‹ Le chasseur taupierChapitre 8 sur 73 · DES GONNAISSANCES NÉCESSAIRES POUR FAIRE AVANTAGEUSEMENT · texte numérisé non relu

DES GONNAISSANCES NÉCESSAIRES POUR FAIRE AVANTAGEUSEMENT

C’est toujours la faute d’un propriétaire ou d’un jardinier, dit Rozier, si ses champs ét ses prairies sont infectés de taupes ; l'animal a beau être fin, avoir l’ouic délicate, il est facile de le détruire, même sans taupières ; je partage lPopinion de cet écrivain agronome, et je suis persuadé que, sans beaucoup de peine et avec un peu de connaissance sur les habitudes des taupes, un cultivateur peut facilement en débarrasser son héritage. D'abord cet animal a une saison, un temps, une heure fixés pour son travail; ses amours ont lieu aux mêmes époques; les soins qu'il porte à ses petits ont un terme court; on peut aussi apprécier l'étendue et la forme de son domicile, la distribution ou l'encadrement de ses galeries, la forme, la grosseur de ses faupinières : ces connaissances préliminaires mettent le

taupier à même d'attaquer à propos et de dresser convenablement ses batteries.

Les taupes ont une habitude constante ou plutôt une manière d'opérer, dans leur travail, qui décèle toujours leur présence et facilite les moyens d’extermination. St l'on ouvre , dit M. Dralet (4), avecuninstrument tranchant, un boyau que la taupe a formé deputs peu, elle vient quel-

(1) Feuille du Cultivateur, tome VIE.

de QU

ques instans après le réparer , afin de se mettre à couvert du danger et du grand air; pour y parvenir, elle forme, à l'endroit ouvert, une route de terre mobilisée qui présente , à l'extérieur, une taupinière oblongue, au moyen de laquelle elle réunit et rapièce , pour ainsi dire , le boyau coupé. Si on endommage une taupinière fraîche , la taupe vient aussi réparer le dommage. Ces deux points de fait, ajoute cet écrivain, sont la base principale de l’art du taupier (2).

Ainsi, pour faire avantageusement la chasse aux taupes, il faut connaître les endroits où elles se plaisent, la saison où elles fouillent le plus la terre, le temps et l'heure de leur travail , la marche et la direction de leur ouvrage, et juger, à limspection des taupinières, si l'animal est dans son réduit on S'il l’a abandonné, et dans quel point il se trouve pour l’attaquer.

La taupe est craintive et alerte, elle fuit et s'enfonce dans son trou au moindre bruit qu’elle entend ; le meilleur moyen pour la surprendre est de la guetter en silence ; lors donc que l’on se trouve dans une pièce de terre que les taupes-habitent , on examine d’un peu loin les buttes à demisphériques qu'eiles ont formées, on fixe ses regards sur celles qui sont fraîchement élevées; souvent on aperçoit, non pas l’animal, mais ses mouvemens et la terre qu’elle rejette à la surface du sol, alors on s'approche furtivement de la taupinière , et l’on reste immobile et silencieux Jjus-

(2) I faut entendre l’art de celui qui suit la méthode de M. Dralet, la base del’Art du taupier, et la connaissance approfondie des habitudes, des mœurs

et des travaux dés taupes, et les moyens d'en tirer parti pour lessurpreedr et les détruire.

MAR ue

qu'à ce que l'animal recommence son travail, afin de l’attaquer à coup sûr.

Dans les endroits fertiles et cultivés, la taupe fouille partout, mais, comme nous l'avons dit, les terres douces et profondes, dépouillées de pierres, de cailloux et de grosses racines , sont celles où eile se plaît le mieux; aussi la voit-on plus communément dans les jardins, dans les vallons et les prairies, au bord des haïes, des buissons et des grandes routes , sur les terres en friches ou en jachères ; c'est par tous ces endroits que le taupier doit aller les chercher et établir ses piéges. ;

La taupe fouille la terre toute l'année pour chercher sa nourriture , mais rarement on la voit en hiver élever des taupinières ; quelquefois , seulement, quand la température est douce et le temps calme, elle se permet d’effleurer la surface du sol et de pousser la terre à l'extérieur : ces exemples ne sont pas communs. Si l’automne est pluvieux et froid, la taupe reste encore dans l’intérieur de la terre, elle en agit de même dans les grandes chaleurs; la saison où elle travaille le plus, c’est le printemps, depuis le mois de mars jusqu’à la fin de juin, et proportionnément depuis le commencement de juillet jusqu’à la fin d’octobre ; une température plus ou moins inconstante ralentit ou augmente la vigueur des taupes pour l'ouvrage. Les taupes, dans le printemps, sont poussées par un fort aiguillon à creuser et à bouleverser les terres qu’elles habitent; d'abord le besoin dominateur de se reproduire, qui les oblige de se rechercher mutuellement ; ensuite la nécessité d’étabhr un domicile pour leurs petits et de chercher leur nourri-

