des galeries qui y aboutissent , et s’échappent par des traces vers la surface de la terre ; souvent leur mère les entraîne avec elle et cherche à les faire courir , à les accoutumer au travail et à trouver leur subsistance.
Les mères-taupes ont beaucoup de tendresse et d’attachement pour leurs petits, elles ne les quittent, pendant les premiers jours de leur naissance, que pour leur aller chercher la nourriture , qui ne se compose que de feuilles tendres, des ognons de colchique. Les jeunes taupes travaillent la première année de leur naissance, et le printemps suivant elles sont en éiat de reproduire. Si les inon-
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