ture ; c'est donc spécialement à cette époque qu'il faut faire la guerre à ces animaux si on veut en détruire beaucoup , et faire périr en partie leur progéniture naissante. Néanmoins 1l est des momens et des jours pour cela plus favorables les uns que les autres; cet animal n'aime ni la pluie, ni le froid, ni même la chaleur; les jours que la température est froide ou variable ne sont pas avantageux pour chasser les taupes; on peut en trouver quelques-unes à l’ouvrage dans les endroits abrités, comme dans un jardin clos, près des buissons et des haies, ou contre un mur, mais rarement en plein champ; voilà pourquoi le taupier ne doit se mettre en campagne, pour faire la guerre à ces animaux, que lorsque le temps est doux et serein , que la terre n’est point trempée par la pluie, et que le soleil frappe directement les lieux qu'il va exploiter; alors il est sûr de trouver ces animaux à l'ouvrage , et s’il est adroit, il peut compter sur leur complète destruction ; cependant 1l y a encore certaines heures du jour plus avantageuses les unes que les autres pour surprendre les taupes. Nous avons dit qu’elles avaient des retours réguliers pour leur travail, et qu’elles se mettaient à l'ouvrage trois fois dans la journée : la première fois, quand le soleil a enlevé larosée ; la seconde fois à midi, et la troisième fois à la chute du jour; il est essentiel de choisir ces momens pour opérer, d'autant plus qu’ils sont fort courts, car le matin, l'oceupation de la taupe est d’à-peu-près une heure , et celles du milieu du jour et du soir ne vont pas à vingt minutes chaque.

Le taupier sachant le licu, lépoque et l’instant favora-

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bles pour prendre les taupes, il ne lui reste qu'à bien étudier la forme de la demeure de ces animaux et la marche de leurs travaux, pour mettre à profit toutes les ressources de son art.

La demeure des taupes est quelquefois un trou de forme sphérique, fig. 2°, quelquefois un boyau long et large, creusé à deux pieds sous terre , fig. 5° ; à partir de ce gîte souterrain , la taupe creuse horizontalement et ouvre plusieurs galeries, plus ou moins longues , dans des directions différentes , qui communiquent entr’elles par des boyaux et des coupures intermédiaires ; un tuyau, souvent perpendiculaire, quelquefois incliné, dont le diamètre est celui de l'animal , existe au-dessus des galeries ; 1l est apparent à la surface du sol, et son ouverture est un indice d'évasion ; ce tuyau , dont la profondeur ordinaire est de dix-huit pouces, sert à la taupe pour s’enfoncer dans sa demeure lorsque la crainte la saisit. Le taupier habile sait apprécier les différentes modifications que les taupes donnent à leur ouvrage : par exemple , quand la taupechéerche sa nourriture, elle ne fouille qu’en traçant à la superficie du sol, ou dans une terre douce. Une trace est un déchirement de terre ou de gazon : une taupe qui trace va vite en aflaire; on prétend que, dans une heure, elle fait trente toises de chemin ; lorsque la taupe est en chaleur, elle creuse des traces de trois à quatre pouces de large , et d’un à deux pouces d’élévation; la jeune taupe trace en sinuosité ; le mâle forme en traçant de longues allées droites de. cinquante à soixante toises ; la femelle ne fait pas dix toises en ligne droite. C’est lorsque la taupe se cartonne qu'elle fait le

ut 1e plus ordinairement des galeries, des gîtes, des nids, et enfin tout ce qui est nécessaire à son existence locale; on dit qu’une taupe se cantonne, lorsqu'elle se forme un domicile d'hiver ; les nids et les gîtes des taupes sont presque toujours à l'endroit le plus profond et le plus fortifié du domicile , et la galerie dans laquelle elles s’établissent est plus grande et plus élevée que les autres, elle aboutit à deux taupinières opposées. Les galeries des taupes sont plus ou moins grandes , selon la force et le sexe de l’animal ; elles sont plus ou moins profondes, selon l’état thermométrique des saisons , par une raison toute naturelle ; la température a une imfiuence directe sur les vers et les msectes qui font la principale nourriture des taupes ; la douceur ou la rigueur des temps les font monter ou descendre, les taupes ne manquent pas de les suivre. Selon la nature du sol, elles sont aussi plus ou moins superficielles ; ainsi, dit M. Demarest , quand le terrain est sablonneux, les racines sont peu profondes , et les insectes s’enfoncent peu ; les galeries des taupes rasent, pour ainsi dire , la surface du terrain , et font elles-mêmes une saillie au-dessus ; au contraire , quand le terrain est à la fois gras et léger, les travaux sont profonds et pressés avec une activité telle , qu’ils occupent un développement quadruple des premiers. Dans tous les cas, on distingue facilement les galeries faites par un mâle de celles qni sont faites par une femelle. Le mâle, plus robuste, travaille avec plus d’ardeur, et ses galeries etsa demeure sont plus grandes et plus spacieuses; celles de la femelle sont plus petites et plus nombreuses ; la jeune taupe ne creuse pas profondément , elle ne fait que tracer de petites allées à fleur de terre, qui n’ont ni forme, ni régularité.

CHISSEUR TAUPIER, 3

Enfin, on peut considérer le domicile de la taupe comme un vaste palais souterrain que partagent deux longs et larges corridors , à côté desquels se trouvent placées, les unes auprès des autres, de petites lignes droites ou sinueuses, qui ont des issues sur le sol, et qu’on a nommées galeries ou boyaux, selon leur grandeur ou leur direction ; les corridors , ce sont les passages ou les routes que les taupes fréquentent continuellement pour visiter leurs galeries, ou pour aller fouiller la surface du sol; 1ls sont terminés à leur extrémité par une ouverture ou tuyau perpendiculaire qu’un dôme de terre entoure. Souvent la taupe se repose, c'est-à-dire fait son gîte dans une de ces galeries; souvent elle le fait dans un trou qu’elle s’est formé. Le domicile de la taupe, ou plutôt le lieu où elle se cantonne, est toujours artistement construit, mais il n’est pas d’une régularité géométrique; les obstacles qu'elle rencontre dans la terre la font plus ou moins dévier du plan qu'elle se tracerait si elle était sur un terrain également doux et facile à labourer ; une filière d'eau, une couche de marne , un rocher, une forte racine, sont pour cet animal des obstacles qu'il ne sait franchir que par de longs détours; c’est par des siones extérieurs qu'on peut apprécier Justement l’ensemble et l'étendue de tous ces travaux souterrains ; c’est pourquoi il est essentiellement nécessaire au taupier de savoir bien distinguer les différentes taupinières qu'il trouve dans le champ où il va chasser.

Cadet de Vaux, dans son ouvrage sur les taupes, a traité cette partie d’une manière très savante; il distingue les taupmières de passage ct celles de cantonnement; les tau-

D, pre

pinières d'entrée , celles de sortie , etc. ; 1i montre les diffcrences qui existent entre les unes et les autres, et les avantages qu'il y a d’attaquer plutôt celles-ci que celles-là. Nous sommes loin d’improuver le travail de cet écrivain philanthrope , mais nous croyons que la description que les ouvrages d’agriculture donnent des différentes taupimères, suffit pour instruire le taupier sur cette partie importante de son art, et nous nous en tiendrons à cette description.

Ainsi, lorsqu'un taupier entre dans un héritage pour tendre ses piéges, 1l doit explorer les lieux et savoir le nombre de taupinières qu'ils contiennent, et distinguer celles qui sont fréquentées de celles qui ne le sont pas. Les taupinières , dont ja terre est fraîchement remuée, annoncent l'existence des taupes ; partout où l’on trouve de ces taupinières , on peut à coup sûr dresser ses piéges et guetter

. l'animal , à moins que la taupinière ne soit percée à son

centre par un grand trou; alors c’est une preuve que la taupe l’a quittée tout récemment. Les taupinières dont la terre émiettée est sèche et brisée, et qui sont percées, par un trou droit et profond, fig. 4°, ne recèient point de taupes; on peut, lorsqu'on en trouve de pareilles, les combler ou en affaisser la terre , afin d'empêcher les loirs, les belettes , etc., de s’y réfugier. Une taupinière haute, grosse et isolée , indique la présence d’une taupe mâle ; plusieurs de ce genre , renfermées dans un espace de terrain, peuvent être l’ouvrage d’un seul animal , mais souvent elles en contiennent deux et quelquefois plus, fig. De.

Les faupinières qui sont plus petites et moins élevées,

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annoncent la demeure des femelles, fg. 6° ; celles qui sônt en zig-zag , irrégulières st peu élevées, décèlent la présence des jeunes taupes , fig. 7° ; ainsi, lorsque le taupier connaît bien l'ouvrage des taupes et la marche périodique de leurs travaux, il n’a qu’à les surprendre dans lendroit de leur domicile où elles se trouvent, et rompre avec la bêche ou la houe le boyau de communication qui la sépare du centre deses galeries; par-là il l’emprisonne entre deux points très rapprochés, et il est sûr d’en être bientôt le maître. Avec les connaissances préliminaires que nous venons d'exposer , celui qui voudra faire la chasse aux taupes pourra aller tendre ses piéges, ou bien répandre ses appâts empoisonnés , et il sera sûr de réussir.

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